l'éternité plus un jour

01 mars 2015

Si tu vas à Damas...

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Marrant de voir comment quatre « gugusses », un quarteron de parlementaires, peuvent soudain amener à revisiter l’action diplomatique de la France à l’égard de la Syrie où ce joue un conflit à haut risque. Après le débat politique de ces derniers jours – le Premier ministre a parlé de « faute morale », il fallait entendre ce matin un autre quatuor vitupérer et agonir d’injures ces pauvres bougres partis rencontrer Bachar Al Assad comme on se lèverait de bon matin pour aller déjeuner avec le diable.

Cette critique en chambre, provenant d’intellectuels importants, apparait un peu sommaire. Elle cache l’aveuglement dangereux d’une diplomatie sans repères ni boussole, ballotée au creux des événements qui agitent le Proche et Moyen-Orient sinon depuis la 2ème guerre d’Irak, du moins depuis les printemps arabes, il y a quatre ans. Les révolutions de palais, en Tunisie, en Egypte, en Libye ont tourneboulé les chancelleries occidentales. Bachar Al-Assad devait être le prochain des potentats locaux à céder la place. Peine perdue ; cette conjecture n’a toujours pas eu lieu et si tout le monde dit que l’avenir de la Syrie se fera sans lui, il est toujours là. L’autocrate sanguinaire joue d’une habileté diabolique pour se maintenir au milieu du chaos. Cette résistance, pour immonde qu’elle paraisse, oblige à revoir l’échelle des périls dans la région. Aujourd’hui, la menace vient moins de Bachar Al-Assad et de ce qu’il reste de l’Etat syrien que du radicalisme islamique et terroriste à l’abri duquel l’ébauche d’un califat se forme.  L’assertion de nos commentateurs du dimanche comme quoi Daech serait la créature du maître de Damas est un peu courte. Elle mériterait d’être étayée. Quand bien même, on peut compter sur le Président syrien pour profiter du chaos qui règne dans son pays, jouer des divisions entre les factions islamistes belliqueuses et en faire des diversions pour cacher ses propres turpitudes, il faut revenir aux fondements du conflit qui embrase la région issu du duel à mort entre chiites et sunnites. A l’aune de cette rivalité, on connait le camp du dictateur syrien. Il prétend combattre le "terrorisme sunnite" depuis 2011.

Comme beaucoup, nos parlementaires en goguette, qui ce faisant ont très certainement bénéficié d’un accompagnement autorisé et d'une escorte zélée, ont sans doute fait le constat amère que la guerre civile syrienne, quatre ans après de lourds combats et un atroce bilan – 210 000 morts, 4 millions d’exilés -, est au point mort. Tirer cette sombre statistique et s’apitoyer des terribles conséquences humanitaires ne fait pas une politique alternative. Les deux médiations internationales à Genève, en 2012 et 2014 n’ont rien donné. L’idée funeste d’une intervention militaire a fait long feu, de même que la parade russe en début d’année sous la forme d’une conférence internationale improbable sur la Syrie.

Entre temps, Daech, organisation barbare innommable et surtout pas du nom d'un Etat, s’est imposé avec son idéal de haine, sa doctrine suicidaire et ses relents génocidaires ; vu ce qu’ils font et ce qu’ils sont, ce sont ses combattants et son endoctrinement qui représentent la première menace, à la fois sur le Proche-Orient avec la velléité d’instaurer un califat telle une autorité d’un autre temps, mais également jusque dans nos société au sein desquelles de jeunes en mal être sont incités à aller se perdre dans le jihad. Ce qui était un sujet de politique étrangère est devenu une question de sécurité intérieure.

Dans ce monde en guerre où les événements se succèdent à grande vitesse avec des effets contraires dont le caractère imprévisible contraint la communauté internationale aux atermoiements et à l’indécision, le politique doit savoir opérer des retournements stratégiques. Les changements de pieds sont parfois scabreux. Ils permettent néanmoins de répondre aux urgences de situations anarchiques que l’ordre mondial ne sait pas calmer. Il faut alors que l’empirisme dans la conscience qu’une hiérarchie des menaces oblige à des renoncements. Laurent Fabius, semble avoir compris la nécessité d’une inflexion. Notre Ministre des Affaires Etrangères ne cesse de mettre en garde contre un effondrement total de l’Etat en Syrie qui conduirait à la situation incontrôlable que connait l’Irak. On retrouve bien l’échelle des dangers. Même, s’il est, à juste titre sévère à l’égard de Président Syrien dans une récente tribune donnée au Monde et cosigné avec son homologue britannique, il entrouvre une porte: «Pour notre propre sécurité nationale, nous devons venir à bout de Daech en Syrie. Nous avons besoin d’un partenaire pour agir contre les extrémistes, donc d’un règlement politique négocié entre les différentes parties syriennes et conduisant à un gouvernement d’unité. »  Et s’il ne s’agit pas pour lui de faire le chemin de Damas, peut-il trouver opportun que des factotums fassent inconsidérément le déplacement, ne serait-ce que « pour voir ce qui se passe, entendre, écouter ».

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14 février 2015

Les grands garçons ; Claude Askolovitch, Plon, 14,90€

 

Les grands garçons

La politique est un plaisir solitaire qui se goûte en meute. Dans la force des années de jeunesse, il y a la liesse des petites troupes ; l’exaltation des esprits aux sources des idéologies compartimentées par la Science politique qui s’apprend savamment. Elle se confronte à la force des sentiments. Demain sera plus grand puisque nous allons refaire le monde. C’est beau la politique, et c’est festif. Voici venu « le temps enthousiasmant des jeunes lions »! Ca touche à l’humain ; ça embrasse la société et l’humanité réunie. Sauf qu’à force de jouer on finit par déchanter : « Si je devais faire une phrase de fin, je dirais qu’il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie ».

