03 janvier 2012
Campagne de Presse
Dans le même numéro Libération offre sa une à François Hollande et dénonce la propagande électorale du Figaro en faveur de Nicolas Sarkozy. C'est ce que l'on appelle le traitement équitable de l'info!
Le journal fondé par Serge July n'a jamais vraiment renié son camp, même si comme les autres, il avait prétendu avoir délaissé la presse d'opinion pour défendre les vertus d'un journalisme sacerdotal, au service d'une information impartiale. L'excitation d'une campagne présidentielle redonne la - mauvaise - foi et l'on s'imagine Nicolas Demorand, éditorialiste engagé, s'enthousiasmant pour sa contribution au changement. Ah! Revivre une nuit du 10 mai: "Les résultats qui me sont communiqués à l'heure où je m'exprime annonce que les françaises et les français ont choisi le changement que je leur proposais".
N'y aurait-il pas plus loin à voir dans cet engouement juvénile pour un candidat qui inquiéte ses plus proches par la faible empathie qu'il suscite? "Moins charismatique" que Ségolène Royal constate le Président. Les sondages, à 124 jours du but, ne sont pas tout - "Il gère un patrimoine virtuel,..." - et l'on peine à voir en François Hollande, le candidat de la jeunesse ardente et frémissante. En même temps, les lecteurs de Libé vieillissent aussi. Ils se sont embourgeoisés depuis longtemps. Le candidat socialiste peut bien hausser le ton, il doit rester modeste pour ce qui est du changement: "il y aura des augmentations d'impôt quel que soit le vainqueur de la présidentielle" annonçait-il aux Echos, le 18 octobre dernier.
Le directeur de Libération est apparemment sous le charme. Il voit François Hollande "offensif et même abrupt vis à vis de Nicolas Sarkozy...". Le militantisme de bas étage rend aveugle. Il faudrait qu'Edouard de Rothschild le rappelle à son employé. A trop monter au pinacle le culbuto, n'y a t-il pas un risque à le voir dégringoler plus vite qu'on ne le croit? Et c'est le syndrome d'un 21 avril qui pourrait revenir en mémoire à force de jouer le second tour sans avoir gagner le premier. "On ne voit pas bien comment Nicolas Sarkozy pourrait être réélu, en bonne logique" a déclaré Pierre Moscovici. A force de faire campagne sur la bilan de Nicolas Sarkozy en rêvant d'une finale perdue par le Président sortant, les socialistes et la presse qui lui sert d'affidé pourraient bien connaître une grosse désillusion... en bonne logique.
22 décembre 2011
Vaclav Havel 1936 - 2011
Il y a six mois, les français ne connaissaient pas le triple A et ils avaient sans doute oublié Vaclav Havel. Comment peut-on, à ce point, désincarner la politique?
La rigueur insoutenable qu'appelle la crise devrait s'accompagner d'un peu d'humanité pour comprendre la route que nous empruntons. Les grandes figures tutélaires sont irremplaçables pour donner chair à l'engagement politique et en faciliter l'adhésion à défaut de susciter l'enthousiasme. Naturellement, Vaclav Havel est l'une d'elles.
Tout en douceur et en sourire, entouré de velours, il incarne le tournant historique d'une Europe partagée en deux vers son unité ; la communauté s'agrandit. L'élargissement prenait le pas sur l'approfondissement. C'était inévitable et plutôt souhaitable. Les analystes de Standards & Poors ont-ils une vague notion de ce que représentait la dissidence au temps des VoPos armés? L'histoire s'accélère et la réactivité immédiate des marchés financiers ne laissent plus de place aux leçons du passé.
Pour la génération sacrifiée qui, un rien désabusée, scanda, dans des soirées enfumées, "P......, c'est vachement bien, on est quand même tous des européens!" Vaclav Havel représente l'insurrection relookée façon rock star. Tout en étant dépositaire du parcours classique des renégats des Républiques Socialistes Soviétiques; procès, prison, bannissement, déconsidération,..., il aura donné à son engagement un côté branché qui aura manqué à ses dignes prédécesseurs, tel Andrei Sakharov. Déjà repue de modernité, la jeunesse progressiste de l'ouest pouvait ainsi, sans risque de se renier, lâcher prise et déconsidérer sans scrupule les fondamentaux marxistes de mai 68, l'année où Vaclav Havel vivait l'écrasement du "socialisme à visage humain" par les chars soviétiques. Sans égard pour l'union de la gauche qui, à l'époque, n'était plus pour lui qu'un vague souvenir, François Mitterrand, avait su capter l'aura du personnage en marquant le fait de sa contestation par un petit déjeuner partagé à l'Ambassade de France à Prague, le 9 décembre 1988. Le fondateur de la Charte 77 était un homme de droite, mais il avait le goût de la liberté.
