NKM Capitale
Réchapper d’une mise à mort électorale doit donner des ailes pour la suite. En désignant Nathalie Kosciusko-Morizet comme une candidate à abattre lors des dernières élections législatives, Marine Le Pen a sans doute contribué à renforcer un peu plus le caractère combatif et la volonté politicienne de l’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy. Défaite en juin, NKM n’aurait pas pu prétendre conquérir Paris en 2014.
Il y a toujours un peu de gêne à considérer les parachutages comme un élément de carrière politique dont la longévité se construit par tradition sur le fondement d’un enracinement local inexpugnable. L’élu est attaché à une terre d’élection et il y a un peu de trahison à vouloir quitter Longjumeau pour la Capitale. On objectera qu’en termes d’ambition, les deux villes n’ont pas la même dimension et n’affichent pas la même force d’attraction. Paris vaut bien une forme de reniement électoral. Mais emporter la mise n’est pas garanti. Les hommes et les femmes politiques qui en ont la trempe, ont le goût du jeu. Dans un parachutage, il y a aussi le risque de perdre la proie pour l’ombre. C’est ce qui en fait la part belle et impressionnante du geste.
Comme en économie, la croissance politique ne s’atteint pas sans risque. Avec ses aspirations, NKM doit « monter d’un cran ». Le trop plein générationnel à droite l’oblige à trouver la voie qui lui permettra d’exister et de se distinguer d’ici à 2017. A côté de la Présidence de l’UMP qui doit se rejouer en septembre, avec les primaires UMP pour l’élection présidentielle auxquelles elle aspire à participer, la Mairie de Paris est un autre chemin qui présente de l’intérêt pour viser le coup d’après. Les deux premiers sont déjà retenus en ligne de mire par nombre de sa classe. Le renoncement frileux de Jean-Louis Borloo et l’indécision politique qui confine à la disparition programmée de François Fillon - pourquoi s’est-il donc présenté aux législatives dans le VIIème arrondissement ? -, lui ouvre les portes d’un combat parisien qu’elle veut prometteur mais sait difficile.
Car Paris est maudit pour la droite. L’autoritarisme post-gaulliste de Jacques Chirac au temps de son impétuosité ravageuse avait déjà mis à mal l’unité fragile de la majorité giscardienne lorsqu’il s’est agi de donner un Maire à la Capitale. A l’issue de son règne entamé en 1976 pour ne s’achever qu’une fois entré à l’Elysée, la famille s’est largement déchirée au point de faire gravement illusion lors des échéances suivantes. Le fait est qu'aucune figure charismatique, unanime, engagée et motivée n'a émergé depuis lors. Enserré dans des chausses trappes qui donnaient prise à son apathie, Philippe Séguin, autre parachuté célèbre dont la défaite mis un terme à sa carrière d’élu, avait peut-être la première qualité. Il lui manquait assurément les trois autres, y compris la légitimité qu’on contesta scandaleusement à Jean Tibéri. Plus surement, la raison du déclin de la droite à Paris, ville de nantis ghettoïsés dans une pensée socialo-libertaire, est due à une camarilla de potentats locaux, Maires et Conseillers d’arrondissements, Présidents de section de l’UMP qui se payent sur la bête. Héritiers du mode de gestion clientéliste et affairiste institué sous Jacques Chirac, ils sont trop heureux de préserver de petites privilégiatures à l’ombre consentante de Bertrand Delanoé. Ils sont indéboulonnables. C’est leur talent. Ils s’amusent à des querelles intestines à coups de dissidences et de haines recuites. C’est leur plaisir. Ils se font la guerre pour des broutilles. C’est leur passe-temps. Ils n’ont d’autres ambitions que de végéter dans la durée pour peu que l’essentiel qui les maintient là où ils sont soit préservé. Pour eux, il n’est pas question de voir plus grand et de « monter d’un cran ». Certains d’entre eux parmi les plus forts en gueule, ou en entourloupes, ont déjà pris parti pour NKM. Attention que cela ne tourne pas à l’étouffoir. Philippe Séguin n’est plus là, mais Françoise de Panafieu pourrait témoigner de leur vilénie dévastatrice.
