l'éternité plus un jour

09 décembre 2020

Arnaud Montebourg ou la déception qui fait le candidat

Repartir en arrière ou le retour vers le futur! C’est un rêve honnête, tellement beau qu’on le comprend comme on le partage. Si tant est qu’il ne l’ait jamais quitté, il habite certainement la tête d’Arnaud Montebourg dont tout porte à croire qu’il inscrit sa personne dans un nouvel agenda politique.
Après une mise en retrait tapageuse, désormais nourri de la fréquentation des abeilles qui « organisa ainsi [ses] retrouvailles avec l’harmonie et la sincérité du monde », l’ancien Ministre du redressement productif veut partager son expérience malheureuse avec la conviction profonde (et pas forcément fausse) qu’il aurait eu raison trop tôt. Pour autant, à l’heure du « dégagisme », ses velléités sont-elles sérieuses? La vie politique s’est fortement accélérée. Les défaites d’hier sont des actes manqués qui ne se réparent pas. Le retour de l’ancien monde est délicat et les traversées du désert divaguent désormais en errances perpétuelles.
L’heure d’Arnaud Montebourg a passé. Elle avait sonné en 2011, au moment où le Parti socialiste s’en remettait à son idée d’organiser des primaires pour détacher - exercice toujours difficile à gauche - un présidentiable portant un projet politique de reconquête. Il en est certainement revenu, mais à l’époque, le député provocateur défendit ardemment ce suffrage importé des Etats-Unis. Sa force de persuasion l’emporta. Par la même, elle lui permit d’entrer en lice. Son talent d’opportuniste flamboyant lui donnait toutes ses chances. Il portait un projet politique décalé qui commençait à faire sens depuis l’échec du référendum sur le projet de Traité constitutionnel. Il avait enfin la jeunesse qui convenait au souffle novateur et incertain des primaires. Face à Nicolas Sarkozy, il eut fait un merveilleux challenger. La campagne de second tour aurait été grandiose. Là dû être le moment d’Arnaud Montebourg!
Les vieux réflexes de l’appareil socialiste, cadenassé par des fidélités sclérosantes et des trahisons dans tous les sens, eurent raison de son effronterie juvénile. Il s’inclinait derrière les caciques, François Hollande et Martine Aubry. Battu, il devenait le faiseur de roi. Le choix était limité et, à l’évidence, peu séduisant eu égard à son ambition. Dans l’intimité qui ramène aux sentiments, FH qu’il n’aura pourtant jamais épargné, lui parla d’un accord - « s’il se défait alors tout se défera ». Arnaud Montebourg devint Ministre du Redressement productif.
La suite est racontée dans L’engagement (394 pages, Grasset, 22€). Sans nuance. Pour envisager son avenir, Arnaud Montebourg veut porter témoignage d’un quinquennat désastreux qui lui doit finalement beaucoup. Il aura échoué à en éviter la déliquescence. Tout en amertume, l’ancien Ministre passe beaucoup de temps à dénigrer sans ambages ses supérieurs face auxquels l’exaltation de sa tâche fut de peu de poids. Il invoque sans fard la pusillanimité de François Hollande pour expliquer ses renoncements qui furent autant de lâchetés pour ses électeurs. Si sa lecture n’est ni inutile, ni désagréable, son récit s’apparente davantage à un précis de ressentiment plutôt qu’à une lettre à tous les français.
Une primaire étant vraisemblablement peu probable pour le distinguer, Arnaud Montebourg semble mal parti pour tenter, avec ce livre, la synthèse parmi ses anciens amis politiques. Il cultive sa présence singulière et séduisante dans le débat sans se départir de son appétence pour le combat politique. C’est toujours elle qui domine chez cet homme vindicatif, dans ses idées comme dans son talent. Pas sûr qu’elle suffise à lui donner l’espace requis pour atteindre le premier rôle en 2022.
 

