09 mai 2008
Triste Liban
Une fois de plus, le Liban sert de dérivatif aux problèmes du Proche-Orient.
Du conflit Israélo-palestinien aux menaces nucléaires de l'Iran en passant par le différent territorial du plateau du Golan, on va tout occulter pour se focaliser sur le pays du Cèdre en ébullition. Ce petit pays qui subit sur son sol des conflits qui le dépassent redevient la plaine de jeux fertile des despotes fanatisés laissés à leur instincts communautaristes et belliqueux par une élite libanaise impuissante à remettre le pays sur ses rails institutionnels depuis plus de six mois, malgré une majorité politique incarnée par l'alliance du 14 mars.
Un retour à la guerre civile au Liban n'a jamais été aussi proche. Le Hezbollah contrôle la moitié de Beyrouth et on apprend médusé que son excès d'humeur guerrière dépend du contrôle d'un réseau de télécommunication que l'Etat lui conteste. Face à la détermination et la démonstration de force du parti Chiite, on voit mal qui pourrait stopper l'issue dramatique de ces événements récurrents dans l'histoire libanaise. La communauté internationale regarde les choses se déliter depuis trop longtemps. Rappelons son immobilisme en juillet 2006 face à une agression israélienne disproportionnée, dangeureuse dont la pleine puissance du Hezbollah, aujourd'hui mise en pleine lumière, prouve l'inéfficacité. En cinq ans, les Etats-Unis ont montré leur incapacité à influer positivement sur le Proche-Orient quand bien même ils en auraient véritablement envie. L'administration Bush est grillée et, malgré l'initiative courageuse de Jimmy Carter d'aller parler avec le Hamas et la Syrie, l'élection présidentielle qui aura lieu en novembre gèle toute initiative américaine. Les initiatives françaises, de la Conférence internationale sur la reconstruction du Liban lancée par Jacques Chirac en janvier 2007, à la médiation généreuse de Bernard Kouchner pour rapprocher les points de vue, n'ont pas donné toute leur mesure. L'Union européenne est comme de bien entendu aux abonnés absents et l'ONU n'offre que sa lucidité désarmée pour envisager, d'ores et déjà, l'interventionisme sanitaire qui suit chaque carnage libanais.
De fait les protagonistes qui tournent autour du Liban peuvent rire sous cape de leur influence préservée au péril du peuple libanais. En tirant des ficelles opportunes jamais rompues, la Syrie se réjouit certainement de montrer aux yeux de tous que son pseudo retrait du Liban, obtenu sous une contrainte humiliante par la communauté internationale, n'a rien arrangé, bien au contraire. L'Iran fait dévier les regards suspicieux de l'ONU sur ses velleités nucléaires en jouant de son influence reconnue, jusqu'à un certain point, sur la vie politique libanaise pour mieux s'affirmer comme un acteur incontournable au Proche-Orient porté par un axe Chiite dominateur. Quant à Israël, il retrouve de nouveaux motifs bienvenus en faveur d'une action sécuritaire. Il n'est plus temps, de s'enfoncer dans des débats internes sur les errements de juillet 2006. Par surcroît, les menaces d'un Liban déstabilisé à sa frontières nord, outre qu'elle révèle un véritable danger inacceptable pour le pays, offrent aux dirigeants israéliens un bon argument pour éloigner davantage l'aboutissement équitable d'un processus de paix chimérique avec les Palestiniens.
07 mai 2008
La défense du Président de la République
Acculé face à une contestation galopante, le Président de la République tente des échappatoires sympathiques. Sans détour ni faux semblant, il s'en est ainsi pris à son prédécesseur, celui-là même qui "mit vingt et un ans à se faire élire". C'est son style et c'est pour ça qu'une infime minorité de français, revenue de toutes les illusions convenues d'une campagne électorale, l'apprécie encore.
Forcément la critique du chiraquisme est précoce et l'on attend avec impatience la prosopopée des historiens pour attester avec eux du vide sidérale - le non à la guerre en Irak excepté - d'un septennat auquel se raccroche miraculeusement un quinquennat et sa réforme des retraites. Conquérir le pouvoir pour durer en endurant. La règle est simple. Les deux précédents Président en furent respectueux au point d'en convertir la pratique en oeuvre d'art. Encore une fois, l'avènement du quinquennat donne une autre mesure au temps. Nicolas Sarkozy l'a bien compris. Désormais le risque est l'apanage de la fonction présidentielle, parce que la responsabilité, c'est l'action et l'immobilisme c'est la mort. Pour qui veut marquer son passage, il n'est plus temps de "donner du temps au temps". Au yeux de l'histoire, c'est assurément plus risqué.
