Emmanuel Macron a-t-il déjà trouvé matière à se réinventer ? Il nous le dira ce soir. Derrière l’incarnation des membres du Gouvernement, et du premier d’entre eux, soumise aux conjectures d’un remaniement, demeure la politique menée à l’aune des effets récessifs de la pandémie. Le PR doit ajuster la ligne sans changer de cap ; affaire de précision sémantique pour un vaste programme. Trois ans après un bouleversement inédit de notre organisation politique et partisane dont il fut le magnifique instigateur, il a tout à refaire dans la perspective d’une réélection qui guide ses pas plus que jamais.
L’action réformatrice, plutôt habile jusque là - baisse du chômage et des déficits publics, reprise de la croissance -, n’a pas suffi à apaiser le pays. A la faveur de maladresses qui focalisent l’attention sur le ressentiment, elle s’est confrontée aux affres d’une société en décomposition avancée dans un pays engagé sur la voie de la décadence. Des gilets jaunes aux éruptions communautaristes, de la faillite d’un système de santé à la fatigue exacerbée des forces de l’ordre en passant par la stigmatisation marcescente d'une réforme d’un système de retraite moribond, le Gouvernement n’aura pas été épargné.
« La France est un pays qui se réforme moins qu’il ne se transforme dans des spasmes soudains » constatait Emmanuel Macron, trois mois après son élection. Toute épreuve porte en elle une capacité de rebond. En cela le jour d’après était une belle idée inoculée aux français à l’aube d’un confinement imaginé comme un temps incertain et illusoire, propice à retrouver le sens des choses, jouer des vrais ressorts de l’existence et porter - enfin - l’imagination au pouvoir.
En 2017, Emmanuel Macron avait incarné un changement véritable et audacieux. Si l’enthousiasme fut mesuré, la démarche était acceptée. Au lendemain de son élection, Eric Fottorino écrivait : « Macron libère les énergies comme il suscite des allergies, excitant les uns comme il irrite les autres ». Tout vaut mieux que de l’indifférence. Depuis, sous le regard d’une majorité silencieuse, les ressentiments s’expriment en tous sens et à grand bruit sans que de la confrontation politique n’émerge une alternative raisonnable, apaisante et constructive. Sous l’emprise de la rue envahie et des ronds-points bloqués, la France s’est enfoncée dans les affres de contestations catégorielles montant les français les uns contre les autres. L’effort du confinement aura sans doute sauvé des vies, il n’aurait pas soigné – au contraire – ces luttes intestines dont la convergence espérée par certains se confronte à la quête d’une concorde nationale attendue par d’autres.
« Tracer de nouvelles perspectives, redéfinir les solidarités, dessiner un nouvel horizon » ; tel est le triptyque sur lequel Emmanuel Macron est attendu ce soir. Une espérance trop grande pour un seul homme qui en parlant de se réinventer lui-même à placer la barre très haut.