l'éternité plus un jour

09 septembre 2018

De la difficulté de remplacer un Ministre démissionnaire

Nommer le remplaçant d’un ministre démissionnaire est pour le PR tout un art d’exécution qui doit satisfaire deux contraintes; ; trouver, d’une part, un successeur suffisamment habile politiquement et apparement compétent sur le champ ministériel concerné. Préserver, d’autre part, les équilibres précaires et incertains d’une majorité qui le soutient et d’un gouvernement qui l’épaule.

 

Avec François de Rugy en remplacement de Nicolas Hulot, la première semble maîtrisée. Le PR a retenu un homme expérimenté en tractation et coups politiques. Le Président de l’Assemblée nationale qui n’est pas arrivé là par hasard, présente un parcours dans la veine réaliste des professionnels aguerris par les luttes d’appareils, les confrontations d’egos et l’absence de scrupule pour assouvir, non sans talent, l’ambition première qui vaut sacerdoce ; gagner les places et conquérir les postes. Ecologiste de circonstance, François de Rugy s’inscrit dans la pratique immuable et louvoyante d’un radical-socialiste. Son ambition ne s’embarrasse pas de convictions trempées qui lui ferait renoncer. Son manque d’éclat par rapport à son prédécesseur  - la fausse bonne idée de nommer Daniel Cohn-Bendit fut un leurre magnifique - sera avantageusement compensé par son sens politique.

 

L’autre péril relatif à l’équilibre de la majorité en terme de représentation des ambitions semble plus menaçant. Il l’est d’autant plus que Nicolas Hulot a agit sournoisement et avec fourberie. Même s’il avait laissé entendre que son départ était possible, la chose n’avait visiblement pas été anticipée. Il a pris tout le monde de court, y compris son épouse. L’électrochoc voulu par Nicolas Hulot dans sa fuite inopinée, constitue l’ultime déconvenue (les atermoiements autour du prélèvement à la source suivront de peu) qui sonne pour Emmanuel Macron comme la fin d’un état de grâce qui aura tenu 15 mois, soit bien plus longtemps que pour ses trois derniers prédécesseurs. Faut-il y voir le retour inexorable de l’ancien monde? Les conséquences de la nomination de François de Rugy pourrait le laisser penser. Elle lance le jeu des chaises musicales et le concours des petites ambitions. Le perchoir n’ayant pas suffit à satisfaire celle du nouveau Ministre de la transition écologique et solidaire, la porte est désormais ouverte pour celles et ceux qui sauraient s’en satisfaire. C’est ainsi que Richard Ferrand, encore voué aux gémonies il y a peu et toujours suspecté par la justice, entend faire d’un rêve une réalité en devenant le troisième personnage de l’Etat. Il est toutefois rattrapé par le fraîcheur féminine de quelques collègues qui lui contestent la modernité dont aiment à s’affubler les membres du groupe qu’il préside. Le savoir-faire acquis dans l’ancien monde aura-t-il raison de ces élans juvéniles? En attendant, c’est un peu le bordel au sein du groupe LRM de l’Assemblée nationale. Il n’avait pas besoin d’une nouvelle péripétie relative aux velléités émancipatrices de certains membres qui n’auraient rien appris des frondeurs de François Hollande.

 

Pour celles et ceux qui veulent y croire, le suspens sera levé lundi. Réunis en séminaire, les députés LRM, détenteurs de la majorité absolue, choisiront leur candidat au perchoir à bulletin secret. En choisissant leur président, ils ouvriraient un nouveau front interne pour lui trouver une successeur. De quoi exacerber un peu plus les rivalités personnelles et ajouter de la crise à la crise.

 

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30 août 2018

La démission de Nicolas Hulot

 

Ainsi Nicolas Hulot restera dans l’histoire comme un velléitaire protestataire. Le Ministre qu’il était ne voulait plus se mentir. Alors, l’homme a renoncé à sa charge, plantant avec fracas le pouvoir d’agir. Au delà de sa personne, la démission de Nicolas Hulot révèle d’abord toute l’ambiguïté de celles et ceux qui veulent incarner l’écologie politique dans une démarche exclusive. Se faisant, elle en révèle toute les limites au delà du simple discours incantatoire sur les périls à venir et la prise de conscience à avoir, dès lors qu’elle refuse la confrontation au réel dans le cadre de l’action publique au plus haut sommet de l’Etat. Nicolas Hulot n’aurait pas su, pas pu, peser au sein du Gouvernement dès lors que les enjeux écologiques sont transversaux et se déclinent sur plusieurs champs ministériels. Évacuons la manière de faire. Elle montre que le comportement des personnalités prétendument issues de la société civile qui s’engagent en politique ne vaut pas mieux que celle des politiciens professionnels en terme de loyauté. Nicolas Hulot a renoncé en âme seule, isolée et défaitiste, sans égard pour la valeur des’prerogatives qui lui avait été confié par le PR et le PM.

