19 novembre 2006
Les leçons de Ségolène Royal à l'UMP
Il y a beaucoup à méditer, pour l'UMP, de la victoire de Ségolène Royal à la primaire du PS.
Comme l'a reconnu Dominique Paillé: "Affronter une femme c'est un problème que nous aurons à résoudre, même s'il n'est pas insurmontable.". C'est peut-être une lapalissade, mais, c'est un élément non négligeable à prendre en compte pour la candidat naturel de l'UMP. Jusqu'ici, Ségolène Royal a su jouer de cette qualité sans scrupule. Il est évident qu'elle continuera.
L'âge de la candidate est également une donnée à retenir. Il peut signer l'avènement d'une génération, alors qu'à 75 ans, le Président de la République laisse planer le doute sur sa candidature. Là encore, même si on ne saurait fonder une campagne électorale sur la jeunesse, on peut escompter un mouvement de fonds qui disqualifie d'entrée des candidats ayant dorénavant du mal à compenser la force de leur âge par l'ampleur de leur expérience.
Enfin, les socialistes ont fixé le calendrier de la campagne. Le temps du débat interne et des circonvolutions étroites entre courants, clans, tendances ou sensibilités, est révolu. Il y aurait certainement un danger pour l'UMP à entamer un tempo différent tel que l'envisage les amis de Jacques Chirac, et notamment la ministre de la défense. L'UMP sortirait certainement très affaiblie des postures visant à contester la légitimité de Nicolas Sarkozy, avec le risque d'une disqualification dès le premier tour et un 21 avril à l'envers.
Un parti politique est le fruit d'un rassemblement d'hommes et de femmes désireux de créer une force collective. Si l'adhésion à un parti offre le droit de s'exprimer, de débattre et de discuter en son sain, elle implique également un sens minimum de discipline et un respect équivalent des règles qui s'appliquent à tous. Il est curieux que Michèle Alliot-Marie, pourtant dotée d'une certaine culture d'appareil, entende s'affranchir de ce fonds commun. L'aventure collective d'un parti oblige ses adhérents à mettre leur intelligence, leur conviction et leur détermination à son service. Proposer une alternative de l'extérieur sans même avoir osé le faire de l'intérieur n'aurait pas de sens. Sauf à vouloir jouer contre son camp. Là encore, même si elle y est aller à reculons, Ségolène Royal a joué le jeu du vote des militants. Elle en sort renforcée, auréolée d'un halo de modernité bienvenue. En cas de cafouillage à droite, les commentaires pourront ironiser sur les différences de pratiques, distinguant l'innovation des primaires d'un côté et l'archaïsme de la machine à perdre de l'autre.
17 novembre 2006
Quelque chose a changé
La victoire de Ségolène Royal dans la primaire socialiste est un événement qui donne un coup de vitalité à la politique.
Au regard du taux de participation, la qualité inédite de la compétition a su séduire l'électorat concerné (les militants du PS). Quant au score sans appel il a su mettre d'accord les candidats. Les socialistes ont la culture du débat et de l'affrontement interne, mais ils savent se retrouver pour les grandes épreuves. Les déclarations des fabusiens, de Dominique Strauss Kahn et même de Bertrand Delanoë pourtant ouvertement hostile à Ségolène Royal semblent confirmer cette qualité.
Indubitablement, la portée de l'événement est renforcée par le fait que le choix se fasse sur une candidate.
Pour la première fois en France, une femme peut devenir Présidente de la République. Ségolène Royal a su jouer de cet alibi qui porte dans un pays où le "sexe faible" est majoritaire. Au delà des apparences (qui ne sont pas négligeables loin s'en faut), elle a mis en valeur de les qualités intrinsèques de la gente féminine comme par exemple lorsqu'elle s'est exprimée sur sa victoire. Son intervention était moins emprunte d'émotion et d'éclat que de calme, d'assurance et d'apaisement. Ségolène Royal apporte un peu de douceur dans ce monde de brut. De fait, elle préempte une posture que Michelle Alliot-Marie tenterait vainement de récupérer pour la droite.
Enfin, Au delà de la féminité et bien qu'elle ne soit pas la perdrix de l'année, Ségolène Royal incarne la nouveauté. C'est sans doute ce que voulait dire Nicolas Sarkozy, quinqua comme elle, en déclarant qu'elle le protégeait. Jusqu'à présent, ils ont avancé de concert profitant d'une analyse comparative nourrie sur leur manière de faire de la politique en en appelant directement à l'opinion. Bonne ou mauvaise, dangereuse ou salutaire, cette méthode semble répondre à une attente. Ainsi elle envoie une génération au rancart, à commencer par Lionel Jospin et les éléphants du PS, mais également Jacques Chirac et, pourquoi pas Jean-Marie Le Pen.