NKM a le courage de son ambition. Elle a fait son calcul politicien. Défaite ou victorieuse à Paris, la bataille aura du sel et peut la propulser en pole position pour 2017. Elle se distinguerait vis-à-vis de ceux de sa génération. A condition que Nicolas Sarkozy leur cède la place. Paris vaut bien ce pari pour l’avenir. Elle a néanmoins intérêt à faire preuve de charme et d’autorité, en les mariant avec doigté, simultanément et en alternance, pour tenter un renouvellement en profondeur de celles et ceux qu’elle aura pour combattre à ses côtés.
Tous les deux grillés ?
"François Fillon n'a pas concrétisé les qualités qu'on lui prêtait, Jean-François Copé a confirmé les défauts qu'on lui attribuait." Dans sa dernière chronique à Libération, toujours affuté, le vieil Alain Duhamel a la formule parfaite pour décrire au plus près l'état des forces en présence au sommet de l'UMP.
En même temps, la dissymétrie est patente entre les deux adversaires à l'élection présidentielle de... leur parti qui s'est terminée dans les affres humiliantes d'un déni de démocratie interne. L'accord trouvé après trois mois de crise ne met pas les deux protagonistes sur un même pied quand bien même la direction du parti devrait être collégiale d'ici un prochain scrutin devant avoir lieu tel un second tour définitif et sans appel. Fusse à la tête d'une armée mexicaine et d'une armada dégouttée de militants, il y a aujourd'hui Jean-François Copé qui est Président et François Fillon qui ne l'est pas. Pire, le premier n'a pas besoin d'annoncer sa candidature à sa propre réélection, tandis que François Fillon semble se perdre en conjecture face aux choix qui s'offrent à lui. A quoi donc ait servi qu'il fut jusqu'auboutiste avec la création d'un groupe à l'Assemblée nationale et la menace bien avancée de porter l'affaire en justice? Pour donner de la consistance à tout ce barnum, il aurait dû immédiatement lever le doute sur ses intentions et dès la conclusion de l'accord passé avec le Président de l'UMP, conditionné sa signature à une nouvelle confrontation entre les mêmes protagonistes qu'hier. Il se devrait de rejouer le duel dont il a contesté l'issue au premier coup. Le temps de la campagne, somme toute plus modeste que la première, Jean-François Copé aura beau jeu de marquer sa constance dans l'effort et d'en appeler à la fibre partisane. A l'inverse, le choix de l'ancien premier semble rester en suspend moins au regard de son sentiment militant qu'en fonction de son intérêt tactique; la Présidence de l'UMP, la Mairie de Paris - N'est-ce pas pour elle qu'il a quitté son fief de la Sarthe pour se faire aisément élire dans le VIIème arrondissement? -, les primaires à droite pour 2017. A courir plusieurs lièvres à la fois, il risque de ne rien attraper. En attendant, il peine à exister et serait facile à oublier. Même si cette austérité de la parole est bienvenue après les outrances de son conflit avec Jean-François Copé, François Fillon prend le risque de disparaître et d'entrer dans le souvenir d'une époque révolue et d'une génération dépassée. Tenace dans son mano à mano avec le Président de l'UMP - "Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants!" - il avait surpris sur sa nature et étonné par une pugnacité revêche qu'on ne lui connaissait pas. Le temps du silence qui l'occupe en ce moment est en contraste. Il ressemble à un renoncement sauf à imaginer que François Fillon maitrise l'art du rebond.
Minable
On pourrait renvoyer le compliment à son auteur. En traitant ainsi Gérard Depardieu, Jean-Marc Ayrault a sans doute perdu une occasion de se taire. Il donne avant tout à voir un état de fébrilité par une réplique méprisante qui est "de ces choses que l'on dit pour remplir les silences".
On n’attaque pas impunément un monument de la culture, fut-elle populaire et millionnaire, sans s’exposer à un retour de flamme. La lettre de Gérard Depardieu est un exemple bien tourné. Au-delà de la polémique et une fois fortune faite, elle dit beaucoup des efforts réalisés, des écarts assumés, des difficultés surmontées et des souffrances supportées. En rabaissant, le commentaire du Premier ministre au rang d’insulte, elle déconsidère un peu plus sa hauteur de vue réduite à une façon malhabile de se dédouaner de sa responsabilité de Chef de Gouvernement mettant en œuvre la politique décidée par le Président de la République.
