26 avril 2006
Autosatisfaction bidon
Dans sa chronique, de l'hebdomadaire Challenges de cette semaine, Robert Schneider recense les raisons qu'auraient les syndicats de chanter victoire après la disparition du CPE. C'est un point de vue. Il est d'ailleurs partagé par bon nombre de commentateurs qui ont cité au bilan de cette crise, la restauration de l'unité syndicale (comme si l'unité de la représetation salariée dans ce pays constituaint en soi un progrès). De fait, Bernard Thibault en ouvrant les hostilités du 48ème congrès de la CGT, lundi dernier, pouvait se vanter d'un "succès collectif des forces syndicales." Même si à entendre les sifflets ayant accueilli François Chérèque, leader de la CFDT, à ce même Congrès, on peut s'inquiéter pour la pérennité d'un "syndicalisme rassemblé" et fraichement ressucité, l'humeur, et la communication, sont à l'autosatisfaction.
Pourtant, il est permis de s'inquiéter des fondations sur laquelle s'appuie cette euphorie circonstancielle. Elle tient davantage au plaisir d'avoir fait plier le pouvoir politique qu'à une prise de conscience syndicale des enjeux réformistes que notre pays ne cesse de repousser. Le goût du châtiment infligé à Dominique de Villepin est certes agréable à ceux qui n'avaient que cet objectif à courte vue. Il n'en laisse pas moins intact un problème structurel grave s'agissant de la capacité de notre modèle social à intégrer les jeunes dans l'emploi. Par ricochet, il porte atteinte au rôle irremplaçable de l'entreprise dont les sociétés doivent tirer la richesse nécessaire à leur développement. A l'inverse, il préserve artificiellement le paradigme de l'action publique, alimentant une confiance aveugle et illusoire dans la capacité redistributrice de l'Etat.
Face à cette situation, relayée complaisamment par une gauche en mal de cohésion, les forces syndicales n'ont apporté aucune preuve de leur lucidité. Elle n'ont proposée aucune alternative, se limitant à un affrontement frontal, aidées en celà par l'entêtement buté et l'improvisation démoniaque du Premier ministre. Surtout, elles n'envisagent pas un seul instant d'assumer une part de responsabilité dans la recherche de solutions novatrices et négociées. Non content d'avoir "corriger" le pouvoir politique, le pouvoir syndical campe sur son opposition stérile. Il attend de voir venir.
Le pire dans cette posture, c'est la troisième victoire citée par Robert Schneider. Dans un raccourci simplificateur, et pourtant non dénué de fondement, il considère que la crise du CPE entérine la réconciliation des syndicats avec la jeunesse. Ou comment faire le malheur des gens avec leur consentement...
10 avril 2006
Tout ça pour ça
Le Premier ministre a fini par baisser les bras. Il faut dire que son entêtement devenait lourd à porter. Après avoir fait montre d'une détermination sans faille, il s'est finalement dégonflé ce soir, au 20h00 de TF1.
L'article 8 de la loi égalité des chances qui instituait le CPE, cet objet juridique non identifié disparait. Pour sauver la face du Premier ministre, on lui substitut les bonnes vielles recettes du traitement social du chômage financés sur fonds publics. C'est pas très efficace, mais au moins ça donne au pouvoir politique l'illusion d'agir, et donc d'être utile. Jean-Louis Borloo voit là l'occasion de nous ressortir son plan de cohésion sociale. Tout ça pour en arriver là! Le Premier ministre perd d'un coup le crédit acquis grâce à sa démarche bravache qui faisait un contrepoids salvateur à tout ce que l'on avait déjà connu comme renoncements et retraits divers. Si le retard qu'il aura mis a reconnaître ses erreurs rend le désaveu si cinglant, c'est plus encore en demeurant à Matignon qu'il décridibilise totalement la posture qu'il s'était choisi. En refusant la démission qui aurait eu le mérite de la cohérence, Dominique de Villepin, devrait aller jusqu'à perdre le prestige qu'il croyait incarner au yeux d'une électorat susceptible de l'accompagner sur la route de la prochaine élection présidentielle.
Je passe rapidement sur le renoncement du Président de la République qui n'indigne même plus personne. Il est coutumier du fait et rajoute un volte face peu glorieux mais tellement emblématique de son bilan.
