l'éternité plus un jour

des humeurs, des idées, au fil de l'actualité et nulle part ailleurs.

30 mars 2008

La honte du sport

Le sport rend c... surtout quand c'est du foot. Une fois encore, l'écoeurement nous vient des tribunes du PSG avec un acte lamentable aux relents nauséabonds qu'on imagine sans peine émerger du front bas d'un supporter de base, acclamé par ses pairs un soir de beuverie dans l'unité de leur indéfectible bêtise.

En même temps comment leur en vouloir? On cède à leurs provocations rituelles sans rien de plus que des propos indignés d'après match et des plaintes contre X qui débouchent sur des sanctions administratives insignifiantes. Comme d'habitude, l'incident d'hier soir n'empêcha pas le match de se poursuivre et les parisiens de gagner sans l'art et la manière, comme d'habitude. Pour une fois, le Président de la République aura manqué de réactivité. Découvrant l'infâmante banderole, il eut été bien inspiré de suivre sa première idée et de quitter le stade saluant ces pauvres c... d'un "j'me casse!". De même, il eut pu se trouver un représentant des autorités footballistiques, un type un peu au dessus du lot, pour prendre sur lui et décréter que trop c'est trop. On arrête! On dit stop! Tout le monde aux vestiaires et on remballe la coupe de la Ligue jusqu'à l'année prochaine. Au lieu de ça, on continua la partie et Paris gagna, préservant là ses intérêts financiers - c'est bien là l'essentiel tout de même - à défaut de sauver la face.

La religion ayant cessé d'être l'opium des peuples d'occident, le sport l'a supplanté. Aucune autorité morale n'a plus de prise sur les grands événements, les dieux du stade et les enjeux financiers qu'ils véhiculent. Quand Michel Platini dénonce le dévoiement de son sport, on l'écoute poliment. Depuis la catastrophe du Heysel en 1985, rien n'a vraiment changé, rien n'a vraiment été appris. Des échauffourées incontrôlés avaient alors entraîné la mort d'une trentaine de personne sous le regard de millions de téléspectateurs. Malgré ce drame, et après l'évacuation des victimes, le match eut lieu avec un léger retard sur l'horaire prévu. Pourquoi s'étonner des propos haineux et racistes qui fleurissent régulièrement dans les stades? Sauf à considérer que sans cet exutoire du samedi soir, la situation serait encore plus terrible dans les quartiers, pourra-t-on aller jusqu'à dissoudre des clubs et supprimer des matchs?

Avec cette mentalité sportive du show perpétuel et sans concession, on en arrive à des aberrations pour dénoncer les errements d'un éventuel boycott des jeux olympiques de Pékin. Certains sportifs qui n'ont pas beaucoup à se forcer pour ressembler à ceux qui prétendent les admirer, se sont indignés que pour de sombres questions de droits de l'homme ou de répression meurtrière au Tibet, on puisse oser envisager de les priver d'un événement qu'ils préparent, dans leur tête et dans leur jambes, depuis quatre ans sans retenue.

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27 mars 2008

Contre-productif

L'art de la polémique est dangereux quand l'auditoire auquel il s'adresse est mal maîtrisé. Hervé Novelli, Secrétaire d'Etat à quelque chose en a amèrement fait l'expérience ce matin au cours du débat sur la situation économique, sociale et financière de la France imposé par les socialistes à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.

En fin de matinée, alors que les orateurs des différents groupes s'étaient tous exprimés dans des redites plus ou moins intelligibles et convaincantes, alors que le Ministre du Budget et des comptes publics avait déjà répliqué pour le Gouvernement en disant l'essentiel, ce fut donc au tour d'Hervé Novelli de souhaiter s'exprimer pour justifier son existence et préserver les équilibres précaires au sein de la forteresse de Bercy. Face à un assistance disséminée et largement repue de rhéthorique, il monte à la tribune et s'autorise un préambule accusateur. Il veut dénoncer l'attitude des socialistes qui auraient sciemment choisi une date incompatible avec l'agenda de la Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi - elle accompagnait le Président de la République à Londres - pour mieux dénoncer son absence et stigmatiser ainsi son embarras d'avoir à s'expliquer devant la représentation nationale sur une situation économique dégradée au regard des prévisions budgétaires du Gouvernement. Mal lui en a pris.

