La crise inédite que nous traversons oblige à voir loin. Il y a certes l’urgence à répondre à la déroute économique qui s’annonce à la rentrée. Mais au-delà des drames immédiats, on aspire à se réinventer au plus haut niveau ; c’est donc en Europe que ça se passe. Le sommet de ce week-end semble devoir être un moment significatif pour une invention inachevée et contestée qui depuis plus de 60 ans est un mouvement perpétuel.
 
Le plan de relance est un palier fort en degrés, par rapport aux sommes elles-mêmes déjà colossales qui ont été débloquées par l'Union européenne depuis la mi-mars, mais en nature aussi, avec, pour la première fois l’octroi de subventions aux Etats Membres les plus nécessiteux.
 
Puisse à chaque fois, l’idéal communautaire transformer les années noires en épopée lumineuse. Faisant fi des arrières pensées, la tension qui, quatre jours et quatre nuits durant, a saisi les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UE porte en elle sa part de vertu. Elle oscille entre solidarité financière et rigueur budgétaire. Les deux vont de paires. Pour s’accorder, elles doivent composer avec cette frugalité invoquée par certains comme un écho à cette mythique décroissance imposée par la lutte contre le changement climatique. Si les arguments s’entendent de part et d’autre, le mouvement, fulgurant et profond, de l’Allemagne en direction d’une Europe politique, sur la base d’un projet initié par Emmanuel Macron, est une avancée de choix. Dix ans après les réserves émises pour « sauver la Grèce », les tabous allemands sont pulvérisés. Décidément, Angela Merkel est une sacrée chancelière. Elle possède un flair politique empreint d’humanité qui explique sans doute la longévité de son règne.
 
La prospérité et la survie de l’humanité dépendront de coopérations régionales et mondiales efficaces. Pourquoi cette perspective heureuse est en froid avec l’adhésion du plus grand nombre qui se laisse emporter dans un monde de plus en plus dangereux, décidément incapable de réunir la fraternité des combattants après celle des prolétaires ou de la jeunesse? Jusqu’à la caricature, la Covid-19, et ses conséquences économiques, nous montrent que la stratégie du mur, des digues et du repli nous prépare un sombre avenir à l’échelle de notre village planétaire.
Au plus près de nos intérêts, l’Europe, nonobstant son identité introuvable est un point de passage incontournable. Elle a encore à surmonter beaucoup de réticences qui doivent à certaines de ses orientations aussi dogmatiques que désarmantes. « L’Europe se fera dans les crises » prédisait son père fondateur Jean Monnet, et « elle sera la somme des solutions apportées à ces crises ». La pandémie qui la traverse est conforme à cette prémonition. Elle met les européens en face de leur devoir de solidarité.