Réchapper d’une mise à mort électorale doit donner des ailes pour la suite. En désignant Nathalie Kosciusko-Morizet comme une candidate à abattre lors des dernières élections législatives, Marine Le Pen a sans doute contribué à renforcer un peu plus le caractère combatif et la volonté politicienne de l’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy. Défaite en juin, NKM n’aurait pas pu prétendre conquérir Paris en 2014.

Il y a toujours un peu de gêne à considérer les parachutages comme un élément de carrière politique dont la longévité se construit par tradition sur le fondement d’un enracinement local inexpugnable. L’élu est attaché à une terre d’élection et il y a un peu de trahison à vouloir quitter Longjumeau pour la Capitale. On objectera qu’en termes d’ambition, les deux villes n’ont pas la même dimension et n’affichent pas la même force d’attraction. Paris vaut bien une forme de reniement électoral. Mais emporter la mise n’est pas garanti. Les hommes et les femmes politiques qui en ont la trempe, ont le goût du jeu. Dans un parachutage, il y a aussi le risque de perdre la proie pour l’ombre. C’est ce qui en fait la part belle et impressionnante du geste.

Comme en économie, la croissance politique ne s’atteint pas sans risque. Avec ses aspirations, NKM doit « monter d’un cran ». Le trop plein générationnel à droite l’oblige à trouver la voie qui lui permettra d’exister et de se distinguer d’ici à 2017. A côté de la Présidence de l’UMP qui doit se rejouer en septembre, avec les primaires UMP pour l’élection présidentielle auxquelles elle aspire à participer, la Mairie de Paris est un autre chemin qui présente de l’intérêt pour viser le coup d’après. Les deux premiers sont déjà retenus en ligne de mire par nombre de sa classe. Le renoncement frileux de Jean-Louis Borloo et l’indécision politique qui confine à la disparition programmée de François Fillon - pourquoi s’est-il donc présenté aux législatives dans le VIIème arrondissement ? -, lui ouvre les portes d’un combat parisien qu’elle veut prometteur mais sait difficile.

Car Paris est maudit pour la droite. L’autoritarisme post-gaulliste de Jacques Chirac au temps de son impétuosité ravageuse avait déjà mis à mal l’unité fragile de la majorité giscardienne lorsqu’il s’est agi de donner un Maire à la Capitale. A l’issue de son règne entamé en 1976 pour ne s’achever qu’une fois entré à l’Elysée, la famille s’est largement déchirée au point de faire gravement illusion lors des échéances suivantes. Le fait est qu'aucune figure charismatique, unanime, engagée et motivée n'a émergé depuis lors. Enserré dans des chausses trappes qui donnaient prise à son apathie, Philippe Séguin, autre parachuté célèbre dont la défaite mis un terme à sa carrière d’élu, avait peut-être la première qualité. Il lui manquait assurément les trois autres, y compris la légitimité qu’on contesta scandaleusement à Jean Tibéri. Plus surement, la raison du déclin de la droite à Paris, ville de nantis ghettoïsés dans une pensée socialo-libertaire, est due à une camarilla de potentats locaux, Maires et Conseillers d’arrondissements, Présidents de section de l’UMP qui se payent sur la bête. Héritiers du mode de gestion clientéliste et affairiste institué sous Jacques Chirac, ils sont trop heureux de préserver de petites privilégiatures à l’ombre consentante de Bertrand Delanoé. Ils sont indéboulonnables. C’est leur talent. Ils s’amusent à des querelles intestines à coups de dissidences et de haines recuites. C’est leur plaisir. Ils se font la guerre pour des broutilles. C’est leur passe-temps. Ils n’ont d’autres ambitions que de végéter dans la durée pour peu que l’essentiel qui les maintient là où ils sont soit préservé. Pour eux, il n’est pas question de voir plus grand et de « monter d’un cran ». Certains d’entre eux parmi les plus forts en gueule, ou en entourloupes, ont déjà pris parti pour NKM. Attention que cela ne tourne pas à l’étouffoir. Philippe Séguin n’est plus là, mais Françoise de Panafieu pourrait témoigner de leur vilénie dévastatrice.

NKM a le courage de son ambition. Elle a fait son calcul politicien. Défaite ou victorieuse à Paris, la bataille aura du sel et peut la propulser en pole position pour 2017. Elle se distinguerait vis-à-vis de ceux de sa génération. A condition que Nicolas Sarkozy leur cède la place. Paris vaut bien ce pari pour l’avenir. Elle a néanmoins intérêt à faire preuve de charme et d’autorité, en les mariant avec doigté, simultanément et en alternance, pour tenter un renouvellement en profondeur de celles et ceux qu’elle aura  pour combattre à ses côtés.