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C'est un pur scandale de limiter, à Paris, la projection d'un tel film à une seule séance trois semaines après sa sortie. On en est réduit à sécher le bureau sous un mauvais prétexte pour se retrouver à une heure indue dans une salle d'art et d'essai de quartier, fut-il latin, entouré d'un quarteron de retraités renfrognés qui font bruisser inopinément des sacs plastiques à la recherche d'un bonbon au menthol.

Pauline Détective est une goutte de fraîcheur estivale dans un océan cinématographique cataclysmique automnal. Au milieu de tant de violence et de bruit en dolby et trois dimensions, c'est une petite chose enjouée à côtés des supers productions grisâtres recyclant par la fiction l'air du temps d'une époque déprimante.

Tout est délicieusement acidulé dans ce film léger et bien fait. Même s'il peine au démarrage, il donne tout son sens au divertissement en déroulant derrière un prétexte futile, une intrigue policière farfelue et rebondissante; le crime n'est pas celui qu'on pense. Il y a des morts dans Pauline détective et c'est bien le moins pour ficeler un bon travail d'enquête où les gags et quiproquo, tout en douceur, confèrent à notre héroïne des airs d'Hercule Poirot en toilettes estivales et colorées. Le cadre attrayant et paisible d'un palace italien sur la côte méditerranéenne nous emporte dans un scenario facile mais finalement haletant jusqu'à l'absurde. Ce n'est pas forcément là l'essentiel tant le film gravite autour de Sandrine Kiberlain.

Elle est Pauline, heureuse au travail, malheureuse en amour et légèrement du genre "casse-pied", mais c'est pour notre bonheur. Elle irradie en peste irrésistible dont le culot insolent, la beauté singulière et la candeur désinvolte, lui donnent tous les droits et l'enfoncent dans des circonstances improbables plus rocambolesques que dangereuses même si la fin instaure le doute. Comme elle est dans le titre et sur l'affiche, Sandrine Kiberlain est partout dans le film. Son jeu est jubilatoire servi par les ressorts modélisés des comédies classiques américaines ayant fait la renommée d'actrices telles qu'Audrey Hepburn. Sandrine Kiberlain parvient à nous emmener là où d'autres se seraient rapidement retrouvées bien seules faute de savoir emporter, par la force et la grâce, la conviction réjouie du spectateur. Parce que c'est elle, on ne demande qu'à la croire et l'on pourrait très bien être ce garçon de bain blessé et amateur de danse folklorique qu'elle mène par le bout du nez - les hommes n'ont pas vraiment la part belle dans ce film.