l'éternité plus un jour

24 mai 2014

Factures folles avant d'être fausses

Pour qui connait le fonctionnement clanique de Jean-François Copé, le limogeage programmé de Jérôme Lavrilleux et Eric Césari sonne comme un aveu de culpabilité, à tout le moins de faiblesse.

Etonnant comme dans ces affaires politico-financières, quand le scandale éclate, rien ne change vraiment. A chaque fois, tout commence par un déni furieux. Souvenons-nous de Jérôme Cahuzac ou d'Aquillino Morelle. Le déni ça commence a bien faire ! « Ceux qui ont fait des bêtises le paieront ! » Le temps jouant inexorablement pour l’investigation, les systèmes de défense offusqués, alimentés par le registre victimaire, s’effritent peu à peu. Le mensonge prend de l’épaisseur. L’osmose du clan se lézarde ; les responsabilités se diluent ; les fidélités s’émoussent ; la vérité éclate.

Si Jérôme Lavrilleux et Eric Césari, respectivement, directeur du cabinet et Directeur Général des services, quittent le navire encore à flot pour des cieux de haute protection, cela signifie clairement que le Président de l’UMP est clairement touché - « Copé et Lavrilleux ? Mais ils sont indissociables ! » - avant d’être coulé. Ecœurement et dégout à l’égard du chef d’un parti qui devrait challenger le pouvoir en place plutôt que de s’enfoncer dans des turpitudes délétères par le fait de quelques uns.

Mais Jean-François Copé a du ressort. Il a déjà montré qu’il ne s’embarrassait pas de rigueur morale dès lors que le pouvoir est à portée de main. Ne rien lâcher ; tout tenter. En cela, il lui reste deux cartes maitresses pour se maintenir et faire durer son ambition intacte. La première, c’est l’intérêt de tous ses adversaires en interne, ils sont nombreux, pour le statu quo. L’échéance européenne de ce jour a fait taire les mauvais esprits à l’exception de Lionel Tardy : « Copé n’a plus rien à faire à la tête de l’UMP. C’est une personne qui nous cause énormément de tort ». Mais le député de Haute-Savoie n’est pas candidat à la présidentielle de 2017. Pour la nouvelle vague qui s’y croit, c’est autre chose. Mieux vaut mesures ses paroles et envisager la primaire comme véritable juge de paix. D’ici là, « garder un cadavre à la tête du parti ça ne gênerait personne.» Dans cette course insensée à la primaire, Jean-François Copé neutralise les velléités, freine les ardeurs et contrarie les ambitions. C’est un modeste projet, mais c’est le sien. A ce compte-là, ses ennemis de l’intérieur vitupéreront, exigeront des explications et une clarification. Jean-François Copé en conviendra ; il inventera des justifications et tout le monde préférera en rester à ces illusions blafardes.

La seconde carte s’appelle Nicolas Sarkozy. Il est prêt à l'embarquer dans sa chute. Souvenons-nous du Sarkothon, un engouement fou pour sauver l’UMP de la faillite à cause de dépenses excessives de la campagne 2012 – Jérôme Lavrilleux en était l’un des principaux organisateurs -, ayant engendrées, par une décision contestable du Conseil Constitutionnel, l’invalidation des comptes du candidat. Sans légèreté ni remords, Jean-François Copé pourra bien dire qu’il n’a rien vu, rien su, rien connu des flux financiers exorbitants – « le vrai sujet de cette affaire, c’est le rapport entre ce qui relève des finances du parti et ce qui relève du financement de la campagne » dont l’UMP n’était qu’un intermédiaire futile entre le candidat et la société Bygmalion organisatrice de ses meetings.