Sans doute fatigué, peut-être irrité et inquiet de la situation économique sur laquelle le Gouvernement n’a aucune prise, Jean-Marc Ayrault, qui est parfois contourné et peine à s'affirmer, s’est laissé aller à la facilité de l’homme qui veut être « droit dans ses bottes ». En cela, il a cru pouvoir prendre le pli de médias bien-pensants placés sous l’influence des émissions « d’infotainement » qui depuis quelques temps s’en prennent à Gérard Depardieu en dénigrant, sous couvert d’humour moqueur, les comportements excessifs d’une star de ciné. La lâcheté du Depardieu bashing comme celle qui s’abat sur Johnny Halliday trouve son acmé avec l’exil fiscal. Il a de quoi lui donner un peu de consistance et de vertu républicaine.
Avec ce propos désobligeant, que Gérard Dépardieu devrait partager avec bon nombre d’exilés fiscaux, sans compter les jeunes créateurs d’entreprise qui n’attendent pas même d’être contribuables pour quitter la France, Jean-Marc Ayrault a rajouté un mauvais trait à son allure martiale. Ce faisant, il s’enfonce lamentablement dans l’anecdote alors que le sujet de l'exil fiscal mériterait un tout autre traitement. Pour preuve, un amendement visant à la remise d'un rapport sur l'exil fiscal joint au projet de loi de Finances chaque année qui n'avait pas été retenu par la commission des Finances a finalement été adopté par l'Assemblée nationale, le 7 décembre dernier dans le cadre du PLFR 2012. De même, une commission d'enquête du Sénat a présenté un rapport sur l'évasion fiscale.
Au-delà de l’inanité économique d’une taxation inconsidérée des revenus – les hauts taux tuent les totaux -, l’exil ou l’optimisation fiscale renvoient au sérieux de l’enjeu d’une harmonisation à l’échelle européenne. Sans méconnaître la difficulté d’y mettre un terme, ces niveaux d’impositions déséquilibrés d’un pays à l’autre constituent une des entraves que l’Europe s’ingénie à préserver contre ses intérêts. Comme tout ce qui renvoie à l’intérêt commun, les efforts doivent être partagés. La fiscalité française, et partant la dépense publique, n’est pas exemptée d’efforts quand bien même nos voisins auraient à faire une partie du chemin dans l’autre sens.
A l’appui d’un week-end réparateur, Jean-Marc Ayrault aura peut-être l’idée de rectifier sa communication. Il pourrait se fendre d’une réponse épistolaire à celui qu'il a blessé pour lui rappeler que l’appréciation qu’il a lancée publiquement ne valait pas pour l’homme éminemment respectable pour tout ce qu’il a réalisé et enduré, mais pour le geste malheureux d’un contribuable soumis à une publicité excessive.
Au delà du ridicule l'UMP n'est plus valable
"Dans cette occasion, nous pouvons constater tout ce qu'il faut de travail, de volonté, de constance, de méditation pour organiser même un échec". C'est désormais la politique de la terre brûlée qui mène l'UMP. Les duettistes de l'élection mortifère iront jusqu'au bout de la destruction. Comptant leurs forces et mesurant leurs muscles, chacun escompte rebâtir à sa main une formation militante dont ils auront su panser les plaies et retrouver la maîtrise le moment venu.
L'Europe, le quinquennat avec l'inversion du calendrier des élections nationales - législatives et présidentielles -, ont définitivement fait basculer la Vème République vers le présidentialisme comme point de non-retour. Désormais, seul compte le rendez-vous de l'Elysée. Le reste n'est que la nostalgie impuissante d'une République trop fade de notables avec leurs territoires.
Bien qu'ils ne se valent pas, François Fillon et Jean-François Copé se veulent présidentiables. A défaut d'une légitimité sans équivoque et d'un savoir-faire supérieurement maîtrisé, ils doivent s'y préparer laborieusement par la ruse dont l'élection à la tête de l'UMP constitue le premier effet d'une montée en puissance sans délai, mais pas sans danger. Enfermés dans un duel à mort, l'un et l'autre ont mis à jour leur faiblesse charismatique et leur improvisation programmatique. Ce Mano à Mano n'a finalement rien masqué de leur légèreté, les enfermant l'un l'autre dans une symétrie de ratiocineurs sans qu'un troisième homme ne put venir à la rescousse les départager dans un geste démocratique honorable. Sans humilité, ni bienséance, trop vite oublieux du 6 mai dernier, ils se sont rués sur la reconquête. Cinq ans c'est court et Nicolas Sarkozy serait si facile à revenir. Nos deux reîtres n'avaient pas de temps à perdre. Ils ont voulu aller très vite. Ils y sont allés trop fort. Quelle indécence d'avoir accepté un débat télévisé en prime time sur une chaine du service public pendant que celles toute info se délectaient, en image et en direct, de meetings qui laissaient croire que la présidentielle eut été devant nous! Que de débauche d'énergie, d'argent et de talent!