Ainsi, la démission de Nicolas Hulot vient malencontreusement accréditer la mauvaise image dont nos concitoyens affublent la politique. Elle sape un peu plus la confiance accordée à celles et ceux qui nous gouvernent et s’engagent dans l’épreuve pour trouver les voies du progrès et du mieux être collectif. Elle vient gonfler l’assurance féroce des populismes qui se gobergent du moindre faux pas et des volte-face. Gageons qu’à son grand dam, Nicolas Hulot ait conscience de la forme de trahison qu’il figure.

Mais la démission de Nicolas Hulot révèle aussi la force de ce qu’il a critiqué ouvertement et s’entendait devoir combattre. Son geste pourra être perçu comme l’ultime défaite face aux lobbys. Ils ont gagné, éloignant du pouvoir, donc de l’action, celui qui, avant d’autres, les avaient pris pour cible. L’aveu d’impuissance est éclatant. Il laisse au successeur du démissionnaire un champ de ruine. Ceux qui ont le respect de l’environnement pour ennemis de leurs intérêts, ont fait tomber une digue.

Par ailleurs, son départ incarne le renoncement à lutter contre la pression du temps médiatique. Comment Nicolas Hulot peut-il, en désertant ainsi, laisser croire qu’en un an, son bilan eut pu être meilleur? Voire, comment peut-il dire que rien n’a été fait - l’organisation du One Planet Summit, l’arrêt du projet d’aéroport à NDDL, un calendrier pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, un horizon fixé pour la sortie du glyphosate,..... - sans se déjuger maladroitement. Outre son incapacité à mettre en valeur ce qui a été fait, il valide cette exigence d’immédiateté marcescente dont le pouvoir médiatique se délecte pour impulser le rythme du pouvoir politique et mettre celui-ci à la merci d’une insatisfaction populaire perpétuelle. Étonnant ce point donné ainsi à l’adversaire par celui qui déclarait dans le 1 du 20 juin : « Il y a un pouvoir de désinformation très fort. Nos démocraties ne sont pas adaptées à deux choses : la précipitation du temps et les enjeux du long terme. Je suis affolé de voir qu’on fait tout dans l’urgence ». Conscient de la difficulté, il ajoutait : « la précipitation du temps de la prise de décision politique est un fléau, encore aggravé par le tempo médiatique ». Nicolas Hulot a cédé et renoncé dans l’urgence.

« Un Ministre, ça ferme sa gueule ou sa démissionne ». Fort du réquisitoire violent posé par sa démission, Nicolas Hulot devrait pouvoir reprendre son rôle de Cassandre et redevenir ce ludion médiatique, désormais lesté de sa propre impuissance gouvernementale. En entrant en politique, il connaissait la tâche ardue qui l’attendait. Il avait conscience du risque qu’il prenait, notamment en termes d’image, mais surtout des coups à prendre et à encaisser - il en a pris beaucoup ! -, les plus virulents émanant sans doute de celles et ceux qui se disaient être ses « amis politiques ». Le contrat moral qu’il avait passé avec le pays ne pouvait se conclure à son initiative (en tout cas pas si vite), la souffrance morale, le découragement et la déception fussent-elles aussi lourde à porter. Pour être à la hauteur de la charge ministérielle qu’il avait fini pas accepter, Nicolas Hulot aurait dû considérer que son passage en politique fut sans retour.

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29 juillet 2018

Affaire Benalla : un fait divers contre les institutions

Les députés de l’opposition confondue de la droite à la gauche n’en peuvent plus d’instrumentaliser l’affaire Benalla. Ils n’en ont pas fini avec leur hystérie revancharde envers Emmanuel Macron a croire qu’il serait près à rogner sur leur congés pour venir le chercher et lui faire rendre gorge. Après l’usage intempestif des modalités de procédure lors des séances publiques des 20, 21 et 22 juillet derniers à l’Assemblee nationale - pic dérisoire du soulèvement parlementaire, des QAG du 24 juillet dans cette même Assemblée nationale, du fiasco de Commissions d’enquête parlementaires évanescentes et sans intérêt dès lors que la justice est saisie, les voilà désormais en quête d’un vote d’une Motion de censure contre le Gouvernement. La dernière cartouche est tirée pour parachever le ridicule d’un comportement qui n’est que vaine polémique et obstruction stérile.