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26 avril 2014

L'emprise - Marc Dugain; Gallimard, 314 pages, 19,50€

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Si, confirmant les augures de la critique littéraire, Marc Dugain a conçu un nouveau best-seller avec son dernier roman, celui-ci aura comme vertu de conscientiser les masses sur l’état de la démocratie au XXIème siècle.  C’est déjà ça. Les dizaines de milliers de lecteurs de l’emprise auront, au chapitre 8 qui n’est pas très loin du début du livre, une recension saisissante de la politique devenue chimère, servie par des ambitions déçues et sans illusions : « Il était conscient qu’une fois au sommet de l’Etat il ne pourrait rien changer en profondeur. Le pouvoir était désormais ailleurs, partiellement insaisissable, et le reprendre exigeait des sacrifices qu’on ne pouvait demander à personne dans le pays ». L’emprise que les dirigeants politiques pourraient avoir sur le cour des choses ne se mesure même plus à la vanité de leurs discours circonstanciés à coups d’éléments de langage : « Il ne s’agissait pas d’aborder le réel de façon convaincante mais de créer une fiction crédible ». Face à cette impuissance cyniquement révélée et communément admises dont le taux d’abstention aux élections comme les résultats du Front national désormais ancré dans une fonction tribunitienne revisitée sont le pâle reflet, le récit de Marc Dugain se concentre sur le dessous des cartes en écho à une fantasmagorie séculaire qui place la conspiration au centre du mécano politique en révélant la vraie nature de l’emprise.

Pour être honnête, il n’y a rien d’innovant dans la fresque que dessine l’auteur autour d’un affrontement au plus haut niveau électoral avec ses à-côtés contingents. C’est bien l’argent, le sexe et la haine – « La question de la rancune en politique est une question centrale, comme dans tous les milieux où l’on ne parvient à ses fins qu’en éliminant les autres. » - qui mènent le monde politique et même s’il s’en défend par l’entremise de ses thuriféraires, Marc Dugain nous donne à lire un roman à clés. Outre la facilité d’un style alerte et engageant, l’autre plaisir de lecture tient à jouer à reconnaitre les personnages qu’il met en branle. Dans l’affrontement politico économique répiqué, au col de chemise près, à la réalité des vicissitudes ayant récemment troublé la filière électro nucléaire française, il n’y a pas de doute possible. La maison Gallimard a-t-elle consulté ses avocats sur le risque de plaintes pour allégations diffamatoires ? En attendant, le lecteur sera tout à sa fierté de retrouver les protagonistes de cette sombre affaire. Pour les politiques aiguisés en vue d’une élection présidentielle, la précision est moins fiable. Chacun a la liberté de choisir ses références tant l’imagination grégaire du romancier renvoie à des traits de caractère ou des situations personnelles facilement identifiables dans l’histoire de notre vie politique. Marc Dugain nous agrémente de patchworks aux références multiples. Ils puisent dans la série de duels homériques qui émaillent la cinquième République entre deux ambitions d’un même camp. Ses dialogues entre le héros autour duquel l’intrigue se noue et son rival, sont pleins d’une lucidité féroce, d’un cynisme désabusé et d’une vérité désespérément criante.

Légèrement teinté du verni de la fiction, l’affaire qui couve au risque de discréditer le meilleur des candidats plébiscité par les sondages n’a pas beaucoup à envier à la réalité des scandales sanitaires connus où la recherche irrépressible du profit s’associe sournoisement au conflit d’intérêt. Les pompes à fric sont (encore) à ce prix.

De l'emprise, l'influence n'est jamais loin. Marc Dugain relate son trafic à grands traits. Il la place, d’abord dans la maitrise d’une information qui sera d’autant plus profitable qu’elle s’avère compromettante, et ensuite dans un réseau au mille ramifications qui font converger des intérêts bien sentis dans une omerta périlleuse au fur et à mesure qu’elle se déploie hors de tout contrôle. A ce jeu, les services secrets n'ont pas d'égal. Cet Etat dans l’Etat permet à ceux qui le maitrisent de les affranchir du pouvoir politique qui n’a pas besoin de ça pour être dépossédé de l’essentiel. Comme de bien entendu, celui qui, ici, en tire les ficelles, est Corse. Là aussi, toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait pas que pure coïncidence.

En peinture des mœurs politiques, avec une profusion de personnages aux destins liés par le goût irrépressible du pouvoir et de sa conquête dans une pesanteur conspiratrice - "Mais il se dégageait de ce vertige une jouissance alimentée par la possibilité de surmonter l'insurmontable." - à laquelle s’ajoutent des drames familiaux éprouvants, l’emprise est un récit bien mené qui fixe un nouveau témoignage sur l’impuissance des hommes politiques, dépendants et décadents malgré eux, faute d’avoir prise sur le réel. Il rappelle en cela plusieurs livres de Max Gallo écris au cours des années 90 dont le premier s'intitulait la Fontaine des innocents. C’était déjà un reflet inquiétant des illusions perdues.

