31 octobre 2007
L'affaire de l'arche de Zoé...
Ou quand les bons sentiments s'écrasent sur la realpolitik.
Cette aventure rocambolesque de pieds nickelés prend un tour politique de grande ampleur. En même temps, elle révèle une part d'ombre de l'action humanitaire qui n'est pas qu'angélisme et béatitude. Deux remarques peuvent venir corroborer cette perception.
D'abord, depuis le terrible Tsunami d'Asie du Sud-Est, lorsque le Président de Médecin Sans Frontière avait fait scandale en demandant qu'on cessât de lui envoyer des dons, on sait bien que l'argent n'est pas un problème. Le fameux Téléthon qui devrait revenir prochainement atteste de cette prospérité acquise tant sur la culpabilité que la générosité des plus modestes. Même si l'on peut s'en inquiéter, il n'est pas étonnant qu'un cadre commercial un tant soit peu charismatique, pompier volontaire par surcroît, ait pu mobiliser une équipe et des moyens conséquents pour exfiltrer une centaine d'enfant du Tchad. L'engagement ou l'adhésion à une cause est le meilleur placebo pour épancher nos mauvaises consciences d'occidentaux.
En qualité d'interface intéressé, entre l'émotion des opinions publiques et la rigidité des Etats, les plus belles ONG sont devenues des multinationales. Avec la puissance digne d'un mol pénétrant, elles s'ingèrent sans retenues dans les relations internationales sous couvert d'une dévotion aux valeurs humanistes foulées au pied par les règles institutionnelles qu'elles contournent. Vu leur nombre en croissance exponentielle parce que proportionnel aux malheurs humains qui abondent sur la planète, elles constituent un sacré marigot qui est passé en quelques années d'une saine émulation partagée à une concurrence féroce, sous couvert de rigueur professionnelle. Là encore, le désastre du Tsunami ou la course au génome du Téléthon l'attestent comme le confirme la façon dont l'Arche de Zoé est perçue par les autres organisations humanitaires présentes au Tchad.
Et l'on retrouve ici la réalité politique comme seconde remarque. Grâce au fond médiatique alimenté par cette affaire, la communauté internationale sensibilisée à la guerre du Darfour, a les yeux braqués sur le Tchad. Quelle aubaine pour son Président qui n'est pas forcément plus idiot que Muhamar Kadhafi. Idriss Déby a certainement en tête le précédent des infirmières bulgares. Pour sa bonne fortune, il aurait tort de ne pas s'en inspirer en, traitant de la même manière l'équipe de l'Arche de Zoé qu'il tient à la merci de son bon vouloir au service de ses ambitions politiques dans un contexte régional où il a gros à gagner.
De fait, dans leur élan, les ONG finissent pas se croire au dessus du droit international sous prétexte de se confronter, dans des rapports de force obscurs, à des Etats, sans égard pour les droits humains ou l'intégrité de leurs populations mais néanmoins souverains.
Ce qui est piquant dans l'imbroglio de l'arche de Zoé, c'est qu'il revienne à Bernard Kouchner, French Doctor illustre et concepteur pour partie d'un droit d'ingérence plus ou moins codifié, d'avoir à rappeler à l'ordre international et au respect de la diplomatie des Etats, des exaltés dans lesquels il aurait certainement pu se retrouver s'il n'était pas, en ce moment, le chef de la diplomatie française.
29 octobre 2007
Le Comité Balladur et ses conclusions
Les travaux menés tambour battant par le Comité présidé par Edouard Balladur marqueraient-ils un essoufflement de la méthode lancée par le Président de la République au rythme de grandes Commissions de réflexion ouvertes à tous les sujets de réforme et les vents partisans?