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02 décembre 2020

Valéry Giscard d’Estaing 1926 - 2020

Ce qui restera d’abord de Valéry Giscard d'Estaing, c’est une grande frustration et une profonde injustice. Quel aurait été le destin de la France sans ce funeste « 10 mai 1981 » qui coupa l’élan libéral et réformateur impulsé sept ans plus tôt?
À 55 ans, au faîte d’un parcours sans faute, il avait tout donné et quittait le pouvoir. Il parlait d’un au-revoir. Ce serait un adieu qui demeure irrésolu. L’engagement politique, aussi talentueux soit-il, se heurte aux vicissitudes des rivalités picrocholines sans égard pour la grandeur nationale. Que le coup de grâce lui fut donné par son allié d’hier, nourri de la même ambition au point de devenir l’un de ses successeurs n’est pas le moins désolant. Si la rancune a été jetée à la rivière, elle flotte encore comme la présence rémanente d’une promesse contrariée. « Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font ».
VGE a voulu remonter la pente. Il n’est jamais vraiment revenu. Reste un coup politique fabuleux qui fait aimer la politique pour ce qu’elle est : un art appliqué à tordre les circonstances pour inverser le cours des choses, et un septennat charnière, plus utile qu’on ne le dit.
Le coup politique, c’est le culot d’un homme presque seul assorti d’une intelligence hors norme qui en fit un tacticien hors pair et un visionnaire sans égal pour gagner l'Elysée. Rétrospectivement et à jamais, l’effet de souffle est saisissant. Dans un portrait plein d’admiration, Alain Duhamel se souvient d’une campagne qui fut la plus brève et la plus spontanée de la Vème République. Il y flottait un parfum d’inconvenance et d’innovation. VGE y marqua à jamais la manière d’être en politique: « je veux regarder la France au fond des yeux, lui dire mon message et écouter le sien ». Là est le modèle, là est la référence!
Le septennat charnière, c’est l’importance de réformes conçues pour une « société libérale avancée » dans un pays désormais condamné à vivre et à penser son avenir à l’aune de la globalisation (d’où l’ardeur européenne qui ne l’aura jamais lâchée). La Présidence de la République y fut placée à hauteur d’homme - s’est-on jamais demandé si de Gaulle aimait les gens? Elle était incarnée en proximité avec la société. Le bilan du septennat Giscardien confirme l’esprit de réforme face à une conjoncture compliquée et malgré une majorité politique déficiente. VGE fut l’artisan d’une modernisation indubitable de la France. Peu d’hommes d’Etat auront été aussi attentifs à l’avenir et à ses enjeux. Il attendit en vain d’en être crédité.
De cette dynamique contrariée en 1981 date l’attente confuse d’une reconquête. Elle sera vaine. Las, VGE n’aura pas pu rassembler « deux français sur trois ». Il y aura bien la remontée humble et modeste à partir d’une élection cantonale en 1982, le retour à l’Assemblée nationale, la région Auvergne et Vulcania, la Constitution Européenne - exercice intellectuel passionnant mais politiquement désastreux dès lors qu’elle était laissée dans les mains de Jacques Chirac -, l’Académie française aussi. Mais cette présence constante, marquée d’une superbe autorité intellectuelle dans le débat public qui offraient des enseignements utiles à la compréhension du monde, ne pouvaient rien contre le temps qui passe. Faute de deuxième chance, VGE demeure l’éternelle jeunesse d’une France qui n’aurait pas fait « le bon choix ». On vit aussi de rêves perdus. « C’était pas si mal sous Giscard ».

 

