Un remaniement gouvernemental, c’est un peu le shoot du camé de la politique. Sentir le moment advenir par des bruits perceptibles, laisser monter les conjectures et envisager les changements à son goût ou raisonnés à l’aune des exigences stratégiques en fonction l’état des forces politiques en présence, sont des plaisirs rares et mimétiques qui nous placent un moment à l’égal du Chef de l’Etat.
Car l’exercice révèle la toute puissance du monarque républicain. Il choisit et révoque à discrétion son staff ministériel. Ses choix donnent à observer la capacité d’influence et l’entregent de celles et ceux dont les noms figurent sur la short list, égrenée, le jour venu, par le SG solennellement campé sur le perron de l’Elysée. À contrario, ils mettent en exergue celles et ceux qui ont failli et méritent la disgrâce.
Les ingrédients d’un bon gouvernement sont multiples : efficacité à l’intérieur, resserré dans son corps, loyal dans son action, forcément paritaire et représentatif d’une majorité politique à respecter. Face à la crise du politique, on lui adjoint aussi un artefact de « société civile » que René Rémond justifie comme un « acte d’humilité raisonnable des politiques, convenant que la politique n’est pas tout et qu’il y a d’autres dimensions de la réalité ». Nicolas Sarkozy en élargira le champ avec l’ouverture à des personnalités du bord opposé (il en subira les affres au moment de sa réélection).
Le plaisir de l’observateur s’affûte en constatant le respect des critères qui, sur le papier, fondent un bon gouvernement. La vie politique et le team building autour de Matignon se chargeront d’en confirmer l’augure.
Reste le message à retenir d’un remaniement. Le geste en tant que tel doit dire quelque chose ; signifier un changement, une rupture, un nouvel élan ou un nouveau cap. Force est de constater que le Gouvernement de Jean Castex - un PM sarkozyste succède à un PM juppéiste - s’inspire du slogan de campagne du successeur de De Gaulle en 1969 (repris par VGE) : « le changement dans la continuité ». L’effet de surprise, induit par le retour improbable de Roselyne Bachelot en Castafiore de la culture et de l’entrée dans l’arène politique d’Eric Dupond-Moretti, cache tant bien que mal la reconduction des mêmes. On ne change pas une équipe qui gagne. Il ressort de ce constat une cause et une conséquence.
En cause, la faiblesse intrinsèque des ressources humaines, non seulement du Macronisme mais du milieu politique. Conspuée sans cesse dans un monde ouvert à la dérégulation libérale qui a déplacé les lieux de pouvoir et d’aisance hors de l’Etat, l’élite républicaine se disperse dans l’anonymat d’aires de jeux moins exigeantes et plus lucratives que la conduite des affaires publiques. À cela s’ajoutent les effets disruptifs de la dernière élection présidentielle. Parti de nulle part, Emmanuel Macron a puisé les forces vives de son incarnation politique dans un débauchage conforme à son projet politique. Le vivier s’arrête aux limites du centre droit.
En conséquence, le remaniement donne à voir la désuétude de son usage. Il relève d’un réflexe où le temps présidentiel était en mesure de se réinventer d’une élection à l’autre. Le quinquennat a balayé cette façon de faire et il est curieux qu’un tenant du nouveau monde s’en remette à ce concept suranné.
Le quinquennat a cassé le rythme de la Vème République, il a compacté un mandat désormais conçu d’un seul bloc. Certes, il est fait de séquences plus ou moins marquantes, mais elles doivent plus aux circonstances qu’à une action politique planifiée. Pour preuve, l’acte 2 envisagé après la crise des gilets jaunes n’a pas imprimé. Comment alors envisager pouvoir passer à un acte 3 pour les 600 derniers jours du quinquennat, fût-ce avec un nouveau PM et un nouveau gouvernement?