Dans un mouvement révolutionnaire apaisé, le dissident devint Président. La Tchécoslovaquie passa de la nuit à la lumière. Non content d'être l'emblême de la déconstruction communiste, Vaclav Havel assumera, presque malgré lui mais avec détermination et pragmatisme, la transition démocratique, la réconciliation avec l'Allemagne et l'adhésion à l'Union européenne.
A l'heure où le syndrome "acheter français" touche tous les candidats à l'élection présidentielle, y compris celui qui se prétendait il y a peu l'héritier d'une lignée d'européens convaincus, la disparition de Vaclav Havel nous rappelle le sens de l'histoire et la part de sacrifices qu'elle suppose pour en avoir la maîtrise. Dans son éditorial, toujours impeccablement léché, parlant de la crise, Claude Imbert écrit " Bref, on eût aimé que les "européens" trouvent le ton, la force, la conviction, la vision nécessaire pour décrire et enseigner le péril d'un démembrement de l'Europe communautaire." L'étoile de Vaclav Havel brille dans la nuit.
01 novembre 2011
L'exercice de l'Etat de Pierre Schoeller
Il n'y a pas que la primaire socialiste pour rapprocher le citoyen de la politique. Le cinéma a aussi son rôle - la Conquête ou Pater -, et se surprend à trouver dans des sujets qui pourraient rebuter le spectateur ouvert à de belles émotions et aux effets spéciaux, de beaux récits et de grandes histoires plongés dans le réel du pouvoir tel qu'il se fait.
C'est d'abord comme ça qu'il faut recevoir l'exercice de l'Etat; une descente au plus près du réalisme d'un Gouvernement par l'entremise d'un cabinet ministériel qui fait office d'une mousse effervescente entourant le titulaire du portefeuille. Les rôles, les humeurs et les sentiments sont très bien vus, notamment dans cette concurrence interne au sein de l'équipe ministérielle. "Pour exister, il faut endurer"; Bertrand Saint-Jean, dans son engagement, en fait l'amère démonstration. Tout au long du film, ce Ministre des transports sans circonscription est poussé par une attachée de presse plus froide qu'un congélateur au pôle nord, en tension perpétuelle sur le détail des apparences et la restitution des faits. Il est soutenu par un directeur de cabinet magnanime devant le contingence du paraître qu'il sert et rassuré par son devoir de grand commis de l'Etat qui le place en deuxième rideau pour préserver une sorte de stabilité immanente. Et, même si sa place dans le récit est en dissonance avec l'effort de crédibilité qui court tout au long du film, un chauffeur ajoute à son entourage un grand dévouement dans une allégeance mutique pleine d'abnégation qui pourrait passer pour de la compassion. A quelques incohérences près, mais la fiction fait aussi partie du réel, la comédie noire du pouvoir est parfaitement posée.
Dans un cabinet ministériel tout est tension, urgence et arbitrage. Les événements se succèdent au rythme qu'il a la force de leur donner dans cette course effrénée à la représentation et aux apparences; pour être là, présent, au plus près de l'écho d'une résonnance médiatique ; une catastrophe routière dans la nuit froide de l'hiver, le projet d'une privatisation de biens publics sous la poussée de forces occultes qui dictent le sens de l'histoire. Le film démonte admirablement bien ce mécanisme du premier degré qui demeure, au-delà du service de l'Etat, l'apanage du politique ; habiter la fonction et habiller la décision.