De fait, l'aréopage en charge de réfléchir à une réforme des institutions est peut-être emblématique de cet exercice démoniaque eu égard à la personnalité médiatique de Jack Lang qui en est un membre éminent. En tous les cas, l'ancien Ministre de la Culture de François Mitterrand, aura été, de très loin, le plus en vue, ne renâclant jamais à s'épancher sur ses travaux. La capacité de cet homme à s'insérer partout où sa parole peut porter est impressionnante et atteste d'un savoir faire hors du commun pour se hausser du col et ramener éternellement la couverture à soi. Pour autant le propos quantitatif de Jack Lang dont l'identité socialiste brouille l'écoute n'est pas rien dans l'humeur des soutiers grognons de la majorité parlementaire.
L'autre limite invocable porte sur le listing de mesures préconisées par le Comité. A la lecture, il apparaît même contreproductif tant cette litanie mélange l'essentiel à l'accessoire tant et si bien que le tout s'appauvrit d'une série d'évidences ou de détails cosmétiques occultant les voies de progrès.
Ce qu'il faudrait retenir semble être circonscris aux préconisations concernant l'état clapotant du parlement. Pour ce qui relève de l'exécutif, l'éblouissante pratique qui nous est donnée à voir en ce moment, montre à l'évidence l'extrême plasticité de notre Constitution. Ainsi, permet-elle au détenteur du pouvoir suprême d'imprimer sa marque non forcément de son point de vue idéologique mais plutôt en fonction de sa personnalité et du culot qu'il manifeste pour embrasser goulument la fonction. D'ores et déjà, après deux cent jours du second quinquennat de l'histoire, on peut mesurer la différence de train et d'éclat entre Jacques Chirac et son successeur. L'écart est saisissant sans qu'il y ait eu une modification de la règle écrite. C'est bien la pratique, l'usage qui fait la différence et ramène à rôle essentiel de l'électeur.
Finalement, la cogitation du Comité Balladur ramène au regret d'être d'un pays de France tellement querelleur qu'il lui faut se brider avec des règles du jeu démocratique incessamment imparfaites, rendant par la même toute modification frustrante. A l'inverse les britanniques ont cette sagesse, sinon la noblesse qu'on leur envie, de s'en remettre à l'étiquette et aux usages. C'est un poil plus classe.
24 octobre 2007
Petits arrangements politiques
La ficelle est tellement grosse qu'une fois n'étant pas coutume - heureusement - on tombera d'accord avec François Bayrou et son combat moralisateur à l'encontre de ses anciens affidés.
Sans l'essentiel qu'est l'intendance, la défense des grands principes et les vertus du pluralisme sont de peu de poids pour nourrir un engagement politique. Les quelques députés marqués de l'estampille bien maladroite de "Nouveau centre" - comme si l'on pouvait imaginer le centre porteur d'une seule once de modernité, de progrès ou d'innovation -, ont sauvé leur tête de justesse en 2007. Il s'en est fallu de peu. Désormais, ils sont tournés comme un seul homme vers 2012. Il leur faut trouver des moyens financiers proportionnés à leur ambition de petites personnes.
Comme on ne peut rien faire sans lui, l'aval du Président de la République aura bien évidement été requis. Il a donc donné sa bénédiction à cette proposition de loi urgemment déposée et prestement inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale que les députés du Nouveau centre ont tenté de faire passe en catimini avec le bienveillant soutien des grands frères de l'UMP. Nicolas Sarkozy n'a jamais cru au parti unique. Dès lors qu'on est en position d'arbitre et qu'on a un peu de poigne, les bisbilles au sein d'une majorité présidentielle sont parfois utiles pour jouer des uns contre les autres et s'assurer une docilité sympathique. En outre le Nouveau centre est bien loin de pouvoir présenter un profil singulier qui pourrait faire du tort à l'UMP.
Blessé par son exil dans lequel son isolement suicidaire l'a plongé, François Bayrou est dopé par l'aigreur de la revanche et l'amertume des trahisons. Il a su dénoncer de belle manière les turpitudes d'une opération éclaire, prétendument défendue au nom du pluralisme. Il a surtout merveilleusement excipé d'une procédure parlementaire pour lui porter un coup d'arrêt - sans doute provisoire.
