François Bayrou, c'est le passager clandestin de la primaire ; la personne, même pas inscrite sur Blabla car, mais qui voudrait profiter du co-voiturage!

C'est subtil, mais au fond pernicieux, et cynique. Ça engendre des déviances et des outrances comme cette tribune ordurière récemment jetée en pâture sur FB. François Bayrou a une constante depuis plus de quinze ans ; tout faire pour être au rendez-vous quinquennal de l'élection à la Présidence de la République française. Pour sortir de sa torpeur et être présent au bon moment, celui dont Simone Veil disait qu'il "est le pire de tous", est prêt à tout.

Dans cette obsession de l'être, Francois Bayrou n'a pas besoin d'idées neuves ou de programme. Avec la primaire de la droite et du centre, il n'a qu'à jouer de la posture des uns et des autres s'érigeant d'autorité en arbitre des consciences. C'est un bel opportunisme de sa part de soutenir Alain Juppé, un ami, pour qui, par cohérence intellectuelle, il n'ira pas voter (à la primaire). La victoire du Maire de Bordeaux lui ouvrirait les portes glorieuses d'un retour à un destin national. Allez savoir ce qu'il négocie ; Ministre, voire Premier d'entre eux. À tout le moins, ce serait la perspective d'un groupe parlementaire discuté avant même les élections législatives. En cas de succès de Nicolas Sarkozy - pour les autres on ne sait pas - à la Primaire, il s'y collera personnellement avec délice, escomptant le ralliement tacite des juppéistes pour s'élever en parangon de vertu et en redresseur de tort. C'est peut-être ce qui agace le plus chez lui ; cette manière pontifiante de dramatiser le don de son corps et de sa parole pour donner des leçons à la classe politique toute entière sous couvert d'un discours teinté de populisme subliminal. A l'entendre, il aurait tout ce que les autres n'ont pas : valeur, grandeur, humilité et intelligence de tout de que le pays attend comme de tout ce dont il a besoin. Une fois encore dans sa diatribe excessive et agressive publiée sur FB, il aurait tout vu, tout compris et tout dénoncer, avant les autres, du danger viscéralement incarné par Nicolas Sarkozy, "crachant sur ceux qui ne votent pas pour lui".

Par facilité tactique François Bayrou entend figurer l'opposition frontale à Nicolas Sarkozy ; une ligne conduite bien balisée depuis 2007. Il a indexé son avenir sur celui de l'ancien Président ; le parti du moindre effort. Tout est dit. Rien ne sert de servir aux Françaises et aux françaises un programme, des idées qui ne constitueraient qu'une incarnation superfétatoire de l'alternance. En se posant en premier adversaire de celui qui demeure un incomparable maître de campagne électorale pour fixer l'agenda, François Bayrou espère être tiré par le haut. François Mitterrand avait le Général de Gaulle, le Maire de Pau a Nicolas Sarkozy. On a les adversaires qu'on mérite. De fait, pas la peine de s'appesantir sur le constat de la colère française qui va du ras le bol fiscal au phénomène des migrants en passant par la dette, les déficits et cette lutte perdue d'avance contre le chômage. Pas la peine de citer ces maux qui ne valent d'être dénoncé que pour les ploucs. Qu'importe que 30% de l'électorat soit irrévocablement scotché au Front National. Mieux vaut taper sur Nicolas Sarkozy, incarnation, non seulement d'un échec, mais plus encore d'un péril à venir encore plus terrible. Dans cet exercice, François Bayrou n'est qu'ardeur emphatique, mobilisation pathétique et attaque ad hominem. Il rêve d'un mano à mano à la rescousse d'une révélation virile donnant à ses compatriotes l'illusion du dernier rempart contre les risques d'atteinte à la démocratie et à l'intégrité de notre pays que ferait porter la réélection de Nicolas Sarkozy au delà de tout autre danger.


La posture de François Bayrou donne prise à toutes les déceptions nourries du retour de Nicolas Sarkozy. En conséquence, elle focalise sur l'accessoire, mais le dernier des centristes, quand on parle désormais de progressistes, n'en a que faire.

À celles et ceux qui donnent crédit au message rassembleur d'un centre - sacré milieu, hétéroclite et velléitaire - destiné à réunir les hommes et les femmes de bonne volonté, le parcours de François Bayrou parle éloquemment contre lui. En 2007, très haut au premier tour de l'élection présidentielle, il avait alors les moyens de son ambition pour opérer ce basculement de la Vème République, appelé de ses vœux, et mettre à bas le système politique bi-polaire marcescent ; un soutien affiché et assumé à Ségolène Royal pour le second tour - plus adapté que cette mascarade d'un débat télévisé improbable entre eux - eut été le moyen d'incarner un centre dans un programme de Gouvernement avec la constitution d'une force centriste à l'Assemblee nationale capable de s'allier aux forces progressistes de gauche. Las, il lui a manqué de courage politique et d'une vision adaptée à son discours velléitaire "Ce qui me sépare de Ségolène Royal, c'est son programme; ce qui me sépare de Nicolas Sarkozy, ce sont ses valeurs. Dans mon esprit, chacun le comprend bien, les valeurs, c'est plus grave que le programme" ; ce courage teinté d'abnégation et de grandeur qui lui aurait permis d'abaisser ses petites prétentions en permettant à une femme - suprême sacrilège! - d'accéder à la marche supérieure de l'Elysée tandis qu'il lui serait revenu l'immense honneur de diriger l’action du Gouvernement et de faire voir au pays ébahi de quoi le centrisme est capable.

François Bayrou est passé à côté de l'Histoire. Il porte aussi sa part de désillusion.

En 2012, les circonstances auraient pu se répéter. Le candidat du MODEM a d'ailleurs cru bien faire en donnant sa voix à François Hollande escomptant que sa lâchetés soit payée de retour. L'appel du pied n'a pas dû être assez fort. Par deux fois, François Bayrou aura placé sa petite personne au-dessus des attentes du pays et des principes qu'il prétend représenter. Par deux fois au moins, il a été incapable de se transcender pour mettre ses paroles en acte. Jamais deux sans trois? C'est terrible quand on y pense!