l'éternité plus un jour

09 janvier 2019

La justice climatique où la défense incertaine de la transition écologique

Concomitamment à la levée en masse des gilets jaunes contre la levée en masse des taxes sur le carburant, quatre ONG ont lancé une pétition inédite pour attaquer l’Etat en justice en raison de sa « carence fautive » dans la lutte contre le changement climatique. Près de deux millions de citoyens ont, d’un clic, cautionné cette procédure. Engagée au nom de l’intérêt général, elle vise à « sanctionner l’inertie de l’Administration publique alors qu’elle se trouve tenue d’agir ». Confrontée au climat social paralysant l’action réformatrice de l’Etat,  l’initiative pose trois questions en termes d’efficacité dans une société fracturée.

Les manifestations des gilets jaunes et la pétition « l’affaire du siècle » se retrouvent autour de l’action publique en des termes opposés, sinon contradictoires. D’un côté, c’est le trop plein, de l’autre le trop peu. Sensible au bruit de fonds des experts en climatologie, conscient de l’augmentation des catastrophes climatiques et tenu par la diplomatie environnementale qui érige en succès  l’accord de Paris sur le climat lors de la COP 21, le Gouvernement avait clairement manifesté son ambition par une accentuation de la fiscalité écologique au cours du quinquennat de manière à taxer les usages et pratiques coûteuses pour notre environnement. Considérant que la lutte environnementale repose sur une modification des comportements et le passage à des pratiques ou des consommations plus vertueuses, la fiscalité environnementale fonctionne alors comme un levier incitatif au point de devenir (trop?) contraignant. Cette appréciation qui fait débat et a déclenché le mécontentement social qui agite la France, prouve clairement que le Gouvernement, sous l’impulsion du Président de la République, n’est pas resté inactif. Mieux, il n’a fait que poursuivre l’action de ses prédécesseurs que l’on peut dater à la fin des années 2000 avec une conférence d'experts réunie à l'été 2009 pour la création d’une taxe carbone comme la contrepartie aux externalités négatives générées par notre mode de vie (article 7 du PLF 2010 censurée par le Conseil constitutionnel). De même, l’Etat réagit et agit depuis plus d’une décennie pour, là aussi, établir une trajectoire visant à substituer progressivement les énergies d’origine renouvelable aux énergies fossiles. Que ces politiques arrivent trop tard, qu’elles demeurent en deçà des enjeux et qu’il soit nécessaire de faire davantage et plus vite, on peut l’admettre. Ces appréciations pourraient justifier l’ambition des contempteurs de l’incurie publique qui demandent toujours plus à l’Etat qui peut et doit tout. Pour autant, faut-il évoquer la carence fautive de l’Etat et son inertie? 

L’autre question posée par « l’affaire du siècle » concerne l’outil juridique mis au service du climat. La démarche entend se parer de la force du droit et du verdict implacable du juge. L’argumentation est riche de nombreux argumentaires scientifiques et d’un arsenal législatif qui depuis vingt ans se nourrit de textes où l’intention prédomine. À cet égard, les articles 1 et 2 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015  énoncent plusieurs objectifs louables et autant de belles intentions. Ils ont force de loi mais demeurent imprécis dans leur déclinaison concrète. Il en ressort une incertitude légale. Les juristes s’en emparent pour confronter des intérêts, dénoncer des coupables et justifier des réparations. S’engage alors une longue et lourde procédure dont on sait d’ores et déjà qu’elle prendra plusieurs années. Elle va mobiliser des compétences reconnues en ordonnant des expertises complémentaires dans un cadre contradictoire au formalisme pointu et à différents niveaux de juridiction. Outre le temps passé, c’est aussi la perspective de beaucoup d’argent public dépensé. Le risque d’une déperdition de moyens, d’énergie, de compétence et de talent qui eurent pu trouver à être mieux exploités du point de vue de l’intérêt général, au service même de la cause environnementale. Sur un mode spectaculaire parce qu’inédit, l’initiative des ONG suit la judiciarisation des démocraties qui allie la force du contrat et l’exigence irrépressible de droits parfois difficiles à formaliser tel celui « de vivre dans un environnement equilibré́ et respectueux de la santé » (article 1 de la Charte de l'environnement de 2004).