Bien sur que Nicolas Sarkozy a raison de critiquer Jacques Chirac, la dissolution, la cohabitation, l'immobilisme, les affaires abracadabrantesques, Clearstream, tout ça...quand bien même la rupture est plus facile à manier en promesses qu'en actes.
23 avril 2008
Fin de l'Hyperprésidentialisme
Jamais descendu aussi bas dans les sondages pour un Président de la République, Nicolas Sarkozy veut entamer, demain, sa remontée vers les sommets de la popularité. Comme toujours, cette ascension commence par la solennité d'une émission télévisée vespérale sous les ors de l'Elysée.
Date anniversaire commémorant l'an un de son élection ou nouveau départ? Le Président de la République oscille entre continuité et novation. Le fil rouge reste la réforme et la volonté de fer de celui qui la porte à bout de bras malgré les turbulences et les remous. Autrement, c'est perdre pied. Pour le changement, on peut compter sur son sens politique afin de se remettre sur les rails d'un style présidentiel probe et net, sans fioriture ni ostentation choquante, mal perçues par une opinion qui n'en a pas fini avec le style compassé et distant d'un Président de la République perdu dans la longueur d'un septennat qui n'est plus.
Au dela de ce qu'il pourra dire demain soir sur un triptyque conventionnel - questions internationales, société, économie -, Nicolas Sarkozy a judicieusement balisé le calendrier de la réforme à son profit. Le conseil des ministres de ce jour a entériné le projet de loi constitutionnel visant à réformer les institutions de la Vème République. Ce texte devrait prochainement faire l'actualité du Parlement. Le candidat l'avait promis. Le Président de la République le fait avec une magnanimité qui lui offre un bénéfice évident dans un timing bienvenu pour restaurer l'image d'un chef de l'Etat rassembleur et, pourquoi pas, désintéressé. Lui l'hyperprésident, l'omnipotent chef de l'Etat va réduire son pouvoir au profit du Parlement. L'ordre du jour conjoint, le partage des nominations dans la haute administration, la rupture du lien avec la magistrature, sont autant de nouveautés institutionnelles qui constituent une restriction notable des prérogatives de l'exécutif. Ces dispositions vont mettre à bas tout un pan de la contestation facile sur l'hégémonisme présidentiel et un centralisme élyséen, prétendument jamais atteint à ce point depuis 1958. Mieux, en limitant à deux les mandats que le Président de la République pourra exercer, la fin du Sarkozysme, triomphant et exubérant, est bornée à 2017.
Comme tout projet de loi modifiant notre loi fondamentale, la réforme des institutions, voulue et portée par Nicolas Sarkozy, passera par Versailles, son Congrès et sa majorité des trois cinquièmes. A cet exercice l'opposition n'en finit pas de s'abîmer les adducteurs entre une opposition frontale et son sens des réalités. La gauche a toujours réclamé ces évolutions institutionnelles. Si elle les rejette, elle se contredit. Dans ces conditions, pendant que les réformes se font, le Parti socialiste s'enfonce dans une notabilité de province désuéte et s'absorbe dans les affres de débats théoriques qui font le charme de son histoire. C'est ainsi qu'il tente de vaincre l'immobilisme qui le taraude et d'asseoir son renouveau politique sur un corps de doctrine oscillant entre ses inclinations révolutionnaires timidement remises en cause et des éclairs de lucidité sur l'état de la France dans un monde en mouvement.
17 avril 2008
Le zèle européen de la France
Parfois, l'essentiel tient moins dans l'intelligibilité des mesures adoptées par le Parlement que dans la force de conviction mise en oeuvre pour ce faire.
L'amendement adopté à l'article 1er du projet de loi sur les OGM par le Sénat devait servir de cache sexe au désormais célèbre amendement Chassaigne voté subrepticement à l'Assemblée nationale au grand dam certains députés de la majorité et du Gouvernement.
Gardons nous d'oser une exégèse de l'article 1er tel qu'adopté par le Sénat. Il renvoie à des textes réglementaires dont la force interprétative devrait servir à nourrir un contentieux fleuri. Par surcroît, l'ironie de sa réécriture bruyante est ailleurs que dans sa portée significative qui ne répond pas aux questions de la traçabilité et de la détection des OGM.