Reste Nicolas Sarkozy pour qui la donne est un peu différente. Bien qu'affaibli, il prend l'ascendant sur celui qu'on avait placer sur sa route pour le faire trébucher. Au regard des arrières pensées et chausses trappes du camp chiraquien, c'est plutôt positif. Le substitut au CPE est loin de correspondre à son fonds de commerce Elyséen. Il n'empêche, le retour des emplois aidés met un terme à la crise que le Ministre de l'intérieur peut se prévaloir d'avoir su gérer sans bavure. Le calme revenu dans les esprits et dans les facultés, ll lui faut désormais laisser passer un peu de temps pour retrouver toute la portée de son discours sur la rupture qui veut dire la réforme et surtout adapter la méthode qui va avec. Sur ce point et comme dirait le Premier ministre, il faut tirer les leçons de l'échec.
08 avril 2006
Les leçons du CPE
Après la face obscure du CPE qui incarnerait une société fondée sur la légalisation de l'arbitraire et la normalisation de la précarité, voyons quel peut être le côté positif du débat qu'il suscite. Sur ce versant des choses, je ferai deux remarques.
La première, c'est que le CPE met en évidence la difficulté que notre société rencontre pour faire entrer des jeunes dans la vie professionnelle. Ce constat semble aujourd'hui partagé qu'on soit patron ou syndicaliste, de droite ou de gauche, parent ou enfant. C'est peut-être là l'acquis du CPE. Il peut fonder une prise de conscience et montrer à tout le monde que le temps des concessions est venu, celui de la voloné et de l'effort aussi, pour servir l'intérêt supérieur du pays en arrêtant de priver sa jeunesse d'avenir.
La seconde remarque porte sur la piste originale empruntée par le CPE. Pour la première fois depuis près de 40 ans - la première politique spécialement dédiée à l'emploi des jeunes doit bien dater de Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981, en plein choc pétrolier qui signale l'avénement du chômage de masse - on sort de la logique du financement public pratiquée par tous les Gouvernement sans exclusive. Qu'il s'agisse des emplois aidés ou du principe des exonérations de charges sociales ou fiscales pour les entreprises en contrepartie de l'embauche, le manque à gagner en cotisation sociale ou impôt était compensé par le budget de l'Etat, lui-même financé par des impôts et du déficit générateur de dette. Par la même, on veut reconnaître que l'emploi doit venir avant tout des entreprises et qu'il convient de faire évoluer en conséquence un marché du travail qui manque cruellement de régulation et de fluidité.
Nonobstant la gestion politique de la crise qui semble susciter un certain caffouillage au sommet de l'Etat, le CPE va peut-être générer une lucidité collective: de quoi nous permettre d'entrer, comme d'autres, dans la modernité. Dans la France d'après...
07 avril 2006
La sortie de crise ou la tête désorientée de l'Etat
Contrairement aux espérances et à la bienséance institutionnelle, l'intervention du Président de la République, n'aura pas vraiment contribué à régénérer l'état social et mental du pays. La confusion règne en maître et la répartition des rôles au sommet de l'Etat demeure suspecte d'incohérence.
A la lecture, reposée et répétée, du message présidentiel, cette situation n'est franchement pas étonnante. Au regard du temps qui passe, elle gagne en incertitude au risque d'inquiéter sérieusement les fondamentaux de la cohésion sociale. De fait, dans moins d'un an, les échéances ayant peu de chance d'être anticipée, la présidentielle pourrait, une nouvelle fois, constituer un excellent terrain de jeu pour les déclinologues de tout poil.
En détaillant le jeu des acteurs, on peut juger facilement de la débandade.
Nicolas Sarkozy, prompt à intervenir à la suite du Président de la République a du en rabattre dans ses velléités de devenir l'homme lige du recours. Vu la hiérarchie du pouvoir qui n'est pas celle des compétences, c'est plutôt normal. Il n'est que le numéro bis du Gouvernement et Président du parti majoritaire. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas tout.