Car, au-delà de l’action effective des pouvoirs publics -  fiscalité environnementale ou soutien aux énergies renouvelables,…, l’Etat ne peut pas tout sur un sujet qui révèle sa profondeur de champ avec des enjeux transnationaux. La France est, parmi d’autres, partie prenante au consensus international reconnaissant la nécessité́ impérieuse de tout mettre en œuvre pour éviter une hausse des températures de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5°C. Mais, est-il politiquement acceptable qu’elle s’impose un effort plus important qu’ailleurs afin que soient réduits sensiblement les risques et les effets des changements climatiques à l’échelle de la planète ? Répondre à cette question est délicate car la France peut d’ores et déjà avancer un bilan carbone des plus performants au monde. En conséquence, les efforts demandés en deviennent incompréhensibles pour ne pas dire inacceptables. Si « l’affaire du siècle » parvient à ses fins, la condamnation de l’Etat français n’aura pas résolu le réchauffement climatique du fait de l’imbrication des responsabilités à l’échelle supranationale. Il faudra alors porter le combat juridique au niveau de l’Union européenne, grosse créatrice de droit de l’environnement ou s’en prendre aux États-Unis pour leur retrait de l’accord de Paris et leur politique favorable aux énergies fossiles? Tout en étant utile, la force du droit à l’échelle d’un pays s’avère limitée.

Reste la sensibilisation de l'opinion publique ; elle est déterminante pour faire muter intentionnellement la prise de conscience de chacun en mode de vies vertueux. C’est ce à quoi « l’affaire du siècle » doit contribuer ; que les clics de la pétition en ligne puissent se décliner en autant de gestes pour la planète.

Car, il ne faudrait pas que cette démarche de sensibilisation en vienne à affaiblir l’Etat. Dans cette période troublée, les deux millions de pétitionnaires rejoindraient alors la cohorte des gilets jaunes dans une attaque de la puissance publique qui relève quelque part de notre bien commun, sur un sujet qui nécessite plus de concorde que de conflit.

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28 décembre 2018

Sauver la démocratie représentative

 

hemicycle-videLe simplisme est le pire ennemi de la démocratie! Et le risque s’accroît lorsque la seconde se laisse emporter par l’élan de la meute. La France parvient à cette extrémité. Parti d’une révolte fiscale, le mouvement des "gilets jaunes" est devenu une crise de la représentation allant jusqu’à remettre en cause une partie de l’article 3 de la Constitution qui « définit les conditions d’une non-domination des gouvernés par les gouvernants tout en reconnaissant le fait de la nécessaire asymétrie de leurs liens. »

Que la révolte soit justifiée sur certains aspects du vivre ensemble, nul n’en disconvient plus vraiment. Et c’est peut-être la plus belle reconnaissance accordée au mouvement … si on savait en rester là. Car cette lucidité retrouvée se paye au prix fort de la démagogie. Peu importe que les françaises et les français aient élu leur Président il y a dix-huit mois, la démocratie représentative est passée de mode. Le dégagisme « En marche! » n’a plus de limites : la « domination de conditionnement » théorisée par Pierre Bourdieu qui conduit à rendre « naturelles » ou « objectives » les normes et les valeurs des élites, irrigue la colère des ronds-points ! Et déjà, l’entourage du Président de la République s’agite autour d’un hypothétique referendum en clôture du Grand débat national qui doit se tenir partout dans le pays sur la base des cahiers de doléances ouverts à tous les ressentiments.

Que le monde soit de plus en plus incertain dans sa marche, nul n’en disconvient pas moins dès lors que chacun, au-delà de ses propres aigreurs et désespoirs, veut bien ouvrir les yeux. Ce n’est pas le déni et le repli qui pourront pallier les défaillances de la France face aux incartades de l’allié américain, au terrorisme irrépressible, aux migrations inexorables, à la supériorité des firmes internationales sur les États, aux catastrophes environnementales endémiques, ... Alors que l’expertise et la raison n’ont jamais été autant nécessaires pour comprendre, afin d’agir, sur des organisations sociales de plus en complexes, il faudrait s’en remettre à l’humeur du moment et à l’émotion de l’instant. Ainsi le dernier Baromètre du Cevipof confirme ce sentiment d’éviction pour les intermédiaires : «  62% des sondés affirment qu’il devrait y avoir des referendums sur la plupart des questions importantes et 69% sont favorables au referendum d’initiative populaire.

Cette solution est poussée comme un exutoire ; une facilité cosmétique qui ne prépare pas l’avenir. Elle le soumet à toutes les incertitudes d’un scrutin dénué de perspectives dès lors qu’il doit faire converger dans l'instant des esprits brouillons et dispersés sur une question consensuelle et pertinente. L’exemple du Brexit n’est pas loin pour nous montrer que la voix du peuple, lorsqu’il est consulté sur des questions binaires n’apporte ni solution, ni clarification. Tout comme, celui de 2005 en France, il révèle à posteriori l’inanité d’une démarche politiquement opportuniste d’où l’on a le plus grand mal à faire émerger une politique efficace, fusse sous la forme d’un plan B. Alors que pour les « gilets jaunes », la seule question qui vaille porte sur la sortie d’Emmanuel Macron, on mesure la frustration qu’affecterait toute consultation référendaire. Sauf à considérer que de lui-même, dans sa grandeur et son absolutisme, le Chef de l'Etat décide de remettre son mandat en jeu. Jupiter en  a-t-il le droit ?...