L’ancien monde contre attaque. Mais l’ancien monde n’a pas le choix des armes. Voilà pourquoi, tout porte à croire à l’inutilité de ses actions. Ce sont autant de coups d’épée dans l’eau qui finiront par révéler l’impuissance des parlementaires à s’en prendre au Président de la République. En attendant d’éventuels retours sur bénéfice lors des prochaines échéances électorales, c’est la fonction présidentielle qu’ils abîment en prétendant faire une affaire d’Etat de ce qui s’apparente à une faute individuelle quant bien même elle émane d’un proche collaborateur du Chef de l’Etat. 

L’affaire Benalla comprend au moins trois grandes parties qui s’agrègent dans l’obscurité de débats contradictoires entre protagonistes divers sur fonds de règlements de compte révélés au grand jour. Si l’on s’en tient à l’agitation politicienne qui fait tristement office de débat politique, il y d’abord l’initiative malencontreuse d’un homme au comportement condamnable. Place de la Contrescarpe, Alexandre Benalla a agit isolément et de sa propre initiative, sans avoir l’intelligence de la situation et la conscience de son statut. Qualifiés de choquants et d’inacceptables par le Premier Ministre, les faits qui allument la mèche du scandale relèvent d’un acte individuel inapproprié ; Alexandre Benella n’avait pas à intervenir place de la Contrescarpe, n’étant présent qu’en qualité d’observateur. Dès lors que la justice est saisie, cet élément de l’affaire finira sans doute par un procès pour lequel le principal protagoniste a déjà laissé entrevoir son système de défense, non sans une certaine habileté.

Le second point de l’affaire concerne la défaillance manifeste de l’information dans la chaîne hiérarchique de la police par rapport à la présence d’Alexandre Benalla, en tant qu’observateur dans un dispositif de maintien de l’ordre du 1er mai ; les dépositions sous serment devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, du Ministre d’Etat, Ministre de l’intérieur, du Préfet de Police de Paris, du Directeur de l’OPC, du directeur de cabinet du PR et du commandant divisionnaire et commandant d’unité de la CRS 15 ( mobilisée place de la Contrescarpe) sont éloquentes ;  si les rapports internes vont sans doute entretenir un flou artistique sur l’étendue et la répartition des responsabilités, cette situation met en exergue les rivalités, la concurrence et les inimitiés au sein des différents services qui nourrissent à dessein la complexité de notre organisation publique sécuritaire. Cette situation n’est pas nouvelle. La guerre des polices est inhérente à une dilution intentionnelle des prérogatives et des compétences. Sur ce point la question cruciale consiste à savoir si Alexandre Benalla a été invité ou s’il a fait pression pour participer, en tant qu’observateur au service d’ordre du 1er mai. Quoi qu’il en soit, si le recours aux fusibles était finalement activé, l’Elysée aurait de quoi puiser allègrement au sein de cette chaîne hiérarchique.

 Enfin, l’effet collatéral, le plus insidieux porte sur la mise en cause de l’autonomie accordée à la Présidence de la République dans son organisation interne par rapport au Gouvernement. Cette mise en accusation facile, classique et sans nuance comme l’a exprimé le secrétaire général du Parti socialiste « Il y a aujourd’hui un clan qui s’autorise tout parce qu’il ne se croit redevable de rien. Et un président qui a placé la loyauté à sa personne au-dessus de la légalité », relève, en même temps, d’un effet boomerang pour Emmanuel Macron qui dans le cadre de la réforme constitutionnelle, malencontreusement débattue au moment où éclate l’affaire, entend affaiblir l’originalité de la fonction par rapport à celle du PM pour se rapprocher un peu plus encore d’un régime présidentiel. Ce serait alors la voie à non pas à un pouvoir hégémonique - il existe déjà en tant que tel - du Président de la République, mais paradoxalement, le nécessaire renforcement du pouvoir législatif en terme de contrôle sur l’exécutif en ce qu’il émanerait exclusivement du Chef de l’Etat. L’équilibre subtile entre l’Elysée et Matignon est de fait fragilisé. L’allusion à un collaborateur, en lieu et place du chef du Gouvernement, gagne en substance. 