Reste que le temps est long d'ici au premier tour de l'élection. Même si l'effondrement de Ségolène Royal espéré par certains et pronostiqué par beaucoup, y compris ici, ne s'est pas produit, la candidate socialiste va devoir maintenir le rythme. En même temps, un autre travail de rassemblement autrement plus corsé que celui du PS l'attend. Comme de bien entendu dans l'élection présidentielle où il faut agrèger une camp autour de son parti, "la madone des sondages" doit désormais sortir le PS de l'autisme dans lequel l'a placé la primaire et reconstruire l'union à gauche. Pour cet exercice, il n'est pas dit que la stratégie qu'elle a jusque là déroulée avec succès, soit suffisante et efficace.
18 octobre 2006
Le barnum socialiste: acte I
Il aura finalement eu lieu ce vrai-faux débat et il convient d'abord de saluer la performance physique des trois candidats. Rester plus de deux heures debout, c'est fort! Sur le fond, la prestation fut de bon niveau et a montré que nous n'avions pas affaire à des amateurs. Mais l'exercice impose une évaluation des un des autres qui appelle aussitôt une hiérarchisation.
L'enjeu essentiel tenait à la façon dont l'égérie des sondages qui font l'opinion, allait passer la rampe et le reste n'avait pas beaucoup d'importante en fait. Ségolène Royal a tenu son rang, toujours en altitude et dans l'évanescence des choses. Les Pôles de compétitivité, par ailleurs lancés par la majorité actuelle, parlent-ils aux vrais gens? Car, contrairement à ce qu'en disent les vieux barbons du commentaire politique (le plateau animé, sur les chaînes parlementaires, par Pierre Sled après la confrontation, rassemblait l'amicale des retraités de la carte de presse...Pitoyable!), c'est ailleurs qu'il faut aller chercher l'intérêt de cette confrontation et le gagnant n'est pas forcément celle que l'on croit. N'oublions pas que malgré le battage médiatique, ce barnum ne concernent que les militants du PS. Ce sont eux, et eux seuls qui sont décisionnaires. Il faut donc pouvoir espérer compter sur leur faculté de discernement, leur engagement et leur autonomie de réflexion.
Professeur irréprochable et promoteur, lucide autant que raisonnable, de la sociale-démocratie, Dominique Strauss-Kahn a joué une stratégie de second tour duquel il croit pouvoir sortir en vainqueur. Le plus consensuel des trois, il s'est montré affable à l'égard de ses "compétiteurs".
Rappelant qu'une élection, a fortiori présidentielle, c'est avant tout un combat, Laurent Fabius aura été le plus vindicatif parfois au risque d'humilier - certainement sans déplaisir - ses camarades à l'image de sa réplique à Ségolène Royal sur la réquisition de médecins en zone rurale. En traçant le sillon de la gauche radicale l'ancien plus jeune Premier ministre de France rappelle furieusement François Mitterrand.
Au delà de la personnalisation du pouvoir, l'élection présidentielle qui plus est avec le quinquennat, impose également le rassemblement autour d'un homme (ou d'une femme). Contrairement à ses rivaux, Laurent Fabius n'oublie pas qu'après les primaires du PS, c'est la gauche qu'il faudra réunir. Or dans cet objectif, le Parti socialiste n'aura pas la tâche facile face à cette extrême gauche de plus en plus éloignée de la raison qu'appelle une union indispensable pour la gagne. C'est ainsi qu'il faut apprécier l'outrance dans laquelle s'est placé Laurent Fabius.
François Mitterrand avait son programme commun. Laurent Fabius a sa hausse inconditionnelle du SMIC, les 35 heures et la nationalisation d'EDF, autant d'engagements qu'il aurait été bien en peine de défendre avec autant d'âpreté lorsqu'il était Ministre de l'Economie et des Finances dans le Gouvernement de Lionel Jopsin. La question est de savoir si, à l'instar de son mentor, Laurent Fabius saura gagner en crédibilité auprès du peuple de gauche...
P.S.: à retenir pour l'avenir (qui va venir vite), cette prémonition de Dominique Strauss-Kahn: "la droite arrivera désunie à l'élection présidentielle sans avoir débattu. Le PS aura débattu et arrivera unie à l'élection présidentielle". Vive le débat!
