l'éternité plus un jour

07 septembre 2014

Et maintenant, que va-t-il faire ?

La politique, c'est l'art du rebond et l'espérance éternelle du retour. François Hollande en sait quelque chose du fait de sa longue carrière et des épreuves qu'il infligea à la mère de ses enfants à partir de 2006.

Que va faire Francois Hollande? Que peut faire le Président de la République? Deux questions pour un seul homme à mi-mandat d'un quinquennat irrémédiablement plombé. Sa chute, si vite, si loin, est trop brutale. La déception est trop forte. Le rejet est profond. S'il a lieu, le rebond sera faible. Il ne pourra guère le porter au-delà de 2017. La perspective d'une nouvelle candidature du Président est aujourd'hui autant impensable qu'inconvenante.

Pour nourrir le temps d'ici là, - "Il n'y a pas de sondage, aussi difficile soit-il (...) qui puisse interrompre le mandat que donne le peuple au président de la République", François Hollande a deux postures possibles.

Le faible potentiel dont il dispose pour tenter une réélection, pourrait l’inciter à choisir une posture sacrificielle. Au fait des réalités du pays, lucide sur le diagnostic de la situation économique et conscient des réformes longues et laborieuses à accomplir, il peut continuer sur la voie sociale libérale et amplifier le mouvement au risque d'engendrer une crise sociale avec l'appui d'un Premier ministre courageux, obstiné et téméraire. Les instituions lui donnent les coudées franches pour persévérer dans cette voie - article 49-3 de la Constitution, vote bloqué activé devant des parlementaires godillots qui sauront mesurer l'expression de leur aigreur à l'aune de leurs intérêts catégoriels - quand bien même se serait aller contre les attentes de son camp politique. À 13% de confiance dans les sondages, qu'aurait-il à perdre? La rupture est consommée avec ses électeurs. Le parti socialiste est au bord de l'explosion. Lassé des attaques incessantes, et parfois indécentes, sur sa personne, il les prendrait de haut. Soucieux avant tout de servir le pays, seul avec l’image tutélaire du chef face à l’adversité, il en profiterait pour mettre à mal cette réputation qui au-delà de son dégoût supposé des pauvres, en fait un tacticien d'appareil, dénué d’idée et de vision, indécis et louvoyant au gré des arrangements établis en fonction des rapports de forces de circonstance. Il s'inscrirait dans l'histoire comme celui qui dédaignant sa carrière aurait su s'inscrire, ici et maintenant, dans la postérité généreuse de ceux qui, incompris et sali au moment d'agir, firent de grandes choses au détriment de leur propre sort. Dans cet exercice obligé d'étalonnage avec l'Allemagne, la référence à Gerhard Schröder pourrait le stimuler. Bien que battu par Angela Merkel, l'ancien chancelier, d'obédience sociale-démocrate, conserve une aura qui lui attribue le mérite de la puissance germanique d'aujourd'hui.

L'autre posture s'inscrit dans une ligne, plus convenue, qui inspira davantage certains de ses prédécesseurs. Son leitmotiv consiste à se maintenir dans la fonction présidentielle en délégant l'exercice du pouvoir. Elle est plus politicienne, moins visionnaire et a déjà fait ses preuves. Prenant sobrement acte d'une crise politique à l'occasion d’un vote à l’Assemblée nationale qui le priverait d'une majorité, il pourrait saisir l'arme fatale de la dissolution, non pour convenance personnelle comme Jacques Chirac, mais parce que le jeu institutionnel entre les frondeurs, « un couteau dans le flanc », et lui l'y contraint désormais. C'est le scénario le plus probable compte tenu de l'état marcescent de la majorité. On aura un premier aperçu de cette crise politique dès le 16 septembre prochain avec le vote de confiance que Manuel Valls sollicitera auprès des députés. Plus surement, l'ampleur prise par les contestataires au Parti socialiste, auquel s'ajoute le pas de côté des écologistes gagnés à la rancune de Cécile Duflot et le splendide isolement du Front de gauche, ne peut que conduire à une radicalisation qui s'incarnera dans un acte fondateur, lourd de symbole et de conséquences, avec le refus d'adopter la loi de finances pour 2015, et la dénonciation implacable d'une politique dévoyée au regard des promesses de campagne. Les protestataires, sont allés trop loin. Rester au milieu du gué, comme lors du vote de la dernière loi de finances rectificative, en juin – 33 députés socialistes s’étaient néanmoins abstenus sur le vote du budget rectificatif de la sécurité sociale -, leur ferait perdre tout crédit politique pour l'avenir. De même, une mise en retrait de l'ancien ministre du redressement productif - "Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie"- serait incompréhensible. On l'imagine trop bien ; déjà prompt à se faire entendre et se faire voir dans un nouveau rôle. Il est déjà tourné vers son avenir qui passe la déliquescence du couple de l'exécutif, la mise en ordre des déçus du Président derrière son panache avec l’ébauche d’une gauche plurielle retrouvée et l’espérance d’un second tour de présidentielle face à Marine Le Pen en 2017. Le retour des députés devant les électeurs aurait pour conséquence de réduire les effectifs et de faire basculer l'Assemblée nationale à droite. Des lors, François Hollande n'aurait qu'à nommer un Premier ministre de droite – « L’opposition doit seulement accepter de gouverner en cas de cohabitation. Si elle refusait, ce serait un coup d’Etat institutionnel ». Il n’aura aucun mal à trouver un faire-valoir auquel il reviendra de poursuivre sur le chemin des efforts et des réformes de Manuel Valls. Le Président prendrait peut-être un peu de hauteur. Il pourrait se croire dédouaner d'une politique d'austérité engagée en dehors de sa responsabilité, et s'imaginer pouvoir renouveler son bail élyséen.