La dose d'humour de cette nouvelle rédaction est placée dans la référence à la définition du « sans OGM » qu'on attend de l'Union européenne lorsqu'elle aura décidé, si elle le souhaite, de l'inscrire dans le cadre d'une Directive prochaine. Alors qu'aucune intention ne s'est manifestée en ce sens à Bruxelles, voilà qui fait honneur à la fibre européenne de ce Gouvernement. Il anticipe sur une législation européenne incertaine dans un texte justement élaboré pour transcrire en droit français une Directive, vieille de sept ans...
12 avril 2008
Les gros mots de NKM
Le psychodrame que la majorité vient de s'offrir, ramène une fois encore au "petit" rôle des membres du Parlement. Bien plus qu'une cohésion gouvernementale qui en a vu d'autres, c'est bien le sens de leurs responsabilités qui est en question. On nage ici en plein atavisme parlementaire formaté par les institutions de la Vème République. Au delà de ceux qui se sont sentis visés, la "lâcheté" dénoncée par la secrétaire d'Etat à l'environnement colle assez bien avec la duplicité dont les députés savent jouer en dénonçant l'emprise douloureuse de l'exécutif pour mieux s'exonérer de leur prérogatives qui ne sont tout de même, ni négligeables, ni inopérantes.
La lâcheté: manque d'énergie, de fermeté qui fait reculer devant l'effort et subir passivement les influences extérieures. Comment mieux définir l'attitude de députés de l'UMP qui présentent un amendement, qui le défendent en séance avant de la retirer sur injonction du Rapporteur de la Commission des affaires économiques et s'en vont, dans la foulée, faire adopter le même amendement présenté par l'opposition? Impossible!
Donnant l'avis du Gouvernement sur le fameux amendement UMP, Nathalie Kosciuscko-Morizet s'en était remise à "la sagesse de l'Assemblée". De fait, les députés ne sont pas obligés d'y voir l'expression consacrée par laquelle le Gouvernement exprime son accord sans le dire tout en le disant mais comme s'il ne l'avait pas dit. On n'attendait notamment pas cette interprétation de la part de Jean-François Copé, d'habitude si attentif à défendre l'expression des députés. "Lorsqu'un gouvernement s'en remet à la sagesse de l'Assemblée sur un amendement venant de la gauche, ça veut dire qu'en réalité il l'approuve" a-t-il courageusement déclaré pour mettre son grain de sel dans la polémique. Rappelons que des députés de droite défendaient le même amendement. Quand bien même, Jean-François Copé dirait vrai on mesure la force des habitudes chez un homme qui, se piquant de vouloir parler sans tabou ni langue de bois, aurait pu aussi bien prendre au pied de la lettre un ministre lorsqu'il concède sa liberté à l'Assemblée.
Toujours à contre courant de ses intentions proclamées, le Président du groupe UMP en rajoute dans la mauvaise foi lorsqu'il dénonce le Grenelle de l'environnement qui aurait ostracisé les parlementaires, justifiant ainsi l'aigreur de ces derniers. "Si les parlementaires ne viennent pas en séance, c'est souvent parce qu'ils n'ont pas été associés aux projets de loi ou qu'ils se sentent déconsidérés". C'est faire peu de cas de la richesse des débats parlementaires et de la charge normative de celles et ceux qui l'incarnent. Forts de leurs convictions et sûr de leur rôle, ils peuvent s'affranchir de tous "les Grenelles" de la terre dès lors que force revient toujours à la loi qu'ils votent. Au delà des pressions tendancieuses et des influences forcément mauvaises, rien n'interdit aux troupes de Jean-François Copé de prendre leur mission à bras le corps. Quitte à déplaire, c'est à eux de défendre, dans l'enceinte solennelle et éminemment respectable qui leur est réservée, leurs convictions et les certitudes qu'ils se forgent pour servir l'intérêt général. Apparemment, il a beau la revendiquer, Jean-François Copé a du mal à assumer le courroux gouvernemental qui sied à une "coproduction" législative bien comprise.
02 avril 2008
Lapsus quand tu nous tiens!
Tout lapsus est révélateur d'un trouble ou d'une émotion. Lionel Jospin s'est fait une spécialité de ce dérèglement de la parole qui dévoile souvent une pensée obscure et sous-jacente ou renvoie maladroitement à un sentiment aussi fort qu'inconvenant.