Aujourd'hui, Jean-François Copé et François Fillon ont cassé leur jouet et abîmé leur rêve. Plus grave, ils emportent dans les méandres de leur inconsistance des milliers de français qui, bien au-delà des militants besogneux sont meurtris d'être de leur camp.
Aujourd'hui, Jean-François Copé et François Fillon doivent se démettre et se soumettre. Qu'ils arrêtent ce pugilat de papier. Qu'ils respectent l'amertume du peuple silencieux qui était prêt à les croire, loin d'imaginer le ridicule humiliant et rageant qu'ils allaient avoir à subir.
L'alternative au déchet et au dégout est morose. Même si on aimerait croire à l'élan de Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Lemaire - n'eussent-ils pas pu s'entendre et s'organiser avant d'en arriver là? - le syndrome de la division est de retour comme si nous ne pensions plus la même chose. Jean-Louis Borloo n'en espérait pas tant. Il doit s'inquiéter à l'idée de devenir l'alternative qu'il faisait semblant d'être. Jeune et décomplexée, Marine Le Pen se dit que ça va finir par payer. Au milieu, l'UMP s'observe encore, mais jusqu'à quand?
Pauline Détective
C'est un pur scandale de limiter, à Paris, la projection d'un tel film à une seule séance trois semaines après sa sortie. On en est réduit à sécher le bureau sous un mauvais prétexte pour se retrouver à une heure indue dans une salle d'art et d'essai de quartier, fut-il latin, entouré d'un quarteron de retraités renfrognés qui font bruisser inopinément des sacs plastiques à la recherche d'un bonbon au menthol.
Pauline Détective est une goutte de fraîcheur estivale dans un océan cinématographique cataclysmique automnal. Au milieu de tant de violence et de bruit en dolby et trois dimensions, c'est une petite chose enjouée à côtés des supers productions grisâtres recyclant par la fiction l'air du temps d'une époque déprimante.
Tout est délicieusement acidulé dans ce film léger et bien fait. Même s'il peine au démarrage, il donne tout son sens au divertissement en déroulant derrière un prétexte futile, une intrigue policière farfelue et rebondissante; le crime n'est pas celui qu'on pense. Il y a des morts dans Pauline détective et c'est bien le moins pour ficeler un bon travail d'enquête où les gags et quiproquo, tout en douceur, confèrent à notre héroïne des airs d'Hercule Poirot en toilettes estivales et colorées. Le cadre attrayant et paisible d'un palace italien sur la côte méditerranéenne nous emporte dans un scenario facile mais finalement haletant jusqu'à l'absurde. Ce n'est pas forcément là l'essentiel tant le film gravite autour de Sandrine Kiberlain.
Elle est Pauline, heureuse au travail, malheureuse en amour et légèrement du genre "casse-pied", mais c'est pour notre bonheur. Elle irradie en peste irrésistible dont le culot insolent, la beauté singulière et la candeur désinvolte, lui donnent tous les droits et l'enfoncent dans des circonstances improbables plus rocambolesques que dangereuses même si la fin instaure le doute. Comme elle est dans le titre et sur l'affiche, Sandrine Kiberlain est partout dans le film. Son jeu est jubilatoire servi par les ressorts modélisés des comédies classiques américaines ayant fait la renommée d'actrices telles qu'Audrey Hepburn. Sandrine Kiberlain parvient à nous emmener là où d'autres se seraient rapidement retrouvées bien seules faute de savoir emporter, par la force et la grâce, la conviction réjouie du spectateur. Parce que c'est elle, on ne demande qu'à la croire et l'on pourrait très bien être ce garçon de bain blessé et amateur de danse folklorique qu'elle mène par le bout du nez - les hommes n'ont pas vraiment la part belle dans ce film.
un couac qui dit la vérité
Les couacs ? On pourrait dire qu’il les enfile comme des perles. Après beaucoup d’autres et sans qu’on lui ait rien demandé, ni acculé à quelque chose, Jean-Marc Ayrault vient d’en sortir une belle en levant sans détour le tabou des 35h00.