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03 septembre 2014

l'homme sans qualité

Un Président normal est-il dénué de qualité ? Il faudrait poser la question à François Hollande dont on est de plus en plus curieux, à mesure que son quinquennat avance et s’enfonce, de connaitre la conception qu’il a de la normalité. Le livre de son ex-compagne fait l’effet d’un tsunami politique. D’un coup, il balaye les efforts récents autour du remaniement gouvernemental pour (re)donner un peu d’autorité à l’exécutif ; oublié les frondeurs qui trouvent meilleurs qu’eux pour déstabiliser et contester le Président de la République ; détourné le contrôle systématique des chômeurs ; renvoyée à plus tard, l’incertitude totale sur les 50 mds d’économie budgétaire annoncés par Manuel Valls.

D’un coup, le débat public se drape dans l’indécence. La vie politique s’enferme dans l’insignifiance ridicule autant que pathétique d’un déchirement conjugal. Pourtant, à deux reprises déjà depuis qu'il est à l'Elysée, François Hollande avait affirmé que "les affaires privées se réglent en privé". On est en France. Le monde bouge, l’Europe se décentre vers l’est, notre pays décroche, la crise ne faiblit pas et le modèle vertueux de la croissance économique n’est pas certain. Or, c’est l’ex-compagne du Président de la République qui fait la météo pour enfoncer un peu plus notre pays dans une atonie marcescente et l’homme qu’elle a aimé, dans le désamour des français.

La violence de Valérie Trierwieler est énorme. Son cynisme revanchard n’a d’égal que celui de François Hollande qu’elle semble dénoncer avec tant de haine. Elle en retirera peu d’empathie tant ce geste médiatique confirme qu’elle sera passée totalement à côté du rôle que l’élection de son ex-compagnon lui offrait. Certes la place de la 1ère Dame n’est pas facile à tenir. Elle est souvent désagréable quand elle se limite aux à-côtés. On murmure que Carla Bruni prierait ardemment son mari de renoncer au devoir du retour qu’il rêve de s’imposer. De fait, l’acte suicidaire de Valérie Trierwieler ne donne que plus d’éclat à la dignité défunte de Claude Pompidou – « l’Elysée, la Maison du malheur » - ou de Danièle Mitterrand dont les combats humanitaire irritaient à peine, et l’indulgente retenue d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing. On peut aussi avoir une pensée pour Hillary Clinton. La place du chef ne se partage, pas même en couple. Elle établit clairement la frontière entre l’ombre et la lumière.

Au-delà de l’indécence désolante, du caractère sinistre de cette séquence et des effets délétères que l’on n’a pas fini de mesurer et d’endurer, l'affliction est portée à son comble par les attaques sur l’homme. Elles touchent à sa personnalité et proviennent du point de vue le plus intime forgé à la proximité d’une union sentimentale de près de 10 années. Jusqu’à présent l’impopularité de François Hollande tenait à son incapacité à répondre aux attentes et à son inefficacité « politique » à honorer les promesses faites et gagner les paris lancés. Valérie Trierweiler ajoute au portrait une face peu flatteuse, loin d’être exemplaire, irréprochable et parfaite. L’homme sans qualité. Les critiques envers Nicolas Sarkozy ont été virulentes. Le côté « bling-bling » de sa personnalité a été stigmatisé. Pourtant, y compris chez ses farouches détracteurs, on lui reconnaissait sinon des qualités, un certain talent en quelques choses. L’emballement médiatique autour du livre de Valérie Trieweiler, semble priver François Hollande de toute appréciation positive. L’homme normal, devenu Président dans le même registre symbolique, n’est que défauts. Même son humour, souvent porté aux nues, apparait détestable à partir d’un soit-disant bon mot rapporté à propos des pauvres. Valérie Trieweiler veut dénoncer un homme déshumanisé. Une biographie précédente prétendait qu’il n’avait pas d’affect. Coutumier du fait - "le pire défaut de Ségolène Royal, c'est son compagnon" - Arnaud Montebourg prétend qu’« il ment tout le temps. C’est pour ça qu’il est à 20% dans les sondages ». Quant à Cécile Duflot, elle estime qu’ « à force d’avoir voulu être le Président de tous, il n’a su être le Président de personne ». Voilà notre homme, en passe d’affronter une rentrée difficile, habillé pour l’hiver et le reste du quinquennat. Trop c’est trop. "La fonction présidentielle doit être respectée". C’est sa ligne de défense. La France allant si mal, on est tenté de le suivre et de dire c’est assez.