 De fait, c’est bien le régime  de la Vème République auquel l’opposition veut s’attaquer au prétexte d’un fait divers dont la justice est saisie. Cette lamentable affaire excite la demande de transparence qui supplante, dans l’esprit des meneurs l’exemplarité pour laquelle ils n’ont pas de leçons à donner. Que les insoumis qui militent ouvertement pour une 6ème République ou les socialistes qui ne savent plus où ils habitent se lancent dans cette lutte hystérique contre le Président de la République, c’est entendable (Rappelons tout de même que lorsqu’Arnaud Montebourg prit l’initiative d’engager  le renvoi de Jacques Chirac devant la Haute Cour de justice, il n’avait pas, à l’heure de la cohabitation avec Lionel Jospin, trouver beaucoup de camarades derrière lui. La raison d’Etat avait encore un sens).Que les députés LR les précèdent dans cette hystérie marcescente, c’est beaucoup plus douteux, confisants et pour tout dire pathétique pour ceux qui se réclament être des héritiers des pères fondateurs de la Vème République. La raison a déserté le camp des opposants à Emmanuel Macron. Séchés, l’an dernier, par la victoire d’un quarantenaire jamais élu, les tenants de l’ancien monde, coincés aux extrêmes et aveuglés par leur médiocrité programmatique, sont trop heureux de reprendre les vieilles luttes sur fonds de scandale. Ça leur fait monter l’adrénaline et ils savent que, dans l’opinion, la mauvaise foi imprime mieux que la bonne. 

 

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25 juin 2018

Nicolas Hulot au Gouvernement

 Que celles et ceux qui douteraient de l’utilité de Nicolas Hulot au Gouvernement lisent le 1. Et notamment la longue interview que donne le Ministre de la Transitions écologique et solidaire. C’est un discours programmatique engageant et l’explication circonstanciée d’une démarche de longue haleine qui entend positionner dans le temps l’action publique pour l’écologie. Tout en lucidité, Nicolas Hulot qui finit par être un vieux de la vielle en compagnonnage politique, n’élude pas les difficultés, y compris celles qui sont inhérentes au calendrier démocratique. Mieux, il s’en nourrit pour s’inscrire en écart et justifier, tant ses différences avec le monde politique que l’irritation ambiante qu’il génère à rebours de sa popularité dans l’opinion.

Si Nicolas Hulot prend de la hauteur et de l’isolement en se référant à son « libre arbitre », il y ajoute une vision politique qui tardait à venir aussi explicitement tant le concept parait suranné à l’heure de l’efficacité macronienne, de la surenchère populiste et du règne des « dealmakers ». Le Ministre énonce comme ligne de conduite les notions de progressivité et d’irréversibilité pour engager la transition en retournant le rapport de force de l’homme à la nature. Mais il ajoute surtout le retour à la souveraineté dès lors qu’elle passera autant par la construction d’une communauté européenne salvatrice, la réduction de la dette publique, l’action contre le changement climatique bientôt inséré dans la Constitution, qui relève avant tout d’une maîtrise raisonnée de l’alimentation, d’une sobriété énergétique et d’une profitabilite régulée de l’organisation productive.

Reste à ce que Nicolas Hulot se mette à sourire davantage au lieu de jouer les Cassandre à sens unique. Sur l’affaire du Glyphosate, Nicolas Hulot raconte une anecdote : au cours d’une réunion publique, on lui demande s’il aime les agriculteurs. Le Ministre répond : « si je ne vous aimais pas, je n’essaierai pas de vous protéger ». En ajoutant l’empathie à sa vision de l’écologie politique, Nicolas Hulot n’est pas inutile au Gouvernement.

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26 avril 2017

Voter Macron deux fois plutôt qu'une

J’aimerais croire au sursaut des législatives et à la victoire d’un projet d’alternance. Telle qu’exposée par François Baroin, une cohabitation inédite en début de mandat pourrait apparaitre comme le moins pire des scénarios envisageables.

Or, ces quinze jours d’entre deux tours, conformément aux vertus de la Vème République vont reconfigurer le paysage politique en deux camps autour du clivage que vont construire avec pugnacité, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Contrairement à 2002, il y  aura une campagne de second tour ; les progressistes contre les conservateurs, les patriotes contre les nationalistes, le réalisme contre le déni. Les élections législatives découleront de cette dualité.

Dès lors, la cohérence élémentaire de l’électeur raisonnable qui ne prend pas son vote pour une futilité, c’est non seulement de voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, mais de tout faire pour lui accorder la majorité parlementaire dont il aura besoin au soir du 18 juin. Le leader d’En marche doit élargir et prolonger la dynamique étonnante qu’il a suscité. Il en va de l’efficacité politique pour les 5 ans et de la crédibilité de ceux qui s’en réclament pour servir la France. Au-delà du quinquennat qui vient, cette cohérence institutionnelle vaudra aussi pour l’issue de la prochaine échéance présidentielle de 2022.