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26 juillet 2020

Du parlementarisme rationnalisé à la démocratie radicale

Il est loin le temps où l’hémicycle fut le cœur battant de la démocratie. Celle qui d’après Winston Churchill est « le pire des régimes à l’exception de tous les autres » est bien fatiguée. Elle s’interroge sur son modèle et le niveau de représentation qu’elle suscite pour demeurer.
La représentation nationale paye au prix fort les atermoiements marcescents des sociétés en crise et leur besoin contrarié de se faire entendre. Faute de rectitude, elle y met du sien dans des exercices d’autoflagellation telle cette mode surgissant des limbes de la transparence incitant certains députés à estampiller les amendements qu’ils défendent, du nom des agents d’influence qui les ont rédigés. La fierté d’un homme, élu du peuple, ne tient plus à grand-chose. Les faux semblants sont dépassés.
Convulsivement, mais en voie d’organisation, la société rejette les dominations et les hiérarchies, les genres et les autorités. La légitimité politique des élus n’a plus de sens dès lors que l’on pense comme Jean-Jacques Rousseau : « toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifié est nulle ; ce n’est point une loi. » On sait où ça conduit. Election et représentation sont balayées par une envie furieuse d’advenir à l’expression de tous qui serait la décision de chacun. Si, la démocratie a un avenir, passera-t-elle encore par le Palais Bourbon ?
De déclaration d’intérêt en suppression de cumul de mandats, la valeur des députés décline. Elle s’effiloche au vent de la stigmatisation perpétuelle qui rabaisse l’honneur du titre aux exigences d’un groupe socioprofessionnel. Les cadors de l’éloquence et les bretteurs idéologues, les ambitieux volontaires et les fines lames de l’argutie juridique, les maîtres du rapport de force et les élites talentueuses ont déserté la fonction. Faut-il qu’elle soit tombée en désuétude pour lui préférer la magistrature suprême d’une sous-préfecture ou d’un chef-lieu de canton ?
Les députés, choisis sur leur nom et pour une étiquette, sont désormais doublés sur les extérieurs. Hors de tout fondement institutionnel, l’heure de la démocratie radicale a sonné. Elle supplante le parlementarisme rationnalisé, c’est dire ! Le recours au hasard vaut mieux que le déficit du suffrage universel. Le coup est parti avec la Convention citoyenne pour le Climat, bel aéropage que leurs thuriféraires définissent comme « celles et ceux qu’on entend pas d’habitude ». Suite à l’engagement du PR de reprendre leurs 146 propositions (sur 149), il en est ainsi décidé. Pour preuve, c’est une délégation de douze citoyens qui a rendez-vous avec Barbara Pompili et Bruno Le Maire mercredi pour en préciser la déclinaison réglementaire et législative. Apparemment, ils devraient être rejoints par les partenaires sociaux, des élus locaux et des experts. Les parlementaires ont-ils été conviés? Qu’à cela ne tienne. Ils sauront bien assez tôt ce qu’ils auront à entériner.

20 juillet 2020

Le plan de relance européen

La crise inédite que nous traversons oblige à voir loin. Il y a certes l’urgence à répondre à la déroute économique qui s’annonce à la rentrée. Mais au-delà des drames immédiats, on aspire à se réinventer au plus haut niveau ; c’est donc en Europe que ça se passe. Le sommet de ce week-end semble devoir être un moment significatif pour une invention inachevée et contestée qui depuis plus de 60 ans est un mouvement perpétuel.
 
Le plan de relance est un palier fort en degrés, par rapport aux sommes elles-mêmes déjà colossales qui ont été débloquées par l'Union européenne depuis la mi-mars, mais en nature aussi, avec, pour la première fois l’octroi de subventions aux Etats Membres les plus nécessiteux.
 
Puisse à chaque fois, l’idéal communautaire transformer les années noires en épopée lumineuse. Faisant fi des arrières pensées, la tension qui, quatre jours et quatre nuits durant, a saisi les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UE porte en elle sa part de vertu. Elle oscille entre solidarité financière et rigueur budgétaire. Les deux vont de paires. Pour s’accorder, elles doivent composer avec cette frugalité invoquée par certains comme un écho à cette mythique décroissance imposée par la lutte contre le changement climatique. Si les arguments s’entendent de part et d’autre, le mouvement, fulgurant et profond, de l’Allemagne en direction d’une Europe politique, sur la base d’un projet initié par Emmanuel Macron, est une avancée de choix. Dix ans après les réserves émises pour « sauver la Grèce », les tabous allemands sont pulvérisés. Décidément, Angela Merkel est une sacrée chancelière. Elle possède un flair politique empreint d’humanité qui explique sans doute la longévité de son règne.
 
