Fraichement élu, François Hollande pourrait quitter le pouvoir avant Angela Merkel. Seul dirigeant européen à avoir été réélu malgré la crise, la Chancelière entame son troisième mandat. Il en faudra un second au Président français pour qu’il puisse lui survivre. Avec 23% d’opinion favorable et une pause fiscale mensongère, ce n’est pas gagné.

Le couple franco-allemand a toujours joué d’une certaine mystique pour figurer la pierre angulaire de la construction européenne. Le souvenir de conflits fratricides constituent le ferment d'une dynamique communautaire qui, le temps faisant, s’émousse. Pourtant, lorsque l’Europe est au plus mal, élargie comme jamais dans un patchwork hétérogène d'intérêts nationaux divergents, c’est encore vers les deux Etats emblématiques d'une Union européenne en mal d'unité que l’on se tourne. L'Allemagne représente les pays du nord qui insistent sur le respect des règles budgétaires. La France se fait, depuis mai 2012, le porte-parole des pays du sud qui réclament plus de solidarité. Fruit des contraires, cette alliance stigmatise pas mal de contradictions que les deux chefs d’Etat illustrent pour une presse toujours gourmande de raccourcis caricaturaux.

On avait déjà épuisé le filon du temps de Merkozy, un néologisme qui montrait bien les tours et détours de ce couple infernal. Le choc des personnalités transpirait déjà la différence d’approche syncrétique de deux peuples que tout oppose. Dans les affres de la crise économique, la France et l’Allemagne seront en désaccord sur tout. La seconde freinait les initiatives de la première. Nicolas Sarkozy n’aura pourtant pas ménagé sa peine pour s’attirer les bonnes grâces du modèle allemand. Un temps, il avait même envisagé de faire d’un meeting commun avec la Chancelière, le point de d’orgue de sa campagne présidentielle. Il aura été freiné dans son ambition par quelques visiteurs du soir qui trempent encore dans le fond de sauce social-démocrate du microcosme parisien. Mal lui en a pris. Aujourd’hui des sondages rapportent qu’ Angela Merkel est plébiscitée par les électeurs français. Valérie Pécresse s’imagine déjà dans le rôle. Avec ses 5% de chômage et son insolente prospérité, l’Allemagne est un modèle vertueux. L’austère et rassurante Angela Merkel est son emblème.

Ayant résisté aux assauts de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel s'accommodera de la fadeur de François Hollande qui avait ajouté une faute de goût en recevant son adversaire, Peer Steinbruck au mois d'avril dernier. Dans son style à lui, matamore de salon avant son élection, falot après, le Président normal cherche encore comment faire jaillir le feu d’une union contre nature : "Mme Merkel est très simple à comprendre, pas forcément à convaincre". Le pourrait-il qu’il n’aurait aucun intérêt à la surenchère. La "confrontation" prônée par certains n'est pas pensable et la meilleure solution consisterait à une entre deux où chacun fasse un pas vers l’autre. A ce jeu, la France sera toujours à la peine. Entre la France et l'Allemagne, le déséquilibre économique était déjà préoccupant. Le voilà accentué par le fait électoral qui claque comme le meilleur indice de popularité. La prospérité de l’Allemagne suscite notre velléité. Or, elle s'est construite de longue date, sur l’assentiment d’une opinion publique qui su trouver dans ce registre une source de fierté, comme une évocation collective de la puissance retrouvée. Au cœur de la mondialisation, la grandeur d’un pays vient de loin et appelle des efforts à sa mesure. Elle se forge autour d’une ambition partagée pour peser sur le cours des choses et faire du sujet la maîtrise de son destin. Dans cette épreuve, la France n'a pas ce courage mobilisateur. Elle manque de souffle et ce n’est pas François Hollande qui peut lui en donner. Boutiquier de ses intérêts à la petite semaine, il manque d'audace et d'enthousiasme à force d’alterner les chocs et les pauses. Outre Rhin, on avance sur une dynamique bien huilée que la Chancelière sous une bonhomie d'apparence sait impulser. Comme l’écrit Philippe Ricard dans le Monde : « Pour elle, le rayonnement de l’Europe et de l’Allemagne doit avant tout dépendre de la force de son économie, qu’il s’agit – priorité des priorités – de redresser pour peser face aux pays émergents ». Certains disent qu'il s'agit "[d']égoïsme intransigeant", mais dans ce monde, on ne compte pas et on ne défend pas ses intérêts si on ne pèse pas économiquement. Une lueur pour la France ; derrière François Hollande, son Ministre du redressement productif pense un peu la même chose.