25 février 2009
Vu ce jour X
Vu ce jour Nathalie Rheims à l'entrée d'un grand hôtel proche de l'Elysée. Il était aux environs de treize heures. Elle était accompagnée et entièrement vêtue de noir. La force de cette couleur contrastait magnifiquement avec le feu de sa chevelure. D'emblée, j'ai pensé à Claude Berri. Puis j'ai pensé à ses livres, opuscules chics signés chez un éditeur snob, qui font parler les milieux germanopratins. Je me suis souvenu qu'elle avait publié un journal intime. Je ressens toujours une drôle d'impression lorsque je croise physiquement un écrivain qui a osé se mettre à nu au nom de littérature, ou pour toute autre raison narcissique d'ailleurs. A ce propos, je me souviens d'avoir fait, il y a quelques années, Gare de Lyon-Madeleine sur la ligne 14 assis en face de Catherine Millet. Le choc!
24 février 2009
L'affaire Pérol
On pourrait en rire si le système bancaire n'était pas en train de faire danser la planète sur un volcan. Voilà qu'on s'interroge sur la question déontologique posée par la nomination de François Pérol, secrétaire général-adjoint de la Présidence de la République à la tête d'un groupe bancaire recomposé à partir des Caisses d'épargne et des banques populaires. Rien de mieux à dire ou à penser pour affronter la crise?
C'est à croire que les hérauts des grands principes en la matière, ont oublié les troubles qui ont poussé les pouvoirs publics à reprendre la main. Pourtant rétrospectivement tout le monde s'accorde à dire que l'interventionnisme des Etats a été salutaire et chacun reconnait la réactivité dont les gouvernants ont fait preuve, certains mieux que d'autres. Il n'est plus temps d'en débattre. Les annonces s'enchaînent dans une continuité inquiétante. A-t-on touché le fonds? Y-a-t-il une alternative? Hier le Trésor américain a annoncé de nouvelles modalités de recapitalisation des banques par l'Etat. La Grande Bretagne n'est pas en reste, la France non plus. Car l'affaire Pérol part bien des turbulences qui menancent de faire sombrer les caisses d'épargne et les banques populaires. Pour éviter le pire, l'Etat met dans la corbeille entre 2,5 et 5 milliards de prêts subordonnés susceptibles d'être convertis en action si la nouvelle banque ne pouvait pas les rembourser. Là est l'essentiel. Muni d'une certaine dextérité acquise à Bercy et dans la banque d'affaires, François Pérol, inspecteur des finances, est à la maneouvre depuis le début de la crise aux côtés du Chef de l'Etat. Il n'est pas incongru qu'il soit chargé par celui-ci de diriger la nouvelle entité issue de la fusion des deux banques mutualistes. C'est d'ailleurs conforme aux annonces de Nicolas Sarkozy qui a toujours dit que là où l'Etat met de l'argent, il a voix au chapitre. Il assortit son soutien financier d'une influence sur les décisions stratégiques. Est-ce si choquant vue les circonstances?
En outre, le manquement à la déontologie, voire l'illégalité, attaché à cette nomination est de bien peu de chose eu égard au passif supporté par les grands pontes du secteur bancaire ont laissé filer les choses. Il est moins à chercher chez Nicolas Sarkozy qu'à trouver, au hasard, chez Charles Milhaud, ancien PDG des caisses d'épargne qui n'avait pas vu qu'un petit trader psychotique l'avait enflé de 750 millions; une paille à côté des cinq milliards d'euros de Jérôme Kerviel, bouc émissaire facile de la société générale. La déontologie ne serait pas non plus du côté des administrateurs de l'Ecureuil qui auraient tenté d'arranger les comptes de leur établissement en ne prenant pas en compte les pertes de Natixis.
Quand on sait ça, il faut avoir la mauvaise foi chevillée au corps pour aller chercher noise au Président de la Républque et à son collaborateur sur le plan de l'éthique ou de la légalité. S'inquiéter d'une éventuelle collusion d'intérêts publics et privés apparaît surréaliste. Comme si au nom de cette dichotomie supposée vertueuse et sujette à caution par les temps qui courent, l'Etat devait laisser crever le système. Sous couvert d'une vigilance républicaine envers Nicolas Sarkozy, ou pour d'autres motifs, ses opposants s'attachent de manière pathétique à l'accessoire, manquent leur cible et montrent un défaut de lucidité troublant face à l'ampleur de la crise.
22 février 2009
Giscard Sarko même combat
Avec sa nouvelle formule, le JDD a beaucoup perdu. Normal! Christian de Villeneuve n'égale pas la finesse et l'esprit de Jean-Claude Maurice. La nouvelle maquette est confuse, lourde et désordonnée. La quantité des papiers dispersés en tout sens, a clairement supplanté la qualité. Michèle Stouvenot en a égaré la subtilité de son humour et la concision de Gilles Delafon nous manque.