Le front Républicain a du mal à se mettre en place ? Et pour cause, l’avertissement du 21 avril 2002 n’a servi à rien ; le FN s’est fondu dans le paysage avec la complaisance marcescente des médias pour qui tout est spectacle éphémère et émotion fugace ; Marine Le Pen a progressé de 1,5 millions de voix par rapport à 2012 ; engoncés dans leurs petits travers, nos grands élus n’ont eu aucune hauteur de vue. Ils se sont même arrangé de cette situation ; c’est désolant. Sur un malentendu, ça peut marcher ! De fait, la vieille politique, celle-là même qui, par contraste, donne à Emmanuel Macron sa part de séduction, a repris le dessus. Elle spécule déjà sur les législatives – un contrat de gouvernement à gauche pour un PS réconcilié autour de Manuel Valls, une cohabitation pour les Républicains emmenés par François Baroin – pour se refaire. Ce dernier, honnête, talentueux et toujours aussi juvénile, peine malheureusement à convaincre quant au sursaut disciplinaire qu’il demande aux électeurs de droite dont l’unité, bien qu’il le conteste, a tout d’artificiel. L’offre politique est frelatée.

Mais au-delà des divergences de fonds – on en revient à l’Europe car elle structure tous les autres sujets – qui fracturent la droite de gouvernement, il y a surtout le traitement indigne qu’elle aura réservé depuis cinq ans à ses électeurs. De la lamentable guerre fratricide, Fillon-Copé pour la présidence de l’UMP aux costumes de chez Arnys en passant par la débilité profonde des primaires, on leur en a fait voir ! A rebours, passé la déception, on est finalement surpris par  le niveau correct de voix obtenu par François Fillon au premier tour du 23 avril. L’esprit de système aura fait très mal à la France qui vote à droite. La discipline, l’effort, l’abnégation et le respect était de son côté, pas de ceux qui voulaient l’incarner.

L’heure du « big bang » que Michel Rocard avait prophétisé en 1993 est peut-être venue. Certes, cela voudrait dire qu’il faudrait alors avoir raison avec François Bayrou, mais la voie des réformes pour l’avenir de la France oblige peut-être d’en passer par là.

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21 avril 2017

Pas de presidentielle sans législatives

Apres les quatre tours ineptes et éreintants des primaires de droite et de gauche, arrive enfin les quatre tours décisifs du rendez-vous démocratique quinquennal. Plus que jamais, l'élection présidentielle doit se jouer en pensant aux élections législatives qui suivront. Moins que jamais, le scrutin majeur - la pierre angulaire - de la Vème République se fera sur la tête d'un candidat. Aucun n'en a le niveau et la fonction présidentielle n'inspire plus le respect.

Il faut alors se tourner vers les deux éléments structurants pour l'avenir prometteur de la France : le programme présidentiel et la majorité parlementaire qui le mettra en oeuvre. Plus sûrement que la quête dévaluée d'un monarque Républicain, ce sont eux qui doivent faire le vote. Sans faire le bilan inutile de François Hollande, rappelons ici qu'il lui aura manqué, et l'un, et l'autre. Le programme qui l'a fait élire n'est pas celui qu'il a mis en oeuvre ; la majorité à l'Assemblée nationale, organisée par les investitures de Martine Aubry, n'était pas la sienne. Il y a eu les frondeurs. Il fut dans l'incapacité de se représenter!

Avant de passer dans l'isoloir, ce 23 avril 2017, il faudra avoir en tête les projets des candidats et visualiser la majorité issue des législatives, le 18 juin. Le temps béni où l'on pouvait choisir au premier tour et éliminer au second est révolu. Les primaires ont lamentablement détruit cet équilibre subtil qui faisait alterner dans l'urne, pulsion libératrice et choix raisonné.

Des principaux programmes proposés dans cette quadrangulation électorale serrée de premier tour, un seul pourra trouver à se concrétiser dans une majorité parlementaire. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, n'en auront pas. Le Front national est encore installé dans un splendide isolement et les deux gauches irréconciliables vont le rester. À pleine élu à la magistrature suprême, l'une et l'autre entameraient leur mandat par une cohabitation conflictuelle, plus stérile que jamais. On pourrait aboutir au pire des périls. Emmanuel Macron aura lui aussi du mal à mettre en marche le nombre nécessaire de députés qui lui permettrait de dérouler son programme. Il goûtera les délices marcescents, longtemps rêvés par François Bayrou, du centre dont François Mitterrand disait "[qu'il] n'est ni de gauche, ni de gauche". Seul François Fillon serait le mieux à même de construire cette majorité parlementaire qui malgré le présidentialisme exacerbé qui affleure sous le quinquennat, demeure un pouvoir indispensable au Chef de l'Etat. #francoisfillon