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23 décembre 2018

La fonction présidentielle : un sujet des gilets jaunes

La révolte des gilets jaunes oblige à repenser la place du Président de la République dans le système politique. Ce faisant, il s’agit de préserver l’équilibre de la Vème République qui oscille subtilement entre régime présidentiel et régime parlementaire. La préservation de cet équilibre est gage de stabilité pour le peu qu’on la juge utile dans ces temps troublés qui placent les extrémismes en embuscade.

L’élection d’Emmanuel Macron laissait entrevoir le retour à cet équilibre largement écorné par ses deux derniers prédécesseurs. En défense du premier, Nicolas Sarkozy et son hyper présidence, il faut rappeler l’inertie bonhomme des mandats de Jacques Chirac et l’inauguration véritable du quinquennat qui devait donner un coup d’accélérateur à l’action gouvernemental au détriment du temps parlementaire légitime par la longueur des débats nourrie d’une expression pluraliste. Poussé par sa nature, « la décision et l’énergie succédant à la passivité et à la résignation », Nicolas Sarkozy s’est saisi de la mission avec frénésie prétextant que les françaises et les français reprochaient à leurs représentants de n’en faire jamais assez. Se faisant, il incarna davantage une action aussi flamboyante que chaotique - largement handicapée par les crises financières internationales - qu’une gouvernance efficace au service de réformes bienfaisantes.

François Hollande fut lui aussi poussé aux fesses par cette injonction du mouvement perpétuel de l’action présidentielle en période quinquennale. L’emblème de ce travers est à d’abord à voir dans sa communication qui renvoie au documentaire déconcertant sur les coulisses et les rituels de l'Elysée que lui a consacré Patrick Rotman dès 2012 ou le livre d’entretiens crépusculaires de Gérard Davet et Fabrice Lhomme ; « un Président ne devrait pas dire ça... » Les secret d’un quinquennat (il devrait être prochainement décliné au théâtre...). A l’activisme stérile, François Hollande ajouta l’indécence d’un exhibitionnisme mal maîtrisé.

Pour preuve d’indulgence à l’égard des deux derniers prédécesseurs d’Emmanuel Macron, rappelons aussi que les deux mandats consécutifs courants de 2007 à 2017 s’exécutent concomitamment à l’émergence fulgurante et marcescente des réseaux sociaux. La visibilité qu’ils offrent à l’action politique pousse à surenchérir dans la mise en scène de l’action présidentielle qui ne s’appartient plus. Le pouvoir essaye d’y tracer une politique qui s’entend moins dans la continuité d’un projet que dans le flux ininterrompu de cartes postales dans lesquelles la présence du Président de la République se suffit à elle-même.

La promesse d’Emmanuel Macron a été construite en regard des travers insupportables que ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande n’ont pu éviter, voire que « l’hyper-Président » et le « Président normal » ont exacerbé, pensant ainsi, non sans raison, pouvoir satisfaire la demande politique. L’entrée dans la lumière Présidentielle d’Emmanuel Macron, le soir de son élection, laissait croire à l’incarnation retrouvée de la fonction. L’homme, jeune et plein de vie, semblait déterminé à prendre de la hauteur. Il se voulait le maître des horloges. Le Premier ministre, éclipsé, par ses prédécesseurs reprendrait sa fonction en maitre du terrain, meneur de jeu de l’action gouvernementale déroulant les consignes présidentielles. L’espérance fut rapidement douchée dès la convocation du Congrès, la veille du discours de politique générale du Chef de Gouvernement. Incartade passagère d’un « pouvoir jupiterien » qui tenait à s’imposer dans un milieu investi par effraction ou premier acte d’une volonté irrépressible de tout dominer comme un sésame incontournable de l’existentialisme présidentiel? La suite a montré qu’Emmanuel Macron a glissé sur la pente de ses prédécesseurs - « je traverse la rue et je vous trouve un travail » - au point d’être personnellement honni par les gilets jaunes. Malédiction d’une fonction présidentielle dont Emmanuel Macron avait soulevé l’ambiguïté sans forcément bien la comprendre lorsqu’il disait : « le rôle du Président de la République n’est pas de commenter mais d’impulser la politique, d’incarner le sens du temps long, car c’est lui le dépositaire des engagements pris dans le cadre du Programme et du suffrage universel » (interview dans le Point du 31 août 2018). Comme quoi, il n’est facile d’incarner « le en même temps » entre la hauteur du monarque républicain - « ...impulser la politique... » - et la crédibilité du Président en quête d’un second mandat - « ...le dépositaire des engagements pris... ».

