l'éternité plus un jour

13 mai 2012

Le Penenchon

Ce n'est pas rien de s'attaquer à une élection présidentielle. Ca flatte l'ego que la plupart des candidats ont déjà boursouflé. Jean-Luc Mélenchon a pris plaisir dans cette campagne. Il en a donné aussi. Avec talent, il y a trouvé une bonne place quoique un peu sur-jouée à la lecture de son score final. Celui qui se rêvait le troisième homme a dû laisser la place à une femme. Même si son résultat est déjà énorme pour quelqu'un se réclamant du communisme, il a mal vécu ce déclassement. Si rien n'est fait pour le rattraper, le leader du Front de Gauche sombrera dans les anecdotes d'un scrutin présidentiel qui avec l'alternance, demeurera dans l'histoire pour avoir donné un successeur à François Mitterrand. Le reste est sans importance car le temps du programme commun est révolu et la force de caractère cachée du nouveau Président pourrait bien conduire à mettre la gauche plurielle sous l'éteignoir d'une sociale-démocratie euro-réaliste.

Heureusement, comme pour d'autres, les élections législatives ont pour Jean-Luc Mélenchon un parfum de revanche et de revenez-y. Après tout, c'est un classique ; un homme politique digne de ce nom ne se sent bien qu'en campagne, à battre l'estrade et haranguer les foules. Dans cet exercice, Jean-Luc Mélenchon est un artiste. Il eut donc été dommage qu'il ne se fit pas plaisir et cessa d'en donner. Pour enrober la chose, il a choisi de venir défier Marine Le Pen à Hénin-Beaumont qui risque d'être à la politique ce que Cannes est au cinéma ; un lieu où aller se faire voir.

Ce parachutage est habile même si les raisons ne sont pas forcément de très bon goût. En jouant les prolongations Jean-Luc Mélenchon veut continuer à incarner le premier opposant au Front National. Non seulement, on dit de lui qu'il est courageux et téméraire - l'ego, toujours l'égo -, mais en plus il se hisse au niveau de la tête d'affiche d'un scrutin ou la tenue du parti d'extrême droite va attiser l'attention médiatique. Sorti du jeu à la Présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se remet dans le cadre aux législatives.

En vérité, il offre à François Hollande, sinon un gage d'allégeance, du  moins un sacré coup de main. De son duel avec Marine Le Pen, on peut craindre qu'il profite à cette dernière, portée qu'elle est par la dynamique de son score à la Présidentielle et la situation particulière à Hénin-Beaumon où les socialistes trainent quelques casseroles. En même temps, peu importe que la Présidente du Front National soit élue ou battue en juin. Le nouveau Président de la République instaurera d'ici cinq ans, la proportionnelle pour les futures législatives. Au pire, Marine Le Pen et ses amis, n'auraient qu'une législature à patienter, le temps de forcer un peu plus les digues de l'UMP et de capitaliser sur les errements des socialistes au pouvoir. Dans cet affrontement, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont partie liée. Ils s'entretiennent mutuellement dans une haine tenace qui finalement les rassemblent par leur radicalisme démagogique et outrancier. Ils montrent également toute la convergence des intérêts rapprochant la gauche et le Front National depuis trente ans. En cela, François Hollande ne fait que récolter les fruits amers de son mentor à qui, 31 ans après, il est s'y fier de succéder. 

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03 mai 2012

A défaut d''espoir, de la lucidité

Dans quelques jours le grand barnum de la présidentielle va cesser. Déjà la sélection du 1er tour a fait disparaître une série d’acteurs de second rang. Certains d’entre eux ne sont même pas sûrs de revenir dans 5 ans. Malgré les chaînes d’info en continue, Twiter, la présence des finalistes et leur posture inversée, on sent comme un parfum de lassitude et de renoncement. « Une élection sans illusion, une élection sans espérance » écrit Alain Duhamel. L’ambiance festive de Bercy, dimanche dernier, ou le rassemblement bluffant de la vraie fête du travail, mardi 1er mai, n’ont fait que simuler à la perfection un brin de passion dans cette effluve rancie d’un affrontement politique qui ne dit rien qui vaille, ni dans son résultat chiffré, ni dans son dénouement programmatique.