Ces petits arrangements consistant à modifier la règle quand on peine à la respecter est une constante. Un tel exercice fut déjà tenté par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. C'était en février 2003, les rôles étaient alors inversés, les intentions aussi. Pour asseoir la crédibilité de son unité, l'UMP tentait de faire un sort aux velléités de François Bayrou, déjà obnubilé par son destin présidentiel qui le conduit sur un long chemin. Le Gouvernement présentait en catimini un projet de loi. Nicolas Sarkozy était alors Ministre de l'intérieur et défendait le texte. Prétextant une modification du mode de scrutin des élections régionales, il visait à éliminer les petites formations pour favoriser le bipartisme. A l'époque, comme aujourd'hui, le Parti socialiste, gêné aux entournures parce que la réforme du Gouvernement servait ses intérêts, s'était tortillé sur son siège. Mais la manoeuvre avait fait long feu.
Les législatures se suivent, les Présidents de la République passent, les moeurs politiques les plus contestables demeurent. Que ce soit les modes de scrutin - la défense de la proportionnelle relève de ce registre - ou le financement public de la vie politique, les politiques n'ont pas d'égard pour la règle de droit qu'ils s'entendent à manipuler à leur profit. Par ce que les députés du Nouveaux centre se sont débrouillés comme des manches aux dernières élections législatives, qu'ils sont incolores et sans saveur, ils veulent aujourd'hui se raccrocher à un aménagement rétroactif du financement politique dont le résultat des urnes les a privé.
19 octobre 2007
La vraie rupture
Faut-il en parler et dire ce que tout le monde sait en fonction de l'avis que chacun s'en fait? Le divorce du Chef de l'Etat n'étant pas chose banale surtout de la part de celui qui aura tant mis son couple en avant, il attise tant de supputations qu'un certain nombre de conjectures peuvent être posées.
Ainsi peut-on considérer que Nicolas Sarkozy a perdu Cécilia Sarkozy en 2005, lors de l'escapade New Yorkaise de cette dernière au bras d'un affairiste? Son retour n'aurait été qu'un simulacre, le fruit d'un marché âprement négocié pour ne pas mettre en péril la carrière du Président au moment même où il allait toucher le graal. A ce prix, alors qu'elle fut totalement absente de la campagne - Yasmina Reza ne l'a pas vue -, Cécilia Sarkozy ne pouvait pas faire moins que de monter sur scène, Place de la Concorde, le soir de la victoire et poursuivre dans le luxe d'un palace des Champs-Elysées pour faire de belles images entre happy few. Puis ce fut quelques jours sur le yacht d'un célèbre capitaine d'industrie, la credit card vite rendue au Trésor public, les infirmières bulgares et quelques allers retours au Fort de Brégançon jusqu'à ces vacances tous frais payés en Nouvelle Angleterre. Il y a des contrats de divorce plus astreignants, même si la perspective d'être appariée par son propre mari à Jackie Kennedy a quelque chose d'inquiétant.
On croyait naïvement que Nicolas Sarkozy après avoir joué gros en instrumentalisant sa famille, l'avait payé assez cher pour mettre un terme à cette surexposition médiatique en même temps que destructrice. On se serait trompé.
Désormais célibataire, le Président de la République dispose d'une arme redoutable pour faire diversion. Les médias sont certainement déjà en chasse pour débusquer l'heureuse élue de son coeur. A chaque crise politique ou grève dans les transports publics, il aura la parade en jouant ouvertement de ses sentiments.
Dans cette bien triste affaire de famille a-t-on seulement penser à ce jeune David Martinon? Il croyait tellement aux liens du mariage qu'il avait choisi Cécilia Sarkozy comme témoin. Las, il a renoncé au dernier moment sous un fallacieux prétexte. Il aura préféré opter pour la mairie de Neuilly-Sur-Seine. Quand on sait où ça mène, peut-on lui donner tort?
18 octobre 2007
Laurent Fabius ou l'éternel regret socialiste
Lorsqu'il est descendu de la tribune certains socialistes ont du certainement penser qu'ils étaient indubitablement passés à côté de leur candidat à l'élection présidentielle.