La force du mécontentement est telle dans le pays qu’il est bien difficile de dire quand et comment l’apaisement adviendra et le quinquennat se poursuivra. Le grand débat initié par le pouvoir servira-t-il d’exutoire salutaire? C’est un pari. Au-delà de la contingence, l’essentiel, pour le Président de la République consiste à s’installer à sa juste place, ni trop monarque républicain, ni trop proche du peuple. Il doit retrouver le respect due à la fonction tout en  portant la réforme nécessaire de cette France qu’il convient de réparer. Vaste programme!

08 décembre 2018

D'un samedi l'autre

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Quelle que soit la tournure des événements de cette journée du samedi 8 décembre, journée d’un téléthon offert à la fraternité d’un peuple en colère, les gilets jaunes ont institué l’habitude d’un certain divertissement en trois temps.

L’avant, avec cet exercice d’anticipation fébrile mêlé d’une certaine excitation secrète face à la perspective palpitante d’un danger mal défini en se disant que le pire n’est jamais sûr.

Le pendant au cours duquel, le spectateur désengagé peut suivre grâce aux chaînes tout info et sans temps mort, les péripéties émollientes d’une journée de mobilisation et de franche camaraderie. Agrémentés de commentaires  lénifiants et d’informations partielles, les images alternent plusieurs théâtres d’opération avec en point d’orgue des plans fixes et répétitifs d’une grande artère parisienne emmitouflée dans un brouillard épais où déambulent des badauds désœuvrés et inquiétants. Encagoulés, sac à dos, un téléphone dans une main, ils marchent sans savoir où aller, prêts à monter à l’assaut d’une cible de classe ou d’un vopo armé pour, une fois interpellés, redevenir de simples badauds innocents et de bons pères de famille  tout étonnés d’être là. Pourquoi, les matchs de football ne se jouent-ils pas le samedi après-midi? Au moins les belles têtes de champion qui forment la cohorte infernale des gilets jaunes pisseux seraient parqués avec autre chose à faire que de souiller la capitale. Et on sait gérer les hooligans.

Enfin, l’après, lorsqu’on est passé pas loin du drame qu’il faut tenir les statistiques et faire les comptes, recenser les blessés, remonter les vitrines et établir la facture.

Après trois semaines de conflit, le triptyque est bien en place. La capacité de résilience de la majorité silencieuse est extraordinaire. Peut-être que nous portons tous en nous un fond de révolte qui n’a pas passé l’adolescence et que depuis longtemps, lassés de tant de désillusions politiques, sentons-nous que le système va se briser un jour, la dénonciation portée par les gilets jaunes appartient à tout le monde. Les inquiétudes fatiguées de « la société des petits » conduisent à une autoflagellation collective qui prend la forme marcescente d’une violence indéterminée et d’élucubrations indéfinies ; un mouvement de détresse et d’impuissance collective qu’on aimeraient tout de même bien pouvoir enrayer. A trop crier une exaspération si longtemps rentrée, les gilets jaunes ont perdu la raison, si tant est que ce mouvement protéiforme, entre exaspération fiscale et revanche sociale, en ait été doté dès l’origine.

Le mouvement ainsi enclenché, l’après va de nouveau laisser place à l’avant dans le courant de la semaine qui vient. Une fois l’heure du bilan passé, après que les conséquences en aient été tirées et les responsabilités distribuées, rien n’interdit de croire que samedi prochain puisse être le recommencement d’un immense monôme plus ou moins destructeur sous le gris ciel d’hiver et dans l’ambiance pesante des fumigènes opposés à la luminescence des gilets jaunes dont certains sont loin d’être des lumières.

Comment stopper le comique de répétition, dès lors que le tragique s’éloigne au fur et à mesure que les samedis noirs vont se répétant? Encore une fois, reconnaissons que la résilience de la France qui laisse son gilet jaune dans la boîte à gant permet de supporter beaucoup de choses et d’éviter une guerre civile.

