19 février 2008
L'indépendance du Kosovo
On avait déjà du mal à s'enthousiasmer pour le traité de Lisbonne. La proclamation unilatérale d'indépendance du Kosovo rajoute à la déliquescence de la belle idée européenne telle qu'elle est issue du projet salvateur de la seconde moitié du XXième siècle.
L'Union européenne s'enfonce dans une curieuse dualité. Par devant, elle tricote laborieusement des règles de vie commune à partir desquelles elle espère maîtriser sa destinée dans la mondialisation. L'objectif est imparable. Par derrière, elle s'abandonne, impuissante aux relents d'un autre siècle dans un morcellement dérisoire de son territoire. Bien sur, il y a le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et celui des Kosovars vaut tout autant qu'un autre, si ce n'est plus pour prix du sang versé dans un conflit armé. A cette heure, on attend avec un brin d'impatience les premières exactions entre wallons et flamands.
En réponse à ces conflits d'identité et d'appartenance qui font son histoire immémoriale, l'Union européenne n'aura finalement pas trouvé mieux que les vielles recettes d'antan qui ramènent au nationalisme enchâssé dans des frontières. Elle y rajoute sa pâte interventionniste dans un esprit pacificateur et vertueux conditionné à la promotion des valeurs de démocratie et de tolérance. Quant bien même, il a été bâti sur des discriminations ethniques et religieuses, le Kosovo va être aidé dans sa démarche émancipatrice par une Mission européenne dispendieuse afin de "guider et conseiller les institutions kosovars dans tous les domaines liés à l'Etat de droit, d'établir une justice indépendante et multiethnique de même qu'une police multi-ethniques".
Cette lente - et inexorable ? - évolution, marquée aujourd'hui par la symbolique glorifiée d'une liberté retrouvée des Albanais du Kosovo, devient le gage aléatoire de la stabilité au coeur de l'Europe comme à ses contours. Au prix de certains renoncements, sans peut-être avoir la force d'agir autrement, elle se laisse finalement aller à l'effritement au point de faire peser une menace sur sa propre identité.
27 janvier 2007
Et l'Europe dans tout ça?
L'Europe n'est pas un sujet brûlant ou clivant de cette campagne électorale. On peut le regretter sans pour autant s'en étonner. D'abord il faut prendre une élection nationale pour ce qu'elle est. Dans cette campagne, les candidats sont enclins à privilégier l'expression sur des thèmes en rapport avec la vie quotidienne de leurs compatriotes et sur lesquels l'action d'un Chef de l'Etat, affublé d'un Gouvernement, exerce une prise visible et sure. Certains sont toutefois moins muets que d'autres. Ensuite, force est de reconnaître qu'en la matière le peuple n'est pas exempt de responsabilité.
Ce silence lourd et pesant reflète le détournement politicien et irréfléchi de notre idéal européen. De fait, il met en exergue la perte d'influence avérée de notre pays sur un projet d'avenir dont il était l'un des inspirateurs.
Ces dernières années, le peuple français a entretenu avec la construction européenne un débat passionné et totalement vicié. A l'appui d'un sondage qui donnait 72% de français favorable au projet de Traité constitutionnel Européen (TCE), le Monde du mercredi 8 octobre 2003 titrait: "Europe : la Constitution et le référendum plébiscités". Le point d'orgue de ce débat culmina avec la consultation référendaire du 29 mai 2005 et la large victoire du "non" le projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE). Or le malaise suscité par ce résultat n'a pas été levé. De part et d'autre, chez les ouiistes comme chez les nonistes, on préfère le silence compassé comme l'effet inconscient d'avoir, somme toute, commis une grosse boulette.