Laurent Fabius était hier l'orateur de son groupe à l'Assemblée nationale sur le Projet de loi de finances pour 2008. Sans note, l'esprit clair, la mine détendue et les yeux rieurs, il a déblatéré avec talent sur les mauvaises intentions budgétaires du Gouvernement. Tout y était. La citation en accroche, d'Edgar Faure, finement choisie en mémoire d'un parlementaire de haut vol qui reste un référence de part et d'autre de l'hémicycle; le ton ensuite, courtois et affable au début pour monter progressivement en volume au fur et à mesure que portait le poids des admonestations et des prédictions dangereuses; les arguments enfin, contre une politique qui loin d'engendrer un "choc de confiance", amènerait selon l'ancien Ministre des finances "un début de contre-choc de défiance". Laurent Fabius s'est même laissé aller à une habile forfanterie sur les effets de la TVA sociale entre les deux tours des élections législatives. Sa prise de parole qui suivait celle d'un jeune loup prometteur de l'UMP, fut un pur moment d'art oratoire comme les débats publics à l'Assemblée nationale n'en donne plus guère car ils restent l'apanage des grands.
Après plusieurs mois d'un retrait volontaire, respectant un délai de décence qui rend plus fort - ce que Dominique de Villepin n'a pas n'a pas compris -, l'ancien plus jeune Premier ministre de France semble décider à remonter la pente. Il a dépassé le désoeuvrement qu'ont pu lui inspirer la disgrâce de son Parti et la meilleure fortune de certains de ses contemporains - une consolation internationale pour Dominique Strauss-Kahn ou l'appel de l'ouverture pour Jack Lang. Finalement, il se dit peut-être qu'il y a quelque chose à tirer de l'état de latence du Parti socialiste d'où rien n'émerge, désespérément coincé qu'il est entre son inamovible Premier secrétaire et sa candidate déchue à la Présidentielle.
Avoir eu raison avec le peuple contre le Parti en 2005 sur le Projet de Traité constitutionnel européen, ne lui a pas été bénéfique. Son positionnement surprenant l'a décrédibilisé aux yeux de beaucoup qui y ont vu un nouvel avatar de son opportunisme légendaire. Pour autant, avec le recul et la configuration qui sort de l'élection présidentielle, Laurent Fabius pourrait bien tirer profit de ses fausses pistes d'hier. Après tout, ce n'est pas lui qui est allé se commettre à la dernière fête de l'Humanité entre Marie-Georges Buffet et Olivier Besancenot. De même, dans son interview du Monde d'aujourd'hui, il propose une nouvelle inclination en matière européenne. A propos du Traité simplifié qui sera l'un des grands enjeux politiques de 2008, tant l'Europe et la mondialisation demeurent un point de friction au coeur de la gauche, il déclare, en parfait exégète d'Edgar Faure: "J'espère que nous pourrons dégager une position de rassemblement du PS, et que nous saurons aussi considérer l'essentiel, qui ne se trouve pas dans les procédures mais dans les politiques européennes à mettre en oeuvre." Laurent Fabius entend mettre les formes pour retrouver son ambition. Il y a plus bête à penser que l'idée qu'elle puisse servir à réveiller la gauche.
17 octobre 2007
La grève et les valises
A qui profite l'avis de tempête sur le financement syndical?
Rien n'est innocent dans la subite mise à jour d'un financement occulte organisé depuis la nuit des temps par l'UIMM. Le recours aux médias pour dévoiler l'affaire et peut-être à la justice pour l'instruire, vient à point pour qui saura opportunément profiter de l'aubaine.
De ce point de vue l'intervention radiophonique de Laurence Parisot qui aura attendue huit jours avant de s'exprimer, fut un modèle du genre. Elle doit être lue in extenso pour mieux apprécier les espoirs qu'elle place dans la lutte fratricide qui agite la tête du patronat français entre les anciens et les modernes.