Par surcroît le JDD doit désormais paraître le samedi. Horreur! On perdra le plaisir de l'acheter au jeune marchand qui chaque dimanche matin vient se poster, dès potron-minet, à la porte de la boulangerie du bout de ma rue. Qu'il pleuve, qu'il vente, il est toujours là, tantôt avec son frère. Ils ont remplacé leur père, mais ont conservé sa courtoisie et son sourire pour nous servir avec une affabilité qui vous met de bonne humeur pour toute la journée.
Reste que dans sa mue, le JDD a tout de même récupéré Claude Askolovitch. Il y fait des merveilles en analyse politique. Sa dernière livraison est totalement juste. Elle nous montre que le talent existe en politique, mais qu'à l'état pur, proposé avec sincérité, volontarisme et audace, il n'est pas payé en retour, a fortiori lorsqu'il se trouve contrarié dans son élan par des éléments exogènes. Dans une répétition pathétique de l'histoire, il est dommage de contrarier ainsi l'imagination, l'allant et la rupture en insinuant l'idée, chez des esprits angoissés et timorés qu'il serait dangereux de laisser faire ceux qui ont raison trop tôt.
20 février 2009
Les temps sont durs pour la rupture
Dans le Monde de ce jour, Françoise Fressoz dénonce le recul de Nicolas Sarkozy sur le principe qui l'a fait roi. La rupture, nous dit-elle, n'aurait été qu'un attrape-nigaud pour temps électoraux: "Dans la conquête du pouvoir, la "rupture" avait été l'arme fatale de Nicolas Sarkozy, à la fois contre la gauche et contre son propre camp. Aujourd'hui, elle le menace car elle crée du désordre."
Pour étayer son idée la journaliste prend des exemples contestables. La crise outre-mer souffre plus sûrement d'une incurie des politiques publiques d'assistanat, matinée d'électoralisme, que d'un excès de rupture qui avec un peu d'audace devrait conduire à libérer définitivement nos DOM-TOM du joug colonial de la République française. Ainsi, aujourd'hui que les difficultés s'amoncellent les velléités présidentielles contrariées ramèneraient à l'immobilisme. C'est un peu facile, réducteur et opportuniste en raison d'un climat anxiogène envahissant. Ce n'est pas tant la rupture qui créé du désordre que la dureté des temps et l'impératif de réformes trop longtemps différées.
Personne, autre que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, n'a mieux pris la mesure de la désespérance populaire dans laquelle les "rois fainéants" ayant précédé l'actuel Président de la République avaient plongé les électeurs. De François Mitterrand et son "sur le chômage on a tout essayé" à la léthargie lénifiante de Jacques Chirac en passant par Lionel Jospin pour qui l'Etat ne pouvait pas tout, les françaises et les français avaient besoin d'un souffle politique nouveau sinon en rupture, du moins en décalage par rapport aux pratiques marcescentes des élites politiques. Nicolas Sarkozy - s'il n'y avait qu'un seul mérite à lui reconnaître ce serait celui-là - a redonné du corps à l'action, à l'engagement et à la volonté politique. Aussi forts soient-ils et quelque soit la qualité de leur incarnation, plutôt talentueuse en l'occurrence, ces éléments s'éprouvent à la force de la conjoncture et aux résistances congénitales de la France.
La crise mondiale est un de ces éléments. Elle frappe comme jamais les économies nationales. Le rôle des Gouvernements consiste moins à la surmonter qu'a en limiter les effets dévastateurs. La refondation du capitalisme est une tâche trop ardue pour un seul homme quand bien même c'est celui qui en défend l'ardente obligation avec la plus grande énergie et la meilleure réactivité.
La fronde des enseignants-chercheurs est l'une de ces résistances congénitales au changement dans notre pays. L'éducation nationale et l'enseignement supérieur constituent un Etat dans l'Etat aux dimensions d'un mammouth capricieux. Des classes maternelles aux laboratoires de recherche du CNRS, c'est la lignée des intouchables. Ils deviennent de plus en plus chatouilleux au fur et à mesure qu'on s'élève dans les hautes sphères doctorantes. Dès que passe le risque d'une remise en cause de leurs avantages acquis, cette élite, bien formée, très organisée notamment grâce au temps libre qu'elle s'octroie généreusement, s'agite, vitupère et défie le pouvoir politique. Avec la révolte des enseignants-chercheurs on touche une fois de plus à l'archaïsme du modèle français bardé de "statuts" et d'avantages acquis.