Dans son décorum parfaitement restitué, le film approche de manière crue la décision en train de naître par un long cheminement tout en virilité, rapport de force et choix délicats. On est plongé au coeur de cette construction qui met à l'unisson une équipe gouvernementale - scène extraordinaire de la RIM autour du PM au moment où décision est prise de privatiser - dans une symphonie où chaque acteur incline à jouer sa propre partition. Dans cette communauté humaine, l'exercice du pouvoir est insaisissable. La qualité du film de Pierre Schoeller est de nous montrer comme jamais les contraintes qu'il suppose. En ce sens la double définition du mot est pertinente. Si l’exercice du pouvoir relève du jeu; jeu d'acteur et jeu de position, jeu de rôle et jeu de dupes, - à cet égard, on recommandera le jubilatoire Pater d'Alain Cavalier -, la réalité le donne également à voir d’abord comme un exercice physique pour lequel l'énergie est peut-être la première qualité discriminante des acteurs (les vrais). Mais c'est aussi un travail obligé. On est libre de l'exercer, mais on ne le fait pas librement. Il n'y a pas d'hommes politiques libres, encore moins des ministres. Ils collent, sans état d'âme, à des feuilles de route et des éléments de langage. L'exercice de l'État, c'est une longue suite de devoirs et de copies qu'il faut rendre avec application.
A force de réalisme dont le romanesque n'est pas absent, la force du film ajoute un autre argument d'excellence ; la place du politique dans le cour de l'action publique à notre époque. Cet élément traverse le récit mais prend sa plus juste interprétation dans une scène réunissant le dircab du Ministre et un de ses anciens condisciples d'une grande école qui lâche le service de l'Etat - « On est cinquante personnes sur une tête d’épingle » - pour "passer au privé". Les entendre diverger sur le sens de leur parcours plonge le spectateur qui n'aurait pas déjà sauté, dans un abîme de perplexité. Et on va où maintenant que nous ne maîtrisons plus rien, y compris au sommet de l'Etat? "C'est quoi le pouvoir sans la puissance d'agir?" s'interroge le Ministre dans un écart de lucidité. Mais, comme le montre la fin de "l'exercice de l'Etat", la volonté des hommes politiques est plus forte que ce doute ; heureusement.
29 octobre 2011
Propos d'après sommets
La pédagogie étant l'art de la répétition, c'est comme ça qu'il faut prendre les différents sommets européens qui vont de tâtonnements en plans de sauvetage. A force de repousser les périls, on finit par s'accoutumer aux mécanismes bancaires et financiers, par prendre la mesure des montants en jeu et par comprendre l'effet destructeur des dettes souveraines.
Il n'est plus temps de trouver le bouc émissaire de cette ère dispendieuse à jamais révolue. Et c'est quelque part dommageable d'entrer dans une période électorale propice à des dénonciations opportunistes et des mises en cause faciles, comme à ces relents bassement nationalistes qui prétendent dénoncer l'affaiblissement de la France face au diktat germanique. Quand les bons vieux clichés se recyclent à merveille! Pourtant cette crise systémique qui vient de loin nous amène à considérer un peu plus l'Europe en chantier, non plus seulement comme un espace de rapport de force ou le champ clos d'une naïveté béate, mais comme la voie âpre d'un compromis. Nous verrions alors que face à cette mondialisation l'Union européenne sera inconditionnellement notre force commune avant d'être notre faiblesse, cet accomplissement dut-il se passer dans la douleur. Souvenons-nous de Jean Monnet: "Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils n'en voient la nécessité que dans la crise".
Il est facile de railler Nicolas Sarkozy, fallacieusement intronisé "sauveur du monde". François Hollande aurait-il fait autrement? Il n'aurait assurément pas fait mieux!
Face à la crise qui révêle les faiblesses structurelles de notre vieux continent, il faut se méfier des donneurs de leçons hexagonaux et des bradeurs d'espoir en campagne. La conduite des affaires c'est autre chose et l'expérience vaut bien mieux que la normalité. François Hollande est dans son rôle lorsqu'il parle de "réénchanter le rêve français" dont, en passant on aimerait bien avoir la définition. A la veille d'un scrutin présidentiel, auréolé d'une primaire victorieuse, on entend cet appel comme une marque de séduction qui veut porter loin l'enthousiasme incarné d'une candidature. Malheureusement, cette intention ne donnera pas de marge de manoeuvre. Sans lui faire offense, on voit mal le député de Corrèze obtenir d'Angela Merkel ce qu'elle n'a pas lâché à Nicolas Sarkozy.