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07 août 2014

Réduction dégressive des cotisations salariales : derrière la censure du Conseil constitutionnel

Force revient toujours à la loi fondamentale. Et le Président du Constitutionnel n’est pas peu fier de rabaisser un peu plus le pouvoir législatif dans ses pantomimes incantatoires aux marges de manœuvres minimales pour faire bouger notre modèle social entre rigueur et relance.

Tel est donc la décision du Conseil Constitutionnel de déclarer contraire à la Constitution pour « rupture d’égalité » l’allégement de cotisations salariales pour les petits revenus ce que se faisant il autorise pour les cotisations patronales depuis belle lurette. Les voix du droit sont souvent impénétrables. Le bilan est calamiteux pour la crédibilité des hommes politiques et la confiance qu’on leur accorde. Quand leur bras armé du pouvoir, c’est-à-dire la loi, est si vacillante, si incertaine et si fragile, c’est l’ensemble de notre édifice démocratique et Républicain qui s’en trouve affaibli. Car il faut se reporter aux débats de la séance publique de l’Assemblée nationale au cours de laquelle l’article 1er du PLFSSR fut discutée – sans vote ! - pour comprendre le nœud gordien du pouvoir. La mesure d’allégement de cotisations sociales salariales faisait l’unanimité des groupes politiques. Toute en expertise et jamais sans demi-mesure, Karine Berger déclarait : « Nous vivons un moment particulier – pas seulement sur le plan institutionnel – car avec la baisse des cotisations salariales, nous inventons le moyen de soutenir le pouvoir d’achat des Français en utilisant non pas l’arme de la fiscalité, mais le levier des cotisations salariales. Cela n’avait jamais été fait ». Et pour cause ; l’opposition, les nombreuses déclarations de ses représentants lors de cette séance de nuit en font foi, était également pleinement favorable au nom de ce sacro-saint pouvoir d’achat. Sur 187 votants, 182 ont voté pour. Le risque d’inconstitutionnalité n’est pas mentionné. La politique, ce n’est pas que du droit. Que le groupe UMP défère la loi devant le Conseil Constitutionnel et  la « progressivité des prélèvements salariaux » qui, quelques semaines plus tôt ravissait la représentation nationale, est bannie.

Facile aujourd’hui de tirer à boulet rouge sur le Président de la République à qui tout échappe et rien ne réussit. Le Gouvernement de Manuel Valls qui se voulait responsable et social, est fragilisé alors qu’il sait bien ce qui l’attend à la rentrée.

Mais le caractère désolant de cette inconstitutionnalité qui tourne au drame politique n’est peut-être pas l’essentiel de cette affaire. Bien sûr, il met à mal le périlleux équilibre du pacte de responsabilité, idée magnifique pour une storytelling que le Président de la République avait décidé de nous raconter le 31 décembre dernier en guise de bons vœux. La nouvelle année avait son fil rouge, son histoire avec la liste des acteurs, une partition pour chacun et des annonces qui fleuraient bon les rebondissements afin de faire tenir le tout en plusieurs épisode et d’étirer le temps de l’action par la force du verbe et les postures qui se tiennent de conférences sociales en séminaires gouvernementaux. Le Conseil Constitutionnel, de moins en moins réticent à jouer les premiers rôles, s’est invité dans le scenario. A moins qu’il ait été savamment programmé pour dire ce qu’il a dit. Car au-delà du droit et accessoirement qu’une cotisation sociale, contrairement à la défiscalisation des heures supplémentaires, n’est pas faite pour donner du pouvoir d’achat, mais des prestations sociales, sa censure vient anéantir une mesure qui n’était pas financée. C’est là le pire de l’histoire.

La mesure du Gouvernement qui pesait sur le budget de la sécurité sociale déjà déficitaire n’était qu’une annonce – certains ont parlé de leurre – dont la réalité aurait été formalisée dans le cadre du budget 2015. On touche là au vide sidéral d’un pouvoir qui n’a prise sur rien et rapièce une solidarité nationale exsangue. « Le Gouvernement proposera dans le cadre des lois de financières pour 2015 qui seront examinées à l‘automne des mesures alternatives de même ampleur » ont assuré les ministres des finances, de la santé et du budget dans un communiqué conjoint. C’est bien le moins. Mais ça reste une illusion du verbe car censure ou pas du Conseil constitutionnel, au moment faire voter sa disposition d’un coût de 2,5 milliards d’euros, le Gouvernement n’avait pas le premier euro pour la financer.