Sans en avoir l’air, Claude Askolovitch rend un hommage vibrant et réussi à la première génération de femmes et d’hommes qui ne parviendront pas à conjuguer leur passion politique à la longévité d’une carrière politicienne. Le parcours qui dure toute une vie n’existe plus. Ce sont désormais des passages éphémères aux sommets du pouvoir. Eux aussi iront faire de l’argent ; c’est une ambition comme une autre. C’est donc aussi, un peu, l’histoire d’une génération sacrifiée que nous conte Claude Askolovitch, trop aimable de partager tout ce qu’il en connait.  

Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Manuel Valls et quelques autres croyaient trop fort en leur étoile pour ne pas voir que l’horizon était bouché. Comme la vie et l’économie, la politique est affaire de cycles. Désormais la roue tourne plus vite, au rythme de quinquennats qui se ressemblent dans la désillusion des émotions et la frénésie des renoncements. Louper son tour, c’est la sortie de route. D’autres sont déjà dans la place, plus dociles et d’un autre temps ; Najat Vallaud-Belkacem qui, outre la grâce, possède tous les ingrédients du modèle républicain au XXIème siècle, Emmanuel Macron, sans complexe malgré les distorsions de son parcours.

Et si seulement au Congrès PS du Mans - novembre 2005 -, Arnaud Montebourg - 41 ans sonnés - s’y était employé, n’aurait-il pas pu être le candidat des gauches en 2007 ? Deux artistes de l’éloquence et de l’énergie face à face ; feu d’artifice en perspective ! La France aurait pu en être changée. En politique, les regrets finissent dans l’impasse. A qui peut-on se fier pour s’émanciper ? Pas aux aînés qui bloquent les postes et les places. Manuel Valls l’a éprouvé en trois déceptions successives qui s’appellent Michel Rocard, une, Lionel Jospin - Ah, le 21 avril 2002 cauchemardeux -, deux et Dominique Strauss-Kahn, trois. Mieux vaut rouler pour soi-même.

Ils sont beaux, ils sont forts ces garçons dont Claude Askolovitch nous brosse le portrait fougueux en creux de leur parcours déjà éteint à force d’incompréhensions sur les rigueurs du jeu de dupes. Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon sont sur la touche ! Manuel Valls a l’illusion de son poste. Il s’astreint aux règles de la Vème République qui veulent que la fidélité au Chef de l'Etat soit un gage de longévité, sinon de succès. Les autres ont trop haï François Hollande pour s’y conformer. Mais les pieds du Premier ministre sont entravés par la petitesse du Président de la République qui saura bien le croquer le moment venu par une inversion incroyable de leurs courbes de popularité ; un accident est si vite arrivé.

Tout ce travail, cet engagement et ces talents viennent se briser sur la réalité d’un monde qui reconnait mieux les médiocres que les cadors. Mais c’est aussi le choc de réalité du pouvoir face auquel les socialistes viennent régulièrement se fracasser qu’ils dessinent de leur petite traçe personnelle. L’exercice du pouvoir, quand bien même il s’agit de mener la bataille du « made in France » ne vaut pas les déclamations d’estrades, les jeux d’appareils, les joutes de congrès et l’influence marcescente des courants. C’est le dilemme permanent qui agite leur famille politique depuis Jean Jaurès. Enfant d’une deuxième gauche évanescente, Manuel Valls défend le parti de la raison à coups de menton. Il voulait changer le PS jusqu’à son nom. Il négocie le virage social-libéral du Pacte de responsabilité et de solidarité. Il affirme un programme et des réformes là où l’antienne des siens a toujours été de « changer la vie » ou de « réenchanter le rêve français ». Benoît Hamon préfère disserter – « Notre tradition politique nous rattache à une certaine conception de la liberté. Isaiah Berlin, un philosophe libéral, plutôt classé à droite, a formidablement théorisé deux conceptions de la liberté : la liberté négative et la liberté positive, etc… ». Il ne votera pas la loi Macron.

Claude Askolovitch connait ses héros à la perfection - « Manuel accepte les choses, et s’en arrange, s’il ne s’en satisfait pas. Arnaud les renverse, et puis s’en va si elles résistent, ou manœuvre inconsciemment de façon à en être expulsé ». Son livre se dévore en un rien de temps, mais son goût de nostalgie dure longtemps. Dans un style échevelé, parfois noué par l’émotion d’un compagnonnage épris de subjectivité, il nous donne à voir des esprits séduisants qui se sont illusionnés à vouloir représenter la gauche. Ils ne s’en remettront pas.

12 janvier 2015

Après ces jours terribles

 

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La force du drame, son "sensationnalisme sidérant", ses ressorts et les cibles symboliques lâchement frappées ont généré un moment de ferveur populaire inédit. Plusieurs millions de personnes se sont rassemblés en hommage aux dix-sept victimes des terroristes djihadistes. Sous plusieurs prétextes qui se rejoignent pour converger, les marcheurs du dimanche 11 janvier ont créé un événement qui doit faire date, comme un sursaut à l'envie de retrouver ce qui fonde l'unité d'un peuple dans ce qu'il a en partage et pour ce qu'il veut (re)constuire. La foule était belle, calme et sûre entre République et Nation. Un temps, les politiques ont failli gâcher ce moment de concorde par des réflexes de bas nveau qui les poussent à inscrire tout événement dans un rapport de force, en fonctions d'intérêts partisans. La petitesse de la classe politque actuelle est handicapant.