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05 décembre 2018

Perception et méthode ; les erreurs du Gouvernement

Celles et ceux qui expliquent les gilets jaunes par l’augmentation des taxes sur les carburants ont la mémoire courte. Ils ont, soit oublié la chronique politique de ces trente dernières années et le choix du corps électorale au 1er tour de la présidentielle de 2017, soit cru naïvement que la première année de l’ère Macron - le dédoublement des classes de CP, les ordonnances « travail » et la réforme de la SNCF - avait dompté les esprits. Comme pour ses prédécesseurs, le niveau de détestation du Président de la République est à son comble. Mais, avec un score inférieur la majorité du corps électoral, c’est un Président mal élu. Il n’en est pas responsable car son score reflète l’offre électorale inédite qu’il avait face à lui ; un candidat de droite empêché, un Président sortant incapable, deux candidats extrémistes. De ce point de vue, eu égard aux programmes proposés, aucun autres n’aurait fait mieux qu’Emmanuel Macron en termes de rapport entre la pression fiscale et le pouvoir d’achat . Pour certains il n’aurait sans doute même pas fallu attendre 18 mois pour que la révolte se déclenche.

Mais face à l’état de rage qui sourd dans la société française, les circonstances atténuantes en faveur du pouvoir pèsent peu. Aussi, faut-il reconnaître les erreurs qu’il a pu commettre. À posteriori, c’est toujours plus facile à voir et on peut en retenir deux.

D’abord une erreur de perception. Le Gouvernement a été sensible aux experts du climat qui alertent sur le désastre écologique. Face à cette exigence qui doit conduire à modifier les comportements en réduisant notamment la place de la voiture dans les modes de vie, il a repris à son compte, après les autres Gouvernements, le principe de la fiscalité écologique qui a pour but de pénaliser financièrement des comportements polluants. Utiliser la fiscalité énergétique comme levier pour faire évoluer les comportements des ménages vers des pratiques plus durables et lutter contre les émissions de polluants atmosphériques, c’est aussi répondre à l’accusation récurrente - et facile de la part d’universitaires et scientifiques détachés des contraintes de l’élection - de manque de volonté politique. Ainsi, en 2018, la majorité parlementaire a considéré qu’il était possible d’accroître l’effort demandé aux usagers de gazole. Il a donc amplifié la trajectoire haussière de la taxe carbone. La trajectoire pluriannuelle d’augmentation de la TICPE voté dans la loi de finances de l’année dernière s’est avéré juste insupportable avec, par surcroît une flambée des cours mondiaux du pétrole.

Le Gouvernement a certainement voulu se montrer vertueux et marquer son action dans la continuité de l’accord sur le climat arraché par la France lors de la COP 21 à l’automne 2016. On aimerait que Nicolas Hulot soit encore au Gouvernement pour défendre cette trajectoire aujourd’hui mis à mal.

Ensuite une erreur de méthode. Au-delà des mesures de compensations accolées à la hausse des taxes sur les carburants, le Gouvernement a insuffisamment conçu et présenté sa politique fiscale de manière globale faisant en sorte d’instituer et de valoriser un équilibre nouveau en termes de prélèvement en intégrant pleinement la fiscalité écologique. Face à l’accusation de fiscalité punitive, peut-être eut-il fallu mieux défendre une fiscalité de la transformation. Ainsi, les efforts demandés ici devaient être assortis d’avantages ailleurs, notamment par rapport à des mesures de portée générale qui peuvent accentuer négativement la pression fiscale sur les citoyens de la France périurbaine. L’augmentation d’un côté devait être atténuée par la mise en valeur d’une baisse de l’autre conformément au principe macronien du « en même temps ». Il aurait ainsi pu éviter le reproche d’une « utilisation budgétaire » de la taxe carbone du fait du déficit budgétaire et de l’endettement abyssal du pays, ce qui en soi n’a rien de choquant en référence au principe d’annualité budgétaire. Mais l’on s’égare et l’on dépasse l’entendement de gilets jaunes désormais peu enclins à se satisfaire de pédagogie et à entendre quoi que ce soit notamment ce qu’écrivait le rapporteur général du budget de l’assemblée nationale sur le PLF 2018 : « Cette hausse de la fiscalité touche principalement les ménages mais également les acteurs économiques non protégés par des mécanismes de remboursement ou d’exonération. Elle doit conduire, à moyen et long terme, à des modifications de comportements plus favorables à la lutte contre les émissions de dioxyde de carbone ».

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03 décembre 2018

Une mauvaise passe pour le PM

Il était arrivé à Matignon, ni vu ni connu. Choisi par Emmanuel Macron, on ne sait comment, Edouard Philippe croyait peut-être au nouveau monde. Ca n’aura duré qu’un temps. Le Chef du Gouvernement s’est plié de bonne grâce à la présidence Jupiterienne qui décidait de réunir le Congrès la veille de son discours de politique générale ; péripétie insidieuse de l’hyper présidence qu’impose le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. Ses anciens amis pouvaient rire de lui. Edouard Philippe sait encaisser les coups et dégage une tranquille assurance.

