"Dans cette occasion, nous pouvons constater tout ce qu'il faut de travail, de volonté, de constance, de méditation pour organiser même un échec". C'est désormais la politique de la terre brûlée qui mène l'UMP. Les duettistes de l'élection mortifère iront jusqu'au bout de la destruction. Comptant leurs forces et mesurant leurs muscles, chacun escompte rebâtir à sa main une formation militante dont ils auront su panser les plaies et retrouver la maîtrise le moment venu.

L'Europe, le quinquennat avec l'inversion du calendrier des élections nationales - législatives et présidentielles -, ont définitivement fait basculer la Vème République vers le présidentialisme comme point de non-retour. Désormais, seul compte le rendez-vous de l'Elysée. Le reste n'est que la nostalgie impuissante d'une République trop fade de notables avec leurs territoires.

Bien qu'ils ne se valent pas, François Fillon et Jean-François Copé se veulent présidentiables. A défaut d'une légitimité sans équivoque et d'un savoir-faire supérieurement maîtrisé, ils doivent s'y préparer laborieusement par la ruse dont l'élection à la tête de l'UMP constitue le premier effet d'une montée en puissance sans délai, mais pas sans danger. Enfermés dans un duel à mort, l'un et l'autre ont mis à jour leur faiblesse charismatique et leur improvisation programmatique. Ce Mano à Mano n'a finalement rien masqué de leur légèreté, les enfermant l'un l'autre dans une symétrie de ratiocineurs sans qu'un troisième homme ne put venir à la rescousse les départager dans un geste démocratique honorable. Sans humilité, ni bienséance, trop vite oublieux du 6 mai dernier, ils se sont rués sur la reconquête. Cinq ans c'est court et Nicolas Sarkozy serait si facile à revenir. Nos deux reîtres n'avaient pas de temps à perdre. Ils ont voulu aller très vite. Ils y sont allés trop fort. Quelle indécence d'avoir accepté un débat télévisé en prime time sur une chaine du service public pendant que celles toute info se délectaient, en image et en direct, de meetings qui laissaient croire que la présidentielle eut été devant nous! Que de débauche d'énergie, d'argent et de talent!

Aujourd'hui, Jean-François Copé et François Fillon ont cassé leur jouet et abîmé leur rêve. Plus grave, ils emportent dans les méandres de leur inconsistance des milliers de français qui, bien au-delà des militants besogneux sont meurtris d'être de leur camp.

Aujourd'hui, Jean-François Copé et François Fillon doivent se démettre et se soumettre. Qu'ils arrêtent ce pugilat de papier. Qu'ils respectent l'amertume du peuple silencieux qui était prêt à les croire, loin d'imaginer le ridicule humiliant et rageant qu'ils allaient avoir à subir.

L'alternative au déchet et au dégout est morose. Même si on aimerait croire à l'élan de Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Lemaire - n'eussent-ils pas pu s'entendre et s'organiser avant d'en arriver là? - le syndrome de la division est de retour comme si nous ne pensions plus la même chose. Jean-Louis Borloo n'en espérait pas tant. Il doit s'inquiéter à l'idée de devenir l'alternative qu'il faisait semblant d'être. Jeune et décomplexée, Marine Le Pen se dit que ça va finir par payer. Au milieu, l'UMP s'observe encore, mais jusqu'à quand?