Pour un Président normal, François Hollande a fait ce qu'il avait à faire ; Reste désormais à respecter cette unité - un message d'exigence -, à la faire vivre ; à partir d'aujourd'hui, la politique reprend ses droits. On la veut réactive, et efficace enfin! La surenchère verbale qui vise à entretenir une dépendance collective aux émotions ne saura suffire ; en 2002, le Président élu n'avait rien fait du mouvement populaire qui s'était soulevé derrière son nom. Le Président actuel saura-t-il éviter la léthargie qu'il incline à privilégier jusque là et qui révèle, aux yeux des français, sa nature la plus profonde ? Il s'agit d'incarner totalement et sincèrement la force de la République et de ses valeurs! L'Europe saura-t-elle aussi répondre aux vrais enjeux de civilisation qui habitent son idéal et justifient sa raison d'être? Le monde saura-t-il éteindre le feu qui dévaste le Proche-Orient depuis trop longtemps et répand sûrement un climat mortifère contagieux? 

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08 janvier 2015

Ce 7 janvier 2015

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Trois mots pour s’extraire de cette émotion étouffante qu’amène ce genre de drame national. Il faut tenter d’apaiser l’indignation qui peut vite altérer la perception des faits et le jugement qu’on en a. Mais quand même ! C’est la guerre ! La guerre à l’islamisme radical qui s’impose insidieusement dans nos sociétés de la vieille Europe depuis plus de vingt ans.

 Sécurité

Dans ce contexte, qui atteint un niveau d’alerte maximal en écho aux chaos du monde, il faut pouvoir compter sur le maintien de l’ordre dans notre pays. Aujourd’hui, ce ne peut plus être une formule vaine. Face à cette menace insidieuse et larvée, autant imprécise que criminelle, l’Etat doit exercer cette prérogative par la force et sans faiblesse. Il doit en avoir les moyens, tant d’un point de vue politique que matériel et juridique. Il est insupportable d’avoir entendu dans l’un des premiers témoignages de la tuerie de Charlie Hebdo que des policiers avaient eu peur, qu’ils avaient reculé devant des assaillants très bien armés et bien trop déterminés pour s’immobiliser aux premières sommations (le lecteur comprendra qu’il ne s’agit pas ici d’incriminer à la réaction des policiers concernés). Ce témoignage révèle la part trop importante des zones de non droit dans notre pays. Quand bien même de nombreux périls ont été déjoués dans la discrétion d’une action efficace des « services », il révéle un peu plus une métamorphose de la menace. Lâchement, elle infiltre nos sociétés démocratiques marcescentes avec des loups solitaires embrigadés au point d’être capable du pire, sans scrupule ni remords.

Liberté

Elle s’arrête où commence celle des autres. Tout est dans la nuance que chacun accorde à cette assertion. L’assassinat tragique de dessinateurs de presse, l’attaque à l’arme lourde d’un journal, fusse-t-il satirique, bête et méchant, ce qu’il était souvent, révèle l’amplitude de la précarité de ce bien commun dans un Etat de droit. C’est la liberté qui donne son sens à la vie sociale avec, pour chacun, un droit individuel à l’émancipation au milieu des autres. Nos sociétés sont-elles encore capable de proposer une espérance en la matière qui deviendrait une réalité par la voie du progrès et de la modernité ? A défaut, la rancoeur et le renoncement s’installent, le repli communautaire et l’isolement de l’entre-soi se développent, l’incompréhension se diffuse, et l’oppression du plus fort finit par peser sur le plus faible, comme un éternel recommencement de l’Histoire.

Cibler Charlie Hebdo rappelle lourdement, et sans doute confusément que la liberté qui s’accorde sans nuance à la démocratie est loin d’être une évidence à tout jamais établie dans notre société. A chacun de nous d’en être le dépositaire par l’incarnation d’un idéal politique qui doit se penser collectivement.

Education

La sécurité et la liberté ne sont rien sans l’éducation. Comment ne pas voir le déficit cruel dont souffre notre société dans ce domaine. L’accès aux NTIC de plus en plus répandu est un leurre, les chaînes TV « tout info » sont une imposture pédagogique, les réseaux sociaux tissent un fouillis sans nom. C’est le paradoxe d’une information abondante qui, sans raison,  nous étouffe sous l’émotion. Notre époque renoue avec l’obscurantisme. La grandiloquence affichée pour proclamer la force des valeurs, de respect, de tolérance, d’écoute et de partage n’est qu’un écran de fumée. Nous nous payons de mots. Ces notions n’inspirent rien dans les esprits décervelés d’aujourd’hui, placés sous emprise narcissique. Dans une société déstructurée, la voie du progrès, l’esprit de concorde et d’entente auquel notre pays aspire comme l’illustre l’énorme mouvement d'opinion nationale autour des martyrs de Charlie Hebdo, a besoin de renouer franchement avec une éducation qui élève la jeunesse de France à l’heure où ses enfants pensent leur avenir avec le Jihad, comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo.

Que la capacité soit donnée à tout un chacun de comprendre les enjeux sécuritaires dans ce monde incertain, d’apprécier le creuset commun pour un vivre ensemble, d’être en mesure d’accepter, sinon comprendre, l’humour de Charlie Hebdo. La politique a encore de belles heures devant elles pour peu que celles et ceux qui la servent en Europe se ressaisissent.

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10 novembre 2014

La trajectoire compliquée de François Fillon

Il passait pour un homme intègre, droit et plutôt au dessus du lot. Or, François Fillon n'en finit pas de se placer dans de mauvais coups. On ne comprend plus sa stratégie. Il devient illisible à force de faux pas. Le sens de sa démarche se perd dans des anicroches politiques qui le déroutent.