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30 mars 2014

Maison Européenne de la Photographie : carte blanche à Martin Parr

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On peut dire que Martin Parr n’est pas à son meilleur, exposé tel qu’il l’est à la Maison Européenne de la Photo, et ce jusqu’au 25 mai prochain. On a l’impression d’un accrochage fait à la va-vite et désordonné sur un thème facile qui suscite forcément l’envie – Paris -, tant notre capitale peut servir d’écrin merveilleux àtout artiste, professionnel comme amateur, de l’image, fixe ou animée. Bien sûr, on retrouvera le décalage des sujets qui correspond à des cadres décalés. Il y a aussi cet esprit critique dans chaque photo qui suscite le malaise face au laissé aller pris sur le vif avec une férocité coutumière. Comment notamment, le photographe nous montre la perversion achevée de Paris plage ou la transhumance mécanique des hordes nippones abêties par le rythme effréné d’un séjour capitale -  sans les touristes, que serait Paris ? - entre monuments de l’architecture ancestrale et du luxe capitaliste. On retrouve là le raccourci, forcé par Martin Parr sur nombre de ses travaux, par lequel notre société se partage entre un consumérisme grégaire et une oisiveté apathique.

Martin Parr a le don de retourner les références de la ville pour en percevoir les détails incongrus. Il y a comme dans la plupart de ses clichés, cette gêne légère à devoir admirer des comportements si communs relevant, quand on y regarde bien, de l’ordre du bizarre, à moins qu'il ne s'agisse d'une négligence dépourvue de tout esthétisme qui ne serait rien d’autre que de la mauvaise éducation. Alors que d’habitude, Martin Parr accentue l’embarras du voyeur par une profusion de couleurs dérangeante tant elle flirte avec le mauvais goût – so kitsch -, il est, ici, beaucoup plus neutre. De fait, ses photos s’en trouvent preque affadies, dépréciant l’acuité d’un regard sur l’incongruité tranquille des gestuelles et postures absolument impensables.

Martin Parr demeure un photographe tout en ironie britannique. Avec flegme, il sait irriter le regard qu’on porte à son travail. Pas sûr, avec Martin Parr, que Paris et les parisiens soient vraiment mis à l’honneur – so british !

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23 mars 2014

Logique électorale

Décidément, les élections intermédiaires ne servent plus à rien. Fallait-il mobiliser les électeurs et près d'un millions cinq cent mille candidats pour savoir que l'exécutif est dénigré par une vaste majorité de français du fait de son insupportable incompétence à faire ce pourquoi il a été appelé ? Ça permet à certains de découvrir que l'abstention est une réponse politique.

Tout à ses tracasseries de boutique, François Hollande n'en finit pas de concocter un remaniement éventé avant d'advenir. Claude Bartolone se tortille. Le pacte de responsabilité, annoncé depuis près de trois mois, s'enlise dans les méandres d'un jeu de mistigri où les protagonistes refusent de se dévoiler et s'engager concrètement. Pouvez pas accélérer la machine du changement? Pas sûr que ce soit maintenant que le Président de la République sache réagir à ce vent de défiance qui fait plier la démocratie. A fortiori quand il y a tout à craindre des élections européennes, programmées dans moins de trois mois. Les sénatoriales suivront en septembre, pas mieux, et en 2015 on repassera par l'isoloir ; paradoxe des élections qui suscitent une agitation des politiques – on a fait, on fera – dans un temps de latence immodérément long.

 Le cœur de la soirée électorale de ces élections municipales a été transplanté à Hénin-Beaumont. Depuis le temps que le Front national - en tête dans six villes - excite les médias qui lui font la part belle, la vague bleu marine fait, à nouveau, l'effet d'un tsunami grossi au prisme déformant des chaînes toute info. C'est tout de même beaucoup pour un parti qui affiche 7% des votants. Tenez compte des abstentionnistes et vous aurez la vraie place de l'extrême droite sur l'échiquier politique local. La démocratie, ce n'est pas que des coups de gueules péremptoires passés en boucle sur les écrans. A force de jouer les périls depuis trente ans, le Front national, père et fille, végète dans le lisier protestataire d’une fonction tribunitienne ragaillardie par la crise. Il s'y répand d'autant plus aisément quand la gauche dort à l'Elysée ; PS, FN même combat dans l’altérité. François Hollande est bien le digne héritier de François Mitterrand. L’ancien Président fut maître dans la division du camp d'en face en faisant monter un graine un parti appelé à reproduire, tel un épouvantail,  les heures les plus tristes de notre histoire nationale. Et c'est ainsi que naquirent les triangulaires - 114 villes de plus de 10 000 habitants, ce soir -, une formule pour décentrer le débat et diviser pour mieux régner. Échaudée par un front républicain qui se joue à front renverser, la droite parlementaire saura-t-elle retourner les turpitudes du pouvoir socialiste réduit, comme toujours à en appeler à un sens moral qu'il a oublié depuis longtemps? Les gars de la droite ne se feront plus berner comme des bleu-bites quand les gros bonnets socialistes s'affranchissent de cette discipline qui n'a même pas l'heur de rehausser la dignité de celles et ceux qui l'invoquent. Un tel comportement ne vaut que s'il est partagé par tous. Imagine-t-on le conseil Municipal de Marseille ou Béziers sans représentants socialistes pendant les six prochaines années ?