11 octobre 2006
Le barnum socialiste
En page 3, le Monde rend compte des négociations entre les staffs des candidats à l'investiture du Parti socialiste pour l'organisation de leurs confrontations télévisées et des meetings devant les adhérents du PS. C'est surréaliste d'exigences, de sophistications et de réglementations.
On est un peu surpris de cet excès de zèle procédurier et ce maniérisme pointilleux entre camarades. On est loin de la simplicité d'un Parti qui tire sa force d'un militantisme pratiqué dans des sections locales se réunissant dans un arrière fond de salle polyvalente enfumé. Mais pour ce qui est de sélectionner leur champion, les socialistes voient les choses en grand et préfèrent se donner des gages de modernité.
Cette mascarade appelle plusieurs remarques qui valent questions. Et comme l'on sait, poser une question c'est déjà y répondre.
La première remarque porte sur son impact médiatique . Dans son principe, le processus organise un vase clos à l'intérieur duquel la famille socialiste va s'écharpé pendant des semaines pour choisir son candidat. Par sa nature partisane, cet exercice appelle une certaine confidentialité. Les français qui n'adhèrent pas au PS, n'ont a priori qu'un faible intérêt pour ses luttes intestines. Par surcroît, il n'ont pas voix au chapitre. Pour eux, le vainqueur de la primaire ne sera qu'un présidentiable parmi d'autres. Or quoi quand disent les chaînes parlementaires(1) les primaires socialistes reçoivent le label du spectacle médiatique national et les chaînes de télévision généralistes auraient bien aimées l'accueillir dans leur prime time. Au delà de savoir si le candidat socialiste sortira renforcé de ces primaires aux yeux de l'opinion, cette médiatisation outrancière jouera-t-elle en sa faveur lors du 1er tour de l'élection présidentielle qui reste tout de même l'échéance cruciale?
Le deuxième remarque concerne les limites de l'exercice du fait des règles que se sont fixées les socialistes. Les trois candidats en lice n'ont pas le même avis sur ces confrontations fraternelles censées évaluer leur potentiel pour mieux les départager. Ségolène Royal y va à reculons. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn y sont plutôt favorables. Il a donc fallu faire la part des choses et trouver un compromis minimum. Il y aura bien confrontations mais pas d'échange. Ainsi, les trois vedettes ont interdiction formelle de s'interpeller. Soumis aux mêmes questions, il ne pourront pas réagir à leurs réponses, affirmations, engagements ou positions respectives. Peut-on alors encore parler de débat politique?
Enfin la dernière remarque sera pour s'inquiéter du coût de ce barnum. Chacun des candidats disposent d'une escouade de communicants dont les émoluments sont inversement proportionnels à la rareté de leur travail puisque celui-ci se limitent souvent aux périodes électorales. Les confrontations télévisées vont mobiliser un studio, des techniciens et des journalistes. Bien qu'il soit malséant de lésiner sur le coût de la démocratie, la question vaut d'être posée s'agissant de qui va payer quoi. Ainsi, ces dépenses somptuaires seront-elles comptabilisées dans le compte de campagne du candidat socialiste?
(1) Les débats "les confrontations indirectes comparatives" pour reprendre la définition du Président de La Chaîne Parlementaire, seront retransmis sur La Chaîne Parlementaire et Public Sénat. Puisque l'occasion m'est donnée de dénoncer le caractère inique de ces deux chaînes, je le fais! Comme s'il revenait au Parlement de financer des chaînes de télévision.
26 septembre 2006
Le PS lance les primaires à la française
Pendant que Ségolène Royal densifie sa notoriété internationale au Sénégal, les éléphants du Parti socialiste se sont mis d'accord sur les règles de la campagne interne pour la séléction de leur candidat à l'élection présidentielle.
Même si on peut se demander si ce n'est pas un peu tard, il convient de saluer l'exercice de démocratie interne auquel se livre la principale formation de l'opposition. La chose est inédite en France.
En 1994, pour tenter de sortir la droite de ses vaines querelles qui avaient, par deux fois, fait le jeu de François Mitterrand, certains avaient en vain défendu la formule. La haine entre Edouard Balladur et Jacques Chirac n'en fut que plus grandiose. En 1995, les militants du PS avait bien dû départager Henri Emmanuelli et Lionel Jospin. Mais il s'agissait plus d'un artifice pour tenter de combler la distance qui séparait alors les hiérarques socialistes de l'opinion publique. Plus récemment, Nicolas Sarkozy avait préconisé la formule pour toutes les élections. Mais les bonnes intentions ont leurs limites, et le choix de Françoise de Panafieu pour les municipales de 2008 à Paris, a montré qu'on pouvait aussi maîtriser le processus afin de lui donner l'orientation souhaitée.