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17 janvier 2017

la claque avant la gifle

Manuel Valls a pris un claque à Lamballe ; avant d’en prendre une autre au premier tour de la primaire de la Belle alliance ? Geste prémonitoire qui en dit sans doute plus long qu’un sondage. Plus près du peuple, la vue n’est pas la même, les coups n’ont plus. Manuel Valls n’est plus Premier ministre. Il a repris le chemin du combat électoral pour défendre le quinquennat et conquérir la légitimité du scrutin présidentiel. Tous les coups sont permis. Le second débat télévisé l’a montré ; qu’en sera-t-il du troisième ? Quitte à arriver à saturation, autant assurer le spectacle. Hier solidaires et rigolards les quatre garçons dans le vent de la primaire de la Belle alliance n’ont plus rien d’amical entre eux. Ils sont concurrents face à des français incrédules quand ils ne se désolent pas de cette confrontation qui renvoit à la fin tragique d'un congrès du PS. Hier, mobilisés et organisés pour, ensemble, virer François Hollande du Parti, ils lorgnent aujourd’hui sa succession à l’Elysée après avoir, chacun à leur manière, asséché la prétention du Président de la République sortant. La vérité exige de les mettre tous dans le même sac de cette trahison bien ordonnée, bien qu’ils y aient mis moins de méthode qu’Emmanuel Macron.
La primaire tournera-t-elle au jeu de massacre ?
En attendant, c’est Manuel Valls qui prend les coups, à la télévision comme dans le Finistère. Ses adversaires ont beau jeu de pointer « la danse des paradoxes dans son esprit ». Il est la cible. Pour autant, l’homme n’est pas un punching ball.
Manuel Valls place dans cette bataille politique le sens de son destin pour y croire, moins surement que l’avenir de la gauche. Son équipe a longtemps fanfaronné sur la victoire assurée de son cador. Au nom du bilan, au nom de l’exercice du pouvoir – belle similitude avec Nicolas Sarkozy dans l’incarnation d’une candidature incontournable. L’ancien Premier ministre, lui aussi, aurait changé. Pour autant, au fur et à mesure que s’approche l’échéance, l’humeur tourne à l’aigre. La « blietzkieg » pour asphyxier ses concurrents – comme hier, le « blast » promis par Nicolas Sarkozy - n’a pas eu lieu.
Changement pour changement, maintenant ou demain, l’agression sur le Premier ministre fait réfléchir et conjecturer ; sur les sentiments qu’il inspire et la violence sourde qu’il fait couver dans le cœur des français. Qu’il le veuille ou non, Manuel Valls sera l’homme du bilan. Il paiera pour François Hollande. A contrario, dans l’état de désolation et d’indifférence du climat à gauche, après l’enfarinage de Strasbourg, la gifle de Lamballe pourrait figurer le ressort capable de susciter l’empathie envers un homme courageux qui, contrairement à ses concurrents assume ce quinquennat finissant et supporte les coups que François Hollande s’est épargné.

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15 janvier 2017

Le troisième homme

Avant toute offre politique alternative, le rôle du 3ème homme est d'affoler les autres candidats. Jean-Pierre Chevènement et François Bayrou ont pratiqué l'exercice à des niveaux de fortune qui hantent encore le sommeil de Lionel Jospin et Nicolas Sarkozy.

Emmanuel Macron remplit parfaitement son office perturbateur. Il met, par surcroît de l'insolence coupable, à défier le vieux sytème marcescent. Son point haut dans le sondage, l'affluence de ses meetings exacerbent l'exercice de la transgression. En début de campagne, l'opinion est avide de ces parcours extérieurs, de ces personnalités ludiques qui, bien que parfaitement formatées au moule élitaire du sytème, se placent à la marge, font croire à une différence et poussent un peu plus loin la logique du changement qui entend répondre au "tous pourris".

La présence d'Emmanuel Macron illustre les limites de la primaire socialiste organisée par raccroc et défaillance du Président de la République. Son parcours, "insolent de certitude" fait passer les candidats du Parti socialiste, vieille famille décatie, pour des fantoches usés avant l'âge qui s'acoquinent pour jouer une pantomime dépassée.