On l'a d'abord vu, en 2012, quitter sa terre électorale de la Sarthe pour se parachuter sur Paris à un moment ou la bataille pour l'Hôtel de Ville qui se profilait en 2014 pouvait donner un sens à sa démarche tandis que les pronostics le donnaient battu dans son fief électoral. Il dût subir le chantage de la famille Tibéri et rentra dans un conflit grotesque avec Rachida Dati. La mairesse du 7eme arrondissement avait beau jeu de crier au vol de sa circonscription au seul motif de faciliter l'avenir politique d'un ancien Premier ministre. Une fois élu député de Paris, il s'arrêta là, laissant accroire que le combat pour la Mairie était trop risqué ou indigne de ses efforts.

Quelques temps plus tard, il se déclara candidat à la présidence de l'UMP. Un duel fratricide avec Jean-François Copé en découla. Il les conduisit conjointement à une descente aux enfers qui faillit sonner le glas de l'UMP. Les duettistes se livrèrent un combat sans merci et plein de coups bas. Jean-François Copé tricha certainement pour s'arroger une victoire que les urnes et la dignité lui refusaient. Pour autant, François Fillon fit preuve de négligence coupable et d'une naïveté de béotien pour se laisser embarquer dans cette tragédie ridicule d'un scrutin trafiqué et finalement pour être devenu "la victime d'un véritable guet-apens, d'un hold-up, ni plus, ni moins".

Effet de surprise et d'étonnement encore quand, dans le même temps, François Fillon rompt subrepticement et brutalement avec Nicolas Sarkozy. Ils ont pourtant fait tandem le temps d'un quinquennat plein ; une mandature dans toute sa longueur au cours de laquelle, bien qu'il en ait caressé l'idée et senti le besoin, le Président de la République n'aura jamais usé du fusible que représente le Premier ministre. Jusqu'au bout François Fillon fut loyal au Président-candidat ; un collaborateur exemplaire qui n'eut pas toujours la vie facile. Mais avait-il besoin de couper court à une histoire commune de manière aussi violente? Sans doute, la crainte d'un retour de Nicolas Sarkozy pointait déjà dans son esprit. Il en faisait déjà une menace qui viendrait contrarier son appétit présidentiel. François Fillon à l'art de préméditer ses propres échecs. Cette crainte de l'ancien Chef de l'Etat pourrait expliquer, aujourd'hui, la démarche de son ancien Premier ministre auprès du Secrétaire général de l'Elysée dans la version qu'en donnent les journalistes du Monde et sa volonté supputée de "tuer", avec préméditation, le retour annoncé de Nicolas Sarkozy.

Dans ce parcours chaotique, ses velléités de candidature à l'élection présidentielle de 2017 et son passage par les primaires sont aussi sujet à caution. Faute d'avoir conquis le parti dans les conditions que l'on sait, ce qui constitue une faute et devient une lacune dans sa posture de présidentiable, il s'en remet à ce jeu de bonneteau démocratique qui peut faire émerger n'importe quel usurpateur à la tête de l'Etat. On a évité Dominique Strauss-Kahn, mais on a François Hollande. Au royaume des aveugles les borgnes sont roi. Le concept des primaires permet à François Fillon, comme à d'autres, de surmonter ses prévenances de petit garçon bien élevé pour affirmer, par toutes les fibres de son corps, l'exaltation intérieure qui pousse à sortir de la normalité pour devenir présidentiable. Et en même temps, avant même que la compétition ne soit lancée - et si jamais elle existe -, il se permet d'annoncer qu'en cas d'irrégularité qui pourrait survenir dans l'organisation des primaires, il se réservait le droit de s'affrnachir de leur résultat pour aller jusqu'au bout de la course Elyséenne en héraut solitaire.

C'est peu dire que Nicolas Sarkozy, en s'attaquant à reconquérir le parti pour le faire à sa main, prend un ascendant considérable sur Alain Juppé et François Fillon. Faut-il pour autant que ce dernier en viennent aux coups tordus dont il eut à souffrir récemment? Au vingt-heure de TF1, il s'est offusqué qu'on puisse imaginer une telle attitude de sa part ; "Qui peut-imaginer cette scène?" Piètre défense quand on connaît le niveau d'aversion portée par les Français à la classe politique toute entière. La probité ne tient pas à des cheveux bien peignés et à l'auto justification outragée quelque soit l'idéal qui se cache derrière l'engagement politique. Ça peut le mettre en colère et le blesser dans son orgueil, mais François Fillon doit comprendre que lui aussi peut-être si mal perçu par l'opinion qu'elle est prête, aujourd'hui, à imaginer de sa part toute les turpitudes possibles autour de son déjeuner avec le Secrétaire général de l'Elysée. Qu'avait-il besoin d'une telle rencontre avec Jean-Pierre Jouyet? Au-delà de l'estime ou de l'amitié, il y a la posture politique. Aujourd'hui, le discrédit de la classe politique pèse d'une connivence entretenue aux meilleures tables de la capitale. Si tel est l'aveuglement de ces leaders, n’y a-t-il  personne dans leur entourage pour les ramener à une réalité prosaïque. Cet entre-soi n'est plus possible à l'heure de la transparence invertébrée qui offre au cynisme et à la malveillance toutes les manipulations construites aux meilleures sources d'une imagination débordantes.