On arrivait à l'heure du déjeuner. Les débats avaient donné l'essentiel de ce qu'on pouvait en attendre et l'intervention d'Hervé Novelli apparaissait vraiment superfétatoire. C'est ce qu'a pensé Jean-Marc Ayrault, le Président des socialistes. Avec son accord, il interrompit le Ministre afin de rappeler la genèse de sa demande de débat et les correspondances échangées avec le Premier ministre pour trouver le jour permettant à chacun d'y donner, par sa présence, un éclat particulier. Ses tentatives furent vaines. C'est en tout cas ce qu'il invoqua pour dénoncer le mauvais procès que lui faisait Hervé Novelli en conséquence de quoi, devant tant de mauvaise foi, les socialistes, comme un seul homme, décidèrent de quitter l'hémicycle. Du coup, le pauvre Secrétaire d'Etat aux, Pme, au commerce, à l'artisanat et à d'autres choses, resta comme deux ronds de flan. Alors qu'il entendait répliquer avec gourmandise aux critiques des socialistes qu'il avait patiemment écoutés, il ânonnait son texte confus de se trouver dépourvu d'un auditoire qui n'était plus là pour s'offusquer de ses philippiques.

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21 mars 2008

Le Tibet, les JO et la Chine au milieu

A cinq mois des Jeux Olympiques d'été, le Tibet connaît des troubles insurrectionnels durement réprimés. Selon les spécialistes, il s'agirait des événements les plus graves dans la région depuis vingt ans. Comme les revendications territoriales des Tibétains ne datent pas d'hier, le moment choisi pour exprimer leur mécontentement est à rapprocher du plus grand événement sportif mondial à venir.

Les velléités indépendantistes des tibétains trouvent souvent un Occident désemparé fasse aux agissements d'une Chine difficile à manier. En outre, la crise semble prendre une nouvelle tournure avec une remise en cause à peine voilée de la posture pacifiste défendue jusque là par le Dalaï-lama, figure spirituelle respectée par son peuple. Grâce à une communication relayée par la bonne conscience de nombreuses vedettes de cinéma, cet homme, accueilli comme une star lors de tournées mondiales, a su sensibiliser l'opinion internationale à la condition de son peuple. Pour autant la compassion générée à son endroit n'a pas muer en stratégie propre à faire cesser la répression chinoise et la colonisation larvée du Tibet - résultat d'un programme d'émigration intensive, la population chinoise serait devenue supérieure à celle des Tibétains: 7 millions contre 5,5 millions.

Reste les jeux olympiques. Cette vitrine mondiale est souvent mise à profit pour exercer des pressions politiques en écho aux principes de l'olympisme compte tenu de la force médiatique de la manifestation et l'engouement populaire qu'elle suscite. C'est ainsi que la menace du boycott est aujourd'hui lancée.

Pour user du ressort de l'opinion, il est toujours plus efficace d'agir à chaud. Pourtant, la situation du Tibet a cinquante ans d'âge. De même, la Chine, depuis l'avènement du régime communiste s'est fait une spécialité reconnue pour son appréciation toute personnelle des droits de l'homme et du respect des libertés. C'est d'ailleurs un sujet récurrent que les bonnes consciences demandent aux Chefs d'Etat occidentaux d'évoquer sans détour lors de leurs visites officielles au pays du soleil levant comme le pendant moralisateur aux contrats commerciaux signés avec avidité.

Ainsi donc, les choses était dans l'état d'aujourd'hui lorsque le Comité Internationale Olympique (CIO), dans la plénitude de ses prérogatives, a désigné Beijing comme ville organisatrice des jeux de la XXIXe Olympiade. On était en juillet 2001. A l'époque, on avait bien dû protester pour les mêmes raisons qui incitent, sept ans plus tard, au boycottage. C'était sans compter sur le dévoiement des instances de l'olympisme et à la démission politique des Etats. Le CIO s'est abandonné depuis longtemps au cynisme mercantile de grandes multinationales dont les marques s'interdisent toute limite à leur expansion. Il y a sept ans, cette confrérie d'hommes d'affaires - ou d'hommes de paille - qui voudraient passer pour des gentlemen, défendait les forces de l'olympisme pour favoriser l'ouverture de la Chine au monde et aux valeurs démocratiques. En même temps, on ne pouvait pas occulter une autre ouverture; celle d'un marché de plus d'un milliard d'individu avec un potentiel de croissance porteur pour l'économie mondiale.