Dans une campagne présidentielle, le mois de février précédant le scrutin est une borne passante. Les postures sont là, le décor est planté, les positions se cristallisent, même si en ces temps de vents mauvais, il ne faut jurer de rien. Emmanuel Macron risque de devenir incontournable. Si les tenants de la gauche sont raisonnables, il n'y aura pas de place pour deux. Le moment amène alors les parlementaires à se poser la question du bon choix. Plus avides de leur avenir que de celui de la France, leur heure est à la prospective sur la ligne de fuite la moins critique. Elle appelle au ralliement qui garantira la place dans la future chambre. Si les changements de pieds se font au compte goutte, l'émoi commence à monter en compétence dans la tête des députés : "si en février, Macron conserve 6 points d'avance sur le candidat PS et persiste à lancer 577 candidatures aux législatives, certains s'interrogeront très fortement" rapporte David Revault D'Allonnes, toujours au bonnes sources, dans le #JDD. Il est fonction du mélange subtile entre le courage et la prescience - les convictions prennent une part très modeste dans cet exercice - qui les fera choisir leur sauveur.

En termes de soutien, reste la posture du President de la République - "Le President est libre désormais, mais fera-t-il quelques chose de cette liberté?" ; absent de la bataille électorale contre toute attente, se décidera-t-il à enfreindre un devoir de réserve que son piteux renoncement devrait lui imposer? A l'inverse, entre élan sincère et baiser de Judas - l'élimination du PR n'est pas un mince handicap pour les candidats de la primaire -, il pourrait se donner encore le droit d'exister.

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08 janvier 2017

Revanche de plume, écrit de plomb

Il y a comme une grosse part d'indécence dans l'agitation médiatique qui entoure la sortie du livre d'Aquilino Morelle. L'ancien conseiller spécial du President de la République, deux ans durant, de mai 2012 à avril 2014 et considéré par lui-même (Aquilino Morelle, pas François Hollande) comme l'auteur du discours du Bourget, avait annoncé que sa rancune froide prendrait la forme d'un brûlot littéraire.

La sortie du livre d'Aquilino Morelle est doublement minable. Il est étonnant que son intelligence, ses convictions et son parcours élitaire ne l'aient pas aidé à comprendre qu'au delà de son propre désir narcissique, sa démarche était vaine pour torpiller la candidature de François Hollande et délétère face aux dérives populistes d'une République en souffrance.

Il aura mis du temps à ourdir sa vengeance et peaufiner son oeuvre. A tel point que la bombe annoncée à fait pschitt. Entre temps, François Hollande s'est totalement discrédité. Incapable en tout, il ne pourra pas se représenter. Le culbuto est définitivement à terre. Cette position le rend insensible aux petites trahisons étant entendu qu'on dit qu'il est dépourvu d'affect ce qui peut aider en certaines circonstances. Les coups bas et les trahisons marcescentes lâchés depuis le 1er décembre dernier n'ont plus d'effet sur lui.

François Hollande est faible, en tant qu'homme sans doute, en tant que Président de la République assurément. C'est un fait acquis ; une vérité éprouvée à l'épreuve d'un quinquennat dévastateur par l'indigence de l'hôte de l'Elysée en autorité tutélaire et visionnaire. C'est une réalité qui s'est révélée aux yeux des françaises et des français pris au piège de la détestation que leur inspirait son prédécesseur. On est tellement dans la vérité que le President est empêché de se représenter. Ce sera la traduction pathétique, et non pas lucide, de sa faiblesse. Dans sa descente piteuse aux abîmes, il abaisse un peu plus la fonction présidentielle, l'autorité qui s'y attache nécessairement et laisse dériver la démocratie d'opinion vers des pratiques équivoques. De fait, le livre d'Aquilino Morelle loupe sa cible. Son procès à charge du hollandisme tombe dans l'eau croupie de ressentiments mal maîtrisés. Ce qu'il peut écrire est littéralement devenu inutile. Il reviendra aux historiens de reprendre le sujet.

L'autre élément pitoyable de ce livre est dans son motif caché, dans ce qu'il ne dit pas mais dans ce pourquoi il a été imaginé, conçu et rédigé. Il a été ourdi dans la perspective de nuire. L'esprit de vengeance supplantait le désir d'expliquer ou de comprendre. La charge avait vocation à laver l'affront d'un congédiement subi par un homme perdu dans son égotisme et par le nombre de ses paires de chaussures. Le livre était une arme minutieusement préparée dans son lancement et sa date de parution pour donner la plus grande déflagration possible aux prémices de la supposée campagne du Président sortant. La connivence médiatique était établie, les bonnes feuilles ont été prévendues de longue date et les interviews distribuées bien avant les cadeaux de Noël.

Peine perdue! François Hollande n'aura pas à répondre à son ancien collaborateur. C'est en soi un soulagement à mettre à l'actif de sa renonciation. Quant aux français, déjà bien échaudés par l'exercice présidentiel des cinq dernières années, ont-ils encore envie de voir de l'intérieur l'introspection d'une défaillance douloureusement vécues de l'extérieur? Les plus curieux d'entre eux ont déjà été éclairés, voire écœuré, par la délirante confession de François Hollande recueillie par deux journalistes du Monde. Leur livre en dit certainement plus long que celui d'un collaborateur conseiller fut-il été logé dans l'antichambre du bureau présidentiel.