Face à ces réalités et aux douleurs de la réforme nonobstant sa nécessité, la rupture peut apparaître comme un concept électoraliste dénué de fondement qui finirait par tourner en ridicule l'action du Gouvernement et la magistère du Président de la République. Gouverner la France n'étant pas chose facile, on ne peut exclure que le Sarkozysme termine en pétard mouillé. Vu le niveau de la relève et les enjeux, ce serait la pire des choses.
11 février 2009
La lutte pour parler relance
Patrick Devedjian aurait proposé au Chef de l'Etat un sommet sur la relance pour traiter ce dossier au niveau de l'Europe. C'est pas bête au moment où l'Union européenne se délite malgré l'enjeu. La Présidence Tchèque offre aux 27 un trou d'air inquiétant après le sursaut salvateur que Nicolas Sarkozy avait réussi à générer. Samedi dernier, avec Angela Merkel, ils avaient convenu que la crise était en phase d’aggravation. Le Président français a eu des mots peu amènes vis à vis de Gordon Brown dont les solutions ne sont pas forcément oecuméniques. Il y a donc intérêt à harmoniser et coordonner les politiques au niveau européen.
En outre, un tel engagement permettrait à Patrick Devedjian de gagner en visibilité tant la concurrence est rude pour s'exprimer sur l'action publique de la relance derrière le Président de la République. L'épisode des questions d'actualité à l'Assemblée nationale était sur ce point tristement révélateur pour le ministre de la relance. A toutes les questions sur lesquelles, il avait vocation à répondre, il s'est prestement fait doubler par l'habile secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation qui est aussi porte-parole du Gouvernement. Faut-il y voir le savoir-faire d'Alima Marie pour valoriser son patron? En tout cas, le réalisateur qui choisissait les images cette après-midi, intercalait à l'envie la mine contrite de Patrick Devedjian aux cours de chacune des interventions de Luc Chatel. On sentait comme un changement de génération.
07 février 2009
Appréhender la Crise
Jeudi soir, le Président de la République a déclaré que nous étions face à la crise du siècle. Vu qu'il ne fait que débuter, je ne sais quoi penser de ce qu'il faut en attendre (du siècle, pas du Président). A l'apparition des premiers effets de la déflagration qui, à l'automne, ont montré à l'opinion que le système bancaire était atteint au coeur, plusieurs commentateurs ont évoqué l'équivalent de la crise, déjà mondiale, de 1929, en pire. Le parallèle était parlant tant le krack de 29 a marqué les mémoires et certainement nourrit le terrible conflit qui allait suivre quelques années plus tard.
Et pourtant, il est toujours difficile de croire au pire. Nonobstant le ton catastrophique des informations inquiétantes qui répètent les scores calamiteux des places boursières, charrient les annonces de faillites ou ressassent la montée du chômage avec sa dure réalité pour ceux qu'il touche, la vie suit son cours. Les avions décollent, l'essence est à la pompe et les supermarchés ne sont pas en rupture de stocks. Il y a quelques jours le Monde s'extasiait devant le succès de l'exposition parisienne, "Picasso et les maîtres", ouverte jusqu'à deux heures du matin. De même, à l'approche des vacances - il y a encore des vacances -, de février, il paraît que les stations de sport d'hiver affichent complet.
Cette réalité amène à s'interroger sur l'appréhension qu'on peut avoir d'une crise, dont la radicalité appelle des changements de référence et de comportement difficilement envisageables voire, plus dangereux, irémédiablement impossible à faire passer avant d'aboutir à un sinistre plus grand que celui que nous vivons. Aujourd'hui, les Gouvernements sont tout entier tendus vers la sortie de crise dans l'espoir qu'elle survienne le plus rapidement possible. Haussant le ton, ils s'emballent pour des plans de relance à coups de milliards. Ils enfilent des mesures qui relèvent de modèles économiques rebattus, oscillant entre relance par la consommation ou par l'investissement dans un retour au dirigisme après des années de laisser faire. Les experts rivalisent de pronostics pour arrêter la date et l'heure de la reprise, sans trop y croire. Quant aux peuples, ils expriment tant bien que mal leur inquiétude et leur mal être du moment dans des postures surannées qui leurs servent d'exutoire.
La crise actuelle n'appelle t-elle pas un changement plus profond? Comment le perçoit-on et comment le met-on en oeuvre? A-t-on la vision et la capacité d'agir pour engager une rupture digne de ce nom? Ce sont les bonnes questions posées par cet article qui, en établissant notamment un parallèle très intéressant entre les crises financière, énergétique et climatique pointe la triste réalité d'une vision à courte vue: "On tient pour impossible un effondrement complet du système financier et économique et on se représente encore moins que la pénurie d'énergies fossiles atteigne un niveau tel, d'ici quelques années, que même dans les pays les plus riches, les plus bas revenus ne pourront plus se chauffer." Les hommes font leur histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font.