La crise aidant, la ferveur du peuple de France pour la politique serait à mettre au rang des accessoires d’une nostalgie où les déchirements idéologiques avaient encore un sens dans notre petit hexagone protecteur. Lorsque les familles se divisaient entre générations, le sens d’un vote portait un parfum d’insoumission, d’indignation ou d’exaltation, mai 1981, mai 1995, mai 2007. Il en va des années électorales comme des cuvées millésimées. Elles alternent le bon et le médiocre, le suave et l’amer, la grandeur et la rancœur.

Bien sûr il y a la crise ! Et c’est le constat le plus cruel qu’il convient de porter pour défendre irrémédiablement et sans un doute le choix lucide et droit de Nicolas Sarkozy ; cinq ans encore, cinq ans seulement. Au-delà de tous ses excès, avec son ardeur et cette liberté inédite de lui-même dans la fonction suprême qui en font à jamais une référence indélébile dans l’histoire de la République pour peu qu’on ait l’honnêteté de le reconnaître, Nicolas Sarkozy a peut-être gouverné notre pays comme personne n’aurait su le faire durant ces dernières années. Si son style a percuté et perturbé, c’est d’abord un monde convulsé de mille révoltes et d’autant de soubresauts qui a imprimé le tempo du pouvoir : « Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise n'est pas finie, que ses conséquences seront durables, que la France est trop engagée dans l'économie mondiale pour que l'on puisse penser un instant qu'elle pourrait être à l'abri des évènements qui sont en train de bouleverser le monde ». Alors, il n’y a plus de programmes, il n’y a plus de promesses – « Moi, Président, je…. » – indécentes et lénifiantes. Il y a juste l’ampleur d’une tâche commencée en 2008, quand Nicolas Sarkozy dessilla la vue de ses coreligionnaires du G20 et qui ne finira pas avec le choix hasardeux et risqué du 6 mai.

François Hollande se tient droit. Le culbuto aurait enfin trouvé sa rectitude, le temps d’une campagne offerts par les hasards de la vie. Cela suffira-t-il à chasser sa vraie nature ? A l’affranchir de son indécision transgressive dont ses amis escomptent beaucoup pour s’approprier les places. Non, la fonction présidentielle n’a rien de normal. Ce qui a fait hier l’exception d’une situation économique dévastatrice reviendra, plus fortement et plus brutalement demain. Dans ces cas extrêmes l’expérience vaut mieux que tout, a fortiori lorsqu’on l’accole au courage et à la vérité. François Hollande n’en a pas, si longtemps qu’il est resté éloigné des dossiers qu’en vérité il n’a jamais approché. Quoi que tente de masquer sa suffisance, il faut craindre qu’il se désagrège à devoir porter des espérances hors du temps. Depuis la crise, tous les Gouvernements ayant eu à subir le sort des urnes ont été reniés, chassés, balayés, pulvérisés. Or à chaque fois, ils ont été remplacés par plus  rigoureux et meilleurs gestionnaires en raison d’une réalité économique qui n’offre plus aucune marge de manœuvre dans les vieux pays de cette vieille Europe. l'ancien chef du Parti socialiste serait alors le seul à aller en sens contraire, au risque de jeter notre pays dans le chaos. Y aura-t-il, d’ici au 6 mai un éclair de lucidité transcendant le peuple de France ?

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09 mars 2012

Une campagne sans retour ni détour

Au fond ce qu'il y a de plus facile à reprocher à Nicolas Sarkozy, c'est sa liberté de dire les choses comme il les pense. Car là est peut-être la rupture la plus tranchante qu'il a initiée depuis 2007 quand le peuple de France, conservateur au plus profond de lui-même, attend finalement de ses dirigeants distance et retenue. Dans son livre paru en 2007 Catherine Nay écrivait: "il avance sans masque. Il n'est pas byzantin, il montre son jeu, annonce toujours la couleur." Cinq ans plus tard, dans ses portraits souvenirs, Alain Duhamel renchérit:"Nicolas Sarkozy ne connait pas l'hypocrisie et multiplie les provocations. La plupart des hommes politiques, a fortiori des chefs d'Etat, pratiquent assidûment la langue de bois. Il incarne au contraire, plus que le franc parler, le parler brutal".