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24 mai 2014

Factures folles avant d'être fausses

Pour qui connait le fonctionnement clanique de Jean-François Copé, le limogeage programmé de Jérôme Lavrilleux et Eric Césari sonne comme un aveu de culpabilité, à tout le moins de faiblesse.

Etonnant comme dans ces affaires politico-financières, quand le scandale éclate, rien ne change vraiment. A chaque fois, tout commence par un déni furieux. Souvenons-nous de Jérôme Cahuzac ou d'Aquillino Morelle. Le déni ça commence a bien faire ! « Ceux qui ont fait des bêtises le paieront ! » Le temps jouant inexorablement pour l’investigation, les systèmes de défense offusqués, alimentés par le registre victimaire, s’effritent peu à peu. Le mensonge prend de l’épaisseur. L’osmose du clan se lézarde ; les responsabilités se diluent ; les fidélités s’émoussent ; la vérité éclate.

Si Jérôme Lavrilleux et Eric Césari, respectivement, directeur du cabinet et Directeur Général des services, quittent le navire encore à flot pour des cieux de haute protection, cela signifie clairement que le Président de l’UMP est clairement touché - « Copé et Lavrilleux ? Mais ils sont indissociables ! » - avant d’être coulé. Ecœurement et dégout à l’égard du chef d’un parti qui devrait challenger le pouvoir en place plutôt que de s’enfoncer dans des turpitudes délétères par le fait de quelques uns.

Mais Jean-François Copé a du ressort. Il a déjà montré qu’il ne s’embarrassait pas de rigueur morale dès lors que le pouvoir est à portée de main. Ne rien lâcher ; tout tenter. En cela, il lui reste deux cartes maitresses pour se maintenir et faire durer son ambition intacte. La première, c’est l’intérêt de tous ses adversaires en interne, ils sont nombreux, pour le statu quo. L’échéance européenne de ce jour a fait taire les mauvais esprits à l’exception de Lionel Tardy : « Copé n’a plus rien à faire à la tête de l’UMP. C’est une personne qui nous cause énormément de tort ». Mais le député de Haute-Savoie n’est pas candidat à la présidentielle de 2017. Pour la nouvelle vague qui s’y croit, c’est autre chose. Mieux vaut mesures ses paroles et envisager la primaire comme véritable juge de paix. D’ici là, « garder un cadavre à la tête du parti ça ne gênerait personne.» Dans cette course insensée à la primaire, Jean-François Copé neutralise les velléités, freine les ardeurs et contrarie les ambitions. C’est un modeste projet, mais c’est le sien. A ce compte-là, ses ennemis de l’intérieur vitupéreront, exigeront des explications et une clarification. Jean-François Copé en conviendra ; il inventera des justifications et tout le monde préférera en rester à ces illusions blafardes.

La seconde carte s’appelle Nicolas Sarkozy. Il est prêt à l'embarquer dans sa chute. Souvenons-nous du Sarkothon, un engouement fou pour sauver l’UMP de la faillite à cause de dépenses excessives de la campagne 2012 – Jérôme Lavrilleux en était l’un des principaux organisateurs -, ayant engendrées, par une décision contestable du Conseil Constitutionnel, l’invalidation des comptes du candidat. Sans légèreté ni remords, Jean-François Copé pourra bien dire qu’il n’a rien vu, rien su, rien connu des flux financiers exorbitants – « le vrai sujet de cette affaire, c’est le rapport entre ce qui relève des finances du parti et ce qui relève du financement de la campagne » dont l’UMP n’était qu’un intermédiaire futile entre le candidat et la société Bygmalion organisatrice de ses meetings.

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26 avril 2014

L'emprise - Marc Dugain; Gallimard, 314 pages, 19,50€

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Si, confirmant les augures de la critique littéraire, Marc Dugain a conçu un nouveau best-seller avec son dernier roman, celui-ci aura comme vertu de conscientiser les masses sur l’état de la démocratie au XXIème siècle.  C’est déjà ça. Les dizaines de milliers de lecteurs de l’emprise auront, au chapitre 8 qui n’est pas très loin du début du livre, une recension saisissante de la politique devenue chimère, servie par des ambitions déçues et sans illusions : « Il était conscient qu’une fois au sommet de l’Etat il ne pourrait rien changer en profondeur. Le pouvoir était désormais ailleurs, partiellement insaisissable, et le reprendre exigeait des sacrifices qu’on ne pouvait demander à personne dans le pays ». L’emprise que les dirigeants politiques pourraient avoir sur le cour des choses ne se mesure même plus à la vanité de leurs discours circonstanciés à coups d’éléments de langage : « Il ne s’agissait pas d’aborder le réel de façon convaincante mais de créer une fiction crédible ». Face à cette impuissance cyniquement révélée et communément admises dont le taux d’abstention aux élections comme les résultats du Front national désormais ancré dans une fonction tribunitienne revisitée sont le pâle reflet, le récit de Marc Dugain se concentre sur le dessous des cartes en écho à une fantasmagorie séculaire qui place la conspiration au centre du mécano politique en révélant la vraie nature de l’emprise.