La prospérité et la survie de l’humanité dépendront de coopérations régionales et mondiales efficaces. Pourquoi cette perspective heureuse est en froid avec l’adhésion du plus grand nombre qui se laisse emporter dans un monde de plus en plus dangereux, décidément incapable de réunir la fraternité des combattants après celle des prolétaires ou de la jeunesse? Jusqu’à la caricature, la Covid-19, et ses conséquences économiques, nous montrent que la stratégie du mur, des digues et du repli nous prépare un sombre avenir à l’échelle de notre village planétaire.
Au plus près de nos intérêts, l’Europe, nonobstant son identité introuvable est un point de passage incontournable. Elle a encore à surmonter beaucoup de réticences qui doivent à certaines de ses orientations aussi dogmatiques que désarmantes. « L’Europe se fera dans les crises » prédisait son père fondateur Jean Monnet, et « elle sera la somme des solutions apportées à ces crises ». La pandémie qui la traverse est conforme à cette prémonition. Elle met les européens en face de leur devoir de solidarité.

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12 juillet 2020

L’effet suranné du remaniement

Un remaniement gouvernemental, c’est un peu le shoot du camé de la politique. Sentir le moment advenir par des bruits perceptibles, laisser monter les conjectures et envisager les changements à son goût ou raisonnés à l’aune des exigences stratégiques en fonction l’état des forces politiques en présence, sont des plaisirs rares et mimétiques qui nous placent un moment à l’égal du Chef de l’Etat.
Car l’exercice révèle la toute puissance du monarque républicain. Il choisit et révoque à discrétion son staff ministériel. Ses choix donnent à observer la capacité d’influence et l’entregent de celles et ceux dont les noms figurent sur la short list, égrenée, le jour venu, par le SG solennellement campé sur le perron de l’Elysée. À contrario, ils mettent en exergue celles et ceux qui ont failli et méritent la disgrâce.
Les ingrédients d’un bon gouvernement sont multiples : efficacité à l’intérieur, resserré dans son corps, loyal dans son action, forcément paritaire et représentatif d’une majorité politique à respecter. Face à la crise du politique, on lui adjoint aussi un artefact de « société civile » que René Rémond justifie comme un « acte d’humilité raisonnable des politiques, convenant que la politique n’est pas tout et qu’il y a d’autres dimensions de la réalité ». Nicolas Sarkozy en élargira le champ avec l’ouverture à des personnalités du bord opposé (il en subira les affres au moment de sa réélection).
Le plaisir de l’observateur s’affûte en constatant le respect des critères qui, sur le papier, fondent un bon gouvernement. La vie politique et le team building autour de Matignon se chargeront d’en confirmer l’augure.
Reste le message à retenir d’un remaniement. Le geste en tant que tel doit dire quelque chose ; signifier un changement, une rupture, un nouvel élan ou un nouveau cap. Force est de constater que le Gouvernement de Jean Castex - un PM sarkozyste succède à un PM juppéiste - s’inspire du slogan de campagne du successeur de De Gaulle en 1969 (repris par VGE) : « le changement dans la continuité ». L’effet de surprise, induit par le retour improbable de Roselyne Bachelot en Castafiore de la culture et de l’entrée dans l’arène politique d’Eric Dupond-Moretti, cache tant bien que mal la reconduction des mêmes. On ne change pas une équipe qui gagne. Il ressort de ce constat une cause et une conséquence.
En cause, la faiblesse intrinsèque des ressources humaines, non seulement du Macronisme mais du milieu politique. Conspuée sans cesse dans un monde ouvert à la dérégulation libérale qui a déplacé les lieux de pouvoir et d’aisance hors de l’Etat, l’élite républicaine se disperse dans l’anonymat d’aires de jeux moins exigeantes et plus lucratives que la conduite des affaires publiques. À cela s’ajoutent les effets disruptifs de la dernière élection présidentielle. Parti de nulle part, Emmanuel Macron a puisé les forces vives de son incarnation politique dans un débauchage conforme à son projet politique. Le vivier s’arrête aux limites du centre droit.
En conséquence, le remaniement donne à voir la désuétude de son usage. Il relève d’un réflexe où le temps présidentiel était en mesure de se réinventer d’une élection à l’autre. Le quinquennat a balayé cette façon de faire et il est curieux qu’un tenant du nouveau monde s’en remette à ce concept suranné.
Le quinquennat a cassé le rythme de la Vème République, il a compacté un mandat désormais conçu d’un seul bloc. Certes, il est fait de séquences plus ou moins marquantes, mais elles doivent plus aux circonstances qu’à une action politique planifiée. Pour preuve, l’acte 2 envisagé après la crise des gilets jaunes n’a pas imprimé. Comment alors envisager pouvoir passer à un acte 3 pour les 600 derniers jours du quinquennat, fût-ce avec un nouveau PM et un nouveau gouvernement?