On trouve ensuite un couple improbable, sorti du chapeau comme une paire de lapins effrayés au milieu d'une piste de cirque. Constitué des¨Présidents des groupes parlementaires de l'UMP, il incarne le modique et modeste compromis entre le Président de l'UMP dont l'Elysée veut contenir l'ascendant et le Premier Ministre que l'Elysée doit maintenir à flot. Pour rendre cet attelage un peu plus bancal et compenser l'inexpérience avérée des deux Présidents, ils sont escortés lors de leurs consultations des deux ministres en charge du travail et de la cohésion sociale. Une fois de plus, on dira que le Parlement travaille sous contrôle. Cette intrusion ministérielle illustre également bien la stratégie conduite par le Premier ministre. Depuis le début de la crise, il entend bien embarquer l'ensemble de la majorité sur son frêle esquif au risque de faire sombrer tout le monde lors des prochaines échéances présidentielles. A cet égard, qu'il confie au Journal du Dimanche de la semaine dernière son amertume envers "[ceux] qui cherche en permanence à monter les uns contre les autres" est plutôt cocasse et relève d'une hypocrisie malveillante.
Le Premier ministre justement, l'homme qui vit les bras en l'air. Parlons-en. Tel un gosse ayant cassé son mécano, il parait peu ébranlé par le chaos qui demeure autour de lui. Il continue de défendre son attitude et sa rapidité. Il conditionne ainsi son isolement et s'enorgueillit maladroitement de sa solitude. Déterminé, non seulement il ne veut pas démissionner mais sait trop bien que le Président de la République est incapable de le lui demander. Alors, stratège de la guerre de mouvement, il convoque une conférence de presse afin de présenter un florilège de réformes. Au delà de leur intérêt intrinsèque, le Premier ministre recherche dans ces nouveaux chantiers la vertu émolliente d'une diversion contre le CPE et son abrogation annoncée.
Dans ce jeu de rôle digne d'Ubu, n'oublions pas l'opposition et plus particulièrement celle dont on pouvait espérer voir venir une alternative. Le Parti socialiste n'a fait qu'enregistrer la crise de régime sous-jacente. A la radicalité d'un Premier ministre, enfermé dans les certitudes guerrières d'un hussard qui ne serait pas de la République, la réaction contre le CPE, outre qu'elle fasse renaître un front syndical buté et borné, répond par un vide sidéral en matière de proposition constructive pour faire entrer les jeunes dans la vie professionnelle. Faut-il s'en étonner quand un sondage, de l'IFOP, l'entreprise de la Présidente du MEDEF, nous apprend que 43% des français enrichissent leurs idées à l'extrême gauche? Non. Faut-il s'en inquiéter? Oui.
31 mars 2006
Et Chirac parla
Le silence se fit dans le pays mais ça commencait mal. Un incident technique en début d'intervention venait donner un mauvais écho à la parole présidentielle. Comme si, pour ce faire entendre d'une jeunesse décervelée qu'il ne comprend pas, il avait eu besoin de repêter chacune de ses phrases, scandées dans un débit monotone.
Après la décision du Conseil constitutionnel, intervenue hier soir, 24 heures n'auront pas été de trop pour préparer et enregistrer l'allocution du Président de la République qui devait nous sortir de la crise. En charge de la cohésion nationale, Jacques Chirac a, une nouvelle fois, tenté de trouver les mots qui mis bout à bout, auraient pu permettre de satisfaire tout le monde afin de ne déplaire à personne. Un coup pour Villepin et la loi égalité des chances sera promulguée au plus vite, n'en déplaise à ses opposants. Un coup pour les syndicats avec une injonction au Gouvernement pour opérer sans délai deux révisions majeures au CPE - réduction de la période d'essai et motivation du licenciement - avec en prime l'ouverture d'une série de négociations, sur l'université, l'emploi des jeunes ou la sécurisation des parcours professionnels.
C'est ce qui s'appelle faire le grand écart en enrobant le tout d'un message compassionnel larmoyant dont notre Président a le secret. Malheureusement cette gymnastique stylistique risque de ne contenter personne, ni les syndicats et les troupes de lycéens et étudiants contestataires qui faisaient du retrait du CPE un préalable, ni le Premier ministre dont l'oeuvre machiavélique censée l'élever au firmament de l'élection présidentielle, est totalement vidée de sa substance. Un CPE au condition de Jacques Chirac, c'est un CDI en mieux pour le salarié. Le Gouvernement va désormais devoir forcer son talent pour faire passer ses réformes.
