Avant toute offre politique alternative, le rôle du 3ème homme est d'affoler les autres candidats. Jean-Pierre Chevènement et François Bayrou ont pratiqué l'exercice à des niveaux de fortune qui hantent encore le sommeil de Lionel Jospin et Nicolas Sarkozy.

Emmanuel Macron remplit parfaitement son office perturbateur. Il met, par surcroît de l'insolence coupable, à défier le vieux sytème marcescent. Son point haut dans le sondage, l'affluence de ses meetings exacerbent l'exercice de la transgression. En début de campagne, l'opinion est avide de ces parcours extérieurs, de ces personnalités ludiques qui, bien que parfaitement formatées au moule élitaire du sytème, se placent à la marge, font croire à une différence et poussent un peu plus loin la logique du changement qui entend répondre au "tous pourris".

La présence d'Emmanuel Macron illustre les limites de la primaire socialiste organisée par raccroc et défaillance du Président de la République. Son parcours, "insolent de certitude" fait passer les candidats du Parti socialiste, vieille famille décatie, pour des fantoches usés avant l'âge qui s'acoquinent pour jouer une pantomime dépassée.

Dans une campagne présidentielle, le mois de février précédant le scrutin est une borne passante. Les postures sont là, le décor est planté, les positions se cristallisent, même si en ces temps de vents mauvais, il ne faut jurer de rien. Emmanuel Macron risque de devenir incontournable. Si les tenants de la gauche sont raisonnables, il n'y aura pas de place pour deux. Le moment amène alors les parlementaires à se poser la question du bon choix. Plus avides de leur avenir que de celui de la France, leur heure est à la prospective sur la ligne de fuite la moins critique. Elle appelle au ralliement qui garantira la place dans la future chambre. Si les changements de pieds se font au compte goutte, l'émoi commence à monter en compétence dans la tête des députés : "si en février, Macron conserve 6 points d'avance sur le candidat PS et persiste à lancer 577 candidatures aux législatives, certains s'interrogeront très fortement" rapporte David Revault D'Allonnes, toujours au bonnes sources, dans le #JDD. Il est fonction du mélange subtile entre le courage et la prescience - les convictions prennent une part très modeste dans cet exercice - qui les fera choisir leur sauveur.

En termes de soutien, reste la posture du President de la République - "Le President est libre désormais, mais fera-t-il quelques chose de cette liberté?" ; absent de la bataille électorale contre toute attente, se décidera-t-il à enfreindre un devoir de réserve que son piteux renoncement devrait lui imposer? A l'inverse, entre élan sincère et baiser de Judas - l'élimination du PR n'est pas un mince handicap pour les candidats de la primaire -, il pourrait se donner encore le droit d'exister.