Parole contre parole; c'est le duel annoncé entre François Fillon et Jean-Pierre Jouyet. Ceux sur le pré étant révolus, la justice est saisie. Elle a le temps de voir venir et la montée du Front national en pivot de notre République marcescente n'est pas son sujet. Sa vérité est ailleurs. Elle a tout son temps pour la trouver. En attendant, François Fillon peut crier au complot. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a mis du sien. C'est regrettable, à la fois pour lui, pour ce qu'il représente, mais aussi pour la suite de l'histoire car personne ne sort grandi de cette sombre affaire sauf les marchands d'illusions destructrices qui n'en attendent pas tant.

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07 novembre 2014

A défaut de convaincre

A force de le voir s’enfoncer dans une suite incohérente de contre-performances, on finirait presque par avoir de la peine pour François Hollande. Il n’est pas sorti grandi de son émission de télévision « En direct avec les Français ». A sa décharge, l’exercice est périlleux. Rares sont ceux qui s’y étant risqués, en sont sortis à leur avantage. Souvenons-nous de Jacques Chirac en pleine campagne référendaire sur le projet de Constitution européenne face à une kyrielle de jeunes qu’il ne comprenait pas.

Car l’objectif de cet exercice médiatique imposé n’est pas là où l’on croit. Confronté un quarteron de français emblématiques d’une catégorie identifiable en difficulté qui incarnent le malaise ambiant d’une société bloquée, celui qui occupe la fonction suprême doit non seulement compatir mais s’ériger en sauveur par sa parole rassurante et ses annonces détonantes pour répondre au désarroi ambiant qui s’étale devant lui. Les membres du panel viennent avec leurs questions récriminatrices. Le Président de la République vient avec ses réponses lénifiantes et le public écoute ces échanges sans trop croire aux complaintes trop bien troussées des uns et à l’incantation mal assurée de l’autre.

L’objet d’une telle confrontation portée à la vue de millions de français suspicieux qui au regard de la courbe plongeante de popularité de François Hollande, ont choisi leur camp n’a rien d’une information vertueuse, d’un exercice de démocratie participative ou d’une démonstration pédagogique. Perdant de la hauteur, on glisse sur le fonds pour s’attacher à la forme. L’échange direct devient un exercice de communications élaboré pour tenter de rapprocher le Président des français dans une empathie feinte. Il s’agit de contextualiser, à une heure de grande écoute, la proximité retrouvée du Chef de l’Etat et de sa population. Il s’agit alors moins de se comprendre et de se répondre que d’aboutir à la sensation d’une conversation de bon voisinage sur l’air du temps comme un interlude à l’état marcescent d’une société désoeuvrée.

Empêtré par sa personne et son intimité ouverte à tous les vents, François Hollande amplifie – involontairement ? – cette léthargie ambiante et ce dialogue de sourd qui simule le calme avant la révolte. Il entend la souffrance, il comprend le malaise, il ressent l’aigreur, il partage même jusqu’à la colère frustrante et serait prêt à trépigner sur place pour mieux montrer son irritation face à la lenteur des effets des mesures  qu’il lance à tout va. C’est toutefois décalé. Ca sonne faux car le Président de la République est l’homme d’un peuple et d’un pays. Il ne peut sans risque s’abaisser à sonder les âmes et les cœurs, fussent-ils ceux de cobayes fournis par la fée télévision, triés sur le volet, bien peignés et relookés pour s’avancer bravache devant le Chef de l’Etat. Pris pour incarner la colère comme répondant à l'inertie politique, ils voudraient lui dire ses quatre vérités. Finalement, ils repartiront rassérénés, l’ayant vu de si près au nom des autres, après lui avoir dit un peu de l'état de la France et constaté qu’à la fin de l’échange, la courtoisie l’emporte sur le courroux ; personne suivante et l’on s’arrête là ; fin de l’exercice. François Hollande a parlé aux français. Alors qu’il n’a pas convaincu, qu’il a proféré de grosses approximations, servi des recettes éculées – les emplois aidés pour les jeunes et le senior, la baisse des charges dans des proportions sans communes mesures avec les besoins ; « François Hollande n’a plus rien à proposer » - son entourage expliquera qu’il a recréé du lien dans la proximité. A défaut de confiance, d’assurance et de résultats – 500 000 chômeurs de plus, 160 Mds d’€ de dettes en plus et 31 Mds d’€ de hausse d’impôt -  c’est un triste pis-aller. Le Président de la République se cramponne.

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07 septembre 2014

Et maintenant, que va-t-il faire ?

La politique, c'est l'art du rebond et l'espérance éternelle du retour. François Hollande en sait quelque chose du fait de sa longue carrière et des épreuves qu'il infligea à la mère de ses enfants à partir de 2006.

Que va faire Francois Hollande? Que peut faire le Président de la République? Deux questions pour un seul homme à mi-mandat d'un quinquennat irrémédiablement plombé. Sa chute, si vite, si loin, est trop brutale. La déception est trop forte. Le rejet est profond. S'il a lieu, le rebond sera faible. Il ne pourra guère le porter au-delà de 2017. La perspective d'une nouvelle candidature du Président est aujourd'hui autant impensable qu'inconvenante.

Pour nourrir le temps d'ici là, - "Il n'y a pas de sondage, aussi difficile soit-il (...) qui puisse interrompre le mandat que donne le peuple au président de la République", François Hollande a deux postures possibles.