En fait, l'allocution du Président de la République pousse jusqu'à la caricature l'autisme qui prévaut dans chaque camp et leur constance à privilégier l'affrontement jusqu'au boutiste comme le démontre le décalage de leurs décision respectives, à contre courant les unes des autres. C'est le Premier ministre qui lance les hostilité. Villepin présente à la sauvette un projet de contrat de travail fléxible. Les forces sociales, ou ce qui leur serre de représentants, se cabrent. Ils n'ont pas été consultés. Ce n'est qu'une fois son projet adopté par le Parlement, la contestation ayant pris de l'ampleur qu'il se dit prêt à ouvir des négociations sans pour autant toucher au CPE. Mais l'unité syndicale mirauleusement reconstituée ne veut rien savoir tant avant le retrait du CPE. Un partout la balle au centre. Il faut donc en appeler à l'autorité suprême. Le Président de la République s'exprime, mais avant même de l'avoir entendu une manifestation anti CPE était déjà programmée pour mardi prochain.
En refusant de trancher comme à son habitude, le Président de la République a décidé d'une solution juridiquement ubusque - promulger une loi tout en demandant sa modification avant son application. Ainsi, il renforce le ridicule de la situation. De fait, on en est arrivé à une telle entêtement stérile de part et d'autre qu'on peut se demander si le vainqueur politique ne risque pas d'être désormais celui qui cédera le premier à l'autre. La promptitude avec laquelle Nicolas Sarkozy est intervenu ce soir donne prise à cette idée. Car au fond, loi promulgée ou pas, négociation engagées ou non, le CPE est mort-né. Compte tenu du climat social qu'il a instauré, il y fort à parier que rares seront les chefs d'entreprise à recourir au CPE.
30 mars 2006
Sortir du CPE
Avec ou sans préavis...il faudra bien sortir du CPE, politiquement s'entend. Dans un excellent billet Koz établit un parallèle intéressant entre le discours qu'a donné lundi soir à Douai, Nicolas Sarkozy en sa qualité de présidentiable et des réflexions de François Chèréque, Secrétaire général de la CFDT, tiré de son livre Réformiste et impatient. Le rapprochement des points de vue sur notre modèle social est saisissant.
Je passerai sur les sous-entendus perfides consistant à dénoncer l'opportunisme présumé du Président de l'UMP pour gommer son image "libérale" en faisant vibrer la fibre sociale qui sommeille en chacun de nous. Ce qui est intéressant c'est le constat partagé entre un leader politique et un responsable syndical que la tradition établie dans notre pays a l'habitude d'installer dans une opposition idéologique perpétuelle systématique et irrémédiable. Or quand l'un dénonce "l'immobilisme qui tue", l'autre prétend que "c'est le changement qui nous protégera". Avouez qu'il y a un postulat encourgeant pour entamer une discussion entre politiques et syndicalistes.
A l'heure où j'écris ce billet, le Conseil Constitutionnel, tel un oracle n'a pas délivré sa sentence sur le CPE. Pour autant, quelque soit sa décision, il y aura bien un après CPE sur le front de la réforme. Comment les forces vives devront s'engager sur la voie du mouvement? Il en va plus que jamais de la crédibilité des corps morts intermédiaires, partis politiques comme organsiations syndicales qui est bien entamée au regard des résultats des scrutins électoraux, citoyens comme professionnels.
Enervé par le renoncement émoliant que supporte notre société, et non dénué d'arrières pensées machiavéliques comme le démontre merveilleusement Françoise Fressoz, le Premier ministre a opté pour le passage en force. Le risque n'a pas forcément était calculé. Il a néanmoins le mérite d'amener les parties en présence à aller jusqu'au bout. Ainsi, une fois son paroxysme atteint et quels que soient les dégâts, l'affrontement devra inévitablement déboucher sur quelque chose pour offrir des opportunités créatrices. A plus ou moins long terme les solutions ne manquent pas pour imaginer la France d'après. D'ici l'échéance électorale de 2007, c'est plus délicat. Désormais, tout incombe au Chef de l'Etat. Son retrait, ou plutôt l'effacement qui a caractérisé son attitude depuis la début du conflit, rend plus grande sa responsabilité pour sortir de la crise. Rapporté à cette phrase maudite lancée à un panel de jeunes lors d'une émission télévisée au moment de la campagne référendaire pour le projet de traité constitutionnel européen, il la rend aussi plus compliquée.