Dans cette course de lenteur vers le fédéralisme, l'union budgétaire et les eurobonds, le Président de la République n'est pas le moins allant et son Premier ministre a eu raison mercredi, devant les députés, de mettre en avant l'engagement français: "Je mets l'ensemble des membres de cette assemblée au défi de me citer un seul exemple d'une proposition originale pour faire face à la crise qui ne soit pas venue du Gouvernement français, du Président de la République et de notre pays". Peu importe que Nicolas Sarkozy soit déjà en campagne. Un animal politique comme lui ne cache pas son jeu et c'est plutôt sain. Dans le contexte économique qui nous pousse au bord du chaos, l'électeur de la prochaine présidentielle française devra avancer vers l'isoloir avec à l'esprit cette formule: "on sait ce que l'on perd, on ne sait pas ce que l'on gagne".
11 octobre 2011
Deuxième tour primaire
Plutôt que d'avoir déplacé aux urnes 2,5 millions de curieux par un dimanche pluvieux d'octobre 2011, il eût été plus sain pour la démocratie d'en avoir mobilisé la moitié le 21 avril 2002.
Les socialistes peuvent bien se gausser d'un succès médiatique en attendant la soupe à la grimace. Les primaires socialistes ne sont bonnes qu'à faire pleurer un femme et c'est toute la vertu d'un exercice démocratique appliqué qui s'efface aussitôt. Derrière les flons-flons, la bonne franquette, le retour lénifiant d'Harlem Désir en Monsieur Loyal et l'échec injuste de Ségolène Royal, on sent déjà poindre la mitraille. Le duel sera à mort entre les clones du Delorisme exhumé. Arnaud Montebourg plastronne; un dandy au pays des Soviets. Il ne se sent plus pousser d'aise à force d'avoir rêvé depuis tout petit qu'il sera un jour, à son tour, Charles de Gaulle ou François Mitterrand ou les deux: "J'ai sorti le PS du formol". Et oui Martine Aubry, l'ambition politique, ça vient de loin et ce n'est pas la rescousse d'une mine atrabilaire et d'un comportement de pittbul qui peut changer la donne en un rien de temps. François Hollande s'y voyait déjà. Il commence à déchanter. Les regards se crispent, la tension monte, les mots qui fâchent vont être lâchés. Essayez d'aller chercher la dynamique après la condescendance affichée du troisième homme à l'égard des impétrants: "Je ne sais pas s'ils sont capables, l'un comme l'autre, de se dépasser eux-mêmes et d'aller vers les français qu'ils n'ont pas convaincus." Arnaud Montebourg ne fait pas de politique avec des sentiments. On avait compris et on lui pardonne car le talent fait passer bien des choses. Il serait temps, à gauche aussi, de lui faire de la place.
Alors pourquoi ne pas en prendre pour cinq ans de plus avec le Chef de l'Etat et laisser pousser en graine ce jeune poulet de Bresse? Un jour où l'autre les meilleurs ont dû jouer contre leur camp pour toucher au pinacle. Arnaud Montebourg pourrait-il se laisser tenter par cette stratégie? Après tout, ils furent nombreux, et non des moindres, à planter la marche en avant de Ségolène Royal en 2007. La belle unité socialiste n'est plus qu'un amère trompe l'oeil. Dans peu de temps, Nicolas Sarkozy va pouvoir sortir ses plus beaux calibres et lâcher sa verve assassine sur un challenger socialiste un peu écorné. "Une primaire, même réussie, ne fait donc pas un printemps présidentiel" écrivait, hier, Nicolas Demorand.
08 octobre 2011
Derniers mots avant primaires
Il reste un peu de temps pour tempérer l'engouement médiatique qui met en valeur l'exercice des primaires socialistes.