Pour le reste, il faut apprécier le climat social de l'automne. Face aux risques de la rupture annoncée par le Président de la République, il est étrangement calme. Le service minimum dans les transports publics de voyageurs voté cet été n'a fait tremblé personne et le Gouvernement peut se targuer d'une rentrée des classes libérée de toute pression enseignante. De même, aussi dure puisse-t-elle être selon les estimations du Ministre du travail qui joue habilement de la surenchère sur les porte-paroles des syndicats, il est peu prévisible que la grève de demain prépare un conflit durable. Car à partir d'une petite insinuation sur les usages financiers de l'UIMM servant à "fluidifier le dialogue social", le débat public s'est spontanément tourné vers le financement des syndicats. Alors qu'une organisation patronale est suspectée de malversation, on montre du doigt les centrales ouvrières. Retournement de situation paradoxal qui révèle la fragilité des uns et des autres.
En France, il est toujours difficile d'oser prendre les devants. Mieux vaut attendre l'allumette qui mettra le feu aux poudres. Et encore quand la maison brûle, on se complaît dans la dénégation voir l'étonnement béat. Laurence Parisot est-elle crédible lorsqu'elle déclare: "Cette affaire, c'est comme un secret de famille. C'est quelque chose que nous ignorions, mais qu'inconsciemment certains savaient"? Habiles à manier l'hypocrisie bien comprise, le corps politique n'est pas en reste. A l'image de Jean-Pierre Raffarin, ce matin sur Europe 1, il prétend tout ignorer de ces mouvements de fonds colossaux.
Le contexte est propice à l'initiaitive et c'est Nicolas Sarkozy qui peut alors tirer profit de l'ambiance délétère installée dans le champ des partenaires sociaux. Le Président de la République trouve un bon moyen de dealer un financement public rénové des acteurs du dialogue social assorti d'une nouvelle légitimité en matière de représentativité syndicale - une récente étude montre que le nombre de syndiqués actifs s'élève à 1,7 million sur 22,5 millions de salariés français, soit un taux de 7,2% -, en échange d'un passage en douceur et sans éclat corporatiste de ses réformes dont celle des régimes spéciaux ne serait qu'un léger prélude.
16 octobre 2007
L'amendement ADN suite et fin
L'amendement ADN qui a tant défrayé la chronique politique ces dernières semaines, est mort-né.
La décision de la Commission Mixte Paritaire rappelle farouchement l'épilogue du CPE: la mesure demeure inscrite dans la loi mais sans aucune portée pratique. Tout le monde y gagne. Le Gouvernement et la majorité sauvent la face. Les opposants s'approprient la victoire d'une mobilisation vertueuse mais non dénuée d'arrières pensées.
Trois remarques sous-jacente pour clore un énième psychodrame qui, comme l'a si bien dit Fadela Amara, instrumentalise au delà du raisonnable la question de l'émigration.
La désinformation d'abord. C'est elle qui fait monter la sauce et libère toutes les outrances. François Goulard et François Hollande prendront pour les autres à cause de leurs propos rapportés par le Monde du 14 septembre dernier. Bien qu'ancien ministre UMP, le premier n'en finit pas de montrer fièrement son opposition à Nicolas Sarkozy. C'est aussi pour ça qu'il déclarait: "En matière de filiation, rien ne repose, en droit français, sur la biologie. On peut très bien reconnaître un enfant sans être son père biologique. L'imposer à un étranger, parce que l'on met en doute son état civil, c'est contestable et déplacé". En bon chef de file d'une opposition qui peine à s'imposer comme telle, le Premier secrétaire du PS ne lésine pas sur la surenchère en estimant qu'il "existe d'autres moyens qu'un système de fichage généralisé pour savoir si le lien familial est démontré." Or l'amendement adopté la veille par la Commission des lois de l'Assemblée nationale, c'est à dire au tout début du débat parlementaire, n'imposait rien. Il ne faisait pas du test ADN une obligation, et encore moins une généralisation, dont l'usage, au cas par cas, serait laissé à l'appréciation du demandeur pour lui fournir un justificatif supplémentaire à l'appui de son dossier de regroupement familial.