28 mars 2006
En Angleterre aussi!
Certains jouent des distances pour s'extraire à bon compte des méfaits du modèle social français. Cette nouvelle devrait mettre à mal leurs certitudes s'agissant des avantages comparatifs au sein de l'Union européenne qui sait si bien pratiquer l'harmonisation en toute chose. Moi je suis d'accord pourvu que ce soit par le haut. Quant à notre Premier ministre celà lui mettra peut-être du baume au coeur à l'idée de se sentir moins seul dans l'action, la détermination et...la contestation. A ce propos et sur le strict plan de la méthode politique, j'ajouterai juste une nuance à l'adresse de ceux qui non sans raison, se piquent de comparaisons ici ou là. Tony Blair est aux affaires depuis 1997, Dominique de Villepin est arrivé, il y a dix mois.
23 mars 2006
Droit dans ses bottes
Dominique de Villepin reste inflexible. Partout où il parle, à l'Assemblée nationale ou de Matignon devant 400 parlementaire de l'UMP, il renouvelle sa détermination à maintenir le CPE. Christophe Barbier, toujours excellent pour discerner l'essentiel dans l'accessoire, nous donne le calendrier tactique du Chef du gouvernement sur le CPE. La majorité craquelle au niveau de son unité, mais pour l'instant le bateau ne recense aucune chaloupe à la mer. C'est là l'arme fatale du capitaine Villepin. Il embarque tout le monde dans l'aventure. Ca passe ou ça casse. On retrouve la geste Gaullienne qu'il affectionne tant: moi ou le chaos avant "la réforme oui, la chienlit non!".
Durant les premiers mois à Matignon, le Premier ministre avait su tempérer ses ardeurs. Il était apparu en homme d'écoute et dialogue, plutôt sensible à une approche sociale des problèmes à tel point qu'il bénéficiait d'une bonne cote auprès de l'électorat socialiste. Dans l'affaire du CPE, on retrouve Dominique de Villepin en personnage chevaleresque et impétueux dont il s'est ingénié à construire l'image et la filiation. Mais au delà des apparences et de la communication, on retrouve les caractérisitiques d'un parcours politique atypique qui interroge sur les valeurs démocratiques que Dominqiue de Villepin peut porter. Trois éléments donnent prise à cette remarque.
Le premier, c'est la référence au héros solitaire, seul contre l'avis de tous. Encore ce matin, Alain Duhamel, dans sa chronique sur RTL, évoquait la relation du Premier ministre au Bonapartisme. "Dans l'instant, Turgot, Napoléon, de Gaulle ne sont pas compris, mais leur sacrifice n'est pas vain (...). Les combats solitaires d'hier sont les évidences de demain." in le cri de la gargouille, p. 67 - 2002 - Albin Michel.
Le second, c'est la dissolution de 1997 dont il fut le démiurge. Un tel acte montrait le peu de cas qu'il pouvait faire des députés, élus du peuple et besogneux tâcherons chargés de relayer la parole gouvernementale en contrepartie d'une attention accordée à l'humeur des français. Toujours dans le cri de la Gargouille, p.55, le Premier ministre qualifie "la guerre des légitimités entre le législatif et l'exécutif" d'aporie(1).
Le troisième qui explique pour partie le second c'est l'absence totale d'onction électorale sur le cuir du Premier ministre. Celui-ci ne s'est jamais colleter au terrain gras des campagnes électorales. Il ne s'est jamais soumis aux basses oeuvres de l'élu, ces permanences rituelles où il faut rencontrer la déspérance humaine, la voir et la sentir à défaut d'y trouver des remèdes.
De fait, il manque un "vécu politique" au Premier Ministre que ces ennemis se sont plus a releverà plusieurs reprises. Cette lacune peut expliquer son attitude fixe et droite. Au point où en est la France, est-ce forcément rédhibitoire?
(1) In le petit Robert; aporie: difficulté d'ordre rationnel paraissant sans issue