S'abandonner aux comnentaires gratuits de l'actualité donne parfois la nausée. La pédanterie de Luc Ferry avait déjà de quoi provoquer des maux de tête. Avec ses révélations alambiquées sur un ancien ministre s'étant fait "poissé" à Marrakech, il accroit sérieusement le malaise. Dommage d'être entraîné vers ce terrain scabreux alors qu'on devrait plutôt s'émouvoir de l'influence avec laquelle la France réussit à faire émerger un consensus international autour de la candidature de Christine Lagarde au poste de Directeur général du FMI.

L'ancien ministre de l'Education nationale de Jacques Chirac dispose des stigmates et du discours pompeux qu'on peine à supporter. Il incarne cette engeance d'intellectuels autosatisfaits qui se piquent d'universalisme et s'imposent à quelques uns dans les médias comme la référence indépassable sur tout débat de société ou phénomène d'actualité. Jean-François Kahn fait allégrement partie du lot. Sa boutade de comptoir à propos du petit personnel de sexe faible n'a pas empêché ce sentencieux personnage de continuer à faire prospérer ses passages médiatiques en bénéficiant de l'hospitalité indécente d'une émission de télévision du service public ou d'une tribune dans un quotidien du soir. La présence omnipotente de cette intelligentsia incontournable de la leçon et du commentaire, montre en passant à quel point l'horizon des journalistes est bouché par une short list consanguine et marcescente. A force d'entendre les mêmes, le débat finit par s'altérer, la bonne parole par se corrompre.

Si l'on excepte une volonté irrépressible d'exposition médiatique et la promotion d'un livre, activité perpétuelle chez Luc Ferry qui doit bien publier au moins deux titres par an, ses récentes révélations amènent à s'interroger gravement sur les motivations profondes d'un philosophe qu'on peut croire rompu au sens des mots et aux conséquences de la rumeur: "tout discours conscient posséde en effet, comme le cube, sa face cachée, c'est à dire son dehors". Devant un tel comportement, accentué par la maladresse de ses explications - "Je n'ai aucune preuve, ni aucun fait précis sur cette affaire, mais à l'époque où j'étais ministre, j'en ai entendu parler. On m'a rapporté mille choses sur mille ministres mais je ne dirai jamais rien, à part si cela mettait en danger la République" - on ne peut s'en vouloir de penser qu'il détient en lui plus d'une once de connerie. Avec tous les ouvrages de référence qui font son oeuvre, la vastitude des sujets qu'il embrasse, on se pince pour ne pas croire qu'il a une part de lui-même dédiée à la bêtise. A force de l'avoir supporté nous infliger des leçons en tout sens et sur tous les thèmes, on s'oblige à voir l'infâme en lui. Et c'est parce qu'il fut Ministre de la République et qu'on croît encore à la valeur de la fonction, qu'on n'ose pas dire de lui que c'est un pauvre type.

Arriviste, prétentieux, provocateur de salon, infatué de lui-même ; Luc Ferry est tout celà à la fois et bien plus encore. C'est ce qui lui permet de se dire "fier d'avoir jeter une pavé dans le marre". Heureux d'exister par la voix du scandale dans un cercle restreint nourris aux racontars sulfureux et aux indiscrétions mesquines, il a peut être dit ce qu'il sait. Ce n'était apparement pas suffisant, ni pour faire émerger la vérité et progresser la justice, ni pour apaiser les turbulences de l'ère post DSK qui en promet de belles si des vaniteux de son espèce continuent "à bavasser dans la presse".

S'enfoncer ainsi, à un an des élections présidentielles, dans des suppositions morbides, peut s'avérer destructeur. Dans l'immédiat, après l'affaire Georges Tron, les propos de Luc Ferry, aussi déstestables soient-ils dans leur imprécision, servent inévitablement la défense de Dominique Strauss-Kahn, du moins de ce côté de l'Atlantique. Ils accréditent l'idée que l'ancien Directeur du FMI n'est plus un cas isolé devant le conduire au bannissement et à l'opprobre. Quand on vous dit que son escouade de communicants est redoutable....