La réalité ensuite. La fraude aux actes de l'état civil est une réalité de l'immigration moderne. Comment pourrait-il en être autrement dès lors que rien, et surtout pas les risques les plus extrêmes, vient tarir l'irrépressible envie d'ailleurs portée par les populations du sud. Dans un rapport de juin 2007, un sénateur reprenait des chiffres du Ministère des Affaires étrangères selon lesquels "30 à 80% des actes vérifiés sont frauduleux dans des pays tels que le Sénégal, la Côte d'Ivoire, les deux Congo, le Togo, Madagascar ou les Comores". Que fait-on face à cela?
Le principe enfin. Il est vrai que l'ADN pose des questions éthiques qui empêchent d'inventer des usages inconsidérés sans précautions ni adéquation avec les valeurs humanistes essentielles. En même temps, les progrès scientifiques qui portent le pire comme le meilleur, impliquent toujours plus de réactivité. Il n'est pas forcément judicieux d'en masquer éternellement l'impact derrière de beaux principes qui ne résisteraient pas à la pratique. La bonne conscience risque de trouver rapidement ses limites lorsque l'usage des tests ADN deviendra une consommation de plus en plus courante comme l'a récemment rappelé Max Gallo: "Sur Internet on peut avoir, aujourd'hui, son test ADN à la demande, en échange de quelques dizaines d'euros." Plutôt que d'appréhender de face le progrès scientifique et technique, il existe une tendance à en appeler aux réflexes de peur. Bernard-Henry Levy n'est pas le dernier à en jouer dans un déni de réalité qui lui fait dire: "Ceux qui sont pour cet amendement sont des apprentis sorciers qui ouvrent des brèches d'une gravité extrême [...] Ils ont porté un mauvais coup à la science." En l'occurrence, la France est loin d'ouvrir quoi que se soit, ni brèche, ni faille puisqu'au niveau européen, ce sont douze Etats, parmi lesquels l'Allemagne depuis deux ans, la Finlande depuis sept ans ou le Royaume-Uni depuis le début des années 1990, qui ont recours aux tests ADN dans le cadre de regroupement familial.
12 octobre 2007
Vu ce jour IX
C'était l'heure du déjeuner, un restaurant dans la profondeur d'une rue qui donne sur les Champs Elysées. J'étais entré poussé par celui qui allait m'inviter. Mais s'il n'avait tenu qu'à moi j'aurais été ailleurs, dans un endroit plus clair et moins guindé. Il était tard, j'avais faim et qui paye décide.
Nous étions installés depuis peu en fond de salle lorsqu'il est apparu dans l'encoignure de la porte protégée par l'un de ces épais rideaux de velours qui coupent le froid d'hiver. On était pourtant pas en hiver. En habitué de la maison, il a prestement ôté ses lunettes noires et c'est dirigé vers la table qu'un garçon lui indiquait avec déférence tandis que la matrone plantureuse s'avançait toute en gaieté pour l'escorter, lui et la femme insignifiante qui l'accompagnait.
Il s'est assis juste derrière mon comparse, celui-là même qui paierait l'addition. Il s'est défait de la veste simili daim qu'il portait sur un tee-shirt vert kaki et a levé ses bras vers le ciel comme quelqu'un qui viendrait de se réveiller. J'ai toujours été émerveillé par le décalage horaire des gens du show biz. C'est quand il avait les bras au dessus de la tête que j'ai pu voir sa montre et imaginer qu'il s'agissait certainement d'un modèle de marque. Quant à savoir laquelle, il y en a de plus en plus et ma vue baisse. Il avait aussi une alliance.
Lorsque j'ai dit à celui qui était en face de moi qui était derrière lui, il a rigolé grassement et s'est retourné bruyamment. J'ai vraiment eu peur qu'il remarque qu'on l'avait remarqué. Ca m'aurait beaucoup gêné. Peut-être est-il un peu sourd? Toujours est-il qu'il n'a pas moufté et a continué à s'étirer mollement deux ou trois fois encore.
