29 juin 2009
La Boutin de la République
C'est la posture des recalés du Gouvernement. Vendre chèrement leur disgrâce contre un beau fromage de la République, un poste bien rémunéré et prestigieux où l'ego peut s'épanouir à l'envie. J'ai entendu fortuitement Christine Boutin s'épancher sur la manière dont elle a été jetée malgré une mission prétendument bien accomplie comme en témoignent les milliers de mails qu'elle aurait reçus des professionnels placés sous la tutelle du Ministère du Logement. Quand le bâtiment va, tout va! Pour mieux cracher sa bile, elle s'en est pris au Premier ministre qu'on sait démonetisé par le mandat quinquennal et la visite du Président de la République au Congrès. Heureusement qu'à l'Elysée, le petit personnel veille aux usages et sait tendre l'oreille pour distribuer les prébendes.
Pour tout dire j'ai trouvé sa défense pitoyable et plutôt vulgaire. Outre ses allusions grossières à l'octroi d'une ambassade près du Saint-Siège, Christine Boutin a voulu dénoncer un délit de sale gueule à cause des convictions chrétiennes qui nourrissent ses convictions politiques. Elle a fait de sa confession sa marque de fabrique. Dans une société en mal de repère, elle lui a opportunément permis de réunir quelques ouailles. En temps de campagne électorale, c'est la multiplication des pains. Le candidat veut rassembler les chapelles de son camp aussi peu signifiantes soient-elles. Tout le monde savait: le Forum des Républicains sociaux, combien de divisions? Qu'importe! Afficher ce ralliement dans une majorité présidentielle c'est s'adjoindre à peu de frais une lignée traditionnelle des droites en France partagées entre l'attachement à nos racines chrétiennes et un reniement des soumissions passéistes à une religion révélée. Que la burqa ne nous fasse pas oublier d'où nous venons! C'est comme ça que Christine Boutin, femme et catholique, fut embarquée ministrable dans l'aventure de la rupture. Deux ans après, à trop montrer son culte, elle serait punie par là où elle a pêché.
26 juin 2009
Florence Rey libérée
Je sais gré à Libération de nous avoir appris que Florence Rey, ayant purgé sa peine, était sortie de prison. Est-elle pour autant libérée?
Je sortais du métro Nation. Quand je me suis dirigé vers le cour de Vincennes, j'ai ressenti une agitation latente, un truc pas ordinaire dans l'air froid. En marchant, j'ai commencé à distinguer des lumières inhabituelles, saccadées et violentes au fur et à mesure que j'avançais. J'ai rapidement compris qu'il s'agissait de girophares s'agitant en tout sens, comme les formes humaines qu'ils éclairaient par intermittence. J'ai continué mon chemin en pensant à un grand accident qui nécessite plusieurs voitures de pompiers et des dépanneuses. Il était tard. Ce n'est que le lendemain que j'ai compris que j'étais passé près du drame qui avait cinq morts.
Immédiatement la photo de Florence Rey a marqué. Reproduite à foison dans la presse, la froideur de son visage entourant un regard dur exprimait la sourde détermination de celle qu'on retrouve chez les terroristes. Et en même temps, cette face glaçée laissait deviner la finesse d'une beauté trahissant un trait d'intelligence trop marqué pour laisser penser qu'il n'y avait en elle que de la folie assassine.
Plus tard, il y eut le procès et une autre photo. La beauté était toujours là, mais différente; beaucoup plus fragile et sans éclat. La terreur avait changé de camp. Florence Rey n'a pas tiré le soir du carnage. Après sa condamnation à vingt ans - quand on aime, on a toujours vingt ans - Patrick Besson composa un poème sur son nom.