05 février 2009
Le Président passe à la télé
Nicolas Sarkozy ne lâche rien. Parfait avocat de sa propre cause, il fait le boulot sans compter ni calculer. Qu'importe que la suppression de la taxe professionnelle ait déjà été promise. Une fois de plus, ça ne fait pas de mal. C'est juste une question d'occupation du terrain, un quinquennat à marche forçée. De Gandrange, où il retournera prouver aux ouvriers qu'il a tenu ses promesses, aux traders qu'il veut mater, il est partout. Les partenaires sociaux auront gagné une nouvelle invitation à l'Elysée. Il y a tant à faire. Rien qu'un hyper Président en somme, comme la clique de ceux qui l'ont précédé dans les habits neufs du monarque constitutionnel.
A chaque question - Laurence Ferrari s'est refait faire quelque chose, non? -, le Président a le fait précis, le chiffre qu'il faut, l'à-propos qui tombe juste et la référence qui convient. Il faut dire la vérité aux français. Impossible de le prendre en défaut. S'il le faut, il a l'ironie mordante: "Le Nouvel Observateur, n'est-ce pas ce journal qui disait que j'avais envoyé un SMS?...". Fermez le ban. Bernard Kouchner est sauvé, Rachida Dati aussi, Rama Yade s'est moins sûr, quoi que.... Pour les Préfets, c'est plus chaud.
Forcément, je comprends la déception de celles et ceux qui attendaient de lui l'annonce de la date et de l'heure à laquelle la crise prendra fin. Y a de quoi être déçu quand on prend Nicolas Sarkozy pour le messie afin de mieux le dénigrer. Trublion qui s'agite en tout sens, il sait qu'il en restera toujours quelque chose. Il a raison. il y a une vie après l'Elysée. Il s'est lui-même fixé la limite et ignore s'il rempilera. Désormais, en se rasant le matin, il pense à la France et à la lourdeur de sa tâche. On peut le croire même si la technique du teasing est sous-jacente. Retenez-moi ou je fais un malheur. Bernard Hamon peut bien parler d'incohérence. Il faut qu'il reste.
04 février 2009
Pauvre Bernard
On ne va pas pleurer sur Bernard Kouchner. J'avais choisi Hubert Védrine en avril 2007. Rien à dire sur le Premier ministre qui le soutient. Il est dans son rôle de chef d'un Gouvernement voulu par un autre au nom d'une stratégie victorieuse et assassine: l'ouverture qui se rapproche furieusement du baiser qui tue. Le Président de la République aurait-il foiré, lui aussi?
Bernard Kouchner paye le prix d'une sinuosité politique abreuvée à la suffisance et à l'ambition dévorante. Pour ce genre de parcours il faut être irréprochable. Est-ce la cas d' Eric Besson ou de Jean-Marie Bockel? lls n'ont pas la même aura que le Ministre des affaires étrangères, pas la même cible donc. C'est ce que disent les mal aimés pour justifier la soi-disante malveillance distillée contre leur auguste personne. En outre, ce genre d'attaque journalistique permet de se placer en victime et de déclamer, la voix chevrotante devant des députés avides et perfides: "Tout au long de ce livre fait d’amalgames, d’insinuations et d’allusions insidieuses, il y a des expressions très précises, qui ne sont pas là par hasard : elles m’accusent de personnifier la contre-idée de la France, c’est-à-dire l’anti-France, le cosmopolitisme. L’accusation de cosmopolitisme, en des temps difficiles, mesdames, messieurs les députés, ça ne vous rappelle rien ? (Murmures sur les bancs du groupe SRC.) Moi, si. Et je vais vous le dire : cela dépasse très largement ma personne." (séance des questions d'actualité de ce jour)
Reste à prendre garde aux arrières pensées quand on voit Marianne à la manoeuvre sans que le Canard enchaïné n'ait embrayé et qu'à des pseudo révélations, on ait visiblement affaire à des actes frelatés. Vient un moment dans ce genre de dossier où la vérité n'a plus aucun sens et les faits plus aucun intértêt. L'attrait est partout sauf dans la recherche de la vérité.
Au delà du sensationnalisme et de la curée médiatique qui affole l'opinion et agite la classe politique, le cas de K. montre le degré d'exigence du train de vie en période de disgrâce politique qui oblige à des liens d'argent plus ou moins douteux avec Total, les potentats d'Afrique ou les marchands de canon. Vous voyez l'ancien ministre de la santé de Lionel Jospin faire des consultations dans les pavillons décrépis du Raincy pendant sa traversée du désert?