Lors d'une tentative de retour actif en politique à l'été 2006, et après bien d'autres, l'ancien Premier ministre avait été pris en flagrant défaut de langage. Jouant sur le registre de l'émotion pour mieux se faire absoudre de son retrait, il voulait montrer combien sa défaite aux élections présidentielles de 2002 représentait pour lui-même un véritable traumatisme: «Le 21 avril a été une épreuve cruelle, soudaine et inattendue qui m'a profondément touché. Un choc puissant. Injuste. J'ai voulu marquer que j'acceptais l'arrêt du peuple.(...). Je préfère la fierté à la veulerie(...). Pour autant, je ne vous ai jamais accompagné —pardon, abandonné» (intervention devant les militants du MJS mouvement des jeunes socialistes à La Rochelle, le 26 août 2006).
Ce matin, alors qu'il voulait se justifier sur la manière dont fut décidé l'envoi de forces militaires en Afghanistan en 2001, Lionel Jospin a, une fois encore, laissé entendre ses émotions intimes en souvenir de son ambition contrariée. C'est ici, très exactement à la troisième minute et cinquante trois secondes de l'interview. C'est rapide mais assez clair. En somme, pour Lionel Jospin, au plus profond de lui, un 11 septembre vaut bien un 21 avril.
30 mars 2008
La honte du sport
Le sport rend c... surtout quand c'est du foot. Une fois encore, l'écoeurement nous vient des tribunes du PSG avec un acte lamentable aux relents nauséabonds qu'on imagine sans peine émerger du front bas d'un supporter de base, acclamé par ses pairs un soir de beuverie dans l'unité de leur indéfectible bêtise.
En même temps comment leur en vouloir? On cède à leurs provocations rituelles sans rien de plus que des propos indignés d'après match et des plaintes contre X qui débouchent sur des sanctions administratives insignifiantes. Comme d'habitude, l'incident d'hier soir n'empêcha pas le match de se poursuivre et les parisiens de gagner sans l'art et la manière, comme d'habitude. Pour une fois, le Président de la République aura manqué de réactivité. Découvrant l'infâmante banderole, il eut été bien inspiré de suivre sa première idée et de quitter le stade saluant ces pauvres c... d'un "j'me casse!". De même, il eut pu se trouver un représentant des autorités footballistiques, un type un peu au dessus du lot, pour prendre sur lui et décréter que trop c'est trop. On arrête! On dit stop! Tout le monde aux vestiaires et on remballe la coupe de la Ligue jusqu'à l'année prochaine. Au lieu de ça, on continua la partie et Paris gagna, préservant là ses intérêts financiers - c'est bien là l'essentiel tout de même - à défaut de sauver la face.
La religion ayant cessé d'être l'opium des peuples d'occident, le sport l'a supplanté. Aucune autorité morale n'a plus de prise sur les grands événements, les dieux du stade et les enjeux financiers qu'ils véhiculent. Quand Michel Platini dénonce le dévoiement de son sport, on l'écoute poliment. Depuis la catastrophe du Heysel en 1985, rien n'a vraiment changé, rien n'a vraiment été appris. Des échauffourées incontrôlés avaient alors entraîné la mort d'une trentaine de personne sous le regard de millions de téléspectateurs. Malgré ce drame, et après l'évacuation des victimes, le match eut lieu avec un léger retard sur l'horaire prévu. Pourquoi s'étonner des propos haineux et racistes qui fleurissent régulièrement dans les stades? Sauf à considérer que sans cet exutoire du samedi soir, la situation serait encore plus terrible dans les quartiers, pourra-t-on aller jusqu'à dissoudre des clubs et supprimer des matchs?
Avec cette mentalité sportive du show perpétuel et sans concession, on en arrive à des aberrations pour dénoncer les errements d'un éventuel boycott des jeux olympiques de Pékin. Certains sportifs qui n'ont pas beaucoup à se forcer pour ressembler à ceux qui prétendent les admirer, se sont indignés que pour de sombres questions de droits de l'homme ou de répression meurtrière au Tibet, on puisse oser envisager de les priver d'un événement qu'ils préparent, dans leur tête et dans leur jambes, depuis quatre ans sans retenue.