J'ai vite détourné la conversation sur autre chose afin que mon vis-à-vis cesse ses gesticulations assorties de mauvais commentaires qui pouvaient nous faire repérer d'une seconde à l'autre. On a beau aimer les vedettes, je suis pas pour le leur montrer à tout coup. La preuve, notre repas, fade et insipide s'est passé et lorsque nous nous sommes levés de table, en passant devant la sienne, je n'ai même pas détourné le regard sur lui.
J'avais déjeuné dans le même restaurant qu'Eddy Mitchell.
10 octobre 2007
L'ouverture et ses périls
Autre temps, autres moeurs. Elle est révolue l'époque où la discipline organisait la confrontation politique, lorsque sur le perron de l'Elysée, Jean-Pierre Chevénement, Ministre de quelque chose, déclarait: "un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Reconnaissons lui en passant le mérite d'avoir à plusieurs reprises mis ses actes en conformité avec sa parole.
Aujourd'hui c'est l'entrisme qui prévaut telle une vieille imprégnation trotskyste de nos élites, émoustillées par un brin d'émotion subversive. N'est-ce pas Lionel Jospin?
Fadela Amara veut faire bouger les choses de l'intérieur. En cela elle est soutenue par le Président de la République qui pourrait craindre le grand écart, alors même qu'il tance son ami de trente ans, Brice Hortefeux, Ministre fidèle et dévoué à sa carrière, pour défaut de chiffrage dans le nombre de reconduites à la frontière.
Une fois de plus, Nicolas Sarkozy embrasse tous les risques, et principalement celui de devoir assumer la cacophonie d'un Gouvernement qu'il a nommé et conçu à sa main. Avec la sortie de Fadela Amara qui portait moins sur l'amendement relatif au test ADN que sur la récupération politicienne de l'immigration depuis trente ans, le risque est largement ouvert de révéler tout l'artifice, et par la même l'inanité de l'ouverture, dès lors qu'elle n'est qu'un débauchage de personnalités, disparates et opportunistes, affranchies des règles élémentaires de la solidarité gouvernementale. Il serait bien venu que les sarkoziens de gauche vertèbrent leur soutien au Chef de l'Etat et leur adhèsion à sa politique.
09 octobre 2007
L'Afrique au coeur
Pour vendre ses livres en faisant parler de lui, Bernard-Henri Lévy ne renonce jamais à une mauvaise provocation. Ruminant sans doute depuis longtemps son acrimonie à l'égard du Conseiller du Président de la République, Henri Guaino, il s'est lancé à son endroit dans une invective insultante et haineuse, en dehors de tout rapport avec l'actualité, la sienne comme celle du monde.
Du coup le nègre de Nicolas Sarkozy, s'est plu à répliquer vertement. Vu sa vitesse de réaction et la générosité de son propos, lui aussi devait conserver une vieille animosité fumasse à l'encontre du nouveau philosophe devenu vieux beau et dernier adorateur de Ségolène Royal.
Sur le fonds de l'affaire, à savoir les affres de l'Afrique qui ne prêtent pas forcément à polémique, les deux protagonistes pourront se reporter aux propos d'Angélique Kidjo, célèbre artiste béninoise au talent universellement reconnu. Dans une interview donnée à Libération concernant la situation au Darfour, elle déclarait récemment:"Nous, Africains, nous nous laissons trop vivre. Depuis plus de cinquante ans, il y a les indépendances. Mais combien d’années faudra-t-il pour être mature ? Pourquoi nos hommes politiques nous mettent-ils dans des situations pareilles ? Ils sont d’une irresponsabilité totale. Est-ce qu’il y a un chef d’Etat qui sait ce qu’est le bien de son peuple ou ne sont-ils là que pour prendre de l’argent?"
Comme quoi, avoir l'Afrique au coeur n'oblige pas à se voiler la face.