Cette affaire illustre à grand traits médiatiques les effets terribles sur nos institutions des effets de cours modernes qui affectent la fonction présidentielle. On est loin du respect d'un Alain Peyrefitte à l'égard de Charles de Gaulle ou même d'un Jacques Attali pour un François Mitterrand. Désormais le prestige de la fonction, le sens de l'Etat, la dimension supérieure de la Nation ne suscitent plus les mêmes vocations. Aquilino Morelle aujourd'hui, Patrick Buisson hier, et d'autres plumes avant eux, illustrent le dévoiement des lieux de pouvoir, les attitudes décomplexées de petits marquis perfides, gonflés d'orgueil, d'amoralité qui non seulement entendent "faire le pouvoir", mais veulent aussi que ça se sache, au mieux de leur intérêts, à grand renfort de trompe médiatique.

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05 novembre 2016

Les primaires : la nouvelle machine à perdre

Et si les primaires étaient la nouvelle machine à perdre de la droite et du centre? Une énième manière de nourrir la divison des ambitions à défaut de mettre en valeur la distinction des idées. Mais les dés sont lancés dans cette mise en scène de la légitimité démocratique qui renforce un peu plus la désacralisation de l'élection présidentielle et fait paradoxalement raisonner à l'oreille des sympathisants prêts à débourser 4€ pour exercer leur droit de vote ce lancinant slogan daté de mai 68 : "élection piège à cons!" Combien seront-ils à se compter les 20 et 27 novembre prochain?

En attendant, on nage en plein spectacle politico-médiatique. Les chaînes "tout info" s'en donnent à chœur joie, les instituts de sondage tournent à plein régime, font leur chiffre d'affaire de l'année, les journalistes politiques des heures sup et le Monde n'en finit pas de publier, à pleines pages, un tombereau de répulsifs contre Nicolas Sarkozy sous couvert de grands reportages.

Sept animaux de foire, avec leurs tares et leurs talents font le show dans une ambiance aseptisée de débats télévisés qui n'ont de débat que le nom et où seul compte le strict respect égalitaire des temps de parole. Et dire qu'un troisième round est prévu. Apres François Bayrou, hier qui sera le prochain invité surprise?

À chaque fois, on passe à côté et le niveau sonore de solennité fixé par les animateurs se contente de peu ; on attend/provoque les pugilats, petits meurtres entre amis, rien de plus. Les bêtes politiques sont braves. Elles répondent vaillamment au rite médiatique. Elles jouent le jeu du micro tendu dans une compétition marcescente. Ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils ne peuvent pas gagner jouent la provocation, les petits coups d'éclat, les postures indignées et l'humour décalé. Ils sont jeunes et ont l'insouciance qui colle à leur statut de faire valoir ou de trouble-fête. Les autres préfèrent incarner l'expérience et la tempérance qui l'accompagne - "J'ai essayé de porter un diagnostic lucide sur la situation de la France. Sans lucidité, il n'y a pas de vision et il n'y a pas de perspectives. Je crois à la nécessité d'une alternances franche, forte." Et soudain, les plus anciens paraissent censés mais semblent dépassés. Une élection c'est aussi un conflit de génération. C'est pourquoi certains d'entre eux préfèrent en dire le moins possible pour ne pas s'abîmer au contact rugueux de contradictions inutiles.

A la fin du spectacle, les journalistes s'empressent de décerner les médailles et de nommer aussi les déficients. On se rassure en constatant que les équilibres sont respectés aux vues de sondages qui ne veulent rien dire. On trouve quand même quelques mouvements de ligne, histoire de préserver l'attention du public qui sans rien demander aura droit à un troisième débat d'ici au premier tour (de la primaire). Il faut espérer que les efforts qu'on lui inflige en termes d'attention et d'empathie, n'auront pas pour effet de le rassasier avant le verdict final. Ces concours de beauté avant l'heure pourraient finir par lasser quand le même processus, le même décorum s'inviteront dès le début de l'an prochain pour la vraie campagne de la véritable élection présidentielle ; alors même que beaucoup de prétendants semblent considérer que le vrai combat se joue dans leur propre camp, ici et maintenant. Non seulement la présence de Marine Le Pen au second tour ne fait plus peur à personne, mais plus encore certains s'en accommodent facilement pour élaborer leur tactique en conséquence. La primaire de la droite et du centre pourrait ne servir à rien.

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