Pour être honnête, il n’y a rien d’innovant dans la fresque que dessine l’auteur autour d’un affrontement au plus haut niveau électoral avec ses à-côtés contingents. C’est bien l’argent, le sexe et la haine – « La question de la rancune en politique est une question centrale, comme dans tous les milieux où l’on ne parvient à ses fins qu’en éliminant les autres. » - qui mènent le monde politique et même s’il s’en défend par l’entremise de ses thuriféraires, Marc Dugain nous donne à lire un roman à clés. Outre la facilité d’un style alerte et engageant, l’autre plaisir de lecture tient à jouer à reconnaitre les personnages qu’il met en branle. Dans l’affrontement politico économique répiqué, au col de chemise près, à la réalité des vicissitudes ayant récemment troublé la filière électro nucléaire française, il n’y a pas de doute possible. La maison Gallimard a-t-elle consulté ses avocats sur le risque de plaintes pour allégations diffamatoires ? En attendant, le lecteur sera tout à sa fierté de retrouver les protagonistes de cette sombre affaire. Pour les politiques aiguisés en vue d’une élection présidentielle, la précision est moins fiable. Chacun a la liberté de choisir ses références tant l’imagination grégaire du romancier renvoie à des traits de caractère ou des situations personnelles facilement identifiables dans l’histoire de notre vie politique. Marc Dugain nous agrémente de patchworks aux références multiples. Ils puisent dans la série de duels homériques qui émaillent la cinquième République entre deux ambitions d’un même camp. Ses dialogues entre le héros autour duquel l’intrigue se noue et son rival, sont pleins d’une lucidité féroce, d’un cynisme désabusé et d’une vérité désespérément criante.

Légèrement teinté du verni de la fiction, l’affaire qui couve au risque de discréditer le meilleur des candidats plébiscité par les sondages n’a pas beaucoup à envier à la réalité des scandales sanitaires connus où la recherche irrépressible du profit s’associe sournoisement au conflit d’intérêt. Les pompes à fric sont (encore) à ce prix.

De l'emprise, l'influence n'est jamais loin. Marc Dugain relate son trafic à grands traits. Il la place, d’abord dans la maitrise d’une information qui sera d’autant plus profitable qu’elle s’avère compromettante, et ensuite dans un réseau au mille ramifications qui font converger des intérêts bien sentis dans une omerta périlleuse au fur et à mesure qu’elle se déploie hors de tout contrôle. A ce jeu, les services secrets n'ont pas d'égal. Cet Etat dans l’Etat permet à ceux qui le maitrisent de les affranchir du pouvoir politique qui n’a pas besoin de ça pour être dépossédé de l’essentiel. Comme de bien entendu, celui qui, ici, en tire les ficelles, est Corse. Là aussi, toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait pas que pure coïncidence.

En peinture des mœurs politiques, avec une profusion de personnages aux destins liés par le goût irrépressible du pouvoir et de sa conquête dans une pesanteur conspiratrice - "Mais il se dégageait de ce vertige une jouissance alimentée par la possibilité de surmonter l'insurmontable." - à laquelle s’ajoutent des drames familiaux éprouvants, l’emprise est un récit bien mené qui fixe un nouveau témoignage sur l’impuissance des hommes politiques, dépendants et décadents malgré eux, faute d’avoir prise sur le réel. Il rappelle en cela plusieurs livres de Max Gallo écris au cours des années 90 dont le premier s'intitulait la Fontaine des innocents. C’était déjà un reflet inquiétant des illusions perdues.

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30 mars 2014

Maison Européenne de la Photographie : carte blanche à Martin Parr

Capture

On peut dire que Martin Parr n’est pas à son meilleur, exposé tel qu’il l’est à la Maison Européenne de la Photo, et ce jusqu’au 25 mai prochain. On a l’impression d’un accrochage fait à la va-vite et désordonné sur un thème facile qui suscite forcément l’envie – Paris -, tant notre capitale peut servir d’écrin merveilleux àtout artiste, professionnel comme amateur, de l’image, fixe ou animée. Bien sûr, on retrouvera le décalage des sujets qui correspond à des cadres décalés. Il y a aussi cet esprit critique dans chaque photo qui suscite le malaise face au laissé aller pris sur le vif avec une férocité coutumière. Comment notamment, le photographe nous montre la perversion achevée de Paris plage ou la transhumance mécanique des hordes nippones abêties par le rythme effréné d’un séjour capitale -  sans les touristes, que serait Paris ? - entre monuments de l’architecture ancestrale et du luxe capitaliste. On retrouve là le raccourci, forcé par Martin Parr sur nombre de ses travaux, par lequel notre société se partage entre un consumérisme grégaire et une oisiveté apathique.