En premier lieu, le concours de beauté du PS n'est jamais que la mise en concurrence classique d'un quarteron d'ambitieux qui doivent être départagés au sein de la formation politique à laquelle ils appartiennent. Jean-Michel Baylet, adepte de la ruse et de l'équivoque, a beau faire semblant d'élargir l'offre des étiquettes, il fait illusion, ne trompe personne et sert avant tout les petits intérêts mesquins du parti radical de gauche qu'il préside, soit l'hypothèse de quelques circonscriptions réservées aux siens en 2012. Loin de s'ouvrir au peuple de gauche, les primaires socialistes se jouent en terrain limité, au sein d'un parti de plus en plus en plus dépourvus d'adhérents. On ne peut pas s'offrir les trophées à chaque scrutin local, au point d'emporter le Sénat, et remplir en même temps les fédérations de militants. Il y aura donc d'autres candidats de gauche au 1er tour de l'élection présidentielle. En cela, les primaires socialistes ne ressembleront pas à celles qui firent sombrer la gauche italienne entraînant le retour précipité de Silvio Berlusconi, il y a quelques années et dont on vanta le modèle.
De même, le parallélisme des formes est également trompeur avec la référence américaine. L'élection du Président des Etats-Unis s'appuie sur un suffrage indirect à un tour. Les candidats doivent faire le plein des voix de grands électeurs qui constituent un filtre partisan et justifient une compétition interne au sein des partis républicain et démocrate. Comme quoi, en y regardant de près, nonobstant la désaffection profonde des citoyens pour la chose publique, le processus électoral de la Vème République n'est peut-être pas si mal. Il propose même une primaire. Avec deux tours de scrutin, il permet de choisir au premier pour éliminer au second. Quand bien même le peuple de gauche irait en masse voter aux primaires du parti socialiste - chaque écurie estime que le million symbolique de votant pourrait être franchis sur 43,2 millions d'inscrits -, le panel des gauches sera représenté par des candidats qui peuvent même escompter faire leur score sur les frustrations forcément générées par la compétition interne au PS. Car avec la mobilisation espérées demain et dimanche prochain, l'autre enjeu des primaires résidera dans la capacité du PS à préserver l'unité indéfectible que les candidats se promettent de respecter derrière celle ou celui qui sortira vainqueur de leur confrontation.
Après avoir épuisé la joie des guerres fratricides des Congrès dans lesquels les nuits n'étaient pas forcément plus belles que les jours pour s'écharper entre courants et finir par se compter lamentablement par motions au petit matin, les socialistes nous la jouent en transparence dans un esprit de concurrence pure et parfaite. Ce qui se faisait hier à l'intérieur du parti, se fera désormais au grand jour. Après qu'ils aient manifesté tant d'effort pour se distinguer les uns les autres aux yeux de français, il leur faudra suivre la voie unique d'un leader servi par un programme adopté par tous. Contrairement au passé, il n'est plus nécessaire d'en passer par la motion de synthèse. Avec les primaires socialistes, elle est déjà écrite et signée d'avance.
Autre temps, autres moeurs. Eric Zemmour a raison de dire que "la Présidentielle est devenue une course de chevaux!" Il a raison aussi de mettre en garde les jeunes pousses de droite sur le caractère primaire des primaires.
02 octobre 2011
Jean-Louis Borloo s'arrête au stop et cale
Jean-Louis Borloo est bel et bien un centriste! Le sourire en coin et l'air velléitaire ne trompent pas. Ajouter à une désinvolture inconvenante, ils auront eu raison de son ambition tardive et poussive après son éviction du Gouvernement.
Où l'ancien Ministre de l'environnement qui devrait rendre des comptes pour le fiasco de la filière photovoltaïque, fait figure de leurre! Il a embarqué la famille centriste dans une course de lenteur. Sous prétexte de prétendre devoir reconstruire ce qui avait échoué trop longtemps sous la forme d'une droite divisée et d'une UDF éclatée, Jean-Louis Borloo a fait superbement patienter tous ceux qui se cherchaient un chef pour prendre le vent de l'opprobre accablant le Président de la République. Dans un réquisitoire implacable d'évidence: "la vérité c'est que les centres n'ont jamais été aussi éclatés, en compétition même entre eux. Je veux d'ailleurs bien en prendre ma part de responsabilité", il coupe la petite course d'élan d'Hervé Morin. Comme Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, les deux anciens ministres de Nicolas Sarkozy se marquaient à la culotte. Que le deal n'ait pas pris la forme d'un pacte de Marrakech, ne changeait rien à l'affaire. Ils se tiraient la bourre dans le respect d'une préséance dictée par les sondages. Désormais seul face à lui-même, et c'est déjà beaucoup, Hervé Morin demeure le candidat par raccroc qu'il s'était finalement résolu à être.