Finissons-en de ce quinquennat morbide, de cette élection présidentielle pour rien qui vit gagner par défaut un agitateur de motion, poseur de congrès, florentin de section et « intime de la mécanique électorale française ». Bernique à l'Elysée, François Hollande est inamovible d'ici 2017. C'est bien la France et ses enfants qu'il entraîne dans sa chute irrépressible. Pendant ce temps, l'Espagne nous dame le pion côté compétitivité, l'Italie prépare un plan de relance avec une réduction d'impôt de 10 milliards d'euros parce que son déficit budgétaire le lui permet, tandis que nos patrons et syndicats se mettent péniblement d’accord sur une réforme de l’assurance chômage qui économiserait 450 millions d’euros par an quand le déficit culmine à 4 Milliards. Il nous reste l'insurrection démocratique et le second tour d'une élection intermédiaire qui arrêtera les comptes. C'est faible.

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20 mars 2014

L'affaire Société générale

Il n'y a plus d'affaire Kerviel! La justice sait prendre son temps. Le chemin qu'elle emprunte est long, tortueux et parfois déroutant. Pour une fois qu'il mène au but, il faut s'en féliciter. Quand elle le veut, l'institution judiciaire sait "réparer les vivants" et relever les errements : " Il est en effet apparu que la Cour d'appel, après avoir relevé l'existence de fautes commises par la Société générale, ayant concouru au développement de la fraude et à ses conséquences financières, n'a pas tenu compte de ces fautes pour évaluer la réparation du dommage mise à la charge du prévenu". Vu de la Cour de Cassation, ca change tout. La donne est inversée. L'histoire n'a plus le même sens. L'enfumage d'une communication de crise à gros bouillon, dont le point d'orgue insensé fut le livre d'Hugues Le Bret, se dissipe enfin. La charge émotionnelle de l'ouvrage valait moins par son contenu que par le titre: "La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial : Journal intime d'un banquier". Sans nuance, tout était dit, et plus encore, en première de couverture.

La capitalisme boursier poussé à ses extrêmes est enfin mis en exergue d'un délit trop lourd à porter pour un seul homme, fut-il Jérôme Kerviel. À l'époque, la haute finance s'était émue du sort réservé par la Président de la République au Président de la Société générale, pauvre hère, inconscient des turpitudes qui s'organisaient dans sa maison. La demande de son éviction lui semblait, ainsi qu'à ses confrères, d'une inconvenante irréalité contrairement à la ligne de défense martiale visant à faire porter sur la tête d'un seul de ses salariés la responsabilité de pratiques, sinon encouragées, usitées par beaucoup et le remboursement de 4,9 Milliards d'€.

L'onction papale apportée à ce revirement de jurisprudence - reconnaissance du partage de responsabilité dans le cas "d'atteinte aux biens" - qui n'est que justice, donne sa touche d'immanence. Tel un signe de raison et d'espérance, elle appelle la justice des hommes à reprendre le dossier au delà de toute mansuétude. Doté des forces de l'esprit, Jerome Kerviel ira peut-être en prison. Pour autant, s'il est bien coupable de quelque chose, n'est-il plus seul responsable de cette déroute capitalistique. Il y aura donc un nouveau procès. "Ce sera le procès de la Société Générale" a commenté l'avocat, plus besogneux et efficace que médiatique, de Jerome Kerviel.

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02 mars 2014

Dans le cadre d'un remaniement, un changement de Premier ministre est-il utile?