Martin Parr a le don de retourner les références de la ville pour en percevoir les détails incongrus. Il y a comme dans la plupart de ses clichés, cette gêne légère à devoir admirer des comportements si communs relevant, quand on y regarde bien, de l’ordre du bizarre, à moins qu'il ne s'agisse d'une négligence dépourvue de tout esthétisme qui ne serait rien d’autre que de la mauvaise éducation. Alors que d’habitude, Martin Parr accentue l’embarras du voyeur par une profusion de couleurs dérangeante tant elle flirte avec le mauvais goût – so kitsch -, il est, ici, beaucoup plus neutre. De fait, ses photos s’en trouvent preque affadies, dépréciant l’acuité d’un regard sur l’incongruité tranquille des gestuelles et postures absolument impensables.

Martin Parr demeure un photographe tout en ironie britannique. Avec flegme, il sait irriter le regard qu’on porte à son travail. Pas sûr, avec Martin Parr, que Paris et les parisiens soient vraiment mis à l’honneur – so british !

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23 mars 2014

Logique électorale

Décidément, les élections intermédiaires ne servent plus à rien. Fallait-il mobiliser les électeurs et près d'un millions cinq cent mille candidats pour savoir que l'exécutif est dénigré par une vaste majorité de français du fait de son insupportable incompétence à faire ce pourquoi il a été appelé ? Ça permet à certains de découvrir que l'abstention est une réponse politique.

Tout à ses tracasseries de boutique, François Hollande n'en finit pas de concocter un remaniement éventé avant d'advenir. Claude Bartolone se tortille. Le pacte de responsabilité, annoncé depuis près de trois mois, s'enlise dans les méandres d'un jeu de mistigri où les protagonistes refusent de se dévoiler et s'engager concrètement. Pouvez pas accélérer la machine du changement? Pas sûr que ce soit maintenant que le Président de la République sache réagir à ce vent de défiance qui fait plier la démocratie. A fortiori quand il y a tout à craindre des élections européennes, programmées dans moins de trois mois. Les sénatoriales suivront en septembre, pas mieux, et en 2015 on repassera par l'isoloir ; paradoxe des élections qui suscitent une agitation des politiques – on a fait, on fera – dans un temps de latence immodérément long.

 Le cœur de la soirée électorale de ces élections municipales a été transplanté à Hénin-Beaumont. Depuis le temps que le Front national - en tête dans six villes - excite les médias qui lui font la part belle, la vague bleu marine fait, à nouveau, l'effet d'un tsunami grossi au prisme déformant des chaînes toute info. C'est tout de même beaucoup pour un parti qui affiche 7% des votants. Tenez compte des abstentionnistes et vous aurez la vraie place de l'extrême droite sur l'échiquier politique local. La démocratie, ce n'est pas que des coups de gueules péremptoires passés en boucle sur les écrans. A force de jouer les périls depuis trente ans, le Front national, père et fille, végète dans le lisier protestataire d’une fonction tribunitienne ragaillardie par la crise. Il s'y répand d'autant plus aisément quand la gauche dort à l'Elysée ; PS, FN même combat dans l’altérité. François Hollande est bien le digne héritier de François Mitterrand. L’ancien Président fut maître dans la division du camp d'en face en faisant monter un graine un parti appelé à reproduire, tel un épouvantail,  les heures les plus tristes de notre histoire nationale. Et c'est ainsi que naquirent les triangulaires - 114 villes de plus de 10 000 habitants, ce soir -, une formule pour décentrer le débat et diviser pour mieux régner. Échaudée par un front républicain qui se joue à front renverser, la droite parlementaire saura-t-elle retourner les turpitudes du pouvoir socialiste réduit, comme toujours à en appeler à un sens moral qu'il a oublié depuis longtemps? Les gars de la droite ne se feront plus berner comme des bleu-bites quand les gros bonnets socialistes s'affranchissent de cette discipline qui n'a même pas l'heur de rehausser la dignité de celles et ceux qui l'invoquent. Un tel comportement ne vaut que s'il est partagé par tous. Imagine-t-on le conseil Municipal de Marseille ou Béziers sans représentants socialistes pendant les six prochaines années ?

Finissons-en de ce quinquennat morbide, de cette élection présidentielle pour rien qui vit gagner par défaut un agitateur de motion, poseur de congrès, florentin de section et « intime de la mécanique électorale française ». Bernique à l'Elysée, François Hollande est inamovible d'ici 2017. C'est bien la France et ses enfants qu'il entraîne dans sa chute irrépressible. Pendant ce temps, l'Espagne nous dame le pion côté compétitivité, l'Italie prépare un plan de relance avec une réduction d'impôt de 10 milliards d'euros parce que son déficit budgétaire le lui permet, tandis que nos patrons et syndicats se mettent péniblement d’accord sur une réforme de l’assurance chômage qui économiserait 450 millions d’euros par an quand le déficit culmine à 4 Milliards. Il nous reste l'insurrection démocratique et le second tour d'une élection intermédiaire qui arrêtera les comptes. C'est faible.