27 mars 2008
Contre-productif
L'art de la polémique est dangereux quand l'auditoire auquel il s'adresse est mal maîtrisé. Hervé Novelli, Secrétaire d'Etat à quelque chose en a amèrement fait l'expérience ce matin au cours du débat sur la situation économique, sociale et financière de la France imposé par les socialistes à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
En fin de matinée, alors que les orateurs des différents groupes s'étaient tous exprimés dans des redites plus ou moins intelligibles et convaincantes, alors que le Ministre du Budget et des comptes publics avait déjà répliqué pour le Gouvernement en disant l'essentiel, ce fut donc au tour d'Hervé Novelli de souhaiter s'exprimer pour justifier son existence et préserver les équilibres précaires au sein de la forteresse de Bercy. Face à un assistance disséminée et largement repue de rhéthorique, il monte à la tribune et s'autorise un préambule accusateur. Il veut dénoncer l'attitude des socialistes qui auraient sciemment choisi une date incompatible avec l'agenda de la Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi - elle accompagnait le Président de la République à Londres - pour mieux dénoncer son absence et stigmatiser ainsi son embarras d'avoir à s'expliquer devant la représentation nationale sur une situation économique dégradée au regard des prévisions budgétaires du Gouvernement. Mal lui en a pris.
On arrivait à l'heure du déjeuner. Les débats avaient donné l'essentiel de ce qu'on pouvait en attendre et l'intervention d'Hervé Novelli apparaissait vraiment superfétatoire. C'est ce qu'a pensé Jean-Marc Ayrault, le Président des socialistes. Avec son accord, il interrompit le Ministre afin de rappeler la genèse de sa demande de débat et les correspondances échangées avec le Premier ministre pour trouver le jour permettant à chacun d'y donner, par sa présence, un éclat particulier. Ses tentatives furent vaines. C'est en tout cas ce qu'il invoqua pour dénoncer le mauvais procès que lui faisait Hervé Novelli en conséquence de quoi, devant tant de mauvaise foi, les socialistes, comme un seul homme, décidèrent de quitter l'hémicycle. Du coup, le pauvre Secrétaire d'Etat aux, Pme, au commerce, à l'artisanat et à d'autres choses, resta comme deux ronds de flan. Alors qu'il entendait répliquer avec gourmandise aux critiques des socialistes qu'il avait patiemment écoutés, il ânonnait son texte confus de se trouver dépourvu d'un auditoire qui n'était plus là pour s'offusquer de ses philippiques.
21 mars 2008
Le Tibet, les JO et la Chine au milieu
A cinq mois des Jeux Olympiques d'été, le Tibet connaît des troubles insurrectionnels durement réprimés. Selon les spécialistes, il s'agirait des événements les plus graves dans la région depuis vingt ans. Comme les revendications territoriales des Tibétains ne datent pas d'hier, le moment choisi pour exprimer leur mécontentement est à rapprocher du plus grand événement sportif mondial à venir.
Les velléités indépendantistes des tibétains trouvent souvent un Occident désemparé fasse aux agissements d'une Chine difficile à manier. En outre, la crise semble prendre une nouvelle tournure avec une remise en cause à peine voilée de la posture pacifiste défendue jusque là par le Dalaï-lama, figure spirituelle respectée par son peuple. Grâce à une communication relayée par la bonne conscience de nombreuses vedettes de cinéma, cet homme, accueilli comme une star lors de tournées mondiales, a su sensibiliser l'opinion internationale à la condition de son peuple. Pour autant la compassion générée à son endroit n'a pas muer en stratégie propre à faire cesser la répression chinoise et la colonisation larvée du Tibet - résultat d'un programme d'émigration intensive, la population chinoise serait devenue supérieure à celle des Tibétains: 7 millions contre 5,5 millions.
Reste les jeux olympiques. Cette vitrine mondiale est souvent mise à profit pour exercer des pressions politiques en écho aux principes de l'olympisme compte tenu de la force médiatique de la manifestation et l'engouement populaire qu'elle suscite. C'est ainsi que la menace du boycott est aujourd'hui lancée.
Pour user du ressort de l'opinion, il est toujours plus efficace d'agir à chaud. Pourtant, la situation du Tibet a cinquante ans d'âge. De même, la Chine, depuis l'avènement du régime communiste s'est fait une spécialité reconnue pour son appréciation toute personnelle des droits de l'homme et du respect des libertés. C'est d'ailleurs un sujet récurrent que les bonnes consciences demandent aux Chefs d'Etat occidentaux d'évoquer sans détour lors de leurs visites officielles au pays du soleil levant comme le pendant moralisateur aux contrats commerciaux signés avec avidité.