En vérité, l’homme passait plutôt bien dans l’opinion. On pouvait lui trouver un sens politique qui faisait défaut à l’entourage du PR. Affable, courtois, Edouard Philippe tenait son rang et avait fini par gagner en opinion favorable plus que son N+1. Ce déséquilibre au sein du couple exécutif a une part d’indécence et peut s’avérer périlleux pour celui qui n’est que le premier collaborateur du Chef de l’Etat.

Néanmoins, lors de la pitoyable affaire Benalla, d’où le mal est parti, Edouard Philippe fut habile et autant que possible efficace pour défendre l’Elysée. Bon exécutant et loyal, sans troupe derrière lui pour envisager d’instaurer un rapport de force le moment venu, il était sorti renforcé des récentes désertions de Nicolas Hulot et Gérard Collomb. Il pouvait envisager l’avenir à son poste avec dégagement nonobstant la perfidie consciencieuse de François Bayrou qui en « veut d’autant plus à Edouard qu’il n’arrive pas à en vouloir au Président ».

Les « gilets jaunes » vont-ils offrir au Maire de Pau la tête du PM sur un plateau ? La sortie de crise qui se profile ressemble furieusement à un cliché de l’ancien monde. Vilipendé sur les ronds-points, le Président de la République doit se dégager par le haut pour retrouver son autorité. Dans cette perspective le rôle de fusible du Chef de Gouvernement retrouve tout son sens. Déjà on parle de sa rigidité et son rapport à une élite oligarchique dominatrice. Par analogie avec son mentor, on évoque la droiture et les bottes. La charge semble injuste quand c’est le PR qui fait continuellement référence aux reculades de ses prédécesseurs : « Mais c’est dans ces moment-là qu’on teste aussi la force d’âme d’un pays, d’un peuple, et en quelques mesures de ses gouvernants. Dans la capacité à tenir un cap, sans céder aux démagogies » ; ou quand le volontarisme passe pour de l’arrogance.

Mais c’était hier. Aujourd’hui, pendant que la PR se tait, Edouard Philippe doit faire les annonces qui signifieront le repentir et le mea culpa ; une première réplique pour contenir la rage, calmer les esprits et rétablir l’ordre. Faute d’être efficace, le PR devra parler et les jours du PM seraient alors comptés.

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02 décembre 2018

Les carences politiques du nouveau monde

Et si la fronde fiscale accouchait d’une crise institutionnelle. Le mouvement des « gilets jaunes », de plus en plus violent, disparate et délétère, stigmatise le Président de la République. Mais si, du fait de son statut, Emmanuel Macron personnifie la grogne sociale, celle-ci concerne plus largement ceux qui incarnent une fonction de représentation dans notre système politique ; preuve que ce dernier n’est plus à la hauteur d’un fonctionnement attendu par les représentés. De la disparition du Sénat au référendum d’initiative populaire en passant par l’instauration d’un quorum sur la participation aux élections, les revendications entendues ici ou là s’attaquent au discrédit du politique. Elles annoncent la possible désintermédiation du Parlement incapable de répondre aux attentes d’un peuple incompris.

Parmi les causes récentes de ce phénomène figure le « dégagisme » par lequel Emmanuel Macron avait su séduire au loin dès lors que François Hollande s’était mis dans l’incapacité de se représenter, que François Fillon s’était fourvoyé avec des cadeaux indignes de son ambition et que Marine Le Pen stagnait encore sous un plafond de verre électoral. Le succès de son incroyable démarche a suscité une forme d’admiration tant par le culot qu’il avait démontré que par la mise à l’écart de personnalités devenues insupportables par leur incarnation d’un échec répété sans cesse.

Mais le « dégagisme » a beau illustrer l’avènement d’un nouveau monde et son lot de promesses pour un avenir meilleur, il a aussi ses limites. Qu’il ait recyclé des socialistes doués de prémonitions ou qu’il ait sélectionné une armada de novices pour forcer le Palais Bourbon, le mouvement En marche a fourni au PR une majorité parlementaire immature, incapable de jouer son rôle de relais politique. Avec aussi la fin du cumul des mandats, on découvre des députés sans assise local, sans notoriété et sans identité autre que leur apparence juvénile. Leur évanescence les empêche de sentir le terrain, d’être autant des lanceurs d’alerte pour le PR que des prescripteurs pour le Gouvernement. Ils ont du mal à tisser des liens informels avec les habitants et les corps intermédiaires de leur circonscription, d’entendre leurs revendications, de calmer leurs ardeurs insurrectionnelles, d’expliquer les contingences de la conjoncture ou de plaider la cause des mesures prises. Il faudra sans doute du temps pour aguerrir la REM qui vient de se doter d’un nouveau dirigeants et lui faire jouer le rôle des partis traditionnels de l’ancien monde.