Nicolas Sarkozy n'est pas un homme politique comme les autres. Son accession fracassante à la marche suprême du pouvoir a cassé le moule d'une classe dirigeante formatée dans sa genèse et dans son parcours: "Je n'ai pas fait l'ENA. Dans ma vie, je n'ai jamais eu à défendre un statut". Contrairement aux autres, le Président de la République ne s'inscrit pas dans une trajectoire immuable et intangible. Très tôt, il s'est donné une ambition où l'important était de faire plutôt que de durer. Nicolas Sarkozy se refuse à être spectateur. Il veut être acteur: "Après j'irai dans le privé, gagner de l'argent". Dans l'attente, un nouveau quinquennat se justifierait pleinement dans la continuité d'une détermination affichée par tous ses prédécesseurs, à l'exception de Georges Pompidou qui n'en eut malheureusement pas la possibilité. C'est, pour chacun, tout à leur honneur d'avoir relévé le défi du renouvellement de la confiance accordée par le suffrage. Le souvenir de ceux qui ont doublé la mise en est d'autant plus marqué. Pourquoi Nicolas Sarkozy devrait-il s'en passer? A l'inverse, quel sens aurait son maintien dans le milieu en cas de défaite si ce n'est de préempter le rebond d'une droite pour lequel d'autres affichent déjà leur appétit et développent leurs compétences? Valéry Giscard d'Estaing n'a jamais vraiment renoncé à l'envie irrépressible d'un retour en grâce après l'échec. Au lendemain de sa défaite de 1981, il avait dit "au revoir" à ses compatriotes. Ils avaient compris adieu.

Les propos hypothétiques de Nicolas Sarkozy sur son avenir forcent l'évidence d'une réalité et d'une lucidité qu'il faudrait porter à son crédit. Pas besoin d'y ajouter du sens tactique susceptible d'endormir l'ennemi et le conforter dans cette euphorie émolliente d'une victoire prévue d'avance. La franchise du Président de la République offre une vérité bonne à dire. Elle rappelle d'ailleurs la décision immédiate, courageuse et intègre de Lionel Jospin qui assuma plus que sa part dans les résultats du premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Sa déclaration fut à l'époque reconnue pour un geste d'une rare noblesse en politique. Il n'en tenta pas moins un come back calamiteux à la veille des primaires socialistes de 2006. Puisque la défaite présidentielle assumée est un départ sans retour, autant faire une campagne totale et sans regret. Nicolas Sarkozy l'a promis: "je vais tout donner".

 

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25 février 2012

On achève bien les centristes

C'est vraiment en marge de la campagne, mais pour la petite histoire du centre en politique, ça mérite quelques mots.

Le Nouveau centre a tenu aujourd'hui un congrès extraordinaire. L'événement, prévu de longue date, devait servir à adouber, dans l'euphorie et la liesse militante, la candidature d'Hervé Morin ; en quelque sorte un discours de Marseille à Nogent-Sur-Marne. Finalement, l'homme de tous les débarquements ayant renoncé  (crédité de 0,5% des voix), le parti a adopté une motion de soutien à Nicolas Sarkozy. Les centristes rentrent dans le rang de la bipolarisation. Au-delà de la raison qui l'a emporté, on en revient toujours à la même constance qui traverse la famille centriste à chaque élection présidentielle depuis 1981; un cruel dilemme dans son positionnement qui ramène à la force de ses convictions et de son socle idéologique. Le Nouveau centre n'est que ce qu'il est ; un supplétif de l'UMP depuis que le parti majoritaire a accompli la synthèse des droites. Rien de plus niais que cette phrase lancée, en janvier 2002, par François Bayrou devant un aéropage de l'Union en Mouvement: "si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien"! Pour le candidat de l'unité nationale et du "achetons français", la formule ne manque pas de sel.