Au delà de l'émotion légitime suscitée par la répression chinoise à Lhassa, l'idée du boycott arrive un peu tard pour être efficace et réaliste. Il n'y a qu'à voir l'embarras de notre ministre des affaires étrangères. Toujours allant pour s'élever contre les atteintes aux droits de l'homme, Bernard Kouchner a eu une communication ambiguë en commençant par  juger "appréciable" l'idée du boycott de la cérémonie officielle d'ouverture, pour ensuite reconnaître qu'elle était "irréaliste".

Ironie de l'actualité. Ce qui était vertement critiqué ici, serait jugé utile et efficace pour défendre les droits du peuple tibétain.

 

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19 mars 2008

Un détail du remaniement

Une fois de plus, Authueil a été réactif et pertinent. S'il y a une victime du remaniement, c'est bien Christine Lagarde. Le Ministre voit son champ d'action fortement circonscrit. Elle perdrait les finances qui reviennent à Eric Woerth, dont on se rappelle les mauvaises manières qu'il avait fait à sa collègue lors de la présentation du dernier budget à l'Assemblée nationale en refusant la plus élémentaire courtoisie de la laisser s'exprimer en premier comme le suggérait le Président de séance. L'énergie serait transférée chez Jean-Louis Borloo qui n'en demandait pas tant. Quant à l'industrie et l'emploi, ils passent sous la coupe de deux jeunes secrétaires d'Etat plein d'avenir. Auréolés de leur brillante victoire aux municipales, Luc Chatel et Laurent Wauquiez s'auront certainement s'affranchir de leur ministre de tutelle.

Christine Lagarde est déroutante. Pour en parler, on hésite entre un brin d'admiration pour l'abnégation régénératrice dont elle fait preuve dans ses fonctions et un légère compassion pour la naïveté joviale qui semble l'habiter.

Compte tenu de son parcours, elle ne répond pas aux critères de l'engagement politique classique. En tant qu'avocate d'affaire, elle a non seulement fait la preuve de ses qualités professionnelles en dirigeant l'un des plus grands cabinets américains, mais elle a du également pouvoir satisfaire son ego, assouvir son ambition, étancher sa soif de reconnaissance et contenter son goût du pouvoir. En outre, et par surcroît, elle a dû gagner beaucoup d'argent sans qu'on vienne, jusqu'à présent, le lui reprocher. Qu'est ce qui l'a alors poussé à s'immerger dans l'action publique, découverte par Dominique de Villepin et qu'est ce qui l'incite à persévérer, récupérée par Nicolas Sarkozy au nom de la parité? Tout n'est pas forcément pourri dans le monde politique. Christine Lagarde a certainement de grandes qualités à mettre au service de son pays et c'est sans doute le don désintéressé de ses compétences qui dicte sa démarche courageuse. Elle n'est pas avare d'efforts pour défendre des positions politiques parfois contradictoires et incertaines, allant jusqu'à ravaler une vraie-fausse démission. De même, malgré quelques mots de travers sujets à de mauvaises interprétations, on l'a vu porter avec conviction et fermeté quelques uns des projets les plus emblématiques de la nouvelle majorité.

Au delà de son inexpérience, c'est peut-être son dévouement qui l'empêche de développer un minimum de sens politique. Ainsi, elle semble subir un jeu manipulatoire pratiquée à son insu. Une appréciation plus fine des turpitudes frénétiques pratiquées au sein de l'UMP parisienne, avec la bénédiction du Président de la République, lui aurait peut-être permis d'éviter la maltraitance dont elle fut victime lors du scrutin municipal. On se demande dans quelle galère elle est allée se fourrer, pied et poing liés, offerte à une tête de liste qui n'a même pas le côté sympathique de l'aventurier.