L’autre travers, déjà un peu expérimenté dans l’ancien monde mais amplifié dans le nouveau, consiste à avoir nommé à parité des membres du Gouvernement pour leur expertise technique mais dépourvue de toute assise politique. Quand tu désignes comme Ministres des personnalités issues de la société civile (la moitié du Gvnt) c’est autant de ministres qui ne travaillent pas le week-end à labourer une circonscription ou un département pour défendre la politique du Gouvernement et entretenir le lien avec les populations. Le plus triste peut-être, c’est la façon dont certains membres de l’équipe gouvernementale peuvent aller jusqu’à intérioriser cette terrible carence politique. Ainsi, d'Agnès Pannier-Runacher. Cette brillante jeune femme coche les cases de cette élite que le peuple rêve d’uberiser. Diplômée d’HEC et de l’ENA, brillante carrière de haut-fonctionnaire et de hauts dirigeants d’entreprises, elle a été nommée Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie sans avoir croisé un électeur de sa vie. Interrogée sur l’insurrection qui gronde, elle estime ne pas avoir de "légitimité territoriale" pour rencontrer les "gilets jaunes".

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28 novembre 2018

Ô temps politique, suspens ton vol!

 

« Les élites parlent de fin du monde quand nous, on parle de fin du mois! » Ou comment, au travers du cri d’un gilet jaune, l’action politique s’accommode du temps qui passe et répond aux urgences qui l’accompagnent. Le chômage de masse sévit depuis plus de trente ans. Certains ont même dit qu’on avait tout essayé. Les services publics s’amenuisent à vue d’œil et la pression fiscale est pourtant toujours aussi lourde. Mais où va l’argent de nos impôts? Quant au modèle social « à la française » il ne supportera plus longtemps les « avantages acquis ». La crise s’est installée en France dans une langueur interminable et marcescente. Ajoutons-y dorénavant la lutte essentielle contre les catastrophes climatiques et on noircit un peu plus le tableau d’une impuissance collective à jauger les priorite du changement et tenter de voir le bout du tunnel.

Dans une société qui a érigé la consommation au rang de valeur républicaine et où tout se juge, s’apprecie et se désir à court terme, les réformes n’ont pas le temps de prendre racine. Depuis plus de trente ans, les électeurs n’ont jamais reconduit une majorité parlementaire. L’alternance est une preuve de vigueur démocratique. En termes d’action, c’est un désastre car le pouvoir en place s’échine toujours à défaire ce que son prédécesseur a entrepris. La réforme des institutions avec la réduction du mandat présidentiel à cinq ans, l’accélération du temps médiatique avec les chaînes tout info et les réseaux sociaux, le communautarisme grégaire ont accentué cette tendance. Ces phénomènes affaiblissent le pouvoir démocratique et les réformes qu’il impose par les urnes. De même, l’individualisme qui supplante la conscience citoyenne agit sur lui comme un censeur lunatique à la petite semaine. Pas assez loin, pas assez fort. Comme l’écrit Alain Duhamel : « ici, un pouvoir est un pouvoir condamné à être battu, quels que soient ses mérites ou ses défauts ». Qui faut-il blâmer? Les français inquiets, râleurs et inconstants dans leur colère multifactorielle où leurs représentants. Tout aussi inconstants, les élus jouent la fuite en avant pris dans le rythme effréné des consultations électorales. Le scrutin européen de juin tétanise déjà le pouvoir qui étalonne son comportement sur cette échéance. Et c’est ainsi qu’à chaque campagne électorale, les candidats s’obligent à promettre davantage que ce qu’ils pourront tenir.

 

Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Certains scientifiques considèrent que le mouvement est irréversible. Pour se consoler de n’avoir pu accéder au pouvoir suprême, Laurent Fabius n’en finit pas de défendre l´accord malmené de la COP 21. Pour le coup, il n’y a pas de plan B. Lutter contre le réchauffement climatique serait plus urgent que de réduire la pression fiscale en rendant aux français le prix de leur travail. Nos comportements, dans la facilité du quotidien, doivent bouger. Mais, c’est un effort. Et il ne garantit ni le progrès ni la prospérité. Voir loin pour sauver la planète, et l’humanité par voie de conséquence, ne suffit pas si on ne gère pas de près. La fin de mois est effectivement plus proche que la fin du monde. Gouverner, c’est prévoir! La lutte contre les dérèglements climatiques confrontée au sens des réalités rappelé par les gilets jaunes mettent en exergue cette gestion impérative du temps en politique.