Que pensent les élus du Nouveau centre? Pas grand-chose de bien singulier par rapport à ce qui se fait dans le giron majoritaire depuis 2002. Conçu dans l'urgence, ce parti a consisté à sauver une petite kyrielle de parlementaires qui n'aurait pas survécu au lâche renoncement de François Bayrou de choisir un camp au second tour de 2007. Au vu de bilan qu'il dresse aujourd'hui du quinquennat finissant, ce fut un crime qui devrait le discréditer à jamais. Ainsi donc, une poignée d'élus purent conserver leur petite autonomie dans un rapport de force minimaliste avec l'UMP. Par surcroît, certains d'entre eux purent même gouter aux plaisirs du sacerdoce ministériel. Hervé Morin qui en fut, pensait que son clan devait profiter de l'élection présidentielle pour accentuer la pression. L'ancien Ministre de la Défense était bien loin de toute visée hégémonique. Il calculait simplement petit bras qu'au moment du comptage des voix au premier tour, ses reports et son appel à voter pour Nicolas Sarkozy feraient fructifier sa côte et le donneraient placé dans un futur Gouvernement. C'est dans ce même esprit et avec ces mêmes arrières pensées qu'un certain nombre de caciques du Nouveau centre et du Parti radical ont, à l'époque, cru dur comme fer au lancement de Jean-Louis Borloo dans le grand bain présidentiel. Avec l'excitation qui gagne à la genèse d'une telle aventure et la faible popularité du Président sortant, certains ont cru pouvoir aller au-delà des rêves et se voir aux côtés du futur locataire de l'Elysée! Le rêves c'est brisé et c'est tant mieux! Moins rêveur mais plus naïf sur son potentiel charismatique, Hervé Morin avait repris le flambeau et placé sa campagne sous l'angle du rite sacrificiel au service de sa famille politique. Elle le lui rend bien aujourd'hui et s'apprête à le virer telle une victime expiatoire.

Si Nicolas Sarkozy sort renforcé de ces renoncements pathétiques - ne parlons pas de Chrisitine Boutin qui fomentait une grève de la faim contre 500 signatures -, c'est aussi bon pour la démocratie. Quoi qu'on puissent penser des vertus du pluralisme, de la diversité légitime des opinions et de la défense de leurs expressions, la vie politique s'affaiblit d'avoir à supporter des ambitions fantaisistes, sans consistance ni crédibilité. 

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17 février 2012

De nouveau candidat

Retrouvera-t-on la ferveur et l'enthousiasme de 2007? Le silence lointain de ce blog répond en partie à la question. Le match étant désormais engagé, il faut y croire, même si les crises ont jeté un voile pesant sur la politique spectacle et le storytelling.

Nicolas Sarkozy a environ 100 jours pour remonter la pente et "comme toujours [il] gagnera seul"! Toujours dénué de scrupules - il ne faut pas croire à un exercice de repentance ; ça ne sert à rien -, il a peut-être gagné en humilité et conserve toujours une vision lucide de la société française dans son oscillation inquiète vers des solutions illusoires de replis. Le discours ne serait alors pas trop changeant par rapport à sa première campagne. La crise aura mis entre parenthèse le diagnostic et l'ordonnance. Les valeurs - travail, famille, patrie - demeurent, tant la compétition s'avère rude dans cette mondialisation acharnée à la perte des grandes Nations et des vieux pays. A quelques jours du sommet européen d'octobre, Raphaëlle Bacqué et Arnaud Leparmentier écrivaient dans le Monde: "Paradoxalement, la crise, (...), sera la plaie de sa présidence, mais aussi peut-être la chance de sa réélection".

Face à lui, tel un notable rubicond, rassuré par le regard d'un entourage qui s'y voit déjà, François Hollande glisserait incidemment dans la peau de celui qui regarde les choses de haut s'en trop s'inquéter de les changer. Arrogant et dominateur, tout à son affaire de sortir le sortant moins pour ce qu'il fit que pour ce qu'il fut, le candidat socialiste pourrait bien s'essouffler. N'a t-il pas repris du poids? Loin d'être à la hauteur de son ambition, il a déjà dévoilé toutes ses batteries. Il est désormais exposé et sa normalité ne suffira pas à soutenir les assauts du camp d'en face. 

Si Nicolas Sarkozy parvient à inverser les images tout est possible. Il devra y mettre du sien. Et en même temps, le Président de la République a déjà beaucoup changé en cinq ans ; de l'amour conjugal, de la crise en tout genre et une paternité tardive comme éléments nouveaux d'une personnalité éprouvée par l'exercice du pouvoir. Dans son dernier livre - les métamorphoses de Sarkozy, Editions Jacob-Duvernet, 257p., 18,90€ -, Bruno Dive passe en revue ses changements de pieds. Un lecteur belliqueux et atrabilaire y verra la marque de l'inconstance et de l'inconsistance. Une lecture plus attentive laisse paraître, d'abord une envie incommensurable de faire - y compris, par voie de conséquence, des erreurs - de tester et de tenter, ensuite une habile capacité d'adaptation, enfin l'appropriation tardive de la fonction présidentielle telle que les français y consentent: "il n'avait pas compris ou pas voulu croire que la fonction présidentielle ne doit pas seulement être exercée, mais aussi "incarnée"".