Le Parti socialiste va donc se lancer durant un mois et demi dans une animation inédite de la vie politique française. On pourrait trouver de nombreuses raisons pour railler cette démarche. D'abord parce qu'effectivement les jeux semblent être faits. En privilégiant l'opinion sur le Parti, Ségolène Royal a pris une longueur d'avance. Si elle conserve sa position dans les sondages, les militants auront du mal à l'écarter. Le nombre excessif des prétendants a également de quoi édulcorer l'exercice pour le ravaler au rang de concours de beauté. Ainsi trois des quatre candidats potentiels sont du même courant et ont défendu la même motion au dernier Congrès. De même, comment donner crédit au choix du candidat alors que le programme qu'il devra défendre a déjà été adopté par les militants au début de l'été dernier? Par ailleurs, le Parti socialiste joue avec les primaires la tentation de la division. François Hollande a toujours mis cet écueil au sommet de ses préoccupations. Pourra-t-il, une fois encore préserver l'unité du Parti quand on sent que Laurent Fabius n'est pas loin d'une stratégie sécessionniste? Enfin, en se donnant ainsi en spectacle pendant près de deux mois, les socialistes, outre le risque de frôler le ridicule en s'invectivant entre eux, vont négliger leurs alliés naturels. Ce n'est pas parce que le programme commun ou la gauche plurielle ont vécu, qu'ils devront s'exonérer d'un travail de rassemblement et de mobilisation à gauche dont on sait qu'il manqua cruellement à leur candidat de 2002.
En même temps, la démocratie française a besoin de pratiques novatrices que les citoyens doivent pouvoir s'approprier. Le fait que le candidat socialiste soit choisi par les militants n'est certainement pas étranger à la recrudescence des adhèsions au cours de ses derniers mois (210 000 adhérents, soit prsè du double qu'en 1995). Nonobstant la personnalité de Nicolas Sarkozy, ce fut également le cas, et pour les mêmes raisons, à l'UMP (275 140 adhérents à jour de cotisation 2006). Les primaires peuvent satisfaire un besoin d'expression populaire et contribuer à donner plus de forces aux partis politiques qui quoi qu'on en pense, concourent à l'expression du suffrage.
06 septembre 2006
Lionel Jospin, Combien de divisions?
Plus Lionel Jospin s'expose, plus Ségolène Royal s'impose.
Après une séquence émotion aux Universités d'Eté du Parti socialiste et une concession à la modernité avec l'ouverture d'un Blog, l'ancien Premier Ministre se lance dans un plan média. Hier France Inter, aujourd'hui le Parisien. Dans un langage qui sent bon la dialectique trotskyste, il tourne grossièrement autour du pot tentant de donner un sens à sa candidature.
Ce faisant, les leçons en creux qu'il assène à Ségolène Royal - "Il faut avoir un bon candidat qui puisse être aussi un bon Président.", "J'ai au moins un point d'accord avec Sarkozy parce que qu'il traite la politique sérieusement." - semblent avoir un effet contraire à celui escompté au sein du Parti socialiste. En réponse au positionnement ambiguë de Lionel Jospin qui pour cacher son farouche "désir d'avenir" personnel pour 2007, semble faire de l'élimination de Ségolène Royal l'unique motivation de son retour, celle-ci, en fine tacticienne, annonce au même moment le poid de ses ralliements et la structuration de ses soutiens. C'est la diffusion d'une liste (impressionnante pour une candidate qui n'est pas encore déclarée) des premiers participants à son "Conseil d'animation politique", parmi lesquels figurent 30 premiers secrétaires de fédérations PS. Pour quelqu'un dépourvu d'un courant au sein du parti contrairement à ses concurrents Laurent Fabius ou Dominique Strauss Kahn, Ségolène Royal s'offre, aux yeux de l'opinion, une démonstration de force susceptible de rendre crédible sa capacité à rassembler. S'il était besoin d'accentuer le rapport de force avec ses concurrents, DSK s'en charge avec force maladresse. Il annonce le même jour avoir le soutien de 12 parlementaires socialistes. Ségolène Royal en compte 37.