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20 mars 2014

L'affaire Société générale

Il n'y a plus d'affaire Kerviel! La justice sait prendre son temps. Le chemin qu'elle emprunte est long, tortueux et parfois déroutant. Pour une fois qu'il mène au but, il faut s'en féliciter. Quand elle le veut, l'institution judiciaire sait "réparer les vivants" et relever les errements : " Il est en effet apparu que la Cour d'appel, après avoir relevé l'existence de fautes commises par la Société générale, ayant concouru au développement de la fraude et à ses conséquences financières, n'a pas tenu compte de ces fautes pour évaluer la réparation du dommage mise à la charge du prévenu". Vu de la Cour de Cassation, ca change tout. La donne est inversée. L'histoire n'a plus le même sens. L'enfumage d'une communication de crise à gros bouillon, dont le point d'orgue insensé fut le livre d'Hugues Le Bret, se dissipe enfin. La charge émotionnelle de l'ouvrage valait moins par son contenu que par le titre: "La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial : Journal intime d'un banquier". Sans nuance, tout était dit, et plus encore, en première de couverture.

La capitalisme boursier poussé à ses extrêmes est enfin mis en exergue d'un délit trop lourd à porter pour un seul homme, fut-il Jérôme Kerviel. À l'époque, la haute finance s'était émue du sort réservé par la Président de la République au Président de la Société générale, pauvre hère, inconscient des turpitudes qui s'organisaient dans sa maison. La demande de son éviction lui semblait, ainsi qu'à ses confrères, d'une inconvenante irréalité contrairement à la ligne de défense martiale visant à faire porter sur la tête d'un seul de ses salariés la responsabilité de pratiques, sinon encouragées, usitées par beaucoup et le remboursement de 4,9 Milliards d'€.

L'onction papale apportée à ce revirement de jurisprudence - reconnaissance du partage de responsabilité dans le cas "d'atteinte aux biens" - qui n'est que justice, donne sa touche d'immanence. Tel un signe de raison et d'espérance, elle appelle la justice des hommes à reprendre le dossier au delà de toute mansuétude. Doté des forces de l'esprit, Jerome Kerviel ira peut-être en prison. Pour autant, s'il est bien coupable de quelque chose, n'est-il plus seul responsable de cette déroute capitalistique. Il y aura donc un nouveau procès. "Ce sera le procès de la Société Générale" a commenté l'avocat, plus besogneux et efficace que médiatique, de Jerome Kerviel.

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02 mars 2014

Dans le cadre d'un remaniement, un changement de Premier ministre est-il utile?

Derrière le remaniement, le changement de Premier ministre est une arme politique dépréciée. Le quinquennat et Nicolas Sarkozy en ont fortement édulcoré la portée tout autant que la saveur. Le bruit des échotiers s’affadit en conjectures frelatées.

Au temps longs du septennat glorifiant où le Président de la République pouvait voir venir, jouant subtilement de sa domination dans la hiérarchie du pouvoir, il savait saisir ce moment indépassable où le changement des hommes incarne une autre politique et où la responsabilité du pouvoir, dans ses faiblesses, ses errances et ses échecs, s’accroche à un autre que lui. Dans cet entre-deux de l’exécutif, le Président de la République pouvait trouver un nouveau souffle en changeant la tête, et, derrière elle, déplacer quelques pions de l'équipe, permettant de distraire l’attention tout en passant à autre chose dans une inflexion stratégique difficile à assumer frontalement.

« J’ai donné un Premier ministre à la France » s’exclamait Valéry Giscard d’Estaing en exhibant le « meilleur économiste de France ». S’étant finalement raccroché aux perspectives communautaires du rêve européen, François Mitterrand avait choisi la jeunesse, pour incarner le tournant de la rigueur – « Après avoir été le plus jeune Premier ministre, il serait le plus vieux ? Ce n’est pas crédible », estime aujourd’hui un conseiller ministériel. Plus tard, il choisirait la féminité comme attraction fatale. Fatigué, usé, vieilli, Jacques Chirac avait, lui, opté pour le repli marcescent en nommant son premier collaborateur dans une fin de règne crépusculaire. Toutes ces reconfigurations au sein du couple de l’exécutif sont l’objet d’une tradition désuète. Faisant office de faire-valoir, elles ont purgé des situations d’impopularité qui confinaient à de l’impuissance, enclenché un changement de cap ou tenté de préparer la reconquête lors des prochaines échéances. A chaque fois, l’exécutif s’était enferré dans une impasse, on lui redonnait de la chaire pour une marche arrière, un pas de côté, dans l’espoir, rarement atteint, d’un rebond salvateur.