Encore une fois, l'abandon raisonnable de Jean-Louis Borloo qui ne vaut que par l'éclair de lucidité lui faisant comprendre son intérêt, montre qu'une candidature à la présidentielle va se chercher plus loin que dans l'alibi d'une opportunité mal calculée et des petites vengeances rances qui fabriquent les entourages. Quand bien même elles sont utiles, il faut d'autres armes que la haute estime de soi et la somme des haines abandonnées par le Président sur le chemin de son quinquennat, pour aller au devant des français. Il y a à rire ce soir en songeant aux mines certainement déconfites de Dominique Paillé, Rama Yade et autres Yves Jego. Ils devaient le peu qu'ils étaient à Nicolas Sarkozy. Leur disgrâce leur a servi de boussole. Elle leur a fait perdre le nord et les miettes de crédibilité qui leur restaient. C'est bonheur de les penser perdus - pour un temps - à cause de leur inconstance et de leur ingratitude!
En désertant le champ de bataille présidentiel avant qu'il soit ouvert, Jean-Louis Borloo ménage son avenir. C'est dire s'il voit loin. On lui trouvera une fenêtre d'exposition lors de la campagne escomptant que son retrait puisse se doubler du retour de ses maigres troupes dans le giron d'une majorité présidentielle en reconstruction. Reste François Bayrou. Il retrouve peut-être un peu d'air ce soir et ce dit que le temps du débauchage et des rabibochages est venu. Avec les centristes, on en reste toujours à de la petite politique.
25 septembre 2011
Le Sénat à bascule
Ce dimanche 25 septembre, le conservatisme est définitivement passé à gauche!
Bien loin de la VIème République régénératrice et prophétique, les socialistes et leurs affidés ont plus que jamais trouvé chaussure à leur pied avec les institutions de la Vème. Comme le plus éminent d'entre eux avait déjà eu l'occasion de batailler contre ce coup d'état permanent avant d'endosser la veste du monarque, les socialistes, coureurs de primaire, s'accommodent très bien du Sénat après en avoir dénoncé les travers. La patience, l'usage et François Mitterrand leur ont montré que l'on pouvait s'adapter à tout, y compris au pire. Dans cette République irréprochable, les socialistes sont peu à peu devenus les gardiens d'une France surannée, mais qui bouge encore sous les lambris du Palais du Luxembourg. Les mimiques mimétiques de François Hollande inspirées de l'unique Président de la République socialiste ne sont pas seules à rappeler l'héritage et la tradition qu'on va chercher au plus profond de nos terroirs. Il avait sa Nièvre, il a sa Corrèze. Le cumul des mandats a beau être dévalué dans les programmes présidentiels qu'on diffuse sur le net, il n'en reste pas moins un réalité tangible dans les cantons et utile pour faire fructifier les carrières nationales. A quoi bon s'en passer? La Haute Assemblée a beau être une anomalie démocratique, elle n'en reste pas moins une maison accueillante et rassurante qui vaut bien quelques reniements dès lors que les grands électeurs ont aussi leur mot à dire sur la mondialisation, les déficits abissaux et l'avenir de la zone euro.
François Hollande, très en verve, a eu raison de dire qu'avec Nicolas Sarkozy tout devenait possible! La conversion socialiste est imparable. Forte de victoires arithmétiques successives, la gauche s'est engoncée dans les habits de l'immobilisme et du clientélisme local. Vaille que vaille, on encense les grands féodaux qui mutèrent le Parti socialiste en parti de notable ramenant la principale force de gauche aux errements d'un centrisme débonnaire et incertain. Grand bien lui fasse de goûter aux joies du pouvoir de substitution quand l'enjeu politique immédiat interpelle plutôt sur l'avenir de la Nation que sur celui des territoires. Avec le Sénat, le peuple de gauche tient sa petite finale. Il y voit la prémonition de lendemains qui chantent.