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18 mars 2008

Du bien fait de la disgrâce en politique

Dans les hautes sphères de la politique, la disgrâce s'accompagne souvent d'un lot de consolation. Il suffit de vouloir se défaire de quelqu'un pour ne pas, en prime, s'en faire un ennemi héréditaire. L'Etat offre à la discrétion du pouvoir des nominations flatteuses et profitables.

Ainsi, François Léotard qui vient malencontreusement se rappeler au bon souvenir de ses concitoyens, avait su négocier habilement le terme de sa carrière politique pour se consacrer à l'écriture. Son pamphlet indigeste n'en est que plus pathétique. Pour prix de son renoncement, il avait, à l'époque, obtenu de Jacques Chirac d'être nommé dans le corps très envié, et très rémunérateur, de l'inspection des finances. Naturellement, la compétence de François Léotard n'était pas en cause pour cette nomination qui fut entérinée au Conseil des ministres du 19 décembre 2001. A l'époque, Jacques Chirac n'avait pas évacué l'idée de sa candidature à sa succession. Dans cette perspective, il ne devait rien négliger et notamment pas une déshérence atrabilaire des ennemis les plus farouches de son camp qui aurait pu se retourner contre lui.

Georges-Marc Benamou, lui aussi se pique de mélanger politique et littérature dans son personnage d'intrigue, de réseau et de controverse. Homme d'influence, il gravite parmi les gouvernants sans égard pour les alternances qui donnent de la force aux convictions. Figure de la gauche caviar sous l'ère de François Mitterrand, il n'a pas paru dépareillé sous Nicolas Sarkozy, à l'ère du bling-bling. Il est de ces spécimens qui ont l'art de la contorsion pour épouser sans scrupules les contours de l'ouverture et se repaître des fromages de la République. Ainsi face à l'utilité douteuse de son rôle, l'ex-conseiller culturel du Président de la République a rudement bien négocié son départ. Considérant qu'après avoir fait mine de servir, il n'était pas superflu de se servir, il va prendre la direction de la Villa Médicis. Cette nomination usurpée vaut mieux par la force de l'entregent de son bénéficiaire que par ses compétences avérées.

De même, David Martinon qui "ne fait plus parti du dispositif" a dû trouver une échappatoire peu glorieuse mais somme toute rémunératrice. Ayant pris en pleine face la violence des coups que la politique est capable d'assener à ceux qui partent au combat sans leurs propres forces en s'illusionnant de l'adoubement qu'on leur accorde, il va tenter d'oublier l'outrage sous des cieux plus cléments. Rien de tel qu'un poste de consul aux Etats-Unis pour estomper la disgrâce et voir venir des temps plus sereins.

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14 mars 2008

Le salon du livre et son invité

Le conflit israélo-palestinien n'avait pas besoin de ça. Même si c'est difficile à croire, il faut espérer que c'est par pure maladresse, même si elle est énorme que le Syndicat Nationale de l'Edition (SNE) a décidé de faire d'Israël l'invité de l'édition 2008 du salon du livre de Paris. L'inauguration devait avoir lieu en présence du Président de l'Etat hébreu.

Le Président du SNE a beau tenter de se défendre en déclarant: "Depuis quinze ans, le Salon du livre n'invite pas les pays. Il invite la littérature.", ce choix se rapporte évidemment à l'événement que représente le soixantième anniversaire de l'Etat d'Israël. Au regard de la situation sur le terrain, imprégné d'une violence irrépressible et suicidaire, il ramène douloureusement à la genèse d'un conflit en occultant le principe d'une partition de la Palestine, selon la résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Le Boycottage des écrivains arabes n'est pas forcément la meilleure réplique, a fortiori lorsqu'il fait l'objet d'une récupération politique d'un certain nombre d'Etats. Il signifie de fait l'exclusion de ceux qui en usent, révélant par la même une faiblesse et un agacement désespéré. Surtout, il donne un argument facile et malsain à une élite bien pensante qui fustige cette attitude au prétexte qu'elle reléverait de l'archaïsme des pays arabes, rétifs à la culture et aux idées, hermétiques à la tolérance et aux dialogues des civilisations.