Avec le quinquennat, cette martingale est tombée en désuétude. Contrairement à ce que disent les mauvaises langues, c’est bien moins Nicolas Sarkozy que la fuite du temps et la pression médiatique qui sont à l’origine de l’Hyper-présidentialisation. Dans sa normalité affectée, François Hollande aurait aimé pouvoir s’inspirer de la nonchalance de François Mitterrand qui aimait « donner du temps au temps ». Il aura mis quelques mois à s’apercevoir qu’à la tête de l’Etat, on ne commande plus le court des choses aussi facilement. Lorsque le célibataire de l’Elysée veut changer le rythme et accélérer le tempo, il s’assume social-démocrate et s’engage dans un pacte de responsabilité encore un peu flou qu’il accompagnerait d’une réduction de 50 milliards d’euros de dépenses publiques d’ici 2017. Un changement de Premier ministre ne changerait rien à l’affaire. Le Président de la République est en première ligne. Il a viré de bord comme un seul homme.

Nicolas Sarkozy a ajouté un peu plus d’obsolescence au changement de Premier Ministre. Fin juin 2010, encerclé par  les scandales des cigares de Christian Blanc, de l'avion d'Alain Joyandet et de "l'affaire Woerth-Bettencourt", la situation  de l’exécutif exige un bouleversement politique.  Par avance, il promet un remaniement pour l'automne avec un nouveau chef de Gouvernement. Ce faisant, il tua l’effet de surprise qui doit jouer en pareille circonstance. Résultat de cette incongruité tactique ; un esprit délétère dans les arcanes du pouvoir, une mobilisation inespérée de François Fillon autour de ce qui lui servait d’ambition pour préserver son rang et un remaniement sans éclat ni effet en février 2011. Nicolas Sarkozy conservera son collaborateur pour la durée de son quinquennat.

Aujourd’hui, la machine gouvernementale est suspendue à un éventuel remaniement. L’opportunité du moment est en débat ; avant les municipales, après les européennes, à la rentrée de septembre après les sénatoriales…. A chaque échéance, ses avantages et ses inconvénients si bien que le moment tarde à venir. Le rythme électoral compte beaucoup. On en sera vite aux régionales de 2015.  Mieux vaut s’économiser d’ici là pour la présidentielle de 2017. Jean-Marc Ayrault a donc raison de s’accrocher. Il plaide pour une équipe « resserrée » qu’il imagine autour de sa personne.

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06 janvier 2014

Trois choses que révéle l'affaire Dieudonné

On n’en finit pas de redécouvrir l’indignité de pseudo humoristes en fonction d'opportunités circonstancielles. La quenelle, dont l’interprétation qu'on en donne est contrastée à la hauteur de l’inanité du geste, date de 2009. La plainte de la LICRA concernant ce pantonime improbable sera examiné le 14 janvier prochain. On avance ! L’émotion subite et irréfléchie fait toujours habilement office de diversion. L’impuissance à répondre aux vrais enjeux de notre pays est ainsi maquillée par un défaut de vigilance collective sur l’essentiel. Comme l'exprime bien l’éditorial de Natalie Nougayrède dans le Monde daté de ce jour : « Osons les valeurs », il faudrait vraiment commencer à s’attaquer à l’absence totale de réflexion sur notre destin collectif. A la place, le Gouvernement exhume un provocateur licencieux, et même pas drôle. Il n’en attendait pas tant.

La première révélation de l’affaire Dieudonné, puisque il s’agit d'affaires, c’est bien l’erreur de graduation de l’action politique et la quête perpétuelle de dérivatifs qui font monter en graine l’hystérie sous l’impulsion complice du système médiatique. Léonarda hier, Dieudonné aujourd’hui, on s’aveugle à bon compte.

La seconde révélation tient d’une plongée en abime du rire. Nos sociétés désillusionnées prennent trop souvent pour drôle ce qui ne sont que des provocations lancées lors de stand up marchandisés par des humoristes sans fonds ni forme. Ce que nous dit l’affaire Dieudonné donne à voir du niveau d’intelligence partagée pour donner à l’esprit toute sa force, y compris comique. Inopinément, les rires grinçants deviennent amères. Peut-on rire de tout, dès lors qu’un grand nombre de comiques, ou prétendus tels, font rire de rien ? La question renvoie inlassablement à la référence soixante-huitarde par laquelle il est  interdit d’interdire.

La troisième révélation porte sur la triste incapacité de notre système judiciaire à être juste dès lors qu’il se montre en peine de faire appliquer les redressements fiscaux décidés à l’encontre de Dieudonné. Cette carence est pitoyable. Au delà du principe d'efficacité, elle révèle un autre versant de notre déficit de valeur. Alors que le législateur modèle, loi de finances après loi de finances, un arsenal fiscal d’une terrible complexité, alors que par la force des temps de crises, il n’hésite à pas chasser le moindre euro d’imposition, notre système, aussi élaboré soit-il, autorise l’impunité de certains délinquants fiscaux pourtant jugés, et condamnés. Cette impuissance, à moins qu’il ne s’agisse d’un renoncement marcescent, montre aussi la défaillance de notre pacte républicain. Les infamies caractérisées du discours de Dieudonné qui suscitent aujourd'hui tant d’indignation, ont pour seul mérite de révéler ce scandale.

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