Derrière le remaniement, le changement de Premier ministre est une arme politique dépréciée. Le quinquennat et Nicolas Sarkozy en ont fortement édulcoré la portée tout autant que la saveur. Le bruit des échotiers s’affadit en conjectures frelatées.

Au temps longs du septennat glorifiant où le Président de la République pouvait voir venir, jouant subtilement de sa domination dans la hiérarchie du pouvoir, il savait saisir ce moment indépassable où le changement des hommes incarne une autre politique et où la responsabilité du pouvoir, dans ses faiblesses, ses errances et ses échecs, s’accroche à un autre que lui. Dans cet entre-deux de l’exécutif, le Président de la République pouvait trouver un nouveau souffle en changeant la tête, et, derrière elle, déplacer quelques pions de l'équipe, permettant de distraire l’attention tout en passant à autre chose dans une inflexion stratégique difficile à assumer frontalement.

« J’ai donné un Premier ministre à la France » s’exclamait Valéry Giscard d’Estaing en exhibant le « meilleur économiste de France ». S’étant finalement raccroché aux perspectives communautaires du rêve européen, François Mitterrand avait choisi la jeunesse, pour incarner le tournant de la rigueur – « Après avoir été le plus jeune Premier ministre, il serait le plus vieux ? Ce n’est pas crédible », estime aujourd’hui un conseiller ministériel. Plus tard, il choisirait la féminité comme attraction fatale. Fatigué, usé, vieilli, Jacques Chirac avait, lui, opté pour le repli marcescent en nommant son premier collaborateur dans une fin de règne crépusculaire. Toutes ces reconfigurations au sein du couple de l’exécutif sont l’objet d’une tradition désuète. Faisant office de faire-valoir, elles ont purgé des situations d’impopularité qui confinaient à de l’impuissance, enclenché un changement de cap ou tenté de préparer la reconquête lors des prochaines échéances. A chaque fois, l’exécutif s’était enferré dans une impasse, on lui redonnait de la chaire pour une marche arrière, un pas de côté, dans l’espoir, rarement atteint, d’un rebond salvateur.

Avec le quinquennat, cette martingale est tombée en désuétude. Contrairement à ce que disent les mauvaises langues, c’est bien moins Nicolas Sarkozy que la fuite du temps et la pression médiatique qui sont à l’origine de l’Hyper-présidentialisation. Dans sa normalité affectée, François Hollande aurait aimé pouvoir s’inspirer de la nonchalance de François Mitterrand qui aimait « donner du temps au temps ». Il aura mis quelques mois à s’apercevoir qu’à la tête de l’Etat, on ne commande plus le court des choses aussi facilement. Lorsque le célibataire de l’Elysée veut changer le rythme et accélérer le tempo, il s’assume social-démocrate et s’engage dans un pacte de responsabilité encore un peu flou qu’il accompagnerait d’une réduction de 50 milliards d’euros de dépenses publiques d’ici 2017. Un changement de Premier ministre ne changerait rien à l’affaire. Le Président de la République est en première ligne. Il a viré de bord comme un seul homme.

Nicolas Sarkozy a ajouté un peu plus d’obsolescence au changement de Premier Ministre. Fin juin 2010, encerclé par  les scandales des cigares de Christian Blanc, de l'avion d'Alain Joyandet et de "l'affaire Woerth-Bettencourt", la situation  de l’exécutif exige un bouleversement politique.  Par avance, il promet un remaniement pour l'automne avec un nouveau chef de Gouvernement. Ce faisant, il tua l’effet de surprise qui doit jouer en pareille circonstance. Résultat de cette incongruité tactique ; un esprit délétère dans les arcanes du pouvoir, une mobilisation inespérée de François Fillon autour de ce qui lui servait d’ambition pour préserver son rang et un remaniement sans éclat ni effet en février 2011. Nicolas Sarkozy conservera son collaborateur pour la durée de son quinquennat.

Aujourd’hui, la machine gouvernementale est suspendue à un éventuel remaniement. L’opportunité du moment est en débat ; avant les municipales, après les européennes, à la rentrée de septembre après les sénatoriales…. A chaque échéance, ses avantages et ses inconvénients si bien que le moment tarde à venir. Le rythme électoral compte beaucoup. On en sera vite aux régionales de 2015.  Mieux vaut s’économiser d’ici là pour la présidentielle de 2017. Jean-Marc Ayrault a donc raison de s’accrocher. Il plaide pour une équipe « resserrée » qu’il imagine autour de sa personne.