Nicolas Sarkozy, peut-il réussir à personnifier le changement alors qu'il est sortant? C'est le challenge qu'il s'impose. Il n'a pas grand-chose à perdre. Des réformes irrévocables engrangées au cours du quinquennat à un nouveau statut "protecteur" du Président-candidat, il n'y a qu'un pas qu'il franchira avec énergie, volonté et mouvement. Dans un portrait qu'il en a tiré pour la revue des deux Mondes (janvier 2012), Michel Crépu écrit : Sarkozy n'a pas été aimé parce qu'il se fichait de l'être (sauf de sa femme). Et puis le talent n'est pas quelque chose qu'on peut aimer". Dommage!

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03 janvier 2012

Campagne de Presse

Dans le même numéro Libération offre sa une à François Hollande et dénonce la propagande électorale du Figaro en faveur de Nicolas Sarkozy. C'est ce que l'on appelle le traitement équitable de l'info!

Le journal fondé par Serge July n'a jamais vraiment renié son camp, même si comme les autres, il avait prétendu avoir délaissé la presse d'opinion pour défendre les vertus d'un journalisme sacerdotal, au service d'une information impartiale. L'excitation d'une campagne présidentielle redonne la - mauvaise - foi et l'on s'imagine Nicolas Demorand, éditorialiste engagé, s'enthousiasmant pour sa contribution au changement. Ah! Revivre une nuit du 10 mai: "Les résultats qui me sont communiqués à l'heure où je m'exprime annonce que les françaises et les français ont choisi le changement que je leur proposais".

N'y aurait-il pas plus loin à voir dans cet engouement juvénile pour un candidat qui inquiéte ses plus proches par la faible empathie qu'il suscite? "Moins charismatique" que Ségolène Royal constate le Président. Les sondages, à 124 jours du but, ne sont pas tout  - "Il gère un patrimoine virtuel,..." - et l'on peine à voir en François Hollande, le candidat de la jeunesse ardente et frémissante. En même temps, les lecteurs de Libé vieillissent aussi. Ils se sont embourgeoisés depuis longtemps. Le candidat socialiste peut bien hausser le ton, il doit rester modeste pour ce qui est du changement: "il y aura des augmentations d'impôt quel que soit le vainqueur de la présidentielle" annonçait-il aux Echos, le 18 octobre dernier.

Le directeur de Libération est apparemment sous le charme. Il voit François Hollande "offensif et même abrupt vis à vis de Nicolas Sarkozy...". Le militantisme de bas étage rend aveugle. Il faudrait qu'Edouard de Rothschild le rappelle à son employé. A trop monter au pinacle le culbuto, n'y a t-il pas un risque à le voir dégringoler plus vite qu'on ne le croit? Et c'est le syndrome d'un 21 avril qui pourrait revenir en mémoire à force de jouer le second tour sans avoir gagner le premier. "On ne voit pas bien comment Nicolas Sarkozy pourrait être réélu, en bonne logique" a déclaré Pierre Moscovici. A force de faire campagne sur la bilan de Nicolas Sarkozy en rêvant d'une finale perdue par le Président sortant, les socialistes et la presse qui lui sert d'affidé pourraient bien connaître une grosse désillusion... en bonne logique. 

 

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22 décembre 2011

Vaclav Havel 1936 - 2011

Il y a six mois, les français ne connaissaient pas le triple A et ils avaient sans doute oublié Vaclav Havel. Comment peut-on, à ce point, désincarner la politique?

La rigueur insoutenable qu'appelle la crise devrait s'accompagner d'un peu d'humanité pour comprendre la route que nous empruntons. Les grandes figures tutélaires sont irremplaçables pour donner chair à l'engagement politique et en faciliter l'adhésion à défaut de susciter l'enthousiasme. Naturellement, Vaclav Havel est l'une d'elles.

Tout en douceur et en sourire, entouré de velours, il incarne le tournant historique d'une Europe partagée en deux vers son unité ; la communauté s'agrandit. L'élargissement prenait le pas sur l'approfondissement. C'était inévitable et plutôt souhaitable. Les analystes de Standards & Poors ont-ils une vague notion de ce que représentait la dissidence au temps des VoPos armés? L'histoire s'accélère et la réactivité immédiate des marchés financiers ne laissent plus de place aux leçons du passé.