Si on veut encore croire à la possibilité d'y mettre un terme, le conflit israélo-palestinien ne pourra se dénouer sans l'intervention vigoureuse d'une Communauté internationale soucieuse d'affirmer l'équilibre mesuré entre deux peuples ayant respectivement droit à un Etat viable et sécurisé. Sur ce point, la meilleure garantie de la sécurité d'Israël qui est une préoccupation irrévocable, réside dans la création d'un Etat Palestinien tel que prévu, il y a soixante ans.

Face au besoin d'équilibre et de mesure dont les israéliens et les Palestiniens ont besoin, les organisateurs du salon du livre de Paris ont ravivé un peu plus les divisions belliqueuses. Alors qu'il est nécessaire de "fluidifier" les relations entre deux peuples condamnés à s'entendre, ils ont malencontreusement donné prise à une polémique prévisible. Or quoi de mieux que la littérature pour défendre une compréhension mutuelle? La lecture permet des passages. Elle offre des voix d'échanges sur lequel forger un dialogue en contrepoint des intérêts politiques et des rapports de forces déséquilibrés. En décidant de mettre à l'honneur, de manière tout à fait justifiée la littérature hébraïque, les  organisateurs du salon du livre n'ont pas pensé à donner à leur manifestation un supplément d'âme. Sans pour autant minimiser la vitalité et les talents de la culture israélienne, ils se seraient grandi en conviant la littérature palestinienne puisqu'il s'agit de littérature. Ils auraient évité les désagréments d'un parti-pris sujet à de douloureuses interprétations propre à nourrir les haines.

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13 mars 2008

De Panafieu vs Delanoë

Par hasard, juste avant de trouver difficilement le sommeil, je suis tombé sur la rediffusion du duel télévisé entre le Maire de Paris et sa challengeuse.

J'ai été agréablement surpris par cette dernière. Très pugnace tout en ayant une voix posée et douce, pas forcément complètement honnête, elle a donné l'impression d'irriter sérieusement Bertrand Delanoë. Celui-ci s'est emporté assez facilement, s'offusquant des arguments de Françoise de Panafieu qu'il considérait être des mensonges éhontés. En même temps, il n'a pas vraiment réussi à le prouver et s'est plutôt distingué par un énervement difficilement contrôlable et le besoin irrépressible d'interrompre sans cesse la candidate de l'UMP. A son désavantage, le débat s'est concentré sur le bilan qu'il a eu du mal à valoriser. Il s'est même cru contraint d'établir des comparaisons lointaines avec la précédente mandature sans véritablement convaincre de l'écart qu'il y avait entre l'action de son prédécesseur et la sienne, si l'on excepte la nuit blanche et les couloirs de bus. Or si Françoise de Panafieu manque de beaucoup de chose pour convaincre, notamment d'une équipe soudée, cohérente et compétente, elle a plutôt bien négocié la rupture avec l'image sulfureuse du chiraquisme parisien dont Jean Tiberi, grandement aidé par ses amis, à commencé par Philippe Séguin, fut le fossoyeur.

Piètre oratrice contrairement à son concurrent, Françoise de Panafieu est une calamité en meeting. En revanche, elle est à l'aise dans le contact direct et l'échange interpersonnel. Elle avait hier un ton mesuré et elle n'a pas dit d'énormes stupidités. Reste à imaginer q'un débat politique à la télévision puisse inverser l'opinion des bobos parisiens envoûtés par Vélib.

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11 mars 2008

La victoire inutile du PS

La victoire arithmétique du Parti socialiste aux élections municipales ne pourra pas masquer la vacuité déconcertante de sa stratégie et l'incertitude de son orientation. Il y avait quelques semaines déjà, le député socialiste de Paris, Jean-Christophe Cambadélis résumait le problème en craignant que le Ps se retrouve trop faible pour envisager de gouverner et trop fort pour se remettre en question.