Le faible potentiel dont il dispose pour tenter une réélection, pourrait l’inciter à choisir une posture sacrificielle. Au fait des réalités du pays, lucide sur le diagnostic de la situation économique et conscient des réformes longues et laborieuses à accomplir, il peut continuer sur la voie sociale libérale et amplifier le mouvement au risque d'engendrer une crise sociale avec l'appui d'un Premier ministre courageux, obstiné et téméraire. Les instituions lui donnent les coudées franches pour persévérer dans cette voie - article 49-3 de la Constitution, vote bloqué activé devant des parlementaires godillots qui sauront mesurer l'expression de leur aigreur à l'aune de leurs intérêts catégoriels - quand bien même se serait aller contre les attentes de son camp politique. À 13% de confiance dans les sondages, qu'aurait-il à perdre? La rupture est consommée avec ses électeurs. Le parti socialiste est au bord de l'explosion. Lassé des attaques incessantes, et parfois indécentes, sur sa personne, il les prendrait de haut. Soucieux avant tout de servir le pays, seul avec l’image tutélaire du chef face à l’adversité, il en profiterait pour mettre à mal cette réputation qui au-delà de son dégoût supposé des pauvres, en fait un tacticien d'appareil, dénué d’idée et de vision, indécis et louvoyant au gré des arrangements établis en fonction des rapports de forces de circonstance. Il s'inscrirait dans l'histoire comme celui qui dédaignant sa carrière aurait su s'inscrire, ici et maintenant, dans la postérité généreuse de ceux qui, incompris et sali au moment d'agir, firent de grandes choses au détriment de leur propre sort. Dans cet exercice obligé d'étalonnage avec l'Allemagne, la référence à Gerhard Schröder pourrait le stimuler. Bien que battu par Angela Merkel, l'ancien chancelier, d'obédience sociale-démocrate, conserve une aura qui lui attribue le mérite de la puissance germanique d'aujourd'hui.

L'autre posture s'inscrit dans une ligne, plus convenue, qui inspira davantage certains de ses prédécesseurs. Son leitmotiv consiste à se maintenir dans la fonction présidentielle en délégant l'exercice du pouvoir. Elle est plus politicienne, moins visionnaire et a déjà fait ses preuves. Prenant sobrement acte d'une crise politique à l'occasion d’un vote à l’Assemblée nationale qui le priverait d'une majorité, il pourrait saisir l'arme fatale de la dissolution, non pour convenance personnelle comme Jacques Chirac, mais parce que le jeu institutionnel entre les frondeurs, « un couteau dans le flanc », et lui l'y contraint désormais. C'est le scénario le plus probable compte tenu de l'état marcescent de la majorité. On aura un premier aperçu de cette crise politique dès le 16 septembre prochain avec le vote de confiance que Manuel Valls sollicitera auprès des députés. Plus surement, l'ampleur prise par les contestataires au Parti socialiste, auquel s'ajoute le pas de côté des écologistes gagnés à la rancune de Cécile Duflot et le splendide isolement du Front de gauche, ne peut que conduire à une radicalisation qui s'incarnera dans un acte fondateur, lourd de symbole et de conséquences, avec le refus d'adopter la loi de finances pour 2015, et la dénonciation implacable d'une politique dévoyée au regard des promesses de campagne. Les protestataires, sont allés trop loin. Rester au milieu du gué, comme lors du vote de la dernière loi de finances rectificative, en juin – 33 députés socialistes s’étaient néanmoins abstenus sur le vote du budget rectificatif de la sécurité sociale -, leur ferait perdre tout crédit politique pour l'avenir. De même, une mise en retrait de l'ancien ministre du redressement productif - "Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie"- serait incompréhensible. On l'imagine trop bien ; déjà prompt à se faire entendre et se faire voir dans un nouveau rôle. Il est déjà tourné vers son avenir qui passe la déliquescence du couple de l'exécutif, la mise en ordre des déçus du Président derrière son panache avec l’ébauche d’une gauche plurielle retrouvée et l’espérance d’un second tour de présidentielle face à Marine Le Pen en 2017. Le retour des députés devant les électeurs aurait pour conséquence de réduire les effectifs et de faire basculer l'Assemblée nationale à droite. Des lors, François Hollande n'aurait qu'à nommer un Premier ministre de droite – « L’opposition doit seulement accepter de gouverner en cas de cohabitation. Si elle refusait, ce serait un coup d’Etat institutionnel ». Il n’aura aucun mal à trouver un faire-valoir auquel il reviendra de poursuivre sur le chemin des efforts et des réformes de Manuel Valls. Le Président prendrait peut-être un peu de hauteur. Il pourrait se croire dédouaner d'une politique d'austérité engagée en dehors de sa responsabilité, et s'imaginer pouvoir renouveler son bail élyséen.

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03 septembre 2014

l'homme sans qualité

Un Président normal est-il dénué de qualité ? Il faudrait poser la question à François Hollande dont on est de plus en plus curieux, à mesure que son quinquennat avance et s’enfonce, de connaitre la conception qu’il a de la normalité. Le livre de son ex-compagne fait l’effet d’un tsunami politique. D’un coup, il balaye les efforts récents autour du remaniement gouvernemental pour (re)donner un peu d’autorité à l’exécutif ; oublié les frondeurs qui trouvent meilleurs qu’eux pour déstabiliser et contester le Président de la République ; détourné le contrôle systématique des chômeurs ; renvoyée à plus tard, l’incertitude totale sur les 50 mds d’économie budgétaire annoncés par Manuel Valls.

D’un coup, le débat public se drape dans l’indécence. La vie politique s’enferme dans l’insignifiance ridicule autant que pathétique d’un déchirement conjugal. Pourtant, à deux reprises déjà depuis qu'il est à l'Elysée, François Hollande avait affirmé que "les affaires privées se réglent en privé". On est en France. Le monde bouge, l’Europe se décentre vers l’est, notre pays décroche, la crise ne faiblit pas et le modèle vertueux de la croissance économique n’est pas certain. Or, c’est l’ex-compagne du Président de la République qui fait la météo pour enfoncer un peu plus notre pays dans une atonie marcescente et l’homme qu’elle a aimé, dans le désamour des français.