29 juin 2020

L’art du rebond ou l’usage merveilleux du référendum

Après le grand débat pour sortir de la crise des gilets jaunes, la convention citoyenne pour se réinventer. Emmanuel Macron a l’art de trouver les dérivatifs par lesquels tenter de rebondir.

En recevant, aujourd’hui, les 150 français panélisés qui ont été recrutés pour répondre à la question - comment réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale ? -, le Président de la République est en phase avec la percée des écologistes constatée la veille dans les exécutifs locaux. Lancée il y a un peu plus d’un an, la convention citoyenne et ses 149 propositions arrivent à point nommé. Cet exercice démocratique affiche une dynamique disruptive pour répéter des solutions d’évidence que tout le monde connaît. Du Grenelle de l’environnement en 2007 au débat national sur la transition énergétique de 2013 - chaque fois suivi d’un arsenal législatif -, la plupart des mesures proposées ont déjà été discutées, évaluées et énoncées sans avoir été suivies d’effet.

Mais plus le temps passe, plus l’urgence s’installe. Les enjeux climatiques appellent une prise de conscience qui conduise à faire évoluer les comportements individuels au quotidien tout en engageant des efforts collectifs et des remises en cause systémiques qui ne sont pas gratuits. La préservation de la nature et de notre environnement a un coût. À chacun de payer le prix d’une modernité qui se dissous dans la sobriété et la parcimonie, mais peut-on s’y résoudre spontanément?

Le process démocratique pour la gestion des affaires publiques navigue entre l’incitation et la contrainte. D’un côté, savoir susciter l’adhésion par la force de conviction, la pertinence du message et le charisme du leader exaltant ses troupes à s’engager sur la voie qu’il leur trace - « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ; de l’autre, être conduit à employer quelques mesures coercitives sous un vent d’autoritarisme nécessaire pour dompter l’esprit frondeur d’un peuple en mal de révolte et d’impertinence - la trajectoire de la taxe carbone. 

De ce point de vue, la convention citoyenne est un exercice habile qui détourne l’attention du pouvoir décrédibilisé pour en appeler à la vérité populaire.

Ça ne fait rien. La politique est souvent art de méthode. En matière d’écologie politique , les incantations radicales ont fait long feu. On lui préfère désormais le bon sens de l’opinion. La vertu de cet exercice participatif et délibératif touche à la symbolique de la France d’en bas comme le grand débat entendait capter l’indignation des ronds-points. Y avait-il des « gilets jaunes » parmi les membres de la Convention citoyenne?

Reste qu’une fois passé le temps de la réflexion et du débat, l’exercice amène une déclinaison concrète en droit, a fortiori lorsque l’on attend de lui, pas moins que d’incarner la fin du quinquennat et préparer la réélection du PR. Autant, le grand débat avait calmé les gaulois réfractaires mais s’était achevé sur une incertitude programmatique qui amènerait la réforme des retraites, autant les conclusions tirées des élections municipales baroques appellent un geste politique à double sens. D’abord figurer en acte la transition énergétique qui ne peut plus s’appesantir uniquement en trajectoire, ensuite donner à l’exécutif de la pertinence dans son action pour en faire le réceptacle d’une légitimité retrouvée.  C’est la qu’intervient le référendum. « Utile pour emmener le débat dans la société », il confère un caractère  plébéien à l’action conduite au plus haut sommet de l’Etat qui le rêve comme un plébiscite offert à sa propre gloire. « Les français veulent plus d’horizontalité et moins de verticalité », ou comment gagner du temps en passant de la convention citoyenne au référendum. Outils par excellence de la Vème République, le recours à l’article 11 de la Constitution symbolise un lien direct et solide qui unit, par un retour de confiance partagée, le peuple à celui qui préside à ses destinées. L’exercice s’avère prometteur et exaltant. Il est aussi à double tranchant. L’histoire compte quelques précédents fâcheux. Emmanuel  Macron aime prendre son risque. C’est peut-être pour ça qu’il a suggéré, non pas un, mais deux appels au peuple. 