Pour la génération sacrifiée qui, un rien désabusée, scanda, dans des soirées enfumées, "P......, c'est vachement bien, on est quand même tous des européens!" Vaclav Havel représente l'insurrection relookée façon rock star. Tout en étant dépositaire du parcours classique des renégats des Républiques Socialistes Soviétiques; procès, prison, bannissement, déconsidération,..., il aura donné à son engagement un côté branché qui aura manqué à ses dignes prédécesseurs, tel Andrei Sakharov. Déjà repue de modernité, la jeunesse progressiste de l'ouest pouvait ainsi, sans risque de se renier, lâcher prise et déconsidérer sans scrupule les fondamentaux marxistes de mai 68, l'année où Vaclav Havel vivait l'écrasement du "socialisme à visage humain" par les chars soviétiques. Sans égard pour l'union de la gauche qui, à l'époque, n'était plus pour lui qu'un vague souvenir, François Mitterrand, avait su capter l'aura du personnage en marquant le fait de sa contestation par un petit déjeuner partagé à l'Ambassade de France à Prague, le 9 décembre 1988. Le fondateur de la Charte 77 était un homme de droite, mais il avait le goût de la liberté.

Dans un mouvement révolutionnaire apaisé, le dissident devint Président. La Tchécoslovaquie passa de la nuit à la lumière. Non content d'être l'emblême de la déconstruction communiste, Vaclav Havel assumera, presque malgré lui mais avec détermination et pragmatisme, la transition démocratique, la réconciliation avec l'Allemagne et l'adhésion à l'Union européenne.

A l'heure où le syndrome "acheter français" touche tous les candidats à l'élection présidentielle, y compris celui qui se prétendait il y a peu l'héritier d'une lignée d'européens convaincus, la disparition de Vaclav Havel nous rappelle le sens de l'histoire et la part de sacrifices qu'elle suppose pour en avoir la maîtrise. Dans son éditorial, toujours impeccablement léché, parlant de la crise, Claude Imbert écrit " Bref, on eût aimé que les "européens" trouvent le ton, la force, la conviction, la vision nécessaire pour décrire et enseigner le péril d'un démembrement de l'Europe communautaire." L'étoile de Vaclav Havel brille dans la nuit.

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01 novembre 2011

L'exercice de l'Etat de Pierre Schoeller

L-Exercice-de-l-Etat_fichefilm_imagesfilmIl n'y a pas que la primaire socialiste pour rapprocher le citoyen de la politique. Le cinéma a aussi son rôle - la Conquête ou Pater -, et se surprend à trouver dans des sujets qui pourraient rebuter le spectateur ouvert à de belles émotions et aux effets spéciaux, de beaux récits et de grandes histoires plongés dans le réel du pouvoir tel qu'il se fait.

C'est d'abord comme ça qu'il faut recevoir l'exercice de l'Etat; une descente au plus près du réalisme d'un Gouvernement par l'entremise d'un cabinet ministériel qui fait office d'une mousse effervescente entourant le titulaire du portefeuille. Les rôles, les humeurs et les sentiments sont très bien vus, notamment dans cette concurrence interne au sein de l'équipe ministérielle. "Pour exister, il faut endurer"; Bertrand Saint-Jean, dans son engagement, en fait l'amère démonstration. Tout au long du film, ce Ministre des transports sans circonscription est poussé par une attachée de presse plus froide qu'un congélateur au pôle nord, en tension perpétuelle sur le détail des apparences et la restitution des faits. Il est soutenu par un directeur de cabinet magnanime devant le contingence du paraître qu'il sert et rassuré par son devoir de grand commis de l'Etat qui le place en deuxième rideau pour préserver une sorte de stabilité immanente. Et, même si sa place dans le récit est en dissonance avec l'effort de crédibilité qui court tout au long du film, un chauffeur ajoute à son entourage un grand dévouement dans une allégeance mutique pleine d'abnégation qui pourrait passer pour de la compassion. A quelques incohérences près, mais la fiction fait aussi partie du réel, la comédie noire du pouvoir est parfaitement posée.

