12 octobre 2007
Vu ce jour IX
C'était l'heure du déjeuner, un restaurant dans la profondeur d'une rue qui donne sur les Champs Elysées. J'étais entré poussé par celui qui allait m'inviter. Mais s'il n'avait tenu qu'à moi j'aurais été ailleurs, dans un endroit plus clair et moins guindé. Il était tard, j'avais faim et qui paye décide.
Nous étions installés depuis peu en fond de salle lorsqu'il est apparu dans l'encoignure de la porte protégée par l'un de ces épais rideaux de velours qui coupent le froid d'hiver. On était pourtant pas en hiver. En habitué de la maison, il a prestement ôté ses lunettes noires et c'est dirigé vers la table qu'un garçon lui indiquait avec déférence tandis que la matrone plantureuse s'avançait toute en gaieté pour l'escorter, lui et la femme insignifiante qui l'accompagnait.
Il s'est assis juste derrière mon comparse, celui-là même qui paierait l'addition. Il s'est défait de la veste simili daim qu'il portait sur un tee-shirt vert kaki et a levé ses bras vers le ciel comme quelqu'un qui viendrait de se réveiller. J'ai toujours été émerveillé par le décalage horaire des gens du show biz. C'est quand il avait les bras au dessus de la tête que j'ai pu voir sa montre et imaginer qu'il s'agissait certainement d'un modèle de marque. Quant à savoir laquelle, il y en a de plus en plus et ma vue baisse. Il avait aussi une alliance.
Lorsque j'ai dit à celui qui était en face de moi qui était derrière lui, il a rigolé grassement et s'est retourné bruyamment. J'ai vraiment eu peur qu'il remarque qu'on l'avait remarqué. Ca m'aurait beaucoup gêné. Peut-être est-il un peu sourd? Toujours est-il qu'il n'a pas moufté et a continué à s'étirer mollement deux ou trois fois encore.
J'ai vite détourné la conversation sur autre chose afin que mon vis-à-vis cesse ses gesticulations assorties de mauvais commentaires qui pouvaient nous faire repérer d'une seconde à l'autre. On a beau aimer les vedettes, je suis pas pour le leur montrer à tout coup. La preuve, notre repas, fade et insipide s'est passé et lorsque nous nous sommes levés de table, en passant devant la sienne, je n'ai même pas détourné le regard sur lui.
J'avais déjeuné dans le même restaurant qu'Eddy Mitchell.
16 mars 2007
Vu ce jour VIII
Vu ce jour, Corinne Lepage dans sa smart grise pétaradante à la lisière du parc Monceau. Avec le bruit qu'elle fait et ce qu'elle dégage, il y a un bail que cette voiture n'est pas passée au contrôle technique.
Depuis qu'elle s'est ralliée à François Bayrou, c'est le retour de la routine au bureau en attendant mieux. L'ancienne Ministre d'Alain Juppé s'est muée en mercenaire de la politique. Comme d'autres, tel cet iconoclaste farceur de Jean-François Probst qui se rêve en Ministre de la Coopération du candidat centriste en échange de son vote, elle escompte un maroquin au nom du rassemblement promoteur des compétences annoncé par le candidat de l'UDF. C'est bien connu, même voilées, les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent...
12 février 2007
Vu ce jour VII
Vu ce jour Max Gallo. Sur le haut du boulevard Saint-Michel, à l'heure où les accros de l'info se dirigent prestement chez leur marchand de journaux pour acquérir "le Monde" et s'enquérir des bruissements du Monde avec les commentaires qu'on peut en faire.
Je sortais. Il entrait, le regard en dedans peut-être encore absorbé par la réflexion intellectuelle qui l'avait occupée en cette fin de mâtinée. A moins qu'il ne songeait à la mise en scène et en mots de son ralliement prochain à Nicolas Sarkozy.
10 janvier 2007
Vu ce jour VI
Vu ce jour, Alain Duhamel, l'infatigable, inlassable et parfois pontifiant chroniqueur politique qui doit trouver au moins une chose intéressante à dire sur notre vie démocratique chaque jour. Juché sur son vélo solex d'époque, il traversait le pont Alexandre III, passant de la rive gauche à la rive droite, trajet qu'il doit effectuer au moins deux fois par jour ; dans un sens pour aller travailler et dans l'autre pour aller se coucher.
Emmitouflé dans un gigantesque loden vert à l'apparence aussi désuète que son véhicule, mais certainement confortable, le personnage ainsi campé reste impassible aux mouvements et aux bruits qui l'environnent. Lentement il avance, sûrement il réfléchi. Voilà pourquoi il dure depuis si longtemps en nous offrant chaque matin la clarté de sa pensée.
14 décembre 2006
Vu ce jour V
Vu ce jour, Bernard Laporte à l'heure du déjeuner. Dans ce restaurant chic près de Saint-Augustin, il a l'air décontracté, loin de la tension qui anime son débit verbal les jours de match. Souriant et débonnaire, je l'imagine prendre sur lui pour ne pas laisser paraître ses humeurs face à l'inquiétante stérilité offensive de son équipe. Et d'ailleurs, il est aujourd'hui certainement plus loin du sport que des affaires. En même temps, chez quelqu'un comme lui, les deux choses ont partie liées. Il est effectivement loin le temps où, le dimanche après-midi, je le voyais jouer quand j'allais me frotter à l'académie au stade André Moga, à Bègles, dont j'apprends qu'il aurait failli être déserté au profit du stade Chaban Delmas de Bordeaux.