Depuis l'élection présidentielle de 2002 et le coup de tonnerre provoqué par l'éviction de leur candidat dès le 1er tour, les socialistes ont reporté sine die le choix de leurs alliances à la mesure de leur visée hégémonique sur l'opposition. En six ans, les opportunités n'ont pourtant manqué pour clarifier la situation. Las, le Parti socialiste a préféré se laisser endormir par son Premier secrétaire soucieux de s'en tenir au plus petit commun dénominateur commun d'une famille dépourvue d'unité comme jamais. Retarder le choix des alliances n'est pas le signe d'un grand dessein pour demain. En même temps, le dénouement calamiteux de l'aventure gouvernementale de la "gauche plurielle" (de 1997 à 2002) a un peu plombé les velléités en la matière.

François Hollande a du talent pour composer et arrondir les angles. Curieusement, il arrange tout le monde sans plaire à personne. Il donne l'impression de faire don de lui-même pour couvrir la béance dans laquelle s'enfonce le parti.

Face à sa pusillanimité, Ségolène Royal a eu le courage d'afficher clairement un positionnement dès l'élection présidentielle de 2007, et de s'y tenir: "Bien sûr, il faut faire partout des alliances avec le Modem, vous connaissez ma position très claire sur ce sujet" a-t-elle déclaré dimanche soir. De fait son assertivité jure avec la subtile ambiguïté de François Hollande qui déclare de son côté: "Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans une stratégie d'alliance [avec le Modem]."

Cette divergence n'est pas juste la scène d'un ménage qui n'est plus. Il s'agit surtout d'une différence de vision dans la distance qu'on y met. Nourrie de son expérience de 2007 et forte de son statut exclusif de candidate à une élection présidentielle, Ségolène Royal est déjà tournée vers 2012. Elle sait que François Bayrou sera le principal concurrent du représentant du PS. Or si le Modem obtient aujourd'hui des scores faibles, il incarne avant tout le positionnement solitaire, et populaire, de son Président. De son côté, son ex-compagnon s'en tient pesamment aux fondamentaux définis par François Mitterrand qui consistaient à rassembler son camps pour ensuite aller au delà. Le hic c'est que d'une part, d'autres temps appellent d'autres moeurs. Aujourd'hui le morcellement des forces de gauche ne se gère pas forcément comme le Parti communiste lorsqu'il culminait à des scores électoraux avoisinnant les 20%. D'autre part, en dix ans passé à la tête du Parti socialiste, François Hollande sera tout juste parvenu à préserver la façade de son unité. C'est déjà beaucoup et en même temps si peu pour celui qui n'a sans doute pas abdiqué son ambition présidentielle.

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10 mars 2008

Les joies de l'entre 2 tours

Ils ont jusqu'à mardi, dix-huit heures, pour se parler, se séduire ou se menacer, s'amouracher ou se rejeter. Tels sont les petits plaisirs qu'offre le scrutin proportionnel à deux tours. C'est le système politicard dans son entier. Il n'est plus temps de gloser sur les programmes ou d'avancer des idées. Les projets ont s'en fout. Les promesses on les oublie. Les électeurs on s'en bat l'oeil. Seules comptent les questions triviales pour les places et les postes. Merveilleuses tractations dans les couloirs, derrière les tentures aux heures sombres de la nuit. Combien tu pèses? Qu'est ce que tu veux? Qu'est ce que je te donne? Qu'est ce que t'accepte?

Tout est donc dans l'art de la fusion. Les stratégies globales pensées au siéges des partis s'entrecroisent avec les intérêts locaux dans des arborescences inexplicables. L'art consiste à les rendre acceptables. A ce jeu, le Modem excelle et son leader exulte. A ce jeu, enfin il existe, il pèse, il compte. Parti en devenir, il lui faut des élus, il ira sans coup férir du côté de la victoire.

Deux phénomènes semblent venir accentuer l'archaïsme de la proportionnelle que certains inconscients veulent réhabiliter au niveau de la représentation nationale. D'abord, on dirait que beaucoup de villes ont donné la victoire à une équipe dès le premier tour. Un choix vite ficelé est souvent source d'efficacité et de cohérence. Ensuite, pour les listes restées en rivalité au second tour, la chose est la plupart du temps entendue. En fonction de l'endroit où l'on se place, un ballottage est toujours favorable. Seules quelques villes demeurent sujettes à un basculement qui donne au scrutin proportionnel à deux tours le sel d'un folklore politique suranné et offre à certains le sentiment d'exister.