Dans un cabinet ministériel tout est tension, urgence et arbitrage. Les événements se succèdent au rythme qu'il a la force de leur donner dans cette course effrénée à la représentation et aux apparences; pour être là, présent, au plus près de l'écho d'une résonnance médiatique ; une catastrophe routière dans la nuit froide de l'hiver, le projet d'une privatisation de biens publics sous la poussée de forces occultes qui dictent le sens de l'histoire. Le film démonte admirablement bien ce mécanisme du premier degré qui demeure, au-delà du service de l'Etat, l'apanage du politique ; habiter la fonction et habiller la décision.

Dans son décorum parfaitement restitué, le film approche de manière crue la décision en train de naître par un long cheminement tout en virilité, rapport de force et choix délicats. On est plongé au coeur de cette construction qui met à l'unisson une équipe gouvernementale - scène extraordinaire de la RIM autour du PM au moment où décision est prise de privatiser - dans une symphonie où chaque acteur incline à jouer sa propre partition. Dans cette communauté humaine, l'exercice du pouvoir est insaisissable. La qualité du film de Pierre Schoeller est de nous montrer comme jamais les contraintes qu'il suppose. En ce sens la double définition du mot est pertinente. Si l’exercice du pouvoir relève du jeu; jeu d'acteur et jeu de position, jeu de rôle et jeu de dupes, - à cet égard, on recommandera le jubilatoire Pater d'Alain Cavalier -, la réalité le donne également à voir d’abord comme un exercice physique pour lequel l'énergie est peut-être la première qualité discriminante des acteurs (les vrais). Mais c'est aussi un travail obligé. On est libre de l'exercer, mais on ne le fait pas librement. Il n'y a pas d'hommes politiques libres, encore moins des ministres. Ils collent, sans état d'âme, à des feuilles de route et des éléments de langage. L'exercice de l'État, c'est une longue suite de devoirs et de copies qu'il faut rendre avec application.

A force de réalisme dont le romanesque n'est pas absent, la force du film ajoute un autre argument d'excellence ; la place du politique dans le cour de l'action publique à notre époque. Cet élément traverse le récit mais prend sa plus juste interprétation dans une scène réunissant le dircab du Ministre et un de ses anciens condisciples d'une grande école qui lâche le service de l'Etat - « On est cinquante personnes sur une tête d’épingle » -  pour "passer au privé". Les entendre diverger sur le sens de leur parcours plonge le spectateur qui n'aurait pas déjà sauté, dans un abîme de perplexité. Et on va où maintenant que nous ne maîtrisons plus rien, y compris au sommet de l'Etat? "C'est quoi le pouvoir sans la puissance d'agir?" s'interroge le Ministre dans un écart de lucidité. Mais, comme le montre la fin de "l'exercice de l'Etat", la volonté des hommes politiques est plus forte que ce doute ; heureusement.

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29 octobre 2011

Propos d'après sommets

La pédagogie étant l'art de la répétition, c'est comme ça qu'il faut prendre les différents sommets européens qui vont de tâtonnements en plans de sauvetage. A force de repousser les périls, on finit par s'accoutumer aux mécanismes bancaires et financiers, par prendre la mesure des montants en jeu et par comprendre l'effet destructeur des dettes souveraines.

Il n'est plus temps de trouver le bouc émissaire de cette ère dispendieuse à jamais révolue. Et c'est quelque part dommageable d'entrer dans une période électorale propice à des dénonciations opportunistes et des mises en cause faciles, comme à ces relents bassement nationalistes qui prétendent dénoncer l'affaiblissement de la France face au diktat germanique. Quand les bons vieux clichés se recyclent à merveille! Pourtant cette crise systémique qui vient de loin nous amène à considérer un peu plus l'Europe en chantier, non plus seulement comme un espace de rapport de force ou le champ clos d'une naïveté béate, mais comme la voie âpre d'un compromis. Nous verrions alors que face à cette mondialisation l'Union européenne sera inconditionnellement notre force commune avant d'être notre faiblesse, cet accomplissement dut-il se passer dans la douleur. Souvenons-nous de Jean Monnet: "Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils n'en voient la nécessité que dans la crise".

Il est facile de railler Nicolas Sarkozy, fallacieusement intronisé "sauveur du monde". François Hollande aurait-il fait autrement? Il n'aurait assurément pas fait mieux!