La violence de Valérie Trierwieler est énorme. Son cynisme revanchard n’a d’égal que celui de François Hollande qu’elle semble dénoncer avec tant de haine. Elle en retirera peu d’empathie tant ce geste médiatique confirme qu’elle sera passée totalement à côté du rôle que l’élection de son ex-compagnon lui offrait. Certes la place de la 1ère Dame n’est pas facile à tenir. Elle est souvent désagréable quand elle se limite aux à-côtés. On murmure que Carla Bruni prierait ardemment son mari de renoncer au devoir du retour qu’il rêve de s’imposer. De fait, l’acte suicidaire de Valérie Trierwieler ne donne que plus d’éclat à la dignité défunte de Claude Pompidou – « l’Elysée, la Maison du malheur » - ou de Danièle Mitterrand dont les combats humanitaire irritaient à peine, et l’indulgente retenue d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing. On peut aussi avoir une pensée pour Hillary Clinton. La place du chef ne se partage, pas même en couple. Elle établit clairement la frontière entre l’ombre et la lumière.

Au-delà de l’indécence désolante, du caractère sinistre de cette séquence et des effets délétères que l’on n’a pas fini de mesurer et d’endurer, l'affliction est portée à son comble par les attaques sur l’homme. Elles touchent à sa personnalité et proviennent du point de vue le plus intime forgé à la proximité d’une union sentimentale de près de 10 années. Jusqu’à présent l’impopularité de François Hollande tenait à son incapacité à répondre aux attentes et à son inefficacité « politique » à honorer les promesses faites et gagner les paris lancés. Valérie Trierweiler ajoute au portrait une face peu flatteuse, loin d’être exemplaire, irréprochable et parfaite. L’homme sans qualité. Les critiques envers Nicolas Sarkozy ont été virulentes. Le côté « bling-bling » de sa personnalité a été stigmatisé. Pourtant, y compris chez ses farouches détracteurs, on lui reconnaissait sinon des qualités, un certain talent en quelques choses. L’emballement médiatique autour du livre de Valérie Trieweiler, semble priver François Hollande de toute appréciation positive. L’homme normal, devenu Président dans le même registre symbolique, n’est que défauts. Même son humour, souvent porté aux nues, apparait détestable à partir d’un soit-disant bon mot rapporté à propos des pauvres. Valérie Trieweiler veut dénoncer un homme déshumanisé. Une biographie précédente prétendait qu’il n’avait pas d’affect. Coutumier du fait - "le pire défaut de Ségolène Royal, c'est son compagnon" - Arnaud Montebourg prétend qu’« il ment tout le temps. C’est pour ça qu’il est à 20% dans les sondages ». Quant à Cécile Duflot, elle estime qu’ « à force d’avoir voulu être le Président de tous, il n’a su être le Président de personne ». Voilà notre homme, en passe d’affronter une rentrée difficile, habillé pour l’hiver et le reste du quinquennat. Trop c’est trop. "La fonction présidentielle doit être respectée". C’est sa ligne de défense. La France allant si mal, on est tenté de le suivre et de dire c’est assez.

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07 août 2014

Réduction dégressive des cotisations salariales : derrière la censure du Conseil constitutionnel

Force revient toujours à la loi fondamentale. Et le Président du Constitutionnel n’est pas peu fier de rabaisser un peu plus le pouvoir législatif dans ses pantomimes incantatoires aux marges de manœuvres minimales pour faire bouger notre modèle social entre rigueur et relance.

Tel est donc la décision du Conseil Constitutionnel de déclarer contraire à la Constitution pour « rupture d’égalité » l’allégement de cotisations salariales pour les petits revenus ce que se faisant il autorise pour les cotisations patronales depuis belle lurette. Les voix du droit sont souvent impénétrables. Le bilan est calamiteux pour la crédibilité des hommes politiques et la confiance qu’on leur accorde. Quand leur bras armé du pouvoir, c’est-à-dire la loi, est si vacillante, si incertaine et si fragile, c’est l’ensemble de notre édifice démocratique et Républicain qui s’en trouve affaibli. Car il faut se reporter aux débats de la séance publique de l’Assemblée nationale au cours de laquelle l’article 1er du PLFSSR fut discutée – sans vote ! - pour comprendre le nœud gordien du pouvoir. La mesure d’allégement de cotisations sociales salariales faisait l’unanimité des groupes politiques. Toute en expertise et jamais sans demi-mesure, Karine Berger déclarait : « Nous vivons un moment particulier – pas seulement sur le plan institutionnel – car avec la baisse des cotisations salariales, nous inventons le moyen de soutenir le pouvoir d’achat des Français en utilisant non pas l’arme de la fiscalité, mais le levier des cotisations salariales. Cela n’avait jamais été fait ». Et pour cause ; l’opposition, les nombreuses déclarations de ses représentants lors de cette séance de nuit en font foi, était également pleinement favorable au nom de ce sacro-saint pouvoir d’achat. Sur 187 votants, 182 ont voté pour. Le risque d’inconstitutionnalité n’est pas mentionné. La politique, ce n’est pas que du droit. Que le groupe UMP défère la loi devant le Conseil Constitutionnel et  la « progressivité des prélèvements salariaux » qui, quelques semaines plus tôt ravissait la représentation nationale, est bannie.

Facile aujourd’hui de tirer à boulet rouge sur le Président de la République à qui tout échappe et rien ne réussit. Le Gouvernement de Manuel Valls qui se voulait responsable et social, est fragilisé alors qu’il sait bien ce qui l’attend à la rentrée.