 

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22 novembre 2018

Qu’ils se taisent

Le niveau actuel de tension sociale dans le pays attise, outre le désir de révolte, les commentaires et l’épanchement des états d’âme. Les réseaux sociaux sont devenus le réceptacle débordant des indignations réductrices fatiguées ; « plus rien à faire, plus rien à foutre » et de la recommandation facile ; « y a qu’à, faut qu’on ». La libre parole qui fonctionne non sans conséquence, est accordée au bénéfice du doute à celles et ceux qui n’ont jamais gouverné la France, un pays si réfractaire au changement, et qui prennent les injonctions venues d’en haut de moins en moins de bonne grâce. Au commun des mortels, on reconnaîtra l’analyse facile et réductrice, de celui qui subit sans forcément mesurer totalement, à bon droit parfois, la portée des mesures politiques qui pèsent sur son quotidien au profit d’un avenir devenu hypothétique. Soit! Devant un écran ou aux ronds-points des routes aujourd’hui, comme au comptoir d’un bistrot hier, le commentaire est libre et la décision politique doit savoir gérer le ressenti qu’elle suscite pour être utile et efficace.

 

En revanche, l’expression intempestive des anciens dirigeants, celles et ceux qui ont éprouvé les responsabilités au plus haut niveau, est plus condamnable. On aimerait trouver chez eux la mesure qu’apporte l’expérience, surtout quand elle s’est nourrie d’épreuves comparables pour se solder en renoncement. Leur sens des responsabilités associé à l’impératif de cohésion nationale qu’ils ont incarné, devrait, parfois, savoir l’emporter sur leur appétence au jeu démocratique d’une opposition systématique. La décence voudrait que ces dirigeants du passé, nonobstant leur désir de retour et de revanche, épargnent leurs successeurs sur des sujets compliqués pour lesquels les réformes à mettre en œuvre sont largement fondées, et supportées au delà d’une simple majorité parlementaire. C’est bien le cas en matière environnementale et climatique pour tenir un cap défini au delà des alternances politiques.

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08 novembre 2018

L’itinerance en tous sens du Président de la République

«Elle séduit au loin et irrite au près » ; la formule de Jean-Pierre Raffarin à propos de Ségolène Royal ne vaut pas pour Emmanuel Macron. Le mécontentement envers le Chef de l’Etat n’a pas de limite. C’est ce que disent les sondages, litanies habituelles à l’appui du résultat implacable des chiffres, et les réactions hostiles sur son passage lors de son « itinérance mémorielle » pour le centenaire de la fin de la première guerre mondiale ; le PR se fait secouer au cours de ce périple maladroitement concocté par ses communicants dans un malencontreux mélange des genres. Cet exercice de visibilité dont la novation voulait être à la hauteur de l’événement historique et lourd de symboles par temps troublés sous la menace des replis nationalistes, s’avère malheureusement confuse. Aux côtés de la hauteur qui sied à une telle commémoration, les organisateurs ont parsemé la tournée du PR sur les lieux emblématiques du premier conflit mondial de déplacements plus classiques – visites d’usines, d’EPHAD, rencontres avec des élus locaux, bains de foule,… - donnant prise à des rencontres impromptues avec des provinciaux focalisés sur le prix du carburants. Emmanuel Macron aime se faire secouer. 

La grandeur exigée par l’Histoire et la valeur que l’on met dans la célébration du centenaire de la grande guerre s’accordent mal à la proximité qu’impose un contact de plus en plus rugueux et de moins en moins respectueux avec des français envahis de récriminations. Dans ces conditions, la prime au spectacle offert par des médias avides ira plutôt aux belles images d’une confrontation de mots durs avec un syndicaliste dans une usine qu’au recueillement tempéré dans un cimetière militaire.

Telle est l’erreur politique de cette séquence qui nimbée de solennité, entendait forger de la concorde nationale en regardant l’histoire en face pour ce qu’elle nous a donné de leçons sacrificielles. En exposant le PR « à une coagulation des mécontentements », elle aura été singulièrement dévoyée pour finir en tournée des pleurs.

Les propos du PR sur le Maréchal Pétain, déjà tenus en leur temps par le Général de Gaulle et Jacques Chirac, sont venus ajouter une polémique inutile ; cerise sur la tarte à la crème pour redoubler de coups. Nos élites qui faute de pragmatisme, mettent toujours en avant les bons sentiments, préfèrent attiser les divisions par des jugements fallacieux, simplificateurs et dénués de lucidité apaisée sur notre passé. A une époque où savoir se situer sur l’échiquier politique n’est facile pour personne, lorsque le « en même temps » apparait, par la force des urnes, comme la doctrine dominante, le rappel de vieux clivages qui ont fait tant de mal, rassure ceux qui préfèrent attiser la protestation et se complaire dans l’indignation en chambre.

 

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