Après le grand débat pour sortir de la crise des gilets jaunes, la convention citoyenne pour se réinventer. Emmanuel Macron a l’art de trouver les dérivatifs par lesquels tenter de rebondir.

En recevant, aujourd’hui, les 150 français panélisés qui ont été recrutés pour répondre à la question - comment réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale ? -, le Président de la République est en phase avec la percée des écologistes constatée la veille dans les exécutifs locaux. Lancée il y a un peu plus d’un an, la convention citoyenne et ses 149 propositions arrivent à point nommé. Cet exercice démocratique affiche une dynamique disruptive pour répéter des solutions d’évidence que tout le monde connaît. Du Grenelle de l’environnement en 2007 au débat national sur la transition énergétique de 2013 - chaque fois suivi d’un arsenal législatif -, la plupart des mesures proposées ont déjà été discutées, évaluées et énoncées sans avoir été suivies d’effet.

Mais plus le temps passe, plus l’urgence s’installe. Les enjeux climatiques appellent une prise de conscience qui conduise à faire évoluer les comportements individuels au quotidien tout en engageant des efforts collectifs et des remises en cause systémiques qui ne sont pas gratuits. La préservation de la nature et de notre environnement a un coût. À chacun de payer le prix d’une modernité qui se dissous dans la sobriété et la parcimonie, mais peut-on s’y résoudre spontanément?

Le process démocratique pour la gestion des affaires publiques navigue entre l’incitation et la contrainte. D’un côté, savoir susciter l’adhésion par la force de conviction, la pertinence du message et le charisme du leader exaltant ses troupes à s’engager sur la voie qu’il leur trace - « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ; de l’autre, être conduit à employer quelques mesures coercitives sous un vent d’autoritarisme nécessaire pour dompter l’esprit frondeur d’un peuple en mal de révolte et d’impertinence - la trajectoire de la taxe carbone. 

De ce point de vue, la convention citoyenne est un exercice habile qui détourne l’attention du pouvoir décrédibilisé pour en appeler à la vérité populaire.

Ça ne fait rien. La politique est souvent art de méthode. En matière d’écologie politique , les incantations radicales ont fait long feu. On lui préfère désormais le bon sens de l’opinion. La vertu de cet exercice participatif et délibératif touche à la symbolique de la France d’en bas comme le grand débat entendait capter l’indignation des ronds-points. Y avait-il des « gilets jaunes » parmi les membres de la Convention citoyenne?

Reste qu’une fois passé le temps de la réflexion et du débat, l’exercice amène une déclinaison concrète en droit, a fortiori lorsque l’on attend de lui, pas moins que d’incarner la fin du quinquennat et préparer la réélection du PR. Autant, le grand débat avait calmé les gaulois réfractaires mais s’était achevé sur une incertitude programmatique qui amènerait la réforme des retraites, autant les conclusions tirées des élections municipales baroques appellent un geste politique à double sens. D’abord figurer en acte la transition énergétique qui ne peut plus s’appesantir uniquement en trajectoire, ensuite donner à l’exécutif de la pertinence dans son action pour en faire le réceptacle d’une légitimité retrouvée.  C’est la qu’intervient le référendum. « Utile pour emmener le débat dans la société », il confère un caractère  plébéien à l’action conduite au plus haut sommet de l’Etat qui le rêve comme un plébiscite offert à sa propre gloire. « Les français veulent plus d’horizontalité et moins de verticalité », ou comment gagner du temps en passant de la convention citoyenne au référendum. Outils par excellence de la Vème République, le recours à l’article 11 de la Constitution symbolise un lien direct et solide qui unit, par un retour de confiance partagée, le peuple à celui qui préside à ses destinées. L’exercice s’avère prometteur et exaltant. Il est aussi à double tranchant. L’histoire compte quelques précédents fâcheux. Emmanuel  Macron aime prendre son risque. C’est peut-être pour ça qu’il a suggéré, non pas un, mais deux appels au peuple.