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06 janvier 2014

Trois choses que révéle l'affaire Dieudonné

On n’en finit pas de redécouvrir l’indignité de pseudo humoristes en fonction d'opportunités circonstancielles. La quenelle, dont l’interprétation qu'on en donne est contrastée à la hauteur de l’inanité du geste, date de 2009. La plainte de la LICRA concernant ce pantonime improbable sera examiné le 14 janvier prochain. On avance ! L’émotion subite et irréfléchie fait toujours habilement office de diversion. L’impuissance à répondre aux vrais enjeux de notre pays est ainsi maquillée par un défaut de vigilance collective sur l’essentiel. Comme l'exprime bien l’éditorial de Natalie Nougayrède dans le Monde daté de ce jour : « Osons les valeurs », il faudrait vraiment commencer à s’attaquer à l’absence totale de réflexion sur notre destin collectif. A la place, le Gouvernement exhume un provocateur licencieux, et même pas drôle. Il n’en attendait pas tant.

La première révélation de l’affaire Dieudonné, puisque il s’agit d'affaires, c’est bien l’erreur de graduation de l’action politique et la quête perpétuelle de dérivatifs qui font monter en graine l’hystérie sous l’impulsion complice du système médiatique. Léonarda hier, Dieudonné aujourd’hui, on s’aveugle à bon compte.

La seconde révélation tient d’une plongée en abime du rire. Nos sociétés désillusionnées prennent trop souvent pour drôle ce qui ne sont que des provocations lancées lors de stand up marchandisés par des humoristes sans fonds ni forme. Ce que nous dit l’affaire Dieudonné donne à voir du niveau d’intelligence partagée pour donner à l’esprit toute sa force, y compris comique. Inopinément, les rires grinçants deviennent amères. Peut-on rire de tout, dès lors qu’un grand nombre de comiques, ou prétendus tels, font rire de rien ? La question renvoie inlassablement à la référence soixante-huitarde par laquelle il est  interdit d’interdire.

La troisième révélation porte sur la triste incapacité de notre système judiciaire à être juste dès lors qu’il se montre en peine de faire appliquer les redressements fiscaux décidés à l’encontre de Dieudonné. Cette carence est pitoyable. Au delà du principe d'efficacité, elle révèle un autre versant de notre déficit de valeur. Alors que le législateur modèle, loi de finances après loi de finances, un arsenal fiscal d’une terrible complexité, alors que par la force des temps de crises, il n’hésite à pas chasser le moindre euro d’imposition, notre système, aussi élaboré soit-il, autorise l’impunité de certains délinquants fiscaux pourtant jugés, et condamnés. Cette impuissance, à moins qu’il ne s’agisse d’un renoncement marcescent, montre aussi la défaillance de notre pacte républicain. Les infamies caractérisées du discours de Dieudonné qui suscitent aujourd'hui tant d’indignation, ont pour seul mérite de révéler ce scandale.

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29 décembre 2013

Le quatrième mur - Sorj Chalandon, Grasset 327 pages

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Le titre est obscur, l'intrigue romanesque un peu oiseuse et le héros légèrement caricatural. Mais l'essentiel du livre et le plaisir amère de lecture qu'il en donne, sont ailleurs. Ils tiennent dans le récit brutal de la guerre du Liban, conflit sanguinaire, inutile et infini. Elle est racontée comme seuls ceux qui l'ont vécue, dans leur chair et leur regard, peuvent le faire. Il n'y a alors ni faux semblant ni faute de style. La force du texte va droit aux émotions brutes. C'est pourquoi, à la page 267, un frisson glacé vous parcourt l’échine et l’on se prend à avoir une envie de pleurer.

Dans une de ses récentes chroniques, Frédéric Begbeider a écrit : « la mort de ceux qu’on aime est d’abord une tragédie, puis un scandale, et enfin une source d’inspiration ».

"Et ceux qui vivent encore vont commencer à les oublier et à confondre leurs noms. C'est fini"; l'épilogue emprunté à Jean Anouilh est lourdement contredit par l'âpreté et la vérité du témoignage de Sorj Chalandon, correspondant de guerre réformé.Comme son héros, l'auteur a sans doute perdu ses larmes. Mais il a gardé intactes les sensations tirées de l'horreur. Son ressentiment à l’encre noire est indélébile face à la haine désespérante . Non, il ne faudrait pas oublier Imane, Nakad, Charbel, Nabil, Nimer, Hussein, Kadijah, Madeleine, Yevkinée, les enfants de Kiryat Shmona et ceux de Chatila.