Que ce totem des socialistes soit ainsi livré au débat par le Premier ministre est, à la réflexion, saisissant au fait de ne plus savoir quoi en penser ; maladresse ou finesse, incompétence ou roublardise ? De fait, c’est peut-être dans le rebond que Jean-Marc Ayrault aurait finalement pêché en refusant d’assumer un propos sibyllin qui vaut pour les commentaires qu’on en fait et l’histoire qu’il nous raconte. Parler ainsi des 35h00, c’est pour Jean-Marc Ayrault prendre le risque d’avoir semé ce qu’il récolte ; l’apprenti devient apprenti sorcier. Sa crédibilité est entamée, son statut se précarise. En témoigne les recadrages laborieux des entourages tel celui de son ministre du travail : « il faut couper la tête au canard ».
Et pourtant, en allant au bout des choses, on peut les voir autrement.
La sortie de Jean-Marc Ayrault doit nous rappeler ouvertement qu’au-delà des cris d’effroi circonstanciés d’une droite en recherche et en tâtonnement, celle-ci n’aura trouvé, en 17 ans de règne, que des succédanés trompeurs pour pallier aux errements dénoncés des 35 heures. Jamais, durant cette période, le choc réformiste n’aura été frontal tel qu’une simple abrogation aurait suffi à mettre à bas une incongruité économique à l’heure d’une concurrence économique effrénée à l’échelle de la planète. S’il n’y a pas de tabou à parler des 35h00, il faut alors mettre l’opposition du jour devant ses responsabilités. C’est ce que devrait sous-entendre le Premier ministre en ramenant le débat à un élan d’introspection collective. Quoi qu’en disent les dépositaires du sarkozysme en berne, les exonérations d’heures supplémentaires ne furent qu’un piètre pis-aller. Que dire d’un Jacques Chirac étale sur un sujet que sa majorité avait pourtant enfourché avec la détermination des conquérants de la première heure à l’aide d’un réquisitoire implacable?
Sans tabou aucun, il n’y a pas de gêne à constater la survivance de la réduction du temps de travail par-delà l’alternance politique ce qui conforte cette anomalie économique en acquis social intangible. Voudrait-on en douter, il n’y a qu’à sonder les français sur l’attrait d’avoir à travailler plus pour gagner pareil. De même, le sujet n'a pas fait chorus au cours de la campagne électorale présidentielle. Pour preuve, dans le numéro du magazine challenges titré "60 mesures prioritaire pour la France" daté du 19 avril 2012, aucune des sommités interogées n'a évoqué la durée légale du temps de travail. En revanche, Louis Gallois exprimait déjà la nécessité de provoquer un choc de compétitivité...
Si le sujet fait tant parler c’est qu’il souligne de façon emblématique la manière déconcertante avec laquelle notre pays trouve à se morigéner sur des clivages fallacieux qui dépassent le réel pour confiner à l’absurde. Engoncé dans des certitudes d’un autre âge, la gauche se complet dans la fiction d'un progrès attaché au partage du travail. A droite, l’audace réformatrice reste finalement dans le discours en toute circonstance. Cette confrontation stérile, comme l’a exprimée le Premier ministre, finit par lever tous les tabous en réunissant les renoncements des uns avec les contorsions des autres. Le volontarisme économique se heurte à la réticence au changement, maintenant comme hier inspirée par une démocratie sociale encore généreuse. A ce niveau d’œcuménisme, Jean-Marc Ayrault a raison. Ce n’est plus une question de dogmatisme, juste un aveu implicite d’impuissance qui n’est plus tabou. « La durée légale du travail est de 35h00 et elle ne changera jamais. »
Rentrée politique
Une rentrée politique post électorale n'est pas vraiment palpitante. Saturés de débats et de combats, les électeurs n'ont plus l'attention qui convient. Tout a été dit. La présidentielle de l'UMP trouvera-t-elle alors de l'intérêt aux yeux des militants? Le 1er tour de scrutin est encore loin. Les médias s'en sont déjà emparés pour nous conter l'histoire du duel fratricide opposant Jean-François Copé et François Fillon. Deux personnalités contrastées, deux légitimités affirmées et une même ambition diversement exprimée ; les commentateurs veulent croire à ce casting dans un scénario susceptible d'intégrer l'idée sous-jacente d"avoir à tuer le père. On prête beaucoup à Nicolas Sarkozy dans cette séquence qui pourrait rappeler 2004 lorsque celui qui n'était pas encore Président de la République pris le parti au nez et à la barbe des chiraquiens pour le mener à la victoire.