On peut bien invoquer la réforme territoriale comme le point saillant de l'explication raisonnée d'une défaite. Elle est mal passée auprès de ces hordes d'élus, bénévoles et retraités, agriculteurs et enseignants, qui ont cru que la simplification administrative et la RGPP signifiait l'abandon de la République. On empilait pourtant tellement, et depuis si longtemps sans compter. Pensez donc! Comment faire vivre dans la prospérité 36 000 communes, une centaine de départements et vingt deux régions administratives auxquels s'ajoutent, un peu partout, des Communuautés d'agglomération et des syndicats intercommunaux de toute sorte? Il n'empêche. Ce fut un crime d'avoir osé s'en prendre à cette France qui vient de loin, et à sa taxe professionnelle. Plutôt que de vouloir rationnaliser la carte territoriale sur des choix qui s'imposeront tôt ou tard, Nicolas Sarkozy aurait dû attendre que le FMI et la Banque centrale européenne s'en charge. Qu'auraient-ils eu alors à dire, les conseillers généraux ainsi mis sous tutelle? Notre pays se paupérise à vue d'oeil, nos services publics, autrefois si vertueux, disparaissent comme peau de chagrin, nos collectivités s'empoisonnent de l'intérieur à coup d'emprunts toxiques et la puissance publique pourrait continuer à faire danser sur un fil, une kyrielle d'édiles locaux au rythme de subventions et de crédits d'équilibre. La démocratie de proximité veut néanmoins croire qu'elle sert encore à quelque chose. Elle s'en convainc lorsque son esprit de révolte trouve de l'écho chez les socialistes et s'élève au niveau d'une campagne présidentielle.
Mais c'est aller chercher trop loin pour expliquer l'affront. Le pire c'est qu'il n'aura fallu que quelques dissidents à droite, comptés sur les doigts d'une seule main, pour donner sa portée historique au dimanche 25 septembre. Les responsables, minables petits égos boursouflés d'un chef-lieu de canton perdu dans le bocage ou au fond d'une vallée sans issue, ont permis la bascule, offrant à ce scrutin sénatorial lointain, le sacre d'un séisme national.
19 septembre 2011
DSK ; fin de la saison I
Et Dominique Strauss-Kahn parla! Dans un scénario minutieusement préparé, avec un texte écrit au cordeau, l'ex-directeur général du FMI dont le CV ajoute une ligne de retraité à pas mal d'autres choses, a déversé sa vérité au plus près de la France du 20h00 de TF1 et devant la bonne amie de sa femme! On n'ose pas imaginer ce qu'aurait donné le même exercice avec Thierry Ardisson....
Si l'on se refuse à croire à la furieuse appétence qu'il cachait si bien pour l'élection présidentielle, on conviendra que Dominique Strauss-Kahn n'a finalement pas lâché grand-chose. Retranchée derrière le Procureur Cyrus Vance Jr qui lui fit tant de mal, la défense se veut imparable et rappelle tout ce que l'ancien édile de Sarcelles va puiser chez ses conseillers en communication. Quand bien même, l'élève est appliqué et talentueux, il ne doit pas être intérieurement facile de regarder Claire Chazal dans le yeux et reconnaître une faute morale dans un rapport précipité. C'est là que Dominique Strauss-Kahn est à son meilleur; sa capacité à faire abstraction du taux d'audience qui donne à la confession publique un précipité d'humiliation et, par la même sa maîtrise à déjouer l'image qu'il renvoie de l'homme qu'il est, face à lui-même, mais plus dur encore, face à sa femme, ses enfants et ses proches.
Dans cette interview millimétrée, Dominique Strauss-Kahn peut effectivement prioriser la faute sur la faiblesse. Cette hiérarchie n'a qu'un temps. Aussitôt exprimée d'un air contrit, elle est, l'instant d'après, implacablement balayée par le doute placé dans une hypothèse évasive: "Un piège? C'est possible. Un complot? Nous verrons". Cette thèse du complot pouvant paraître par trop grossière, les communicants ont ménagé l'effet, là aussi, dans une hiérarchie des valeurs qu'on accole aux mots. Cette stratégie de défense a le mérite de solder le passé et ménager l'avenir, dépassant le sordide de l'affaire en l'enveloppant d'incertitude. Par là même, elle fait subrepticement basculer leur client du côté de la combativité avec un avenir toujours ouvert sinon prometteur.
