D'accord pour mettre des bougies à sa fenêtre, pour floquer sa page fb en tricolore, pour être Charlie et dire "même pas peur"! Il y a aussi l'effroi, la douleur et l'épreuve. Mais à un moment, il faut quand même donner une explication politique ; on aimerait interpeller nos politiques sur le sens de leur stratégie diplomatique, élément fort de cette guerre qui s'insinue gravement dans les interstices poreux de notre République marcescente lentement arrachée, en souffrance, aux racines chrétiennes de cette vieille Europe.

Depuis 2011, nos gouvernants n'ont qu'une obsession, fussent-ils les seuls à la défendre ; en finir avec Bachar Al Assad au nom de cette idée, belle mais fausse, du "printemps arabe" et sa théorie des dominos. Apres la Tunisie de Ben Ali, l'Egypte de Moubarak et la Libye de Kadhafi, le tour de la Syrie serait venu. Nos Gouvernements se sont complaisamment fourvoyés dans cette idée et la responsabilité de notre Ministre des Affaires Étrangères est lourde, lui qui s'est trop souvent évertué à justifié son action par le départ du potentat syrien et qui encore le 02 octobre dernier déclarait : « S’allier avec Bachar Al-Assad serait une impasse ». On ne lui en demande pas tant, mais dans un déni coupable et mal évalué, il a, avec le Président de la République, refusé de hiérarchiser les périls, préférant rester ferme sur des principes éculés et laisser aveuglement prospérer Daech ; coupable erreur de notre diplomatie qui se veut "économique" en multipliant les contrats d'armement et de sécurité civile avec les pays qui inspirent et financent l'islamisme radical. La France a préféré commercer avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, voire à la France - qu'ils gardent le PSG -, ceux là-mêmes qui propagent une idéologie de haine à l'encontre de l'Occident.

Nos gouvernants ont persisté dans cette stratégie. Ils n'ont pas voulu voir les évolutions qui conduisent à l'isolement de la France dans le concert des Nations retrouvé - l'ONU ne peut pas tout -, notamment quand il s'est agi d'y réintégrer judicieusement l'Iran, puissance d'influence. Résultat de cette stratégie ; notre pays est hors du jeu. Elle n'est plus invitée à la table des discussions. Ainsi, la recherche d'une solution à la question syrienne s'esquisse sans elle. Lorsque, le 29 octobre dernier, les ministres des affaires étrangères des Etats-Unis, de la Russie, de la Turquie et de l'Arabie Saoudite se réunissent, Laurent Fabius n'est pas invité... Il était présent à la réunion d'hier.

La Turquie, parlons-en! Cet Etat est central dans les relations entre l'Europe et le Moyen-Orient. A cet titre, il n'est pas dénué d'ambiguïtés sur la question syrienne. Comme d'autres pays qui placent la religion musulmane au plus haut des préceptes politiques, la Turquie joue d'une influence pernicieuse jusque dans notre République laïque. On sait que l'islam en France est financé, géré et animé par des puissances étrangères qui dans une répartition bien comprises entre elles, font des mosquées de nos villes des lieux d'influence en s'appuyant sur la relégation sociale de certains jeunes français en mal de repères. Que penser alors du President Turc qui est capable, lors de sa campagne électorale de tenir meeting à Strasbourg, le dimanche 4 octobre en faisant converger plus de 12 000 personnes dans la capitale alsacienne. Au delà du discours qui n'évoquera jamais Daech mais la lutte contre la guérilla du PKK, l'opération, en termes d'organisation et d'influence, atteste d'une certaines efficacité dans l'animation d'un réseau associatif et cultuel tissé en France, en Allemagne et dans les autres pays limitrophes.

A l'heure de son bilan, François Hollande souhaite convoquer les chiffres du chômage ; il n'y aura pas que cet échec mais aussi celui d'une diplomatie au Moyen-Orient ; une stratégie confuse et décalée par rapport aux évolutions des rapports de forces internationaux du fait d'un dogmatisme qui concoure fortement à l'état de guerre dans lequel nous sommes désormais plongé.