Mais le caractère désolant de cette inconstitutionnalité qui tourne au drame politique n’est peut-être pas l’essentiel de cette affaire. Bien sûr, il met à mal le périlleux équilibre du pacte de responsabilité, idée magnifique pour une storytelling que le Président de la République avait décidé de nous raconter le 31 décembre dernier en guise de bons vœux. La nouvelle année avait son fil rouge, son histoire avec la liste des acteurs, une partition pour chacun et des annonces qui fleuraient bon les rebondissements afin de faire tenir le tout en plusieurs épisode et d’étirer le temps de l’action par la force du verbe et les postures qui se tiennent de conférences sociales en séminaires gouvernementaux. Le Conseil Constitutionnel, de moins en moins réticent à jouer les premiers rôles, s’est invité dans le scenario. A moins qu’il ait été savamment programmé pour dire ce qu’il a dit. Car au-delà du droit et accessoirement qu’une cotisation sociale, contrairement à la défiscalisation des heures supplémentaires, n’est pas faite pour donner du pouvoir d’achat, mais des prestations sociales, sa censure vient anéantir une mesure qui n’était pas financée. C’est là le pire de l’histoire.

La mesure du Gouvernement qui pesait sur le budget de la sécurité sociale déjà déficitaire n’était qu’une annonce – certains ont parlé de leurre – dont la réalité aurait été formalisée dans le cadre du budget 2015. On touche là au vide sidéral d’un pouvoir qui n’a prise sur rien et rapièce une solidarité nationale exsangue. « Le Gouvernement proposera dans le cadre des lois de financières pour 2015 qui seront examinées à l‘automne des mesures alternatives de même ampleur » ont assuré les ministres des finances, de la santé et du budget dans un communiqué conjoint. C’est bien le moins. Mais ça reste une illusion du verbe car censure ou pas du Conseil constitutionnel, au moment faire voter sa disposition d’un coût de 2,5 milliards d’euros, le Gouvernement n’avait pas le premier euro pour la financer.

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24 mai 2014

Factures folles avant d'être fausses

Pour qui connait le fonctionnement clanique de Jean-François Copé, le limogeage programmé de Jérôme Lavrilleux et Eric Césari sonne comme un aveu de culpabilité, à tout le moins de faiblesse.

Etonnant comme dans ces affaires politico-financières, quand le scandale éclate, rien ne change vraiment. A chaque fois, tout commence par un déni furieux. Souvenons-nous de Jérôme Cahuzac ou d'Aquillino Morelle. Le déni ça commence a bien faire ! « Ceux qui ont fait des bêtises le paieront ! » Le temps jouant inexorablement pour l’investigation, les systèmes de défense offusqués, alimentés par le registre victimaire, s’effritent peu à peu. Le mensonge prend de l’épaisseur. L’osmose du clan se lézarde ; les responsabilités se diluent ; les fidélités s’émoussent ; la vérité éclate.

Si Jérôme Lavrilleux et Eric Césari, respectivement, directeur du cabinet et Directeur Général des services, quittent le navire encore à flot pour des cieux de haute protection, cela signifie clairement que le Président de l’UMP est clairement touché - « Copé et Lavrilleux ? Mais ils sont indissociables ! » - avant d’être coulé. Ecœurement et dégout à l’égard du chef d’un parti qui devrait challenger le pouvoir en place plutôt que de s’enfoncer dans des turpitudes délétères par le fait de quelques uns.

Mais Jean-François Copé a du ressort. Il a déjà montré qu’il ne s’embarrassait pas de rigueur morale dès lors que le pouvoir est à portée de main. Ne rien lâcher ; tout tenter. En cela, il lui reste deux cartes maitresses pour se maintenir et faire durer son ambition intacte. La première, c’est l’intérêt de tous ses adversaires en interne, ils sont nombreux, pour le statu quo. L’échéance européenne de ce jour a fait taire les mauvais esprits à l’exception de Lionel Tardy : « Copé n’a plus rien à faire à la tête de l’UMP. C’est une personne qui nous cause énormément de tort ». Mais le député de Haute-Savoie n’est pas candidat à la présidentielle de 2017. Pour la nouvelle vague qui s’y croit, c’est autre chose. Mieux vaut mesures ses paroles et envisager la primaire comme véritable juge de paix. D’ici là, « garder un cadavre à la tête du parti ça ne gênerait personne.» Dans cette course insensée à la primaire, Jean-François Copé neutralise les velléités, freine les ardeurs et contrarie les ambitions. C’est un modeste projet, mais c’est le sien. A ce compte-là, ses ennemis de l’intérieur vitupéreront, exigeront des explications et une clarification. Jean-François Copé en conviendra ; il inventera des justifications et tout le monde préférera en rester à ces illusions blafardes.

La seconde carte s’appelle Nicolas Sarkozy. Il est prêt à l'embarquer dans sa chute. Souvenons-nous du Sarkothon, un engouement fou pour sauver l’UMP de la faillite à cause de dépenses excessives de la campagne 2012 – Jérôme Lavrilleux en était l’un des principaux organisateurs -, ayant engendrées, par une décision contestable du Conseil Constitutionnel, l’invalidation des comptes du candidat. Sans légèreté ni remords, Jean-François Copé pourra bien dire qu’il n’a rien vu, rien su, rien connu des flux financiers exorbitants – « le vrai sujet de cette affaire, c’est le rapport entre ce qui relève des finances du parti et ce qui relève du financement de la campagne » dont l’UMP n’était qu’un intermédiaire futile entre le candidat et la société Bygmalion organisatrice de ses meetings.

Posté par gtab à 07:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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