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27 juin 2020

Élections, piège à con!

Le Covid 19 aura raison de nos vies et de notre économie, mais pas de notre démocratie. Pour l’exécutif, il fallait finir le job pour pouvoir envisager autre chose. Les élections municipales entamées le 15 mars, s’achèveront, trois mois plus tard, le 28 juin, jour du second tour. Il concernera 4 922 communes et environ 16,5 millions d'électeurs. Cette date fut décidée le 22 mai. A l’époque, l’état sanitaire était encore, sous la menace d’une hypothétique deuxième vague. Si le conseil scientifique avait considéré que la situation sanitaire s’était « nettement améliorée », il jugeait « difficile d’anticiper » et avait laissé à l'autorité politique la responsabilité de sa décision. Aujourd’hui, le virus circule encore, mais il semble sous contrôle. Le pari gouvernemental devrait être gagné. Une fois les municipales passées, l’exécutif va pouvoir se réinventer et dessiner un nouveau chemin. Le Président de la République n’attend que ça.

Reste que dimanche prochain, la démocratie locale ne sera pas à la fête. Le caractère atypique du premier tour risque de se reproduire au second jusqu’à altérer la sincérité du scrutin. Le 15 mars avait d’abord été marqué par un effondrement de la participation. 45% des inscrits s’étaient déplacés dans les bureaux de vote contre 65% en 2014. En se répétant, cette assiduité civique déficiente donnera des exécutifs communaux mal élus et en manque de légitimité dans une démocratie déjà fatiguée. La peur du virus laissera la place à un état d’inquiétude généralisé compte tenu de l’état d’extraordinaire faiblesse dans lequel se trouve l’économie française. L’incertitude sur l’avenir et l’état du pays est telle que chacun voit bien que le redressement espéré, et attendu, ne se jouera pas au niveau local. 

Bien qu’on nous raconte que les maires sont les élus préférés des français, ils ne seront pas déterminants pour la relance. Les promesses sont du côté de l’Etat qui protège et soutient, qui finance et s’endette. En apesanteur sociale, encore un peu confinés dans leur tête et anesthésiés par le chômage partiel, les françaises et les français tentent de se réapproprier une liberté retrouvée. Les électeurs sont démobilisés.

Ce désintérêt massif pour les élections municipales tient aussi à la modification des équilibres dans la configuration politique de certaines villes. Là où la logique électorale classique aurait amené les électeurs à corriger ou confirmer la tendance sortie des urnes le 15 mars, le désordre s’est emparé de cet entre deux tours dépourvue de véritable campagne électorale. Il en a déstabilisé un peu plus l’organisation partisane traditionnelle. Au delà de la percée incontestable des candidats d’EELV, opportunément portés par les préoccupations environnementales et les enjeux écologiques, le scrutin de dimanche dessine des alliances disparates, chamarrées et parfois incongrues, où les jeux personnels, les calculs intéressés et les ambitions contrariées trouvent à s’exprimer contre nature. Les particularismes locaux en sont exacerbés et prennent le pas sur le système classique des partis dominants. La recomposition du champ politique ne s’en trouve pas vraiment clarifiée. Elle est encore en marche. On patientera car, encore une fois, l’essentiel n’est pas là. L’attente des françaises et des français est ailleurs. L’enjeu électoral du moment apparaît décalé.