Mais le troisième homme n'est pas forcément celui qu'on croit. L'affrontement entre l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy et le secrétaire général de l'UMP à été engagé très vite. Aucun délai de descence n'a été respecté après la défaite. À peine le temps à l'alternance de s'installer pour laisser voir une nouvelle majorité s'inscrire hypocritement dans la continuité poussive de la précédente. De même, quelques têtes de l'UMP ont exprimé un peu trop prestement le ressentiment que leur avait inspiré la campagne du candidat sortant. Cette distance, facile à défaut d'être correcte, est le moyen qu'ils ont trouvés pour se replacer dans jeu. Il trouble les esprits d'une famille atteinte par la défaite.
Dans ce contexte, le duel attendu n'est pas forcément espéré. Un troisième homme pourrait bien créer la surprise. En l'occurrence, il pourrait même s'agir d'une femme. Nathalie Koscusko-Morizet semble avoir pressenti l'humeur des militants fatigués d'avoir à supporter des egos surdimensionnés. Non qu'elle en soit dépourvue, mais, en politique les femmes savent encore l'afficher avec plus de subtilité. Elle pourrait offrir au parti un saut générationnel et pacifier le clivage qui est sans doute aller trop loin entre les partisans de François Fillon et Jean-François Copé. Sa présence à la tête de l'UMP donnerait un belle image de renouvellement et de modernité au Parti si l'on conçoit que la femme est l'avenir de l'homme politique. Sa jeunesse pourrait éventuellement faciliter le retour de Nicolas Sarkozy pour un ticket à l'américaine en 2017.
Avec des règles draconniennes - nombre et qualités des parrainages et fermeture des listes électorales aux adhérents à jour de cotisation au 30 juin -, la lutte sera rude pour le challenger des duettistes de l'été. L'appareil partisan va jouer à plein pour Jean-François Copé. François Fillon veut, à coup de sondages opportunistes, prendre l'opinion à témoin.
Face à cette compétition à droite, la gauche devra trouver quelque chose pour conforter sa visibilité acquise depuis ses victoires présidentielle et législative. En charge de l'essentiel, ce devrait être à elle d'écrire l'histoire. Pas sûr que l'université de la Rochelle ait été une bonne entame autrement qu'avec la tragicomédie ayant consisté à éviter ce pauvre hère d'Olivier Falorni. Martine Aubry devrait faire son dernier discours de Secrétaire générale. Grand bien lui fasse et au parti aussi. Reste à savoir ce qu'elle deviendra ; un casse-tête féminin de plus pour François Hollande. Quand on vous dit que la femme est l'avenir de l'homme politique. Le bénéfice de son élection est déjà dépassé. Trouvera-t-il autre chose que de faire payer les riches? Un sentiment d'impuissance s'installe autour du pouvoir. Il s'ajoute au caractère "normal" de sa personne qui d'un slogan improvisé est en passe de devenir un danger quand il s'agit d'agir et réagir face à la crise. Comme Yasmina Reza avec Nicolas Sarkozy - "Ils ne jouent pas leur existence, mais plus grave, l'idée qu'ils s'en sont faites", Laurent Binet a fait le récit de la campagne de François Hollande. Son livre est annoncé comme un événement de la rentrée littéraire. Son succès servira peut-être d'indicateur sur la capacité du nouveau Président à sortir de la normalité.
Journal de France
C'est l'histoire d'un français moyen, bonnet vissé sur la tête qui parcourt l'hexagone à bord d'une fourgonnette. Il scrute la province profonde à la recherche de ses clichés. Le regard est aux aguets pour saisir la lumière autant que la mémoire d'un vieux pays sur un vieux continent. Entre deux étapes au petit bonheur la chance sur des lieux de mémoire qui engloutissent peu à peu la vie, le film intercale des rushs rappelant quelques soubresauts du monde de ces 40 dernières années. Le plan fixe laisse la place au mouvement. Car sous son bonnet et derrière sa chambre d'un autre temps. Raymond Depardon est un voyeur impénitent du monde. Sa vie durant, il est allé exposer son regard au plus près des turbulences ou la violence est une extrémité quotidienne qui consume les êtres. Entre cette France à l'abandon et cette rébellion intemporelle vécue aux quatre coins de la planète, le contraste est saisissant. Le village est global et l'homme peu de choses.