4 juin 1982: attaque Israélienne et invasion du Liban

13 juin 1982: Beyrouth est encerclé. Les Israéliens ont fait la jonction avec les milices libanaises.

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10 octobre 2013

Duel au sommet

Ils étaient ensemble au pouvoir. Ils se retrouvent ensemble dans l'opposition. Solidaires dans un cas, rivaux dans l’autre. Le duel que se jouent Francois Fillon et Nicolas Sarkozy offre un drôle de paradoxe. C'est un classique du genre dans l'opposition. Elle se cherche, non pas un sauveur, juste un leader. A ce jeu, droite comme gauche ont offert de merveilleuses rivalités fratricides et empesées par la force des caractères et l'épanchement des ambitions. En même temps, la banalité de l'exercice est, cette fois-ci, assaisonnée par une inversion des postures qui déroute et interroge sur la vérité du casting.

Il en est ainsi du comportement de François Fillon. L'ancien Premier ministre force-t-il sa personnalité ou s'anime-t-il enfin tel qu'au plus profond de lui-même? Son agressivité vis à vis de Nicolas Sarkozy surprend pour deux raisons. Les deux hommes ont formé un duo de l'exécutif dont la longévité tutoie le record de Georges Pompidou et Charles de Gaulle. Mieux, ils ont construit la victoire présidentielle de 2007 dans une proximité étonnante compte tenu de leur différence de caractère. Si les choses se sont gâtées au fil du quinquennat à coups de couleuvres avalées et de sciatiques endurées, Francois Fillon a paru s'en satisfaire jusqu'au bout. Se faisant, il s'est construit l'image d'un politique raisonnable et loyal, en retrait du Président de la République - un collaborateur -, jusque dans sa campagne de 2012 qu'il parue assumer totalement. Or aujourd'hui, la virulence avec laquelle Francois Fillon s'en prend à Nicolas Sarkozy surprend au regard de ce passé commun et d'un bilan en partage. Et cette surprise étonne tant elle montre l'ancien Premier Ministre sous un jour que l'on ne lui connaissait. Il aurait soudain troqué les habits de la droite bourgeoise respectable, bien-pensante et modérée, issue de ces terroirs de la France de l'Ouest où l'on a vite fait de faire passer l'engagement politique pour un sacerdoce et le cumul des mandats pour un don de soi. A plusieurs reprises, Francois Fillon a montré son côté velléitaire et on ne lui connaît qu'un acte de rébellion. Viré du Gouvernement sous Jacques Chirac, il s'affilia dans l'heure à Nicolas Sarkozy pour la destinée que l'on sait. Depuis, les renoncements récents à la mairie de Paris et à la Présidence de l'UMP ont déçu. Ils ont contribué à façonner l’image d’un caractère, ni frondeur, ni flambeur, ni killer. Or, à moins qu'il ne se révèle, voilà que l'homme se rebelle. Il frappe fort considérant que c'est le moment de faire la différence et attestant que Nicolas Sarkozy est bien son principal rival.

Quand bien même, l'ancien Président de la République n'est pas de nature à se cacher - même en gardant le silence, il fait parler et laisse dire -, Francois Fillon en a une connaissance parfaite. Il sait bien qu’il n'a laissé percer l'aspiration à une autre vie que le temps d'un discours tout en noblesse, quelques minutes après que Francois Hollande eut été proclamé vainqueur, le soir du 6 mai 2012. Alors, le député du VIIème arrondissement de Paris cogne au point de laisser penser qu'il renie ce qu'il a autrefois servi avec abnégation et talent. On craint que les coups qu'il porte soient de peu d'effets et surtout qu'ils lui reviennent en Boomerang. Cette virulence de l'admonestation, la transgression de son positionnement, le rythme de ses attaques interrogent sur sa nature profonde. Est-il en train de sur-jouer un rôle de circonstances ou a-t-il véritablement le culot de son outrecuidance à l'égard de Nicolas Sarkozy et de ses changements de pied sur le Front national? L'ancien Président de la République se gausse. Ça se voit et ça s'entend. Les off vachards se multiplient et ses affidés en rajoutent joyeusement. C’est de bonne guerre. Du coup la droite prend la fièvre. Elle retrouve ses vielles querelles de chefs dans des duos d'ambitions criminogènes. De faux sages qui ont fait bien pire crient à la folie, alertent cyniquement sur le risque d'explosion de l'UMP.