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13 juin 2020

La réinvention du jour d’après

Emmanuel Macron a-t-il déjà trouvé matière à se réinventer ? Il nous le dira ce soir. Derrière l’incarnation des membres du Gouvernement, et du premier d’entre eux, soumise aux conjectures d’un remaniement, demeure la politique menée à l’aune des effets récessifs de la pandémie. Le PR doit ajuster la ligne sans changer de cap ; affaire de précision sémantique pour un vaste programme. Trois ans après un bouleversement inédit de notre organisation politique et partisane dont il fut le magnifique instigateur, il a tout à refaire dans la perspective d’une réélection qui guide ses pas plus que jamais.
L’action réformatrice, plutôt habile jusque là - baisse du chômage et des déficits publics, reprise de la croissance -, n’a pas suffi à apaiser le pays. A la faveur de maladresses qui focalisent l’attention sur le ressentiment, elle s’est confrontée aux affres d’une société en décomposition avancée dans un pays engagé sur la voie de la décadence. Des gilets jaunes aux éruptions communautaristes, de la faillite d’un système de santé à la fatigue exacerbée des forces de l’ordre en passant par la stigmatisation marcescente d'une réforme d’un système de retraite moribond, le Gouvernement n’aura pas été épargné.
« La France est un pays qui se réforme moins qu’il ne se transforme dans des spasmes soudains » constatait Emmanuel Macron, trois mois après son élection. Toute épreuve porte en elle une capacité de rebond. En cela le jour d’après était une belle idée inoculée aux français à l’aube d’un confinement imaginé comme un temps incertain et illusoire, propice à retrouver le sens des choses, jouer des vrais ressorts de l’existence et porter - enfin - l’imagination au pouvoir.
En 2017, Emmanuel Macron avait incarné un changement véritable et audacieux. Si l’enthousiasme fut mesuré, la démarche était acceptée. Au lendemain de son élection, Eric Fottorino écrivait : « Macron libère les énergies comme il suscite des allergies, excitant les uns comme il irrite les autres ». Tout vaut mieux que de l’indifférence. Depuis, sous le regard d’une majorité silencieuse, les ressentiments s’expriment en tous sens et à grand bruit sans que de la confrontation politique n’émerge une alternative raisonnable, apaisante et constructive. Sous l’emprise de la rue envahie et des ronds-points bloqués, la France s’est enfoncée dans les affres de contestations catégorielles montant les français les uns contre les autres. L’effort du confinement aura sans doute sauvé des vies, il n’aurait pas soigné – au contraire – ces luttes intestines dont la convergence espérée par certains se confronte à la quête d’une concorde nationale attendue par d’autres.
« Tracer de nouvelles perspectives, redéfinir les solidarités, dessiner un nouvel horizon » ; tel est le triptyque sur lequel Emmanuel Macron est attendu ce soir. Une espérance trop grande pour un seul homme qui en parlant de se réinventer lui-même à placer la barre très haut.

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14 décembre 2019

Retraite à point, méthode à poigne

Faut-il être maso pour se lancer dans un réforme des retraites? En 1991, Michel Rocard qui préférait l’hypothèse de la connerie à celle du complot (« la connerie est courante, le complot exige un esprit rare ») avait donné une réponse devenue un considérant majeur de l’action publique : « avec la réforme des retraites, il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements ».

 La réforme des retraites est un serpent de mer. De 1993 à 2014 en passant par 2003, nombreux sont les gouvernements à avoir voulu retoucher les régimes d'assurance retraite. Ils ont agit plus ou ou moins à ciel ouvert et la portée de leurs actions s’apparente davantage à du replâtrage parcimonieux qu’à la refondation éclatante du pacte social. Difficile alors de faire croire au grand soir et à la réforme enchantée.

 Comment avancer dans un esprit de concorde mêlé de « bravitude » quand l’air ambiant gonfle les voiles d’un populisme délétère et nous renvoie à la perception d’un futur décati? Notre modèle social est à bout depuis trente ans. S’il fait encore son office, c’est sous l’autorité d’une dette abyssale ; un sombre héritage pour les générations futures. Au surplus, notre pays navigue à vue dans une globalisation qui rebat les cartes de la puissance et de la prospérité, des périls et des conquêtes, des risques et des opportunités. Comment agir dans un contexte aussi anxiogène? Le corps social est fatigué ; la fièvre révolutionnaire couve.