Le cinéma de Raymond Depardon, comme sa photo, passe par la présence, être là, sur l'instant et dans le vif du sujet. Il est au contact et sa caméra touche ce qu'elle filme, suit ses sujets jusqu'à l'insistance qui permet de pénétrer dans l'âme de celles et ceux qui bon gré mal gré s'exposent devant lui ; scènes de foule déambulant dans la rue, défilé patriotique en République centreafricaine, pas de danse esquissé par Bokassa, femmes voilées dans un souk du Moyen-Orient, mercenaires au Biafra, regards profonds de rebelles Erythréens ou la minute de silence majestueuse de Nelson Mandela et l’interview dramatique de Françoise Claustre. À chaque fois, les images n'ont de force et de sens que parce qu'un regard était là pour les saisir. En contrepoint de ce tour du monde des points chauds, il y a aussi ces retours intermittents sur la France au travers des documentaires que le rapport de ses concitoyens aux institutions a inspiré à Raymond Depardon, la police, la justice, la politique ou les hôpitaux psychiatriques. Et à chaque fois le spectateur profite de cette curiosité d'un regard qui fait d'instants de banalités des moments de simple émotion exceptionnels, tels ce flics racontant benoîtement à des collègues qu'il a fait un pendu ce matin ou ce face à face mutique entre un prévenu accusé de vol et son jeune avocat commis d'office. Même du sordide. Raymond Depardon fait sortir l'éclat.
Enfin, avec cette succession de scènes surannées à la pellicule jaunie qui passent en revue une œuvre et retrace le parcours d'une vie perpétuellement en éveil, ces chutes de bobine donnent un bel exemple de modernité. À l'heure de You tube et Dailymotion où tout événement est séquencé en quelque minutes pour mieux capter l'attention et le regard, Raymond Depardon et Claudine Nougaret nous transportent dans un patchwork d'univers qui racontent beaucoup de notre humanité contemporaine et fonde un peu plus la perplexité qu'inspire la condition humaine.
Chute politique avec effet retard
François Bayrou est politiquement mort dans l'entre deux-tours de la présidentielle 2007, mais personne ne le lui avait dit.
Son refus obtus de choisir le moins pire des deux finalistes à ses yeux, l'a fait sortir du jeu. Il n’y est jamais vraiment revenu. Comment pouvait-il rester crédible en fustigeant avec tant de virulence le président sortant; cinq ans durant, alors que lui seul avait eu la main pour éviter le chaos qu’il avait prédit et dénoncé avec constance, en se retournant vers Ségolène Royal qui n’attendait que ça pour battre Nicolas Sarkozy : « Gouverner, c’est choisir ». Il aurait reçu une compensation – qu’on lui refuse aujourd’hui, le PS maintenant sa candidate contre lui aux législatives - tout en conservant son quant-à-soi assorti d’un jugement critique qui lui aurait permis de se positionner en éventuel recours. Aussi bien, François Bayrou a fait en 2012 le choix qu’il aurait dû faire en 2007. Cinq ans d’attente pour prendre, de son point de vue, la bonne décision, c’est un peu long.
François Bayrou a cru à une destinée supérieure. Lui seul contre le reste du monde ! On peut y voir de la témérité ou de la naïveté, c’est selon. On peut également avoir un jugement plus tranché et définitif. Cinq ans durant, faute d’une ambiguïté originelle qui s’apparente à un renoncement, François Bayrou aura été inutile au débat politique. Sa vision ego-centrée et son costume de Cassandre n’ont séduit personne si l’on excepte un ramassis d’individualités devenues tricards au Parti socialiste ou à l’UMP. Le "Centre pour la France" (CpF), le label du MoDem pour les élections législatives, aura 400 candidats dont 25% n'appartiennent pas au Mouvement démocrate de François Bayrou. Au-dessus de cet aéropage, le conducator et sa fidèle pythie régnaient sans partage sur le discours et la pensée, réduits à la formule lapidaire : « les autres n’ont rien compris ». Grâce à une lucidité affichée, notamment sur l’état des déficits, François Bayrou conservait un certain attrait aux yeux du « microcosme ». Toujours friands de postures décalées en mesure d’enfoncer des coins, les médias ont continué à lui tendre des micros. Par surcroît, avec un livre au titre évocateur, il connut un succès de librairie sur le thème porteur du "Sarkozy bashing".