Effectivement, tout ça ne fait pas bonne figure et desserre les intérêts bien compris de notre pays. Avec le recul, l'opinion et plus encore les leaders politiques se rendent compte que le choix bravache, mais stérile, du non au TCE n'a pas arrêté le temps et qu'il a encore moins modifier le cours des choses. Pour preuve cette réunion à Madrid des dix-huit Etats membres de l'Union ayant ratifié le projet de traité constitutionnel. Voilà où se trouve la dynamique européenne. Incapables, comme celà était prévisible de pouvoir proposer une alternative crédible au TCE, la France en est exclue.
Ne croyons pas trop vite que les avancées émises par ce club des pays du "oui" seraient l'expression d'une complaisance à l'égard des autres. Le statu quo du Traité de Nice n'est plus tenable. C'est le point d'accord à partir duquel il va falloir avancer. Pour autant, il est suivi de près d'un postulat qu'a clairement exprimé le chef de la diplomatie espagnol: "Le problème, ce n'est pas le traité constitutionnel. Notre conviction est qu'il est la solution (...), jusqu'à présent, personne ne nous a présenté une meilleure option pour l'avenir de l'Europe".
02 juin 2006
L'Europe en miette
Décidément, le projet européen n'en finit pas de sombrer. Le dernier accident de l'Europe puissance, c'est l'indépendance du Monténégro. Au nom de principe de l'autodétermination des peuples, cette petite province des Balkans, aussi peuplée que l'agglomération bordelaise, retrouve le profil d'une Nation souveraine. Suivant en celà le chemin emprunté par beaucoup d'autres micro-Etats, nul doute qu'elle a vocation à devenir un membre de l'Union européenne.
Ce n'est pas faire offence au Monténégrins que de penser qu'ils viennent avec l'aval de l'Union européenne qui aurait organiser le scrutin sur l'autodétermiantion, de dénaturer un peu plus le projet politique de l'Europe au prétexte de vouloir s'émanciper du joug de la Serbie. En même temps, ça n'empêchera pas le Mondial de football, autre concert des Nations, d'accueillir dans une semaine l'équipe de Serbie-Monténégro. Comme quoi le foot voit plus grand que la politique.
Un an après le rejet du projet de Traité constitutionnel européen par le France et les Pays-Bas, l'Union européenne est en panne. Elle paye le laxisme de ces 15 dernières années au cours desquelles on a privilégié l'élargissement au détriment du renforcement de son organisation interne et de la vision fondatrice. Le projet de puissance politique à l'échelle du monde est bel et bien abandonné et l'on assiste béat à l'émiétement territorial de l'Europe. A quoi bon alors s'opposer à l'indépendance du Pays Basque ou de la Corse. Au nom de quoi dénoncer les visées sécessionnistes revendiquées en Italie ou en Belgique? De même, on peut s'interroger pour savoir jusqu'à quand, on pourra s'opposer à des lois européennes sur le modèle de la fameuse et défunte Directive Bolkestein.
29 mai 2006
La construction européenne
Funeste anniversaire pour les partisans de l'Union européenne, ...et pour les autres aussi.
L'an dernier, les français rejetaient fermement le Projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE). De fait, ce vote incontournable a rompu la dynamique de la construction européenne. Car comme l'explique très bien Marc Abélès dans son dernier ouvrage "La construction européenne est conçue sur le mode de l'engrenage." Par la même, ce mouvement qui va perpétuellement de l'avant dans "une création continue" et donc inachevée, suscite des frustrations.
Or ça peut être pire en cas d'inertie.
Parce qu'elle est immobile, l'Europe est source d'incertitude. Contrairement à un système politique classique, le résultat du référendum français du 29 mai 2005, suivi à quelques jours de celui organisé aux Pays-Bas, n'a généré aucune alternative. Valéry Giscard d'Estaing a eu raison de fustiger une nouvelle fois, ceux qui annonçaient un plan B. Et pour cause, le Projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE) est issu d'un compromis obtenu après plusieurs mois de travail au sein de la Convention européenne. Rappelons quà ce jour quinze pays de l'Union ont ratifié le TCE. Au nom de quoi leur OUI vaudrait moins que notre NON? Car comme l'explique Marc Abélés :" Tout le système institutionnel européen fonctionne à la négociation et au compormis." Tous les oukases proférés par les nonistes ne pourront rien contre cette nouvelle façon de faire de la politique à la recherche du bien commun européen dans l'intérêt de 25 Etats membres et de leurs peuples.
