Le Covid 19 aura raison de nos vies et de notre économie, mais pas de notre démocratie. Pour l’exécutif, il fallait finir le job pour pouvoir envisager autre chose. Les élections municipales entamées le 15 mars, s’achèveront, trois mois plus tard, le 28 juin, jour du second tour. Il concernera 4 922 communes et environ 16,5 millions d'électeurs. Cette date fut décidée le 22 mai. A l’époque, l’état sanitaire était encore, sous la menace d’une hypothétique deuxième vague. Si le conseil scientifique avait considéré que la situation sanitaire s’était « nettement améliorée », il jugeait « difficile d’anticiper » et avait laissé à l'autorité politique la responsabilité de sa décision. Aujourd’hui, le virus circule encore, mais il semble sous contrôle. Le pari gouvernemental devrait être gagné. Une fois les municipales passées, l’exécutif va pouvoir se réinventer et dessiner un nouveau chemin. Le Président de la République n’attend que ça.

Reste que dimanche prochain, la démocratie locale ne sera pas à la fête. Le caractère atypique du premier tour risque de se reproduire au second jusqu’à altérer la sincérité du scrutin. Le 15 mars avait d’abord été marqué par un effondrement de la participation. 45% des inscrits s’étaient déplacés dans les bureaux de vote contre 65% en 2014. En se répétant, cette assiduité civique déficiente donnera des exécutifs communaux mal élus et en manque de légitimité dans une démocratie déjà fatiguée. La peur du virus laissera la place à un état d’inquiétude généralisé compte tenu de l’état d’extraordinaire faiblesse dans lequel se trouve l’économie française. L’incertitude sur l’avenir et l’état du pays est telle que chacun voit bien que le redressement espéré, et attendu, ne se jouera pas au niveau local. 

Bien qu’on nous raconte que les maires sont les élus préférés des français, ils ne seront pas déterminants pour la relance. Les promesses sont du côté de l’Etat qui protège et soutient, qui finance et s’endette. En apesanteur sociale, encore un peu confinés dans leur tête et anesthésiés par le chômage partiel, les françaises et les français tentent de se réapproprier une liberté retrouvée. Les électeurs sont démobilisés.

Ce désintérêt massif pour les élections municipales tient aussi à la modification des équilibres dans la configuration politique de certaines villes. Là où la logique électorale classique aurait amené les électeurs à corriger ou confirmer la tendance sortie des urnes le 15 mars, le désordre s’est emparé de cet entre deux tours dépourvue de véritable campagne électorale. Il en a déstabilisé un peu plus l’organisation partisane traditionnelle. Au delà de la percée incontestable des candidats d’EELV, opportunément portés par les préoccupations environnementales et les enjeux écologiques, le scrutin de dimanche dessine des alliances disparates, chamarrées et parfois incongrues, où les jeux personnels, les calculs intéressés et les ambitions contrariées trouvent à s’exprimer contre nature. Les particularismes locaux en sont exacerbés et prennent le pas sur le système classique des partis dominants. La recomposition du champ politique ne s’en trouve pas vraiment clarifiée. Elle est encore en marche. On patientera car, encore une fois, l’essentiel n’est pas là. L’attente des françaises et des français est ailleurs. L’enjeu électoral du moment apparaît décalé.