Las, aujourd’hui, François Bayrou est aux portes du cimetière des éléphants. Pouvait-il résister aux sirènes du suffrage universel qui galvanisent les hommes politiques ? « Et puis en quoi est-ce grave de perdre ?» dit-il dans le JDD. Son ami d’Aquitaine, Alain Juppé a su, ou dû, se montrer plus raisonnable en refusant le combat de trop. Faut-il encore, au niveau ou se prétend être François Bayrou, savoir réussir sa sortie. Finalement, engagé dans une radicalité clivante qui fait reproche dans son camp, Nicolas Sarkozy, emporte dans sa chute, l’homme du centre qui croyait à l’espace qui n’existe pas. Tout ça pour ça… ?.
Le Penenchon
Ce n'est pas rien de s'attaquer à une élection présidentielle. Ca flatte l'ego que la plupart des candidats ont déjà boursouflé. Jean-Luc Mélenchon a pris plaisir dans cette campagne. Il en a donné aussi. Avec talent, il y a trouvé une bonne place quoique un peu sur-jouée à la lecture de son score final. Celui qui se rêvait le troisième homme a dû laisser la place à une femme. Même si son résultat est déjà énorme pour quelqu'un se réclamant du communisme, il a mal vécu ce déclassement. Si rien n'est fait pour le rattraper, le leader du Front de Gauche sombrera dans les anecdotes d'un scrutin présidentiel qui avec l'alternance, demeurera dans l'histoire pour avoir donné un successeur à François Mitterrand. Le reste est sans importance car le temps du programme commun est révolu et la force de caractère cachée du nouveau Président pourrait bien conduire à mettre la gauche plurielle sous l'éteignoir d'une sociale-démocratie euro-réaliste.
Heureusement, comme pour d'autres, les élections législatives ont pour Jean-Luc Mélenchon un parfum de revanche et de revenez-y. Après tout, c'est un classique ; un homme politique digne de ce nom ne se sent bien qu'en campagne, à battre l'estrade et haranguer les foules. Dans cet exercice, Jean-Luc Mélenchon est un artiste. Il eut donc été dommage qu'il ne se fit pas plaisir et cessa d'en donner. Pour enrober la chose, il a choisi de venir défier Marine Le Pen à Hénin-Beaumont qui risque d'être à la politique ce que Cannes est au cinéma ; un lieu où aller se faire voir.
Ce parachutage est habile même si les raisons ne sont pas forcément de très bon goût. En jouant les prolongations Jean-Luc Mélenchon veut continuer à incarner le premier opposant au Front National. Non seulement, on dit de lui qu'il est courageux et téméraire - l'ego, toujours l'égo -, mais en plus il se hisse au niveau de la tête d'affiche d'un scrutin ou la tenue du parti d'extrême droite va attiser l'attention médiatique. Sorti du jeu à la Présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se remet dans le cadre aux législatives.
En vérité, il offre à François Hollande, sinon un gage d'allégeance, du moins un sacré coup de main. De son duel avec Marine Le Pen, on peut craindre qu'il profite à cette dernière, portée qu'elle est par la dynamique de son score à la Présidentielle et la situation particulière à Hénin-Beaumon où les socialistes trainent quelques casseroles. En même temps, peu importe que la Présidente du Front National soit élue ou battue en juin. Le nouveau Président de la République instaurera d'ici cinq ans, la proportionnelle pour les futures législatives. Au pire, Marine Le Pen et ses amis, n'auraient qu'une législature à patienter, le temps de forcer un peu plus les digues de l'UMP et de capitaliser sur les errements des socialistes au pouvoir. Dans cet affrontement, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont partie liée. Ils s'entretiennent mutuellement dans une haine tenace qui finalement les rassemblent par leur radicalisme démagogique et outrancier. Ils montrent également toute la convergence des intérêts rapprochant la gauche et le Front National depuis trente ans. En cela, François Hollande ne fait que récolter les fruits amers de son mentor à qui, 31 ans après, il est s'y fier de succéder.


