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Marrant de voir comment quatre « gugusses », un quarteron de parlementaires, peuvent soudain amener à revisiter l’action diplomatique de la France à l’égard de la Syrie où ce joue un conflit à haut risque. Après le débat politique de ces derniers jours – le Premier ministre a parlé de « faute morale », il fallait entendre ce matin un autre quatuor vitupérer et agonir d’injures ces pauvres bougres partis rencontrer Bachar Al Assad comme on se lèverait de bon matin pour aller déjeuner avec le diable.

Cette critique en chambre, provenant d’intellectuels importants, apparait un peu sommaire. Elle cache l’aveuglement dangereux d’une diplomatie sans repères ni boussole, ballotée au creux des événements qui agitent le Proche et Moyen-Orient sinon depuis la 2ème guerre d’Irak, du moins depuis les printemps arabes, il y a quatre ans. Les révolutions de palais, en Tunisie, en Egypte, en Libye ont tourneboulé les chancelleries occidentales. Bachar Al-Assad devait être le prochain des potentats locaux à céder la place. Peine perdue ; cette conjecture n’a toujours pas eu lieu et si tout le monde dit que l’avenir de la Syrie se fera sans lui, il est toujours là. L’autocrate sanguinaire joue d’une habileté diabolique pour se maintenir au milieu du chaos. Cette résistance, pour immonde qu’elle paraisse, oblige à revoir l’échelle des périls dans la région. Aujourd’hui, la menace vient moins de Bachar Al-Assad et de ce qu’il reste de l’Etat syrien que du radicalisme islamique et terroriste à l’abri duquel l’ébauche d’un califat se forme.  L’assertion de nos commentateurs du dimanche comme quoi Daech serait la créature du maître de Damas est un peu courte. Elle mériterait d’être étayée. Quand bien même, on peut compter sur le Président syrien pour profiter du chaos qui règne dans son pays, jouer des divisions entre les factions islamistes belliqueuses et en faire des diversions pour cacher ses propres turpitudes, il faut revenir aux fondements du conflit qui embrase la région issu du duel à mort entre chiites et sunnites. A l’aune de cette rivalité, on connait le camp du dictateur syrien. Il prétend combattre le "terrorisme sunnite" depuis 2011.

Comme beaucoup, nos parlementaires en goguette, qui ce faisant ont très certainement bénéficié d’un accompagnement autorisé et d'une escorte zélée, ont sans doute fait le constat amère que la guerre civile syrienne, quatre ans après de lourds combats et un atroce bilan – 210 000 morts, 4 millions d’exilés -, est au point mort. Tirer cette sombre statistique et s’apitoyer des terribles conséquences humanitaires ne fait pas une politique alternative. Les deux médiations internationales à Genève, en 2012 et 2014 n’ont rien donné. L’idée funeste d’une intervention militaire a fait long feu, de même que la parade russe en début d’année sous la forme d’une conférence internationale improbable sur la Syrie.

Entre temps, Daech, organisation barbare innommable et surtout pas du nom d'un Etat, s’est imposé avec son idéal de haine, sa doctrine suicidaire et ses relents génocidaires ; vu ce qu’ils font et ce qu’ils sont, ce sont ses combattants et son endoctrinement qui représentent la première menace, à la fois sur le Proche-Orient avec la velléité d’instaurer un califat telle une autorité d’un autre temps, mais également jusque dans nos société au sein desquelles de jeunes en mal être sont incités à aller se perdre dans le jihad. Ce qui était un sujet de politique étrangère est devenu une question de sécurité intérieure.

Dans ce monde en guerre où les événements se succèdent à grande vitesse avec des effets contraires dont le caractère imprévisible contraint la communauté internationale aux atermoiements et à l’indécision, le politique doit savoir opérer des retournements stratégiques. Les changements de pieds sont parfois scabreux. Ils permettent néanmoins de répondre aux urgences de situations anarchiques que l’ordre mondial ne sait pas calmer. Il faut alors que l’empirisme dans la conscience qu’une hiérarchie des menaces oblige à des renoncements. Laurent Fabius, semble avoir compris la nécessité d’une inflexion. Notre Ministre des Affaires Etrangères ne cesse de mettre en garde contre un effondrement total de l’Etat en Syrie qui conduirait à la situation incontrôlable que connait l’Irak. On retrouve bien l’échelle des dangers. Même, s’il est, à juste titre sévère à l’égard de Président Syrien dans une récente tribune donnée au Monde et cosigné avec son homologue britannique, il entrouvre une porte: «Pour notre propre sécurité nationale, nous devons venir à bout de Daech en Syrie. Nous avons besoin d’un partenaire pour agir contre les extrémistes, donc d’un règlement politique négocié entre les différentes parties syriennes et conduisant à un gouvernement d’unité. »  Et s’il ne s’agit pas pour lui de faire le chemin de Damas, peut-il trouver opportun que des factotums fassent inconsidérément le déplacement, ne serait-ce que « pour voir ce qui se passe, entendre, écouter ».