 L’âge pivot cristallise toutes les inquiétudes à l’égard d’une réforme impossible à conduire dans une confiante sérénité. Mais l’alibi est facile. Sous prétexte de  dévoiler les mauvaises intentions comptables du Gouvernement, il révèle la répartition, au sein de la classe politique et syndicale, du courage et son corollaire le progrès qui ne vaut que s’il est partagé par tous.

 L’âge légal de départ en retraite est un totem! Un objet intouchable qui justifie toutes les lâchetés et les renoncements. Emmanuel Macron l’avait bien compris en annonçant, lors de sa campagne vouloir faire œuvre de modernité en instaurant un système universel sans toucher aux 62 ans instauré de manière progressive en 2011. Qu’il en soit à demi pardonné.

 Les avantages acquis ne sont pas immuables, surtout lorsqu’ils font face à des déficits. Que l’on compte en points ou en trimestres, le niveau de la retraite dépend avant tout de celui de la cotisation - taux et durée - et du niveau de rémunération durant la carrière. L’aspect paramétrique est indissociable de l’approche systémique. Force est à la loi de l’équilibre dans un système de répartition générationnel. Elle en fait un préalable à toute réforme. Se faisant, celle du PM s’inscrit dans cet entêtant « en même temps ». Si la retraite à point est une idée de gauche, la droite responsable a toujours préconisé une méthode à poigne, avec des mesures d’âge.

 

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27 juillet 2019

La venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale

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"Au lieu de nous féliciter, essayez de faire quelque chose"! Greta Thunberg l’a joue provoc! C’est par la trouille qu’elle veut faire bouger les choses. On devrait lui apprendre que la peur n’évite pas le danger. S’en prendre au gouvernants sous prétexte qu’ils ne font rien, ou s’agitent en deçà de l’urgence à réagir, frise la démagogie quand bien même, l’alerte émane d’une jeunesse scrupuleuse et rigoriste qui s’inscrit dans un combat  générationnel. 

Gouverner, c’est prévoir! Au rythme où les réformes se déploient, et si tant est qu’elles soient constantes, l’action d’aujourd’hui vaut pour après-demain. Les politiques rêvent d’infléchir la tendance avant les prochaines élections. S’agissant du climat, comme de la dette ou des déficits, c’est peine perdue. Si l’action publique est en marche, elle ressemble à ces monstrueux paquebots, propulsés au fuel, qui mettent des plombes à changer de cap.

L’interpellation de cette jeunesse « Youth for the climate », et les évocations de fin du monde, donnent un coup de fouet médiatique à nos consciences léthargiques. La mobilisation des générations futures interpelle pour mieux stigmatiser les faiblesses des grandes personnes. Néanmoins, la radicalité du discours est une chose ; sa prise d’effet en est une autre. Même si elles durent de plus en plus longtemps, nos existences restent éphémères. Notre passage sur la terre est pavé d’incertitudes. Nos modes de vie sont anxiogènes quand l’idéologie consumériste et hédoniste supporte encore les espérances de l’humanité, notamment pour la part la plus en écart en termes de pauvreté et de niveau de vie. Une alternative radicale peine à émerger. À l’échelle de nos vies, nous sommes tous responsables. 

Ces périodes caniculaires qui s’intensifient en se répétant, éprouvent notre humeur et notre physique. Elles nous inquiètent autant qu’elles nous affligent. Il faudrait ralentir la marche du monde vers son agonie. « Le réchauffement n’a jamais été aussi universel ». Entre conscience et déni, injonction à faire ou passivité à agir, culpabilité ou incrédulité, demeure une certaine aversion au changement dès lors que la lutte contre le changement climatique vaudrait régression délibérée et renoncement affiché pour le progrès. Tout est affaire de définition et il convient de savoir de quel progrès nous parlons et quel progressisme il met en œuvre. Il n’empêche. Les crises en tout genre persistent et s’amplifient depuis quarante ans. Elles n’ont pas éteint les rêves de jours meilleurs pour la prospérité et le bien-être de tous. Entre fin du monde ou fin d’un monde, il est difficile de choisir.

 

Posté par gtab à 02:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]