La droite se perd en conjecture derrière Marine Le Pen que les médias prennent pour la boussole politique de la France. Face à ce péril qui n'est plus forcément une utopie, la gauche a la plus grande part de responsabilité. Elle la cache derrière le profit qu'elle en tire. A défaut de pouvoir compter sur ses propres forces, François Hollande se satisferait d'un 21 avril à l'envers, celui-là même que François Fillon avait prédit. Dans ce contexte, la droite doit prendre ses responsabilités. C'est à celui qui saura défier les électeurs de toutes les démagogies que la droite doit mesurer ses chances de reconquête. François Fillon et Nicolas Sarkozy seront jugé à cette aune.

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01 octobre 2013

Ce que les Roms révélent

Pour départager Cécile Duflot,  les Roms et Manuel Valls, on attendait le Président de la République. Peine perdue, c'est tant mieux pour la fonction. Le job est revenu au Premier Ministre dans le cadre de la séance inaugurale des questions au Gouvernement de cette nouvelle session parlementaire. Ce faisant, François Hollande soutient le Ministre de l’intérieur contre sa Ministre du logement; "c'est le président qui fait passer sa ligne à travers Valls". Son silence vaut approbation d’une ligne républicaine, conscient qu'il est de la sensibilité de l'opinion publique et du désarroi des élus locaux sur un sujet emblématique d’une perte de repères et de confiance collectifs. Au-delà de la perspective des élections municipales, à l'approche desquelles toutes les familles politiques sont en crises, les Maires sont fort démunis pour faire face à des situations où la force de l’implantation et du nombre de campements illégaux prime le droit. La véhémence de Manuel Valls est de ce point de vue salutaire car elle est réaliste.

Pour autant, le Ministre de l'intérieur se trompe d’argument. Le problème n'est pas la volonté ou le désir des Roms de s'intégrer. C'est la capacité économique, confrontée à la volonté politique, de prendre en charge des populations étrangères indigentes dans un pays dont la cohésion sociale et l'identité nationale sont minées par la crise et le déclassement. Le rôle des représentants politiques, élus par un corps électoral défini, est d'assumer des choix dans l'intérêt de celles et ceux qu'ils représentent. Or aujourd'hui sous François Hollande, comme hier sous Nicolas Sarkozy, la médiatisation des Roms sublime le sentiment d'abandon ressenti par un nombre croissant de nos "compatriotes" - le terme emphatique  est souvent repris par les hommes et femmes politiques dans leurs discours - qui les poussent sans plus de pudeur vers l'extrémisme. Cette dérive électorale marcescente stigmatise l'impuissance économique et politique de notre pays rendu incapable, par la même, d'assumer les valeurs universelles d'humanisme dont il aime à faire sa grandeur aux yeux du monde. La compassion et la charité se distribuent facilement sous le prisme de l'émotion tant il y a de nécessiteux invisibles, fussent-ils électeurs et citoyens.

Se faisant la prise en charge des Roms est posée au niveau européen. Elle est le révélateur d'une construction communautaire fondée sur des principes mis à mal par l'élargissement hétérogène de l'Union et l'incapacité autistique de son administration à s'abstraire du dogme libéral. Comment, sermonnant Manuel Valls aujourd'hui comme Nicolas Sarkozy hier, Viviane Reding – « il y a de l’élection dans l’air en France, et à chaque fois qu’on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou la dette, on trouve les Roms » - peut-elle invoquer le respect de la liberté des Roms quand il s'agit de déplacés qui n'ont aucune moyen de subsistance, sont dépourvus de toute autonomie et dépendent totalement de l'assistanat caritatif entretenu sur des crédits publics d'Etats en faillite? De même, la bureaucratie bruxelloise relève, aux yeux des citoyens, d'une inefficacité redoutable quand ils n'y voient pas carrément l'élément destructeur d'un ordre social établi. Comme d’habitude, les élections européennes de juin prochain risquent d'être un fabuleux exutoire. Elles propulseront en tête les partis extrémistes qui sans rien dire, ni faire, engrangent de la sympathie de l’opinion entretenue par la récurrence de crises symbolique, telle celle des Roms.

Posté par gtab à 23:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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