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08 mars 2008

Mauvaise foi toute britannique

Sur son blog, Charles Bremner s'offusque du bénéfice politique que Nicolas Sarkozy s'octroie en tirant à lui la couverture du mirifique contrat signé par EADS avec l'armée américaine. Le Président a argué de cette réussite commerciale inédite pour faire reconnaître à l'opinion française la pertinence de la rupture qu'il veut incarner. En l'espèce, il entendait vanter l'intérêt de son rapprochement ostentatoire avec le Président des Etats-Unis, déclarant au Figaro: "Quand nous nous réconcilions avec les Américains, n'est-ce pas un changement bienvenu et peut-on penser une minute que le contrat qu'a gagné magnifiquement EADS pour les avions ravitailleurs aurait été signé dans le climat de tension qu'on a connu entre les Américains et les Français ?"

La naïveté ne pouvant pas passer pour un trait de caractère de l'excellent correspondant du Times à Paris, il s'agit sans doute du soucis insatiable et perfide des britanniques de chipoter la moindre réussite française quant bien même, celle-ci se partage avec d'autres.

Naturellement, EADS est un groupe international qui n'emprunte pas uniquement au génie français. Il doit beaucoup au talent allemand et, dans le cadre d'un véritable projet communautaire, pourrait certainement profiter davantage de l'excellence britannique. De même, on ne saurait nier tout le travail en amont engagé, des mois durant, par les équipes d'EADS pour convaincre leur client américain de la supériorité de leurs avions par rapport à ceux de Boeing. De cela, Nicolas Sarkozy en est certainement convaincu et c'est finalement un pur hasard qu'il se soit trouvé à être Président de la République au moment ou EADS redresse la tête de belle manière après une période de turbulences. Charles Bremner aurait pu rappeler l'enjeu qu'avait représenté cette entreprise, l'année dernière, au cours de la campagne présidentiel. Tous les candidats avaient contraints de faire le pèlerinage à Toulouse, au chevet de salariés inquiets pour leur sort. De même, il aurait pu mentionner l'initiative du tout nouveau Président de la République qui, à peine élu, avait embarqué la Chancelière allemande pour envisager les solutions susceptibles d'assurer la pérennité d'un fleuron industriel et commercial européen. Au contraire, l'excellent correspondant du Times préfére insister sur le nationalisme étroit du dirigeant français en l'opposant au choix courageux de l'armée américaine, contraire aux intérêts économiques des Etats-Unis. Il n'a pas tort en écrivant que le Président français n'aurait jamais autorisé l'armée de son pays à aller se fournir auprès d'une entreprise américaine. Il est plus contestable lorsqu'il dénonce Nicolas Sarkozy pour son interventionnisme prétendument outrancier. Comme si le président français était le seul à refuser le jeu du marché mondial et à se défaire de toute intervention en matière économique.

Fort heureusement, à défaut de traiter son sujet dans une perspective objective, Charles Bremner n'est pas complètement malhonnête. Ainsi, il explique qu'en pleine campagne électorale américaine, les candidats démocrates s'alarment de la décision de l'US Air Force. Quant au représentant pressenti des républicains, il fait profil bas pour être considéré comme l'un de ceux qui aurait écarté l'avionneur américain dans le cadre d'une enquête parlementaire ayant révélé un pacte de corruption entre Boeing et le ministère de la Défense. Le Congrès qui doit autoriser les conditions financières - sur fonds publics - du contrat avec EADS, n'est pas en reste: "Vu les ramifications de cette décision pour les Etats-Unis, l'armée de l'Air doit expliquer au Congrès comment elle correspond aux besoins à long terme de notre défense et des Américains", assure sa Présidente, Nancy Pelosi. "A-t-on prêté suffisamment d'attention à l'impact de ce contrat sur les emplois en Amérique et sur notre sphère technologique?", demande encore la plus haute responsable du Congrès. Comme quoi l'approche patriotique de l'économie n'est pas forcément l'apanage critiquable du président de la République française.

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