Un an après, nos compatriotes ont la lucidité de reconnaître les effets désatreux du vote du 29 mai 2005.
20 janvier 2006
L'Europe est en marche
L'Europarlement va de l'avant. A une forte majortié(1), il vient d'adopter un rapport favorable au maintien du Projet de constitution issu de la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing. Les eurodéputés vont même plus loin. Ils préconisent carrément une entrée en vigueur du texte en 2009. Why not?
Rappelons que du côté du processsus de ratification à l'échelle de l'Union, le score est pour l'instant de 13 à 2. 13 Etats membres ont ratifié le projet de constitution, tandis qu'avec les Pays-Bas, nous l'avons violement rejeté. On se console comme on peut en se disant qu'on est pas tout seul dans cette galère, même si 2 contre 13 ça pèse pas lourd. Pas étonnant que le Président de la République, le Premier ministre et son ministre de l'économie, rament (comme des galériens) pour offrir à la gastronomie française sa TVA à taux réduit.
Décidement on est pas du côté du manche. C'est bien beau de se rengorger de notre valeur passée au nom du mythe fondateur. C'est élégant de vanter à nouveau les vertus du couple franco-allemand feignant de croire que sans lui rien n'est possible. Il n'empêche. Notre crédit est atteint et toutes nos propositions pour rattraper le coup du référendum, font Pschitt. Comment peut-on croire au succès d'une nouvelle négociation pour aboutir à un nouveau compromis? Le projet tel qu'il existe, est déjà un compromis. Il a été obtenu dans un cadre totalement démocratique, la convention présidée par Giscard ayant effectué, en toute transparence, un gros travail pour accorder les points de vue et rapprocher les positions. Non, il n'y a pas de plan B, sauf à en prendre pour 20 ans de gesticulations diplomatiques. Et même si les eurodéputés ne manquent pas d'idées pour poursuivre le chantier, c'est à nous, français, de trouver la solution. L'idéal, comme l'a préconisé Giscard serait d'obtenir de nos partenaires l'autorisation d'un vote sur la partie institutionnelle du projet qui constitue la seule novation par rapport à l'état actuel de la législation européenne. A défaut de nous sortir nous-même de l'impasse dans laquelle nous nous sommes mis, nos partenaires pourraient bien finir par poursuivre la route sans nous. On aurait l'air fin.
(1) Les socialistes français se sont abstenus
23 novembre 2005
La Chancellière est à Paris
Angela Merkel n'est pas rancunière.
Malgré le non au référendum du 29 mai, la nouvelle chancellière d'Allemagne accorde sa première visite officielle à la France. Pour tous ceux qui défendent une europe unifiée autour des valeurs des pères fondateurs, c'est plutôt réconfortant. Car vu d'Europe, d'Allemagne et d'ailleurs, notre pays, a juste titre, n'a pas la côte. Arrogant et peu fiable: voilà les qualificatifs qui s'imposent quand les autres parlent de nous. Je ne reviendrai pas sur la balle dans le pied que nous nous sommes tirés ce 29 mai sauf à dire qu'elle nous a fait mal et que la plaie va mettre longtemps à cicatriser. A contrario, j'observe que la grande coalition qui vient de se mettre en place outre Rhin soutient le traité établissant une Constitution pour l'Europe: "il contient d'importants progrès en vue d'une Europe sociale équitable...C'est pour cela que nous nous engageons fermement en faveur de la continuation du processus de ratification de ce traité durant le premier semestre 2007". A lire cet engagement, on prend toute la mesure du geste de la Chancellière. Puisse la France en prendre la mesure.