Ainsi donc, les choses était dans l'état d'aujourd'hui lorsque le Comité Internationale Olympique (CIO), dans la plénitude de ses prérogatives, a désigné Beijing comme ville organisatrice des jeux de la XXIXe Olympiade. On était en juillet 2001. A l'époque, on avait bien dû protester pour les mêmes raisons qui incitent, sept ans plus tard, au boycottage. C'était sans compter sur le dévoiement des instances de l'olympisme et à la démission politique des Etats. Le CIO s'est abandonné depuis longtemps au cynisme mercantile de grandes multinationales dont les marques s'interdisent toute limite à leur expansion. Il y a sept ans, cette confrérie d'hommes d'affaires - ou d'hommes de paille - qui voudraient passer pour des gentlemen, défendait les forces de l'olympisme pour favoriser l'ouverture de la Chine au monde et aux valeurs démocratiques. En même temps, on ne pouvait pas occulter une autre ouverture; celle d'un marché de plus d'un milliard d'individu avec un potentiel de croissance porteur pour l'économie mondiale.
Au delà de l'émotion légitime suscitée par la répression chinoise à Lhassa, l'idée du boycott arrive un peu tard pour être efficace et réaliste. Il n'y a qu'à voir l'embarras de notre ministre des affaires étrangères. Toujours allant pour s'élever contre les atteintes aux droits de l'homme, Bernard Kouchner a eu une communication ambiguë en commençant par juger "appréciable" l'idée du boycott de la cérémonie officielle d'ouverture, pour ensuite reconnaître qu'elle était "irréaliste".
Ironie de l'actualité. Ce qui était vertement critiqué ici, serait jugé utile et efficace pour défendre les droits du peuple tibétain.
19 mars 2008
Un détail du remaniement
Une fois de plus, Authueil a été réactif et pertinent. S'il y a une victime du remaniement, c'est bien Christine Lagarde. Le Ministre voit son champ d'action fortement circonscrit. Elle perdrait les finances qui reviennent à Eric Woerth, dont on se rappelle les mauvaises manières qu'il avait fait à sa collègue lors de la présentation du dernier budget à l'Assemblée nationale en refusant la plus élémentaire courtoisie de la laisser s'exprimer en premier comme le suggérait le Président de séance. L'énergie serait transférée chez Jean-Louis Borloo qui n'en demandait pas tant. Quant à l'industrie et l'emploi, ils passent sous la coupe de deux jeunes secrétaires d'Etat plein d'avenir. Auréolés de leur brillante victoire aux municipales, Luc Chatel et Laurent Wauquiez s'auront certainement s'affranchir de leur ministre de tutelle.
Christine Lagarde est déroutante. Pour en parler, on hésite entre un brin d'admiration pour l'abnégation régénératrice dont elle fait preuve dans ses fonctions et un légère compassion pour la naïveté joviale qui semble l'habiter.
Compte tenu de son parcours, elle ne répond pas aux critères de l'engagement politique classique. En tant qu'avocate d'affaire, elle a non seulement fait la preuve de ses qualités professionnelles en dirigeant l'un des plus grands cabinets américains, mais elle a du également pouvoir satisfaire son ego, assouvir son ambition, étancher sa soif de reconnaissance et contenter son goût du pouvoir. En outre, et par surcroît, elle a dû gagner beaucoup d'argent sans qu'on vienne, jusqu'à présent, le lui reprocher. Qu'est ce qui l'a alors poussé à s'immerger dans l'action publique, découverte par Dominique de Villepin et qu'est ce qui l'incite à persévérer, récupérée par Nicolas Sarkozy au nom de la parité? Tout n'est pas forcément pourri dans le monde politique. Christine Lagarde a certainement de grandes qualités à mettre au service de son pays et c'est sans doute le don désintéressé de ses compétences qui dicte sa démarche courageuse. Elle n'est pas avare d'efforts pour défendre des positions politiques parfois contradictoires et incertaines, allant jusqu'à ravaler une vraie-fausse démission. De même, malgré quelques mots de travers sujets à de mauvaises interprétations, on l'a vu porter avec conviction et fermeté quelques uns des projets les plus emblématiques de la nouvelle majorité.
Au delà de son inexpérience, c'est peut-être son dévouement qui l'empêche de développer un minimum de sens politique. Ainsi, elle semble subir un jeu manipulatoire pratiquée à son insu. Une appréciation plus fine des turpitudes frénétiques pratiquées au sein de l'UMP parisienne, avec la bénédiction du Président de la République, lui aurait peut-être permis d'éviter la maltraitance dont elle fut victime lors du scrutin municipal. On se demande dans quelle galère elle est allée se fourrer, pied et poing liés, offerte à une tête de liste qui n'a même pas le côté sympathique de l'aventurier.