28 août 2006
Vu ce jour IV
Vu ce jour Djamel Debbouze. Je l'ai croisé au coeur de Paris, dans le VIIème arrondissement, rentrant et sortant du ?? rue de Babylone. Ca m'a fait vraiment plaisir et je lui ai souris comme au plus beau jour. Je peux vous dire qu'il est très amoureux, mais en même temps very buzy. Une grande mercedes noire l'attendait un peu plus loin pour un quelconque rendez-vous d'affaire.
13 avril 2006
Vu ce jour III
Vu ce jour Christophe. Nez à nez, comme je te vois. Les mots bleus, Aline, petite fille du soleil, les marionnettes. Ca n'a pas pris une ride.C'est intemporel.
Tout d'un coup, comme alerté par un sixième sens qu'on appelerait la curiosité de voir autour de soi, je me retourne sur ma droite. Il était là, tranquille et impassible, ces petites lunettes teintées pour cacher ses yeux et ses cheveux toujours péroxydés. Je ne sais pas comment fait ce type, mais y bouge pas; le même depuis des lustres. Les langues malveillantes parlent de lifting. D'autres dénoncent le côté kitch. Moi j'y crois pas. Naturellement, nos regards se sont croisés, mais j'étais un peu gêné. Il était accompagné et ça discutait ferme autour de lui. C'est dommage parce que j'aurais bien échangé deux trois mots avec lui. C'est vrai, il est pas très engageant, mais quand t'as cassé la glace il a vraiment des choses à dire et on gagne à l'écouter.
Alors pour pas le déranger, j'ai tourné la tête et j'ai bien fait. Le feu est passé au vert. J'ai continué ma route. Son taxi, c'était pas une cadillac.
16 décembre 2005
Vu ce jour II
Ai croisé Laure Adler rue Princesse, devant le magnifique atelier boutique de Nadine Delépine. Une silhouette longiligne et gracile qu'accompagne un déhanchement très légérement chaloupé, suivi du bruit des talons hauts sur le macadam. Tout d'abord, j'ai eu un vrai doute. Il a fallu que je m'y reprenne à deux fois en fixant bien mes yeux concentrés sur cette femme qui se dirigeait nonchalamment vers moi. J'en étais presque gêné, mais la certitude d'avoir bien affaire à elle m'a finalement rassuré. Mon visage s'est détendu, mon regard s'est appaisé et mes lèvres ont esquissé le rictus du sourire et de la connivence retrouvée. La culture n'entretient pas que les formes de l'esprit. Vu son travail de femme de lettre passionnée et son mouvement perpétuel dans les hautes sphères "germano-pratines", je craignais de la revoir pâle et affaiblie, le front marqué bas par le bruit de mille pensées en lévitation autour de son cerveau bien fait. De l'histoire des maisons closes à la pensée d'H. Arendt, en passant par F. Mitterrand, elle sait trouver des causes et varier les sujets. Mais pas du tout! Elle était pimpante, presque guilllerette n'était cette pluie fine qui s'abattait sur nous.
19 novembre 2005
Vu ce jour I
Ai croisé Sabine Azéma rue de Courcelles. Toujours naturelle, elle avait l'air reposé d'une actualité, il est vrai, plutôt tranquille. il faut dire qu'entre peindre ou faire l'amour, elle a choisi. Ca doit aider à mieux se porter et à mieux supporter la vie et les autres. Ca m'a fait plaisir de la voir dans cet état et, malgré l'extrême briéveté de ce contact, j'ai tout de même reçu et emmagasiné un de sérénité pour moi-même, dans l'espoir d'en faire profiter mes proches. Il faut dire qu'il faisait plutôt beau.
Incidemment et quelques minutes plus tard, j'apprends le décès de Jean-François Gravier à l'âge de 90 ans. Je dois à cet honorable universitaire l'un de mes plus humiliant échec d'étudiant. Dans le cadre d'un oral, j'ai eu la faiblesse de laisser croire au Jury que j'avais lu son livre: Paris et le désert français, publié en 1947. On dit que c'est lui qui a lancé le premier l'idée d'aménagement du territoire en montrant les inconvénients du centralisme parisien . C'est donc un texte fondateur. Son influence a été immense et j'ai pensé que son titre, assez explicite, suffisait à comprendre et à connaître le contenu de cet ouvrage. Un examinateur patibulaire dont la face hideuse est bien ancrée dans ma mémoire, sans doute insatisfait par mon exposé certainement médiocre, m'interpella vertement :" avez-vous lu ce livre que vous citez?" Et moi comme un benêt, pris en flagrant délit de mensonge, sentant le rouge me monter aux joues, j'avouais piteusement que non. J'enrage encore de cette réponse qui supprimait toute chance de bonne note.