Les faits désastreux survenus dans la suite du Sofitel de New-York ainsi purgés, Dominique Strauss-Kahn pourrait remonter plus vite que prévu la pente de la respectabilité. Même s'il s'est montré magnanime en refusant toute implication directe dans les primaires, il n'a rien dit pour la campagne présidentielle et pour la suite. Claire Chazal, parfaite dans son rôle de partenaire (comme l'on dit au théâtre) n'a-t-elle pas conclu leur entretien sur la crise et la vision experte de son invité? Remontait alors le souvenir d'un crobard merveilleux et insensé de Lefred-Thouron paru dans le Canard Enchaîné du 31 août dernier. D'un coup de crayon inimitable sortaient Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn déambulant bras dessus-bras dessous dans Manhattan, la première disant au second: "2017 ça viendra vite...Si tu peux te tenir tranquille!"... DSK; fin de la saison une.
16 septembre 2011
Débat primaire
Avec leurs primaires, les socialistes tentent désespérément d'agiter quelque chose de neuf face à l'apathie citoyenne! L'exercice est louable tant il faut faire preuve d'ingéniosité pour revigorer notre démocratie.
A la première analyse, ce long spectacle télévisuel montre que la politique c'était quand même plus facile avant. Les rivalités se mesuraient au sein des appareils entre camarades fervents. La violence n'était pas absente, les aigreurs non plus, mais l'on n'avait pas à étalier proprement ses dissentiments devant la France entière. L'ambiance enfumée des meetings ou des congrès fondateurs suffisaient à planter le décor d'un terrain de jeu dont on savait toujours faire sortir le meilleur. De même, avec le verbe haut, la promesse était facile au temps où l'on pouvait faire naître le désir avec la retraite à 60 ans, les trente-cinq heures et le "travailler plus pour gagner plus". Le débat des primaires socialistes, c'est d'abord et avant tout l'exposition au grand jour d'un lourd dilemme qui colle aux candidats pour accrocher l'électeur avec du sentiment, de la chair et de l'espérance. "Nous ferons ce que les disponibilités de la croissance nous offriront", a modestement dit François Hollande. Même si notre avenir passe par la lutte contre les déficits quand bien même on est à gauche, il va falloir sérieusement déménager du côté des pubards pour astiquer des slogans qui claquent, faire briller le candidat et rameuter le populo dans l'isoloir. Comme l'a rappelé Jean-Pierre Raffarin, joignant le geste à la parole: "la deuxième campagne n'est jamais magique"!
Alors forcément, il y avait beaucoup de gravité sur le plateau de David Pujadas et une atmosphère empesée qui paradoxalement amenait à porter sur ces six candidats un regard emprunt d'une légère compassion. Mais qu'allaient-ils donc faire dans cette galère?! Si l'ambition des égos politiques ramène souvent au sacrifice - François Hollande a repris du poids -, les primaires sont un chemin de croix bien balisé. L'exigence de transparence faisait étalage de marionnettes dont le geste, la voix, le regard et le souffle ne pouvaient dévier d'une ligne murement travaillée. Ne manquait plus qu'un sismographe en temps réel pour sonder les hauts-le-coeur de ces camarades, emprunts de fraternité mais s'écoutant parler dans une violence contenue. Dans cet exercice de virilité qui fait supporter la critique à demi-mot sans broncher, Martine Aubry fut la première à perdre ses nerfs parce que Ségolène Royal a effectivement changé en densité.
Le vainqueur serait parmi eux et ça pouvait être un autre. Tragique confrontation de talents qui se divisent avant de devoir s'additionner. Le parti socialiste peut bien mettre en avant la bonne tenue des débats de ce concours de beauté qui en valait bien d'autres, cette confrontation a semé les germes de la lutte armée sauf à considérer que parmi la troupe, certains se contenterait de la figuration. Six candidats pour une place, c'est trop ; la débauche d'énergie d'une fine équipe contrainte d'appliquer la loi du talion, tandis que leur adversaire, le vrai, le seul, l'unique, court en liberté, de Benghazi à Tripoli. Ils vont sortir éreintés et finiront par se neutraliser, confinés dans une hypocrisie de façade.