Face à la crise qui révêle les faiblesses structurelles de notre vieux continent, il faut se méfier des donneurs de leçons hexagonaux et des bradeurs d'espoir en campagne. La conduite des affaires c'est autre chose et l'expérience vaut bien mieux que la normalité. François Hollande est dans son rôle lorsqu'il parle de "réénchanter le rêve français" dont, en passant on aimerait bien avoir la définition. A la veille d'un scrutin présidentiel, auréolé d'une primaire victorieuse, on entend cet appel comme une marque de séduction qui veut porter loin l'enthousiasme incarné d'une candidature. Malheureusement, cette intention ne donnera pas de marge de manoeuvre. Sans lui faire offense, on voit mal le député de Corrèze obtenir d'Angela Merkel ce qu'elle n'a pas lâché à Nicolas Sarkozy.

Dans cette course de lenteur vers le fédéralisme, l'union budgétaire et les eurobonds, le Président de la République n'est pas le moins allant et son Premier ministre a eu raison mercredi, devant les députés, de mettre en avant l'engagement français: "Je mets l'ensemble des membres de cette assemblée au défi de me citer un seul exemple d'une proposition originale pour faire face à la crise qui ne soit pas venue du Gouvernement français, du Président de la République et de notre pays". Peu importe que Nicolas Sarkozy soit déjà en campagne. Un animal politique comme lui ne cache pas son jeu et c'est plutôt sain. Dans le contexte économique qui nous pousse au bord du chaos, l'électeur de la prochaine présidentielle française devra avancer vers l'isoloir avec à l'esprit cette formule: "on sait ce que l'on perd, on ne sait pas ce que l'on gagne".

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11 octobre 2011

Deuxième tour primaire

Plutôt que d'avoir déplacé aux urnes 2,5 millions de curieux par un dimanche pluvieux d'octobre 2011, il eût été plus sain pour la démocratie d'en avoir mobilisé la moitié le 21 avril 2002.

Les socialistes peuvent bien se gausser d'un succès médiatique en attendant la soupe à la grimace. Les primaires socialistes ne sont bonnes qu'à faire pleurer un femme et c'est toute la vertu d'un exercice démocratique appliqué qui s'efface aussitôt. Derrière les flons-flons, la bonne franquette, le retour lénifiant d'Harlem Désir en Monsieur Loyal et l'échec injuste de Ségolène Royal, on sent déjà poindre la mitraille. Le duel sera à mort entre les clones du Delorisme exhumé. Arnaud Montebourg plastronne; un dandy au pays des Soviets. Il ne se sent plus pousser d'aise à force d'avoir rêvé depuis tout petit qu'il sera un jour, à son tour, Charles de Gaulle ou François Mitterrand ou les deux: "J'ai sorti le PS du formol". Et oui Martine Aubry, l'ambition politique, ça vient de loin et ce n'est pas la rescousse d'une mine atrabilaire et d'un comportement de pittbul qui peut changer la donne en un rien de temps. François Hollande s'y voyait déjà. Il commence à déchanter. Les regards se crispent, la tension monte, les mots qui fâchent vont être lâchés. Essayez d'aller chercher la dynamique après la condescendance affichée du troisième homme à l'égard des impétrants: "Je ne sais pas s'ils sont capables, l'un comme l'autre, de se dépasser eux-mêmes et d'aller vers les français qu'ils n'ont pas convaincus." Arnaud Montebourg ne fait pas de politique avec des sentiments. On avait compris et on lui pardonne car le talent fait passer bien des choses. Il serait temps, à gauche aussi, de lui faire de la place.

Alors pourquoi ne pas en prendre pour cinq ans de plus avec le Chef de l'Etat et laisser pousser en graine ce jeune poulet de Bresse? Un jour où l'autre les meilleurs ont dû jouer contre leur camp pour toucher au pinacle. Arnaud Montebourg pourrait-il se laisser tenter par cette stratégie? Après tout, ils furent nombreux, et non des moindres, à planter la marche en avant de Ségolène Royal en 2007. La belle unité socialiste n'est plus qu'un amère trompe l'oeil. Dans peu de temps, Nicolas Sarkozy va pouvoir sortir ses plus beaux calibres et lâcher sa verve assassine sur un challenger socialiste un peu écorné. "Une primaire, même réussie, ne fait donc pas un printemps présidentiel" écrivait, hier, Nicolas Demorand.

 

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