Il est loin le temps où l’hémicycle fut le cœur battant de la démocratie. Celle qui d’après Winston Churchill est « le pire des régimes à l’exception de tous les autres » est bien fatiguée. Elle s’interroge sur son modèle et le niveau de représentation qu’elle suscite pour demeurer.
La représentation nationale paye au prix fort les atermoiements marcescents des sociétés en crise et leur besoin contrarié de se faire entendre. Faute de rectitude, elle y met du sien dans des exercices d’autoflagellation telle cette mode surgissant des limbes de la transparence incitant certains députés à estampiller les amendements qu’ils défendent, du nom des agents d’influence qui les ont rédigés. La fierté d’un homme, élu du peuple, ne tient plus à grand-chose. Les faux semblants sont dépassés.
Convulsivement, mais en voie d’organisation, la société rejette les dominations et les hiérarchies, les genres et les autorités. La légitimité politique des élus n’a plus de sens dès lors que l’on pense comme Jean-Jacques Rousseau : « toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifié est nulle ; ce n’est point une loi. » On sait où ça conduit. Election et représentation sont balayées par une envie furieuse d’advenir à l’expression de tous qui serait la décision de chacun. Si, la démocratie a un avenir, passera-t-elle encore par le Palais Bourbon ?
De déclaration d’intérêt en suppression de cumul de mandats, la valeur des députés décline. Elle s’effiloche au vent de la stigmatisation perpétuelle qui rabaisse l’honneur du titre aux exigences d’un groupe socioprofessionnel. Les cadors de l’éloquence et les bretteurs idéologues, les ambitieux volontaires et les fines lames de l’argutie juridique, les maîtres du rapport de force et les élites talentueuses ont déserté la fonction. Faut-il qu’elle soit tombée en désuétude pour lui préférer la magistrature suprême d’une sous-préfecture ou d’un chef-lieu de canton ?
Les députés, choisis sur leur nom et pour une étiquette, sont désormais doublés sur les extérieurs. Hors de tout fondement institutionnel, l’heure de la démocratie radicale a sonné. Elle supplante le parlementarisme rationnalisé, c’est dire ! Le recours au hasard vaut mieux que le déficit du suffrage universel. Le coup est parti avec la Convention citoyenne pour le Climat, bel aéropage que leurs thuriféraires définissent comme « celles et ceux qu’on entend pas d’habitude ». Suite à l’engagement du PR de reprendre leurs 146 propositions (sur 149), il en est ainsi décidé. Pour preuve, c’est une délégation de douze citoyens qui a rendez-vous avec Barbara Pompili et Bruno Le Maire mercredi pour en préciser la déclinaison réglementaire et législative. Apparemment, ils devraient être rejoints par les partenaires sociaux, des élus locaux et des experts. Les parlementaires ont-ils été conviés? Qu’à cela ne tienne. Ils sauront bien assez tôt ce qu’ils auront à entériner.